Vers une vie de charité

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Charité… voici un mot que je ne murmurais que dans mon cloître intérieur, et ce, depuis l’enfance.

La Charité - Léon Lucien GoupilMot aujourd’hui dévoyé, qui a perdu de son éclat originel avec la patine du temps et sa mise sous scellé par l’idéologie marchande. Charité… celui qui la demande est forcément un nécessiteux. Celui qui la donne est un puissant ou un bourgeois, dans tous les cas quelqu’un de bien installé dans la société conventionnelle, qui se trouve en mesure de donner –non sans condescendance– et de légitimer au passage sa puissance ou sa posture existentielle. Qui n’a en lui l’image d’Epinal des bonnes œuvres, ou des bourgeois endimanchés donnant aux mendiants à la sortie de l’église ?

Charité… ce mot est-il définitivement enterré ? Ce serait se priver d’un trésor gorgé de sens, chargé d’histoire, dont la lumière et la sagesse qu’on a mises dedans nous éclatent aux yeux dès qu’on brise les scellés. Dans son sens originel, caritas est la mise en pratique, en action, d’un état d’amour absolu. Cet amour qui n’est plus dirigé vers un être particulier ou une chose, cet amour qui irradie, qui illumine partout autour de lui, sans distinction, sans direction. La manifestation de cet amour en actes est la charité. Ainsi donne-t-on, ainsi reçoit-on, dans la chaîne du service que nous nous donnons les uns aux autres. On est loin de l’économie de marché, enfermée qu’elle est dans son dogme de réciprocité immédiate (“si tu n’as pas ce dont j’ai besoin en retour, je ne te donnerai pas ce que j’ai”). Dans l’économie de la charité, on donne tout ce que l’on peut donner, et l’on reçoit ce dont on a besoin. Nul besoin de symétrie et d’immédiateté. L’essentiel est de donner en état d’amour, sans condition, et de recevoir de la même façon.

Voilà qu’aujourd’hui je le prononce pleinement, ce mot de charité, presque avec ivresse. Charité… Il fleurit à la surface de ma conscience comme un nénuphar issu des profondeurs.

Charité… c’est par elle que je donne aujourd’hui, et par elle que j’apprends à recevoir.

Donner est facile. J’ai des talents, des connaissances, la santé, de la volonté, plein de choses à offrir. Du moins, c’est ce que m’en disent les autres.

Recevoir est là où j’ai encore beaucoup à apprendre. Non plus émotionnellement ou même spirituellement, mais pratiquement.

En effet, recevoir en état de charité aujourd’hui me confronte à de bien hauts cols à passer, dans la société d’une part, et dans la façon de m’y prendre d’autre part.

Les questions sociétales pour commencer :

– Comment vivre aujourd’hui de charité dans une société qui l’a chassée de sa réalité ?
– Comment vais-je pouvoir construire une dynamique du lien, du service, qui ne soit considérée ni comme de l’assistanat, ni comme de la dépendance, ni comme du mécénat ?
– Comment poser ce contrat social — vivre en charité — de manière claire ? Comment le communiquer bien ?

L’économie du don est notre contrat social naturel, celui que nous pratiquons depuis la nuit des temps en petite communauté, à commencer  par le noyau familial. L’économie de la charité est la transposition de l’économie du don au niveau universel, sans limite de temps, de nombre et d’espace. Dans cette vieille Europe où j’habite, la solidarité s’est sur-institutionnalisée. A ma connaissance il n’est pas écrit dans notre contrat social contemporain qu’on peut vivre de charité. Recevoir, a forcément quelque chose à voir avec le profit (une vente, un salaire, un héritage, une rente, des dividendes), ou avec l’assistanat… Argent rare oblige, nos sociétés ne laissent presque plus de place au don spontané, tout simple, sans prétention. Il faut déclarer, souscrire, taxer, justifier, remplir des formulaires… N’est-ce pas ironique, en passant, de voir combien les échanges marchands sont dérégulés et laissent libre cours à toutes les catastrophes sociales et humanitaires, alors que solidarité et don sont bornés par des mécanismes de contrôle lourds, coûteux et bloquants ? Pourtant au cours de l’histoire, les collectifs ont toujours soutenu par charité leurs chamanes, leurs guérisseurs, leurs prêtres, leurs moines, leurs médecins. N’étant aucun de ces derniers, ne me revendiquant d’aucune église, d’aucun courant spirituel ou politique, d’aucune de ces étiquettes qui rassurent, voilà qui ajoute du piquant à ma situation. Si j’étais moine, personne ne se poserait de questions. Les gens sont désorientés à mon sujet, et je les comprends.

Comment, dans ce contexte, ne pas se condamner à la précarité et la marginalisation ?

C’est un fait, ces derniers mois ma visibilité s’est inscrite dans le très court terme. Ce que d’aucuns appellent la précarité. Début septembre par exemple, il m’est arrivé de n’avoir presque plus rien à manger. Situation ironique car tout autour de moi n’était que richesse : logé dans une magnifique maison dont un an de loyer m’a été offert, par charité, afin de pouvoir travailler sereinement et avoir un lieu de vie pour mon petit garçon. Richesse car entouré d’informatique pour avancer sur les projets, richesse car mon travail me met en contact permanent avec des personnes magnifiques, richesse car en pleine santé et en pleine action. Et là, pourtant, presque plus rien à manger, avec un porte-monnaie aussi vide que le panier à provisions. L’aide est venue juste au bon moment, dans sa perfection, par la voie du cœur. De magnifiques personnes m’ont donné. Pourquoi ? Certainement pas dans une démarche d’assistanat — pour rappel j’ai choisi ma situation présente, elle n’est pas le fruit d’un accident. Ces personnes m’ont donné car, dans leur expérience, je puis ainsi continuer à faire mon travail, dans la grande chaîne du service. C’est tout simple finalement. Do ut des, je donne pour que tu donnes, dit cette belle formule latine. La charité est une grande chaîne.

Chaque fois que ces situations de précarité apparente se sont présentées, pas un instant la peur ne m’a traversé. Pas une nuit je n’ai mal dormi.

Il y a longtemps que la peur m’a quitté. Voilà l’occasion de réveiller un autre mot ancien, la providence. Du latin providentia — pré-voyance. La providence indique la connaissance directe, par delà les faisceaux réducteurs de l’intellect, que tout est juste, tout est à sa place, et que chaque chose arrivera en son temps. La providence est ce mécanisme universel par lequel un être, s’il est en état de grâce, donc dans le service, sera à son tour aidé. Et l’être en question le sait. Pour que la providence opère, il faut s’abandonner totalement, pleinement, joyeusement, sans aucune réserve, aux lois de l’Univers. Le lâcher-prise doit être complet. Nous voici avec encore une autre notion chrétienne ancienne, celle du sacrifice. Encore un autre mot bien dévoyé par la modernité, alors qu’éthymologiquement il veut dire “rendre sacré” (du latin sacrificium, de sacer facere). Une fois que l’on s’est complètement offert en sacrifice à ce Principe Universel — donnez-lui le nom que vous voulez — chaque instant de vie est vécu comme un cadeau. Un pur état de grâce, et la grâce nourrit la grâce. Vous l’avez compris, la providence est ma principale alliée.

J’ai exploré jusqu’ici les questions de société ainsi que de mes postures intérieures. Il manque la dernière partie : comment pragmatiquement opérer la transition vers une vie de charité, alors que j’ai encore un pied englué dans l’économie de marché ?

Pour achever ladite transition, il me reste encore à clore complètement ce qui me rattache à ma vie passée. J’ai encore des meubles de famille au garde-meuble qu’il me faut transmettre à mon petit garçon et à sa maman. Ca, c’est en cours. Sauf que je dois encore de l’argent au garde-meuble et que tant que cela n’est pas réglé, je n’y ai pas accès et je ne puis solder la situation. Il me reste encore des choses à payer du passé, de vieilles queues d’assurance, des règlements pour la plupart administatifs et sans intérêt. Sans entrer dans des détails, la réalité est que dans cette première phase de transition vers ma nouvelle vie, je me suis endetté. Je n’ai pas complètement achevé le processus de dépouillement, faute de temps, ayant donné la priorité au service. A moins que je n’aie pas été assez radical ? Tout ce qui me rattache encore à l’ancien, même si ce n’est plus grand chose, continue de coûter suffisamment pour que le cumul m’ait mis en dette. Oh, pas grand chose, quelques milliers d’euros, mais quand on a cessé de chasser l’argent rare, les petites sommes prennent des proportions qu’elles n’avaient pas avant… Il me reste encore à jouer un peu avec cette vieille économie afin que, dans les mois qui viennent, je puisse enfin pleinement vivre au jour le jour, sans aucune dette, avec ce que l’univers et le cœur des hommes voudront bien me donner. Et ainsi continuer cette migration vers les monnaies libres, qui n’ont rien d’incompatible avec la charité, contrairement à ce que tant de personnes croient (elles ne font que projeter ce qu’elles savent de l’ancien sur le nouveau).

Quant à la maison dans laquelle j’ai vécu ces 11 derniers mois, sauf changement de dernière minute, je la quitte avant mi-novembre 2011. Si elle a été un magnifique cadeau, elle n’en était pas moins un espace de transition, comme le reste. Quels que soient les lieux de vie qui m’accueilleront à l’avenir, je souhaite qu’ils arrivent nourris par un contrat clair, celui de la charité. Je ne veux pas me contenter d’un loyer, même si ce dernier est offert. Je souhaite pouvoir honorer mon lieu de vie, l’aider à grandir, à s’enrichir dans le sens le plus profond du terme, avec les personnes qui y sont comme moi rattachés, qu’il s’agisse de propriétaires ou de voisins. Plusieurs de mes proches, c’est amusant, m’ont dit spontanément qu’un monastère serait idéal. Cela fait longtemps que j’y pense. En effet, c’est bien de silence, de soutien et de concentration dont j’ai besoin, mais quel monastère serait prêt à accueillir une personne comme moi, avec le projet qu’elle porte ? Quel lieu spirituel aurait envie de soutenir le type de service que j’ai choisi ? D’autant que mon travail demande une certaine infrastructure : connexion internet, un espace pour filmer, une aide dans l’organisation… bref, un certain environnement pas forcément très compatible avec un espace contemplatif. Mais qui sait ?

Voilà donc un petit tour de la question pour ce qui est de recevoir. Concernant le fait de donner, c’est nettement plus simple.

Mon objectif pour 2012 est de rendre lisibles et compréhensibles toutes ces années de recherche et de découvertes sur l’intelligence collective, avec bien sûr tout notre travail sur les monnaies libres. Au-delà d’un travail d’écriture classique, je me suis fixé un objectif plus ambitieux, et plus efficace aussi je crois. Il s’agit de créer entre 80 et 100 mini vidéos de 6, 12 ou 18 minutes, suivant les cas. Chaque vidéo explique un aspect, un thème particulier de l’intelligence collective et/ou des monnaies libres, dans le cadre du CIRI : holoptisme, objets-liens, économies asymétriques, langage des flux, streamscapes, économie de l’expérience, créatifs culturels, phéromones sémiotiques… voilà beaucoup de sujets tous plus passionnants les uns que les autres. Chaque fois qu’il s’agira de creuser, alors de nouvelles vidéos iront dans le détail. L’idée m’est venue après ma conférence TEDx à Paris en janvier 2011, sous forme de question : comment faire des conférences TED depuis chez soi ? Comment proposer une qualité au moins équivalente, avec beaucoup de valeur pour ceux qui regardent, tout cela depuis chez soi, sans monter sur scène, sans équipe de télé ? J’ai beaucoup travaillé sur ce concept ces derniers mois, la voie s’ouvre tout grand aujourd’hui.

Mon vœu le plus cher pour 2012 est donc de pouvoir créer tous ces contenus, et de les offrir. Le pari au bout ? Transformer la vision des monnaies libres en mouvement global que plus rien ne pourra arrêter. Mégalo ? Peut-être. Pourtant c’est toujours comme cela que les grands changements s’opèrent. Il suffit de voir toutes les salles dans lesquelles j’ai parlé, comment les gens n’attendent qu’une chose : se libérer de la dépendance que nous avons à l’argent, pour pouvoir enfin construire des sociétés fondées sur le mutualisme et non la seule compétition. C’est parfaitement possible aujourd’hui. C’est cette vision et ce mode opératoire qu’il est temps pour moi de partager clairement. La suite en découlera naturellement.


CREDITS :

Photo : Shelley Mags
Music : The Strange Case of Benjamin Button – Alexandre Desplat

 

21 Comments

  1. Charité, sacrifice, des mots doux à mes oreilles.
    dans le sens que vous êtes en train de découvrir, de redécouvrir de façon réelle, de façon incarnée.
    Il y a quelque temps que j’ai découvert votre existence, votre parcours, votre action J’éprouve beaucoup d’admiration pour vous et pour ce que vous avez mis en acte.
    Penser, dire et faire. Voilà
    Cohérence et sens.
    J’espère vous rencontrez.
    Evelyne
    Escusez peut-être que vous lirez deux fois le même message mais je ne sais pas si le premier est passé.

    • jf says:

      Merci Evelyne pour vos mots. Ils sont important pour moi car un chemin n’est utile que s’il est éclairé et accompagné par autrui. A vous rencontrer un jour.

  2. Thérèse31 says:

    Très intéressant votre désir de dépouillement. Très évangélique. Très utopique votre désir de “changer les autres” c’est-à-dire la société. Vous n’avez pas fini de vous changer vous-mêmes. Vous voulez encore faire passer des messages pour vous construire…c’est humain. C’est même utile. Quand vous saurez que Dieu a un dessein sur vous, ce sera plus simple. Vous vous abandonnerez entre ses mains. Je parle par expérience.

    • jf says:

      Merci beaucoup.

      • jf says:

        Rebonjour Thérèse. Je n’avais que peu de temps pour répondre à vos mots, aussi en suis-je resté au remerciement.

        Je comprends bien ce que vous dites. Vous savez, une fois que l’âme a su traverser et éclairer les épaisseurs (protectrices parfois) qui l’entourent, et qu’elle peut pleinement naître au monde, se manifester dans sa splendeur, sa liberté, alors l’état potentiel de sainteté, de bodhisattva, deviennent immédiatement accessibles. Mais lorsque l’on est venu servir son prochain, n’est-il pas aussi utile d’être comme le petit Poucet, et de laisser quelques cailloux derrière soi ? De prendre le temps, de baliser le chemin, d’en partager les impasses, les cols, les profondeurs, les vallées, les plateaux, les déserts et les forêts ? La joie du voyageur n’est-elle pas aussi de consigner son aventure et d’en offrir la substance à ceux qui voudront s’en inspirer ? Ce voyageur ne doit-il pas, à sa façon, aussi prendre soin des autres ?

        Tout ceci est peut-être déjà la marque d’un “abandon”, pour reprendre vos mots, dont je vous remercie encore.

  3. Laetitia K says:

    Dieu remis à jour peut s’appeler le flux…Il n’est pas besoin d’avoir “finit” de se changer mais d’être à sa place, Thérèse! puisque les changements sont l’essence même de la vie.
    Libre, dans les couloirs de réalités qui s’offrent et qui s’ouvrent à nous et libre d’y surfer! De toute façon, faire passer du signifiant nous change de facto, après, il y a ceux qui les font passer, et ceux pas.
    Aussi, les messages que les uns transmettent, et qui sont vu par d’autres, ne sont rendu visible que par ceux qui les regardent et sont l’expression subtile de vous même… 🙂
    Le dessein comme vous dites n’est pas dans ce sentiment incomplet, inexplorant, d’une “finitude”, mais bien dans ce voyage au coeur même de l’expérience du vivant.

    Dépouillement et sacrifice ne font pas bon ménage dans ma mémoire, aujourd’hui j’entend mieux la “dématérialisation”, aller à l’essentiel, le “don”, évidemment et le “collectif”.
    En bouddhisme (…) on trouve aussi cette notion, mais on changera de terminologie, on pourrait parler, plus que de sacrifice, de confiance; effectivement, le rapport au sacré ayant perdu ses lettres de noblesses, nous devons nous intéresser au plus prêt au langage, et peut être découvrir d’autres mots comme la détermination intérieure, qui rend visible ce dont elle à besoin?

    Jean-François je salut ta démarche, merci pour ce double support, très confortable, audio/lecture et ton courage.
    Tu aborde un segment presque tabou dans notre société, pour des êtres, contraints à cette esclavagisme des temps modernes, qui dit “travailler plus pour gagner plus”.
    Beaucoup de réticence dans l’acceptation de la compréhension de cette forme de sérendipité? Ou plus simplement dans ce voyage extraordinaire ou l’on est en connexion avec quelque chose qui échappe aux sens communs et qui pourtant est hyper vivant; ou l’on est en oeuvre: on travail pour une “cause”, et en mode flux “libre échange”. La providence est également un mot qui ne fait pas partis de la boite à outils de l’homme consumériste systémique. Je cherche un autre mot pour cette manifestation du vivant que j’expérimente.
    J’ai croisée il y a un temps l’intelligence “connective” et je crois que le coeur du sujet est aussi là, qu’en pense tu?
    Dans quelle région cherche tu à te poser? J’aime bien ton idée, parce j’y ai songée, et parce qu’en plus de matériels techniques, j’ai deux chats..
    Demain sera-il constitué d’agrégats de chercheurs et d’hyper connecteurs des temps modernes, qui à la manière de la formation des étoiles, créera un nouveau soleil, pour le coup on peut le dire, spirituel?

    Hâte de voir la suite de ton champs de recherche, que je suis dans la plus grande discrétion depuis, à vue, un ans, un ans et demi; opérer cette “transition” deviens un défit pour toute personne consciente et “responsable”: tout ceux qui n’ont qu’un poste de télévision à la place du cerveaux restent les seuls à l’ignorer.
    Je suis sur un spectre de segments, pour moi, complémentaires, dont celui des monnaies libres, mais sans aucune “production” blog ou écris pour l’instant.
    Quoi qu’il en soit je vais suivre avec toute mon attention ton travail, et je pense bien à toi pour trouver l’endroit absolument parfait et idéal, les conditions et les personnes, pour ta vie et ce que tu porte, et si par le plus grand des hasards, je pouvais contribuer en quoi que ce soit à ta démarche, j’en serais ravie.
    Merci de tout coeur. LK

    • jf says:

      Laetitia, je ne saurais te dire combien je suis touché par tes mots, et honoré que tu aies pris le temps de venir les coucher ici. Je te réponds au fil de tes propos.

      Je ne saurais que m’inscrire dans ce que tu partages avec Thérèse au début. C’est le paradoxe apparent du marcheur : s’il est obsédé par le sommet, il fait de sa marche un enfer. S’il n’a pas de sommet, sa marche est erratique. Quant à la téléportation vers le sommet, quel intérêt ? Quel service ? Que devient l’aventure, le verbe qui narre, qui inspire, qui fait de nous tous de grands artistes, même dans nos plus profondes errances ?

      Dépouillement, sacrifice, charité, providence… autant de mots qui nous viennent de la mystique chrétienne, et qui reprennent alors tout leur éclat et leur sens universel dès qu’on en a chassé la poussière du temps et décapé le goudron du matérialisme qui leur colle dessus. Et, oui, en bouddhisme, en hindouisme, comme dans toutes les traditions spirituelles, on retrouvera des mots, et mieux encore, ces mythes qui narrent l’aventure de l’âme dans sa multi-dimentionalité. A chaque fois, on en revient au même chemin initiatique, quelles qu’en soient les formes. C’est pourquoi j’aime tant les travaux de Joseph Campbell (http://fr.wikipedia.org/wiki/Joseph_Campbell), qui a si bien su mettre en avant le fait que, derrière un mythe amérindien, chrétien, juif, inuit ou aborigène, on retrouvait exactement les mêmes structures, les mêmes passages initiatiques.

      Un autre mot pour providence ? Le choix des mots est en soi toujours difficile : faut-il dépoussiérer l’ancien, lui redonner sa place, ou inventer un nouveau terme plus en accord avec les exigences de notre époque, et moins chargé émotionnellement ? J’aime beaucoup ce mot de “sérendipité”, que j’emploie souvent, qui est une “synchronicité en état de grâce”. Mais, au bout du compte, je retrouve tellement de joie avec les mots anciens, fussent-ils chrétiens, bouddhistes ou autres… Quant au mot charité, et ce dans un contexte “d’économie de charité”, il me semble tellement bien refléter ce que tu dis, dans ce libre échange où la matrice n’est plus la communauté locale, le pays, ni même la Terre, mais le Kosmos (au sens grec originel du terme).

      Quant au terme d’intelligence connective, tu as du l’entendre venant de Derrick de Kerckhove, auteur de “Connected intelligence”, que je connais bien. Cela met plus l’accent sur les réseaux, internet, et l’aspect plus ‘extérieur’ de la structure collective. Pour ma part, j’aime parler d’intelligence, de conscience et de sagesse collectives, cela me semble plus exact.

      Dans un autre registre, tu me demandes dans quelle région je souhaite me poser : idéalement en PACA, là où est mon petit garçon (cf http://noubel.fr/prochain-lieu-de-vie-et-de-travail/), et plus précisément aux alentours d’Avignon.

      Quant à ce que sera demain, là, c’est trop long à écrire, et c’est justement pourquoi il est bon que je me retire pour y consacrer le temps nécessaire 🙂

      Merci encore, Laetitia, pour tout le cœur et la profondeur de l’échange que tu viens d’ouvrir.

  4. Schrobiltgen Sophie says:

    Coucou Jean Francois
    oui a la charité et au don d’amour au sens ou tu le formule oui a la Providence
    je formule le vœu que tu te libères de ces d’êtres passées encombrantes pour n’avoir plus qu’a vivre l’instant présent
    je rends Grace de te connaitre et de savoir que tu œuvres dans ce monde pour offrir plus de sens a notre vie
    a ce jour je te soutiens en pensées et de tout mon cœur
    Sophie

    • jf says:

      Ah, ma chère Sophie, quelle joie de te lire ici ! Merci de ton soutien, et en espérant te revoir bientôt !

  5. Emmanuel44 says:

    Merci Jean-François pour ce très beau message sur ce que tu vis et proposes à chacun de nous. J’y retrouves des parcelles de ma démarche et je suis impatient de te rencontrer à Redon au mois de Décembre.
    D’ici là, en rapport avec ta quète d’un lieu de vie (si c’est toujours d’actualité) ma maison est assez spacieuse pour t’accueillir toi et ton fils et te permettre tes activités numériques…, le garde manger sur la terrasse supporte le partage et est exclusivement bio en provenance du circuit court Il s’y passe déjà des choses souvent en lien avec l’Amap du quartier…Oui mais voilà elle est à Nantes alors cela sera t-il dans ton cadre? Je l’espère.
    A bientôt

    • jf says:

      Bonjour Emmanuel, comme je suis touché par ce que tu écris. Quelle belle proposition tu me fais-là, alors que tu ne sais pas encore quel genre de loustic je puis être 🙂
      Malheureusement Nantes m’éloigne bien trop de mon petit garçon, avec qui la proximité est encore, pour les années qui suivent, un élément essentiel de notre relation et de ce que nous nous apportons mutuellement.
      Je suis en tout cas profondément touché par ton offre, et je me réjouis de te retrouver dans notre séminaire de décembre !

  6. Laetitia K says:

    Ah mais ça vas pas ça! Si tu lui donne la soluc, comment vas t-il faire pour en trouver une, et donc ouvrir la voie pour les autres, créer une possibilité sur ce type de format? M’enfin!! :))

  7. Joel Brugalieres says:

    Bonjour Jean François

    je ne vais pas m’étendre sur l’admiration et l’attrait que suscite chez moi ton parcours. Ce qui compte, c’est ce que je vais en faire au delà du discours.
    Je peux probablement t’aider en prenant en charge une partie de tes dettes pour te permettre d’avancer plus vite vers ce qui est bon pour toi, et donc bon pour nous tous.
    C’est bien le minimum que je puisse faire. Quelque part, c’est une façon de vivre, au travers de toi, en t’aidant, mon propre projet latent. Une sorte de procuration, j’en suis conscient. Mais c’est là où j’en suis. Si c’est acceptable pour toi, dis-moi comment faire. Comment dois-je/puis-je faire?
    Merci pour tout et de tout coeur avec toi.

    Joël

    • jf says:

      Bonjour Joël,

      Je suis profondément touché par tes mots, par la vision de la chaîne du service que nous pouvons nous rendre et que tu veux affirmer de manière concrète, au-delà du discours écris-tu. Et pour autant, je ressens au fond de moi un trouble concernant mes dettes résiduelles. Certes elles ne sont pas énormes (je ne vais pas les grossir artificiellement), mais elles sont bien là. Est-ce parce que j’ai voulu aller trop vite et que, pressé par les échéances des projets en cours, je n’ai pas bien clôturé ma vie passée ? Sont-elles là parce que je n’ai pas été assez radical dans la première phase de ma transition ? Probablement les deux. Toujours est-il que c’est une zone en demi-teinte où je ne me sens pas à 100% clair. Dois-je laisser autrui assumer une partie de mes erreurs, de mes zones grises ? Oui d’un côté, car rien n’est parfait, mon chemin contient forcément des erreurs et tâtonnements, et surtout cela me permet d’avancer sur le projet 2012. Non de l’autre car c’est à moi d’assumer mes erreurs et tâtonnements. Tu vois, je ne sais quoi te répondre. Le mieux que je puisse faire en cet instant c’est de partager mes questions et mon contexte présent, avec un point d’interrogation au bout. Finalement, je crois que c’est peut-être tout simplement à toi de décider ce qui te semble juste, ce que ton cœur a envie de dire. Je m’en remettrai complètement à ton jugement.

      Et quelle que soit ta décision, un grand grand merci du fond du cœur !

  8. Marie says:

    Bonjour, et merci ! ta démarche est inspirante et essentielle dans tout les sens du terme.

    Je souhaite me libérer de mes peurs pour suivre ton chemin, et le plus vite sera le mieux, mais je me sens encore trop jeune pour l’entreprendre (26ans), j’ai trop besoin d’unifier mes facettes intérieures avant (il me semble) d’entreprendre ce merveilleux voyage car la peur prend encore trop souvent la place, et contrôlerais mes actes bien trop facilement. Mais peut- être qu’il suffit de franchir le pas, pour mettre la machine en place ?

    Quoi qu’il en soit, en attendant de pouvoir vivre comme cela, je voudrais t’apporter mon modeste soutient et toute ma gratitude.

    Je n’ai pas de moyens financier, mais j’ai d’autres richesse, comme une maison qui peut t’accueillir pour un séminaire ou un autre court laps de temps en belgique (de quelques jours a quelques semaines) si besoin un jour. Et j’aimerais aussi aider à voir naître les monnaies libre en belgique. feras-tu un séminaire dans le coin ? J’ai pas mal d’amis qui seraient intéressés.

    Aussi J’attends avec impatience les mise a jour du iric, pour avoir plus d’informations sur cette idée merveilleuse que sont les monnaies libres, bien qu’encore floue à ma compréhension (de plus je ne suis pas très doué en anglais). Car si les gens ont encore peur de se lancer sans filet comme tu le fait, je pense que l’idée des monnaies libres est plus rassurante pour la plupart, et les mèneras sans doute a une plus grande compréhension du flux du monde.

    Dernière chose, je suis infographiste, spécialisée dans le pré-presse. Si tu as besoin d’aide en la matière, je ferais de mon mieux pour t’aider car j’ai à coeur de faire passer l’information de façon claire a un maximum de gens.

    • jf says:

      Chère Marie,

      Je suis empli de gratitude par tes mots. Il faut du courage pour voir ses peurs en face, savoir les partager et se dire qu’un jour on les surmontera.

      Tu évoques ton âge… je crois que l’âge a peu à voir dans ces histoires. Tout se ramène, à mon humble avis, à une question de courage. Je connais bien des personnes “mûres” totalement emprisonnées dans leurs peurs. Et tant de personnes de 40-50 ans empêtrées dans les mauvais contrats qu’elles ont passé dans la vie (mauvais mariage, boulot pas épanouissant, emprunt pour payer la maison…). A ces personnes aussi il faut du courage pour tout remettre à plat. A chaque période ses challenges.

      Je me rappelle étant petit de mes peurs de l’eau. Se jeter dans l’eau… terrifiant ! Puis plus tard : sauter du 3 mètres… la fin du monde ! Comme tous, j’ai appris à nager et à avancer dans la vie parce qu’à un moment, on devient plus fort que la peur. Si on attend que la peur soit partie pour agir, on peut attendre longtemps. En fait, du haut du plongeoir, c’est une autre voix que l’on écoute, un petit murmur au milieux d’autres voix qui crient “n’y vas pas !”. Cette petite voix est celle de l’être intérieur que l’on sait vouloir devenir à l’extérieur. Comme si elle avait toujours été là, graine dans la gangue du corps, telle que notre âme l’a façonnée. Le reste, ce sont des étapes et du déroulé… avec des moments en haut du plongeoir 🙂 Alors oui, le vœu de richesse, vivre de charité, et bien d’autres choix pour moi relèvent d’un saut dans le vide. Ils sont nourris d’une inébranlable connaissance intérieure sur la nature du monde, et sur l’expérience que la mort, aussi impressionnante soit-elle, n’est qu’une transformation. Ainsi apprend-on à ne plus redouter les transformations. Par contre nul besoin de faire toujours des grands sauts. La façon dont nous avançons est plutôt une affaire de personnalité, de style. Certaines personnes avancent bien en faisant de nombreux petits pas. D’autres attendent plus longtemps, mais fonctionnent par bonds, ce qui serait plutôt mon cas. L’essentiel est d’avancer, de ne jamais stagner.

      Finalement tout, absolument tout, nous ramène au courage, me semble-t-il. Le courage de voir les choses en faces, le courage de sauter dans le vide, le courage d’aimer, le courage de vivre pleinement, le courage de savoir dire de vrais non pour pouvoir dire de vrais oui.

      Marie, je suis également honoré par ton offre d’accueil, fut-elle pour moi ou pour un séminaire. Figure-toi que je rentre à peine de Belgique où j’ai donné un séminaire d’intelligence collective. Un autre est prévu en avril 2012, il sera annoncé sur le site du CIRI quand nous aurons les dates finales. Et qui sait si un jour quelque chose ne sera pas organisé chez toi si tu le désires…

      Quant à tes talents d’infographiste, ils sont du pain béni pour moi, pour nous tous. Tu as dû voir que mon blog, tout comme le site du CIRI, sont réalisés de façon amateur. Ce n’est pas qu’il y a des tonnes de travail, mais la présence d’une personne professionnelle comme toi ferait toute la différence. Nous aurions déjà pu faire appel à des infographistes, mais nous cherchons une personne qui fonctionne dans le même espace de conscience que nous, qui comprenne le sens profond de la démarche que nous avons et du service qui s’en suit. Nous ne voulons pas d’une personne qui exécute, mais d’une personne qui aille chercher son art jusqu’au bout d’elle même pour donner le meilleur au monde. C’est ce que nous essayons de faire les uns les autres dans notre pratique intégrale. Peut-être une façon de commencer l’aventure ensemble ?

      J’apprécie beaucoup le caractère concret de ta recherche et de tes offres. Il est tellement plus facile d’adhérer à des idées !

      Merci d’être qui tu es.

      Jean-François

      PS : je t’envoie un mail avec mes coordonnées directes pour la suite plus personnelle de nos échanges.

      • Marie says:

        Effectivement, le courage ! Je crois que ma “graine” l’avais sur le bout de la langue, merci, et bien en avant pour l’aventure alors. J’ai déja commencé, et je crois que moi c’est petit à petit que j’avance.

        Je serais ravie de collaborer du mieux que je peut à ce projet.

        Marie

  9. vivienda en Fuensalida says:

    I like the helpful info you provide in your articles.
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