L’argent, une technologie devenue toxique

12 minutes d’une vidéo prise à la volée dans laquelle je vous dis pourquoi je considère l’argent comme une technologie non seulement obsolète, mais qui s’avère aujourd’hui toxique et parfaitement à l’opposé de la société que nous voulons construire aujourd’hui. Je vous parlerai en particulier de l’effet Pareto, du lien avec l’intelligence collective pyramidale, du consumérisme comme dommage collatéral.

 

 


Trois raisons pour lesquelles je ne crois pas à la COP 21

Voici une petite vidéo faite à la volée la veille d’un départ en voyage, le 1er décembre 2015. Veuillez m’excuser pour sa mauvaise qualité. J’ai jugé plus important de partager quelques points de vue au fil de l’actualité que d’attendre les conditions pour un bon tournage et montage.

En résumé :

    1. L’intelligence collective pyramidale s’avère totalement incapable de gérer la complexité du monde d’aujourd’hui. Pire, elle l’a créée, donc seul un système social plus vaste, plus embrassant, plus conscient et plus intelligent peut prendre le relai. Cela participe de l’évolution du vivant.
    2. Nous évoluons dans un monde à conscience encore majoritairement socio-centrée. L’intelligence collective pyramidale se construit sur ce type de conscience. En même temps, nous voyons un mouvement global s’opérer vers une conscience mondo-centrée, qui ne peut reposer sur l’intelligence collective pyramidale, et qui, de fait, donne naissance à la forme suivante : l’intelligence collective holomidale. En attendant, nos chefs d’Etat et dirigeants vivent par la conscience socio-centrée et ne peuvent en conséquence incarner l’avenir, même s’ils le voulaient.
    3. L’argent s’avère une technologie ad hoc pour l’intelligence collective pyramidale. Ca a servi ces derniers milliers d’années. Mais pour une économie systémique, durable, intégrale, à la fois locale et globale, fondée sur les systèmes ouverts, l’open source, l’open innovation, l’argent devient toxique et tout à fait inadéquat. On ne pourra jamais résoudre les enjeux de la COP 21 avec la technologie argent. Il nous faut donc passer aux technologies post-argent.

Non aux gaz à effet de s...

 


Quand les BonnesGueules me font causer…

Je voudrais ici une fois de plus saluer et remercier les BonneGueules, dont j’ai déjà abondamment parlé dans cet article. Ils continuent leur irrésistible progression, avec sérieux, humour, ingéniosité et pugnacité. Et en plus, ils se permettent d’interviewer un zozo comme moi et de mettre cet échange sur leur site, ce qui traduit leur ouverture d’esprit, leur curiosité et leur accueil.

Merci Benoît et Geoffrey, vous me faites beaucoup d’honneur et j’espère toujours m’en montrer digne !

 

⬇️ Cliquez pour voir l’interview ⬇️

Interview Jean-François Noubel par Benoît de BonneGueule

 

 


L’économie du don

 

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En septembre 2011, j’ai fait le grand saut : vivre dans l’économie du don. A 100%. Quelques années ont passé, avec beaucoup d’aventures sur des mers tantôt calmes tantôt venteuses, et surtout une belle expérience acquise que j’ai plaisir à partager dans la série d’articles qui va suivre. J’espère que cela répondra aussi, en partie du moins, aux nombreux courriers que je reçois. Beaucoup de personnes s’interrogent, certaines aimeraient vivre cette expérience de manière partielle ou complète, ce qui demande beaucoup de technicité. L’économie du don ne s’improvise pas.

Justement, ce premier article se veut tout d’abord “technique”. Il pose les bases et les concepts clés de l’économie du don. Par la suite, je pourrai vous parler de mon vécu plus personnel, de mes échecs et de mes réussites, des choses apprises et des questions que cela soulève aujourd’hui.

Mais commençons par le commencement…

Qu’appelle-t-on l’économie du don ?

L’économie du don implique qu’une personne A offre une richesse à une personne B, sans que cette personne B ait à donner une contrepartie ou se sente en dette vis-à-vis de A.

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Naïfs les Schtroumpfs ? Pas tant que ça. Lisez “Le Schtroumpf financier”, remarquable !

On dit souvent qu’on donne sans attente et sans compter… Rien de plus faux. Le don implique certes qu’il n’y ait pas de contrepartie demandée (contrairement à l’économie de marché) ni de dette, cependant il y a toujours un contexte dans lequel un don s’effectue. Une fête, un anniversaire, l’envie d’aider, un geste d’amour, une transmission entre générations, la vie sociale dans un village, un acte médical… autant de contextes qui déterminent la nature du don, sa qualité comme sa quantité. On ne donne donc pas n’importe quoi à n’importe qui et n’importe quand. Si je vis dans un village, je peux décider d’aider mon voisin à réparer son toit, vais-je pour autant lui offrir ma maison ? J’offre un livre à mon ami pour son anniversaire, mais vais-je lui offrir 1 million d’euros pour peu que je les aie ? Pour mon enfant, par contre, j’offre ma vie et mon temps sans compter. A l’hôpital, je donne mon sang, sur couchsurfing j’offre le gîte au voyageur. Il existe des circonstances où l’on peut sacrifier sa vie pour d’autres, par amour, par idéologie, par acte de guerre ou de paix, par acte de foi. Si je meurs, je peux aussi offrir mes organes. On peut également donner son temps pour une cause… Chaque exemple que je viens de citer montre l’importance du contexte quant à la nature du don. Il ne faut jamais ignorer le contexte.

L’économie de marché

schtroumpf_financier_vente_pain_800x388L’économie de marché implique ce qu’on appelle la condition de contrepartie. A donne une richesse à B à condition que B retourne une richesse équivalente, sinon la transaction ne se fait pas. Notons que l’économie de marché inclut aussi le troc. Les deux protagonistes doivent tomber d’accord sur l’équivalence des richesses qu’ils s’échangent, ce qui peut donner lieu à de la négociation ou du marchandage. Le prix final, ou la nature de l’accord final en cas de troc, se détermine par l’équilibre des tensions.

L’économie de marché peut se dérouler avec ou sans monnaie. Si elle se déroule avec une monnaie, cette dernière peut exister sous forme d’argent (le type de monnaie que nous connaissons fondé sur la dette, et dans lequel nous avons grandi), ou avec d’autres formes monétaires qui restent à inventer (voir “Vers la société post-argent“). Si l’on utilise l’argent, alors il s’agit de ce qu’on appelle une monnaie rare. La rareté va alors attiser la compétition, la thésaurisation, la concentration des richesses et des pouvoirs. L’argent constitue une technologie appropriée pour une société humaine à intelligence collective pyramidale qui, justement, s’élabore sur une économie de marché, la compétition et la rareté. J’anticipe que le passage à l’intelligence collective holomidale s’opérera avec la naissance de technologies post-argent qui favoriseront le partage et la coopération, sans pour autant ôter les bénéfices que la compétition peut apporter lorsqu’elle s’avère fertile.

La langue de l’économie du don

Jargon financier (anglais)Nous grandissons, nous vivons, nous mangeons, nous dormons et rêvons dans le paradigme de l’économie de marché. Ce dernier constitue notre paysage quotidien que nous décrivons au moyen de centaines de mots, termes et concepts : achat, vente, remise, marge, chiffre d’affaires, impôts, travail, salaire, charges, bénéfices, pertes, intérêt, crédit, propriété, actions, parts, dette, emprunt, taux, parité, bons, monnaie, argent, billets, cartes de crédit, payant, gratuit, ROI, levier, loyer, thésaurisation, investissement, amortissement, EBITDA, OPA, Bourse, valeurs, obligations, OPCVM, liquidités, spéculation, produits dérivés, broker, trading, coûts de latence, data snooping, et tant d’autres…

De combien de mots disposons-nous pour qualifier l’économie du don ?

De moins d’une dizaine, imprécis et flous pour la plupart. Ils ont même une connotation de gentils Bisounours (ou Schtroumpfs) idéalistes. Les articles qu’on trouve ci et là sur le sujet, y compris dans wikipedia, trahissent bien ce flou et le manque d’expérience théorique et pratique des auteurs. Imprécis et vagues, ils empruntent leurs mots à l’économie de marché. Par exemple on parle d’échange alors qu’il s’agit de don, et l’on confond sans complexe don et gratuité. Les “experts” sur le sujet vont même jusqu’à évoquer la notion de don et contre-don, tellement l’esprit ne peut s’échapper du marché et de la dette.

Cette confusion atteint son paroxysme dans le mot “richesse” ou “riche”. Si je désigne une personne comme riche, tout le monde pensera à son compte en banque. Qui pensera à la richesse la plus essentielle, celle du bonheur, celle de la réalisation de soi, celle de la qualité de ses relations ? Dans la plupart des cultures modernes, on mélange riche et argent. Les conséquences de cette confusion ontologique me paraissent profondément destructrices sur les plans social et psychique.

Pour vous donner une image quant à notre manque de vocabulaire, nous nous comportons face à l’économie du don comme des fabricants d’automobiles tentant de décrire un avion. Même s’il y a des intersections, le vocabulaire et les concepts de la mécanique automobile ne permettront jamais de décrire un avion, encore moins de le faire voler. Il faut développer une nouvelle science, celle de l’aéronautique, avec ses noms, ses lois, ses formules, ses définitions. De la même façon, jamais le langage de l’économie de marché ne permettra de décrire et de faire marcher l’économie du don. Il nous faut une “science” de l’économie du don et, de manière plus large, une science économique qui transcende celle de l’argent et de la dette qui prédomine aujourd’hui.

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Pourtant l’économie du don offre un éventail de possibilités bien supérieur à celui de l’économie de marché, un peu comme l’aviation par rapport à l’automobile où l’on passe à la 3D par rapport à la 2D. L’économie du don permet de construire plus de richesses, elle porte une multidimensionnalité qu’on ne trouve pas ailleurs, elle offre un modèle sociétal plus holistique et plus intégratif de l’individu dans le collectif et du collectif dans l’individu. Mais tant que nous n’aurons pas de langage pour la décrire et la faire fonctionner autrement qu’en petits comités, l’économie du don n’aura aucune chance d’exister à grande échelle.

Il y a donc tout à inventer pour décrire ce paradigme, ses mécanismes, son ingénierie sociale, son infrastructure technique. Une des tâches premières de mon aventure consiste donc à poser des mots, des définitions et des concepts précis pour décrire cette autre réalité.

Quelques termes pour commencer…

Le mini glossaire ci-dessous vous donnera des définitions telles que je les utilise dans le contexte de l’intelligence collective, discipline qui inclut, bien sûr, la question des monnaies et des technologies de la richesse.

Economie La gestion et régulation de la richesse. Cette définition va bien au-delà, et de manière plus universelle, que la “production, la distribution, l’échange et la consommation de biens et de services”, comme l’indique wikipedia. Le Larousse, lui, emploie le terme de “richesses” plutôt que de “services”, mais reste également cantonné dans les notions de “production, distribution, échange et consommation”, ce qui implicitement nous enferme dans les richesses uniquement matérielles. Dans la définition que je donne à l’économie, on parle de richesses au sens le plus large possible, ce qui inclut des richesses non matérielles. Pour distinguer ce terme de son sens ancien, je parle également de richesse intégrale.
Economie du don Economie fonctionnant sur l’acte d’offrir et d’accueillir sans condition de contrepartie ou de dette.
Economie de marché Economie fonctionnant sur la condition de contrepartie et de la dette, celle de donner une richesse équivalente à ce que l’on reçoit, sans quoi l’échange n’a pas lieu.
Don “Don” ne veut pas dire “échange”. Si, en donnant quelque chose, vous attendez quelque chose en retour (un autre “cadeau”, de la considération, de l’amour, de la réputation…), alors vous opérez dans une dynamique différente de celle du don. De même, si lorsqu’on vous offre quelque chose, vous vous sentez en dette, alors vous continuez d’opérer dans une forme d’échange. Don veut dire donner ou recevoir sans contrepartie.­ Pensez contexte. Quel contexte fait que vous offrez ou recevez ? Clarifiez cela avec vos pairs et avec vous-même.
Gratitude La gratitude et la reconnaissance constituent la clé de voûte de l’économie du don. J’aime ce terme anglais (et nouveau) de giftism, difficile à traduire en français. Vous pouvez recevoir un cadeau et avoir envie de manifester votre gratitude, qu’il s’agisse de dire “merci” ou d’offrir un autre cadeau. J’insiste : il ne s’agit absolument pas d’un échange.
Holoptisme Venant des racines grecques holos (tout) et optikè (voir), l’holoptisme implique “voir le tout”. Imaginez-vous en train de jouer un sport d’équipe. Vous avez constamment accès au “tout”, à savoir ce qui ce passe au niveau holistique sur le terrain. Vous voyez votre équipe en tant qu’entité vivante, ainsi que celle adverse. D’ailleurs, ce qui fait un bon joueur vient autant de sa capacité technique à jouer le ballon que de sa qualité “d’holopticien”, celle de comprendre et de voir ce tout. Cela demande un certain entraînement. Maintenant imaginez-vous vivre dans un petit village. Vous savez ce que vous pouvez offrir et recevoir, car vous avez sans cesse accès à ce tout. Vous sentez l’équilibre des choses, ce que vous pouvez donner et ne pas donner. Vous sentez si une action va non seulement aider une personne, mais aussi contribuer à la richesse générale, richesse dont vous allez bénéficier. L’holoptisme offre cette extraordinaire propriété qui relie l’individu au tout, et le tout à l’individu, permettant un dialogue et des ajustements permanents. Il rend possible l’économie du don (tel qu’expliqué plus bas). Voir définition plus avancée en anglais.
Gratuit / payant Ces mots n’appartiennent pas au langage de l’économie du don. Ils appartiennent à l’économie de marché pour distinguer ce que l’on paie de ce qui se transmet “sans payer” (souvent pour acheter autre chose derrière). Mais j’insiste — et je sais que ça prend beaucoup de temps à intégrer — don ne veut pas dire gratuit. Don veut dire… don. Le don engage des efforts, des manifestations de tout un tas de richesses immatérielles pour qu’il puisse s’opérer. On ne donne pas sans ce fameux contexte dont je vous parlais plus haut. Par exemple, lorsqu’une entreprise me demande de l’aider, je pose des conditions très strictes pour le contexte (j’en parlerai plus en détail). Pour autant je ne leur demande pas de me payer ou me donner quelque chose en échange.
Richesse Tout ce qui nous rapproche du Beau, du Bon, du Vrai. Voir conférences sur le sujet (en anglais).
Richesse intégrale La richesse intégrale inclut toutes les formes de richesse : mobile, mesurable, ordonable et énonçable. Voir conférences sur le sujet (en anglais).

L’holoptisme comme condition de l’économie du don

Il faut en effet que l’individu ait une perception claire de la communauté dans laquelle il évolue pour bien ressentir ce qu’il peut donner et recevoir.

L’économie du don se pratique de manière naturelle en contexte d’intelligence collective originelle (village, équipe de sport, groupe de jazz, famille…), celle du petit groupe où tout le monde se voit et se perçoit. Lorsque je donne ou je reçois, je sais l’impact que cela a pour moi comme pour le collectif auquel j’appartiens, ce que permet l’holoptisme. L’holoptisme existe comme propriété naturelle à petite échelle ; la nature nous a en effet dotés d’un système d’information biologique — nos sens et notre cerveau actuels — qui nous permet de voir le collectif dans lequel nous évoluons. Plutôt qu’une vision primaire comme celle d’un objet physique, il s’agit d’une représentation, d’une construction complexe qui s’élabore dans notre espace cognitif. La plupart des mammifères, ainsi que certains oiseaux migrateurs, possèdent cette faculté. Ce qui fait d’ailleurs un bon joueur dans une équipe de sport tient autant à sa capacité de bien jouer le ballon qu’à celle de se représenter le tout dans son esprit. Cela lui permet ainsi de construire des actions symbiotiques avec l’équipe, actions que l’on peut voir comme des formes de dons offerts et reçus (on ne se “facture” pas les km courus ou les efforts investis).

Il n’existe donc pas d’économie du don sans holoptisme.

De l’holoptisme au panoptisme, vers l’économie de marché

Peinture murale de la tombe de Djehutihotep
Peinture murale de la tombe de Djehutihotep

Quand on devient trop nombreux et en distance les uns par rapport aux autres, on perd l’holoptisme, on passe au panoptisme, qui se traduit par des mécanismes centralisés et pyramidaux de contrôle et de régulation. Imaginez la société comme une montagne. Ceux d’en-haut voient tout mais sans le détail, ceux d’en-bas voient le détail mais sans la vision d’ensemble, avec tous les intermédiaires entre les deux. La société panoptique, qui caractérise l’intelligence collective pyramidale, se construit avec des presbytes et des myopes. Cette cécité relative nous fait donc perdre l’holoptisme, par conséquence, notre capacité naturelle à vivre dans le don.

L’économie de marché s’inscrit dans cette évolution, à l’arrivée de l’intelligence collective pyramidale. Son avènement a permis à de grands collectifs de s’organiser, à des civilisations entières de naître, avec leurs castes, leurs classes sociales, leurs pouvoirs centralisés, leurs chaines de commandement. La monnaie a rendu possible la circulation de richesses à grande échelle, où l’équilibre économique se maintient par le marché, la condition de contrepartie lors de chaque échange.

L’économie de marché s’étend bien au-delà de notre perception sensorielle immédiate ; le village devient ville, pays, continent, planète. Macro, conceptuelle, abstraite, immense, transcendante, trop vaste pour l’esprit individuel, maintes théories ont tenté de démontrer que l’économie de marché jouissait de son propre équilibre. On lui prête la fameuse “main invisible” qui régule et arrange tout. On a là toutes les caractéristiques d’un égrégore, sinon d’une religion. Mais plus pragmatiquement, derrière la main invisible, on trouve surtout des pouvoirs concentrés dans les mains de quelques uns, à des échelles dont très peu de gens ont idée. Qui réalise aujourd’hui le niveau de concentration des richesses et du pouvoir ? Cela dépasse l’imagination. L’économie de marché fondée sur l’argent rare constitue l’ADN de l’intelligence collective pyramidale. Sans cette dynamique, cette dernière ne saurait exister. Nos Etats, nos constitutions actuelles, les Droits de l’Homme, se fondent sur ces notions culturelles de propriété, du travail, du marché, signatures de l’intelligence collective pyramidale. Tout un paradigme qui se revendique, à tort me semble-t-il, du “droit naturel”.

Si elle a incontestablement représenté une étape nécessaire dans l’évolution de l’Homme, l’économie de marché fondée sur l’argent rare montre aujourd’hui non seulement ses limites, mais ses aspects toxiques et destructeurs pour la vie et la planète. Toutes les richesses ne se vendent pas et ne s’achètent pas, loin s’en faut, et l’on ne saurait réduire le mot “richesse” aux seules commodités matérielles. Ajoutons que les flux de la vie sur terre — ressources, énergie — ne peuvent simplement se contenter de suivre les routes du marché et de l’argent qui convergent toutes vers les mégapoles et les grands centres économiques. La vie a besoin de suivre ses propres flux, plus complexes et holistiques. L’Humain n’a donc d’autre alternative que de passer à l’étape suivante — probablement l’espèce suivante — qui construira sa réalité sur une nouvelle langue constitutive d’une nouvelle réalité, la langue des flux et de la richesse intégrale. Ce à quoi j’œuvre, avec passion et patience. Mais j’ai conscience de sur-simplifier ici, alors que cela demanderait de longues explications, étape par étape.

Et quelques rectifications…

A la marge, l’économie du don ?

Cela paraîtra étrange à certains, mais l’économie du don constitue la première forme d’économie que nous apprenons, la plus ancienne et la plus naturelle. Elle commence par la famille où, que je sache, on ne se facture pas ce que l’on donne et ce que l’on reçoit. Elle se prolonge ensuite dans la communauté étendue, le village, l’école, l’équipe de sport, les amis… L’économie du don constitue la forme sociale la plus ancienne que nous connaissons, celle dans laquelle nos structures cognitives et relationnelles opèrent le mieux. Nous allons voir pourquoi.

La majorité des gens pensent que l’économie du don vit à la marge de l’économie de marché. Pire : ils croient que le don peut exister grâce au dynamisme du marché. Faisons de la croissance, gagnons beaucoup d’argent, on pourra ainsi en offrir au travers d’actions caritatives… De même, la solidarité sociale (impôts, sécurité sociale…) ne se fonde-t-elle pas sur l’économie de marché ?

Il y a une terrifiante erreur derrière ces croyances. On peut la pardonner du fait que tout le monde vit dans la petite bulle du marché où chacun voit midi à la porte de sa boutique. La pardonner, sans pour autant l’accepter.

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“Que pensez-vous d’un compromis ? Nous gardons la terre, le droit aux gisements, aux ressources naturelles, au bois, et nous vous reconnaissons comme leurs propriétaires traditionnels.”

En fait, l’économie de marché vit grâce à l’économie du don. L’économie de marché existe parce que les arbres offrent leurs fruits, parce que la terre offre ses ressources et que les hommes se les approprient, parce que un jour, des hommes ont débarqué dans des lieux nouveaux et les ont déclarés leur propriété, parce que des hommes et des organisations se déclarent également propriétaires de ce qu’ils découvrent (recherche, données, processus, etc). L’économie de marché représente une toute petite portion de l’économie en général, pour peu que l’on définisse l’économie comme la gestion et la régulation de la richesse (et non la gestion de la rareté). On peut examiner cela sous tous les angles, il y a toujours un vol originel qui, un jour, a rendu possible le marché. On s’approprie, puis on vend.

Je n’ai pas de jugement sur ce “vol originel” ou cette “appropriation”. Je crois simplement qu’il faut en comprendre honnêtement l’existence et la dynamique comme une phase de l’histoire et de l’évolution. Une conscience plus évoluée y voit des archaïsmes qu’il faut quitter aujourd’hui.

 

Sans argent, l’économie du don ?

Ca, je l’entends tout le temps : “vous vivez dans l’économie du don, ça veut dire que vous n’utilisez pas d’argent ?“. Faux, cela n’a rien à voir. L’argent représente une richesse comme les autres que l’on peut offrir et recevoir comme don. Aussi l’argent que j’utilise aujourd’hui vient-il exclusivement de dons, je ne le gagne pas, au sens de le conquérir par une vente ou une négociation. Il vient par gratitude, et cela enchante mon cœur.

Gratuite, l’économie du don ?

Faux aussi, tel que précisé dans les définitions plus haut. Gratuit et payant appartiennent au paradigme de l’économie de marché. Lorsque la vente et l’achat disparaissent, la dualité gratuit-payant disparaît aussi.

Pourtant, j’entends les gens qui s’essaient à l’économie du don dire qu’ils font les choses “gratuitement”. Ils se font mal et ils font mal aux richesses qu’ils offrent en les dévaluant. Donner implique de savoir clarifier le contexte, celui dont je parlais plus haut. Si vous donnez ou recevez, faites-le dans un contexte toujours clair pour vous comme pour autrui. Si vous voulez opérer dans l’économie du don, débarrassez-vous impérativement des mots “gratuit” et “payant”.

Confiture pour les …?

Père Noël chevauchant un cochonPour reprendre l’expression consacrée, j’ai vu trop de gens s’épuiser en donnant de la confiture aux cochons (et Dieu sait que j’adore les cochons, ces êtres sensibles que l’on massacre sans complexes). En offrant, et offrant encore, ils se font plaisir à eux-mêmes (les gens, pas les cochons), ils suivent une idéation d’un monde qui a besoin d’eux, ce qui flatte leur ego. Cette illusion se termine un jour ou l’autre par un état moral lamentable, où l’on se sent épuisé, incompris, en mal de reconnaissance, face à un monde ingrat. Cette posture de la générosité inconsciente ou compulsive incarne le syndrome du féminin, qui donne, donne, donne, jusqu’à épuisement, sans que les “bouches” voraces autour s’aperçoivent de la situation. Faut-il le préciser, le pendant opposé de ce syndrome féminin — le syndrome masculin — se rencontre dans l’obsession de conquête et de possession qui caractérise l’économie de marché au travers de l’argent rare.

Autrement dit, l’économie du don demande autant de pratiquer l’empathie et le soin — le féminin — que la rigueur et la pratique des limites — le masculin. Il faut apprendre à donner et recevoir en conscience, ce qui nous ramène, une fois encore, à la clarté du contexte.

Quid à grande échelle ?

Jusqu’à présent, nous ne pouvions pas développer l’économie du don à grande échelle car nous ne savions pas comment créer de l’holoptisme à grande échelle. Mais ces dernières années, l’arrivée d’internet, des médias sociaux, des socialwares et communitywares a démontré que des grands collectifs fondés sur l’économie du don pouvaient exister. Quelques exemples : wikipedia, couchsurfing, freecycle, thingiverse, et bien sûr de nombreux MMOGs qui ouvrent la voie vers la ludification. Jouez à Ingress par exemple, et vous comprendrez.

Les technologies post-argent sur lesquelles j’œuvre avec d’autres transcendent en fait la dualité don / marché. Elles permettront à tout collectif, petit ou grand, local ou global, de définir ses propres outils pour organiser, partager, produire sa richesse, en mode marché ou don. Utopique cette biodiversité économique ? Expliquez-moi alors comment fonctionne internet sinon sur une immense biodiversité de technologies permettant d’organiser l’expérience humaine ?

 

Voilà pour les grandes lignes. Dans mon prochain article, je vous parlerai de mon parcours plus personnel. A très vite !

 

schtroump_financier_riche_839x374Schtroumpf financier tout seul

 

 

 


Comment j’ai fini par devenir inutile

Chat blanc en train de dormir

Ce titre annonce-t-il un constat d’échec me concernant ? Pas du tout. Il y a quelques années, j’ai pris la décision de devenir inutile.

Complètement inutile.

Je veux dire par là inutilisable. Personne, pas même moi, ne peut m’utiliser comme outil, instrument, servant ou maître, groupie ou gourou, employé ou patron. Les rôles et les fonctions ne s’appliquent pas à une personne inutile.

En tant que personne inutile, je n’ai pas de planète à sauver, de cause pour laquelle me battre, d’ennemi à combattre. Je n’ai pas d’obligations morales, de responsabilités, de devoirs.

Les gens disent qu’il faut “gagner sa vie”. Mon papa et ma maman m’ont dit ça (et ils continuent). Mes grands-parents également, il y a longtemps. De même que mes profs à l’école, mon coiffeur, le gars de la station service et nos animaux politiques à la télé. Pour autant que je sache, ma vie, je l’ai gagnée à la naissance. Pourquoi devrais-je la gagner encore et encore ? Pourquoi devrais-je engager des actions spéciales telles qu’avoir un boulot pour m’acheter le droit de vivre ? Aujourd’hui je n’ai aucun travail, aucun poste, aucun titre, aucun statut social. Mon CV a fini à la poubelle. Quelle délicieuse libération !

Vous trouvez cela choquant ? Alors dites-moi pourquoi nous avons des chats et des chiens ? Pourquoi nous sentons-nous autant touchés par les enfants ? Ne goûtons-nous pas, inconsciemment et par projection, à leur délicieuse et insouciante inutilité ?

L’inutilité m’a également libéré des idéologies omniprésentes de l’inconscient collectif qui imposent de justifier sans répit notre droit à exister. Ne voulons-nous pas inscrire nos actions dans une “raison de vivre” ou un “sens de la vie” cohérents ? N’aimons-nous pas revendiquer notre service envers  un “but plus grand” ? Ne naviguons-nous pas dans ces océans mentaux dans lesquels nous nous voyons comme de petites parties d’un grand tout ? Nous adorons nous voir nous-mêmes comme des parties d’un tout plus grand. Peu importe qu’on les appelle Dieu, le Kosmos, l’humanité, le Divin, la Terre Mère ou la Nation… Tous indiquent un grand truc qui a ses propres intentions, ses propres lois. Là, nous n’avons pas grand chose à dire. Pas de débat, pas de démocratie, mais une grosse dictature. Nous devons simplement accepter, nous abandonner (le terme spirituellement correct — to surrender en anglais). Cet apparent conflit d’intérêt entre le Je et le Tout ne manque pas, tôt ou tard, de produire de la souffrance.

Meaning of Life - Carlos Ruas
Auteur : Carlos Ruas – http://www.onceuponasaturday.com/ 1 – “Dieu, quel est le sens de la vie ?” 2 – “Attend un instant, je vais demander.” 3 – “- Seigneur ! – Salut ! – Quel est le sens de la vie ?” 4 – “Attend une seconde, je vais demander.”

Comme Aurobindo le disait si bien, le mental voit toujours bien la partie dans le tout, mais il ne sait pas appréhender le tout dans la partie. Quand l’expérience d’exister en tant qu’univers tout entier devint l’état de conscience prédominant en moi, quand la partie et le tout se fondirent l’un dans l’autre, je devins inutile. Je devins à la fois humain et Dieu, entité et essence, immanence et transcendance, un et tout, temporel et éternel, petit et immense, ici et partout. Les derniers zestes d’utilitarisme n’y ont pas résisté.

En tant que personne inutile, je puis maintenant vivre ma vie d’artiste, de Dieu créateur et destructeur de mondes pour la seule extase de l’exercice. Par un acte de blissipline (la joyeuse discipline de la grâce) se tire le fil de Soi. Je deviens mon propre chef-d’œuvre exprimé au moyen de la recherche scientifique, de l’écriture, de la musique, des arts martiaux, par le fait de faire l’idiot, de dormir, de faire l’amour, de jouer à Ingress, d’embrasser un arbre ou de m’installer dans une crapuleuse paresse.

Cela me permet de vivre dans l’économie du don.

D’exister dans la vérité radicale.

De devenir mon plus beau cadeau.

De briller d’extase comme le soleil et la lune.


Interview sur Auroville Radio

Jean-François Noubel - Auroville Radio
Photo Roland Katz

Voici une interview en français sur Auroville Radio, donnée le 22 décembre 2014, à Auroville, Inde, près de Pondicherry. Interview réalisée par Roland Katz, un homme formidable qui sait faire parler les êtres et relier les âmes.

Sujets explorés : l’évolution, l’intelligence collective, langue, ontologie, traditions spirituelles, Auroville, richesse intégrale, économie du don, la vérité, le courage…


Evolutionary Boot Camps

Les Evolutionary Boot Camps offrent un espace d’entraînement et de préparation pour les humanonautes pionniers de l’évolution humaine. Un projet qui a mûri en moi durant ces 3-4 dernières années, et que j’initie maintenant.

Ces boot camps s’adressent à des gens parlant parfaitement anglais (une des conditions de sélection), je n’en fais donc que l’annonce ici, sans en traduire le contenu.

Vous trouverez toutes les infos en anglais ici.

A bientôt peut-être pour une aventure insolite !

Ps : ci-dessous une carte objective des étapes d’évolution de la conscience.

De l'âge de pierre à l'âge de l'informatique


Jeux intégraux à Auroville

A partir du lundi 5 janvier, et jusqu’au 21 janvier 2015, j’accompagne deux formes spécifiques d’espaces intentionnels : les jeux du corps et les espaces de vérité.

Jeux du corps

La plasticité supramentale permettra au corps d’embrasser l’attaque de n’importe quelle force hostile qui souhaite le transpercer : il ne présentera aucune résistance brute à l’attaque mais sera, au contraire, tellement souple qu’il rentra la force nulle en lui permettant de passer au travers. — La Mère.

Les jeux du corps nous invitent à une exploration libératrice et joyeuse du corps, de ses conditionnements et de ses potentiels. Nous utilisons les arts martiaux et la voie du guerrier pour contempler et jouer avec ces forces qui nous animent, qui passent au travers de nous, et qui parfois nous détruisent.

Poids lourd judo contre un petit adversaire
“Souvenez-vous de notre motto : utilisez son poids contre lui”

Les jeux du corps ont pour objectif de libérer notre plasticité en explorant plein de situations impliquant des forces agressives et non agressives qui challengent le corps, le mental et l’esprit. Construire une équanimité du corps, à plein temps, indépendante du contexte, même au milieu de situations stressantes, permet la descente de la sagesse jusqu’au niveaux les plus cellulaires de l’être.

Les arts martiaux offrent un terrain parfait pour l’exploration de soi d’une manière joyeuse et hors de tout jugement. Les nombreux exercices que nous faisons avec nos partenaires nous permettent de nous comprendre nous-mêmes, de rencontrer nos limites et d’opérer le pas suivant.

Venez avec une tenue décontractée, car nous jouerons sur le sol ! Pas de niveau prérequis, cependant vous devez avoir une bonne condition physique. Amenez votre esprit ouvert, curieux et engagé. Et n’oubliez pas votre sourire !

Où et quand ?

Chaque lundi, mercredi, vendredi, 7h30 – 9h00 derrière le Pavillon de l’Unité

Dernier jeux du corps : mercredi 21 janvier.

Les cours ont lieu même en cas de forte pluie.

Espaces de vérité

Dans ces espaces, j’offre mes années de pratique spirituelle pour aider la vérité à se manifester, au-delà du mental.

Peut-être parlerons-nous. Peut-être demeurerons-nous silencieux. Peut-être jouerons-nous avec le corps, ou pleurerons-nous ou rirons-nous ensemble, ou rêverons-nous de nouvelles histoires.

Mon engagement au vrai servira et guidera le processus. Votre engagement également.

N’espérez pas de politesse et de conventions. Venez pour le feu, et les possibles.

Et pour l’amour.

Durant les moments de conversation, j’utiliserai les 6 accords comme architecture sociale. Lisez-les avant de venir.

Je ne parlerai qu’avec votre permission et votre invitation.

Vision relative

 

Où et quand ?

Chaque lundi, mercredi, vendredi, de 10h00 à 12h00, dans le Pavillon de l’Unité.

Dernier espace : mercredi 21 janvier 2015.

Langues parlées : anglais par défaut, si besoin français ou espagnol.

 

 


Les quatre astres de l’amour libre

Galaxie - Viviane-José Restieau
Galaxie – Viviane-José Restieau

Dans l’article “Préliminaire à l’amour“, j’ai partagé avec vous quelques postulats, ceux à partir desquels se construit ma relation à l’amour. Je vais passer à une partie plus pratique maintenant, à savoir ces phares qui guident mon odyssée amoureuse.

Lorsque les gens me posent des questions sur mes amours, je n’ai pas encore trouvé de réponse simple à l’oral. A l’écrit, mon “à propos” indique succinctement que “des déesses enchantent ma vie”. Le fait de parler de plusieurs déesses et de fidélité et de liberté et que cela n’a rien à voir avec le libertinage, le donjuanisme ou même le contexte polyamoureux, voilà qui ouvre la boîte à questions. Des questions que j’ai collectées par dizaines, auxquelles je répondrai dans une FAQ dédiée.

Le fait de parler de déesses, d’amoureuses, de nouvelles relations, risque de vous donner l’impression que je fréquente des dizaines de femmes et que je mène une vie donjuanesque. Rien de plus faux. L’art d’aimer m’a conduit à vivre conjointement un petit nombre de relations amoureuses –moins que les doigts d’une main– qui s’ordonnent suivant la géométrie naturelle de la vie, certaines au quotidien, d’autres épisodiques, toutes joyeuses et libres. En tant qu’art, la vie amoureuse demande une profonde rigueur. Une rigueur bien supérieure à celle du couple romantique, le prêt-à-porter vécu par la plupart des gens. Laisser la place pleine et entière à l’énergie du sexe, du cœur et de l’esprit se construit par l’expérience, cela beaucoup de délicatesse et un profond cheminement intérieur.

Je vais ici partager avec vous les 4 astres qui guident mon aventure amoureuse. Grâce à eux, des relations harmonieuses, pérennes, libres, joyeuses, créatives, peuvent non seulement exister, mais co-exister, et surtout s’enrichir. Ces astres m’offrent des repères précis et précieux dans les océans de la vie. Peut-être vous inspireront-ils aussi. Alors voici…

  1. Rien ni personne ne doit empêcher des êtres de s’aimer de la façon dont ils le désirent
  2. La vérité radicale
  3. Pas d’attachement aux formes
  4. Chaque relation doit nourrir les autres

 

Viviane-José Restieau - Astre 1Rien ni personne ne doit empêcher des êtres de s’aimer de la façon dont ils le désirent

Cette phrase, tout le monde ou presque la signe en bas de la page.

Quant à son application concrète, là on entre dans une toute autre histoire. Si on fait le compte, dans la société, et surtout au fond de soi, beaucoup de forces se liguent pour s’empêcher soi et empêcher les autres d’aimer librement. Au nom de la morale, de la peur, de la religion, des codes sociaux, du devoir, de la jalousie, de l’exclusivité, de la possessivité, de la doxa… Beaucoup se montrent prompts à s’opposer à la liberté d’aimer le jour où le conjoint s’éprend d’une autre personne. La peur, la possessivité ou l’exclusivité prennent le contrôle. Les religions, elles, distillent leur curare paralysant au cœur même du processus amoureux en décidant qui a le droit d’aimer qui, et comment. Côté sociétal, certes on constate des progrès, en particulier vis-à-vis de l’homosexualité, mais bien d’autres formes de relations amoureuses demeurent exclues, en particulier celles qui ne relèvent pas du binôme classique. La norme reste finalement assez étroite.

Examinons ce premier astre de plus près…

Hippopotame amoureux d'une tortueLorsque je parle de “s’aimer”, rien ne dit comment. Aimer relève d’un état de conscience et d’un art (cf préliminaires) desquels toutes les formes peuvent jaillir : construire un projet ensemble, danser, fonder une famille, faire l’amour, partager une passion ou faire un voyage, peu importe. La source d’amour se matérialise en d’infinies formes qui composent l’écosystème humain. On n’aime pas ses enfants de la même manière que son conjoint ou que ses amis ou ses partenaires de travail. Aimer de la façon dont on le désire.

 

Amour et jalousieUn des principaux ennemis de la liberté d’aimer tient dans la notion d’exclusivité. Rien de plus imprécis derrière ce mot car de relation exclusive, je n’en ai jamais rencontrée. Il n’existe pas d’exclusivité intellectuelle, pas d’exclusivité émotionnelle, pas d’exclusivité du temps, pas d’exclusivité énergétique, pas d’exclusivité sentimentale. Il n’existe même pas d’exclusivité sexuelle si l’on étend le sexe à une notion plus vaste que le coït. Nos énergies, nos émotions, nos idées, nos pensées s’interpénètrent sans cesse. On s’insémine les uns les autres. Le couple accueille en son sein l’énergie des rencontres vécues à l’extérieur. Il se laisse traverser par la grande orgie qui parcourt le cosmos et la société humaine.

Jusque là, tout va bien.

Mais si les corps s’étreignent et jouissent en dehors du couple, là, ça se gâte. Quelle ligne invisible a-t-on franchi ? Quelle trahison a bien pu se produire ? Quelque chose devient inacceptable lorsque le sexe physique entre en jeu et que les émotions amoureuses se mélangent. Le rejet, la rage et la peur s’installent lorsque êtres s’aiment intimement et physiquement en dehors du binôme institutionnalisé qu’on appelle le couple. Je peux en comprendre des raisons historiques fondées sur la survie, mais je n’en trouve aucune liée à notre nature ou à notre évolution spirituelle.

Je rappelle que ce premier astre ne dit rien sur les façons d’aimer. Si un couple se sent bien dans l’exclusivité sexuelle, qu’il le fasse. Si une communauté de personnes décide de s’étreindre librement, qu’ils le fassent. Si un être se sent bien dans un célibat construit sur son mariage intérieur –son androgynat– qu’il le fasse.

Dans ma vie, cet astre illumine les premiers pas vers la relation amoureuse. Il me permet de tenir le cap dans les tempêtes émotionnelles que les autres, souvent mes bienaimées, me renvoient. Sa brillance fait fondre les rejets que j’ai évoqués plus haut. La jalousie, la possessivité, l’exclusivité n’ont plus leur place. J’ai toujours ressenti de la joie lorsqu’une compagne me disait avoir rencontré un(e) partenaire qui la rendait heureuse.

Ni rien ni personne ne doit empêcher deux êtres de s’aimer de la façon dont ils le désirent“… Je propose que l’on parte de cette base : prenons la liberté d’aimer comme principe premier. Que les règles sociales suivent ! Que la société en découle !

J’ai décidé de tenir bon face aux résistances et injonctions contraires que je reçois ici où là. Je suis sans relâche ce bel astre. Parfois il m’emmène dans des mers solitaires, toujours il me garde relié à l’amour intérieur, ce qui permet de ne jamais tarir ma source d’amour extérieur.

Viviane-José Restieau - Astre 2La vérité radicale

Les deux choses que craignent le plus les couples ? Le mensonge, et la vérité.

En fait, cette peur pulse au cœur de toutes les relations humaines. A tel point que l’éducation nous apprend l’art subtil de l’évitement. On n’essaie de ne pas mentir totalement tout en évitant la vérité crue et nue. “Cela va blesser l’autre”, “il n’a pas la capacité d’entendre ça”, “ça fait impoli”, “ça va déclencher un conflit”… autant d’arguments pour légitimer le fait de ne pas partager la vérité de notre être : idées, émotions, sentiments, peurs, aspirations profondes… En fait, qui voulons-nous vraiment protéger dans l’histoire lorsque nous mentons par omission ? Il ne faut pas creuser bien loin pour s’apercevoir qu’on se protège avant tout soi-même des conséquences –réelles ou hypothétiques– de cette vérité intérieure qui s’énonce silencieusement face à l’autre.

Non seulement nous perpétuons la société de l’évitement, mais nous n’offrons pas à l’autre la liberté de se déterminer par rapport à cette vérité. On ne lui laisse pas le choix de sa colère, de sa joie, de ses découvertes possibles, de sa résignation, de ses processus intérieurs. Par omission, nous participons activement à la culture de de la séparation.

J’ai choisi la vérité radicale dans ma vie. Bien entendu elle se manifeste fortement dans le creuset de la relation amoureuse. Je n’y cache ni mes émotions, ni mes sentiments, ni mes choix, ni mes pensées, ni mes actions, ni mes peurs, ni mes zones d’ombre. A partir du moment où j’ai la conscience de quelque chose, cette conscience devient disponible à ma Belle. Ses réponses, les éventuelles blessures qu’elle peut vivre par rapport à cette vérité lui appartiennent. Laisser l’autre aller dans ses propres espaces de souffrance relève aussi de l’art d’aimer. Il suffit de rester présent et aimant.

Magritte - La clairvoyance
Magritte – La clairvoyance

Ce faisant, j’ai appris par la pratique que la vérité relève d’un art au moins aussi sophistiqué que celui de l’évitement. On apprend à offrir la vérité de son être, à la rendre disponible à l’autre, et non à l’imposer. On développe le sens des mots qui habillent la vérité nue de bienveillance et de douceur. On apprend à exsuder tout poison résiduel qui pourrait s’instiller dans cette vérité.

La vérité constitue la colonne vertébrale de toute relation intime, ce qui la maintient droite, debout, vivante. La vérité doit arriver neutre et nue, au service de l’autre, au service de soi, au service de tous. Souvent, elle représente un investissement, parfois très loin dans le temps, parfois au-delà même de notre horizon de vie. Il faut aimer beaucoup pour dire la vérité, et il faut la vérité pour aimer beaucoup. Je n’ai jamais cru à l’amour qui ment ou qui omet. D’amour, il n’y a que le masque, un masque qui se porte jusque dans les liens du sang et de la parentalité.

Si une relation amoureuse avec une nouvelle personne commence à grandir, le partage de la vérité de l’expérience auprès du ou des êtres aimés s’avère essentiel. Qu’ai-je vécu ? Comment s’amorce cette nouvelle relation ? Comment la vivent ma ou mes partenaires actuelles ? Que ressentent-elles ? Quelles demandes veut-on formuler ?

On me demande souvent si ma ou mes partenaire connaissent mes autres amoureuses. Oui. Toujours. Aucune des femmes auprès desquelles je marche dans la vie n’ignore l’existence des autres. Certaines se connaissent bien, s’apprécient et se rencontrent. Je porte en moi cette intention de la simplicité, de l’appréciation mutuelle. Je chéris les relations qui s’harmonisent, comme la mélodie de différents instruments dans un orchestre. Je chéris ce qui s’ajoute et s’enrichit. Le texte “Ton plus beau cadeau” ne dit rien d’autre.

On me demande également si j’accepterais que ma ou mes partenaire(s) aient elles aussi des amoureux. Bien sûr ! A partir du moment où une relation les enchante, les fait vibrer, ouvre plus encore leur cœur, leur corps, leur esprit, pourquoi devrais-je m’indigner ? De quoi devrais-je avoir peur ? Au contraire, leur bonheur ne peut que me rendre joyeux. Comment peut-on prétendre aimer si l’on rejette l’amour ?

La vérité radicale permet de grandir vers cette ouverture de l’être. Elle se pratique au quotidien, à chaque minute, en désactivant le pilote automatique, en respirant, infusé de cette vigilance qui empêche au non-dits et aux stratégies d’évitement de s’installer.

Viviane-José Restieau - Astre 3Pas d’attachement aux formes

La vie et l’univers tout entier génèrent des formes, tout le temps. Des nuages, des fleuves, des corps, des planètes, des relations, des processus… La relation entre les êtres possède, elle aussi, des formes : le couple, la famille, l’amitié, la parentalité, le travail, le voisinage…

La relation amoureuse a ses formes bien à elle, des formes auxquelles on tente de donner des noms qui ne font pas justice à la diversité : conjoint(e), amant(e), mari ou femme, amoureux(se), fiancé(e), concubin(e)…

La loi de l’impermanence des formes implique que les relations évoluent et se transforment, car individuellement nous évoluons et nous nous transformons sans cesse. On le voit bien dans la parentalité. Tout au long du parcours de vie de l’enfant, du bébé à l’adulte, la relation parent-enfant se transforme, rapidement, parfois violemment. Que l’on m’explique pourquoi, en matière d’amour, on se fait autant de mal à essayer de se figer dans une forme, comme si cela allait durer pour toujours. Pourquoi oublie-t-on que chacun va changer, se transformer, grandir intérieurement et physiquement, et que la relation va forcément devoir évoluer ? Quel fantasme égotique d’éternité figée nous plonge dans la naphtaline avant l’heure ? Cela me semble aussi naïf et futile que de s’engager à porter le même costume toute sa vie.

Les tuyaux de l'amourLaisser la relation évoluer là où nos êtres grandissent nous permet de s’offrir la véritable fidélité l’un à l’autre. On vit à deux aujourd’hui ? Peut-être vivra-t-on à trois demain. Dans un même lit ? Ou séparément ? A moins qu’on ne se voie de temps en temps, durant les vacances, ou une fois tous les dix ans ? Ou plus jamais ?  En s’autorisant la transformation de la relation, on s’offre le cadeau de pouvoir s’aimer à nouveau, différemment, en accord avec l’évolution de nos êtres. On peut aussi s’aimer en ne se voyant plus. Les liens invisibles existent aussi. N’aimons-nous pas nos chers disparus ?

La forme doit servir le fond, et non le contraire. Bien sûr que cela n’a rien de facile. Nous avons un attachement naturel aux formes car elles représentent des espaces familiers dans lesquels nous nous construisons, dans lesquels on a banni, pour un temps, l’inconnu. Quitter le connu fait peur. Cela s’apprend.

Le non-attachement aux formes nous fait passer par des deuils sains. Ils font partie de la vie. On comprend et on accueille ce processus avec nos enfants. Quel parent ne ressent pas de la tristesse lorsque s’achève la petite enfance, cette phase enchanteresse ? Ou lorsque l’enfant entre dans l’adolescence ? Ou lorsqu’il quitte le foyer pour déployer ses ailes dans le vaste monde ? Autant de deuils qui attendent chaque parent, mais ne doivent pas nous faire oublier qu’après la mort d’une forme, une nouvelle va bientôt jaillir, même si on ne sait pas encore laquelle. Il en va de même dans les relations amoureuses. Laissons-les évoluer librement, sans attachement. Et tenons-nous la main.

Aussi je conseille à tous les couples (et trios, etc) qui se forment de se promettre fidélité… à ce non-attachement aux formes. Autorisez votre relation à se réinventer chaque jour. Laissez les formes mourir pour laisser l’amour vivre. Donnez-vous beaucoup de temps seul(e) avec vous-même, temps que vous offrez à votre couple intérieur. Votre relation à l’autre s’en nourrira, s’en regénérera. Accueillez les deuils et les larmes le temps venu. Forme matérielle de la conscience, l’eau qui coule laisse se fondre les formes. L’eau se “décontient” pour donner vie à de nouvelles formes dans le terreau fertile de la vie.

 

Viviane-José Restieau - Astre 4Chaque relation doit nourrir les autres

Il ne faut jamais perdre de vue que nous vivons dans une constellation de relations. Chaque nouvelle rencontre émet des vibrations dans cette constellation comme un insecte dans une toile d’araignée. Vibrations intellectuelles, émotionnelles, énergétiques, spirituelles, psychologiques que nous vivons intérieurement au contact de l’autre. Ces mouvements de contact, nous les répercutons auprès de nos proches, consciemment ou pas.

La toile amoureuse - photo Natalia Mesa
Photo Natalia Mesa

Lorsque qu’une rencontre potentiellement amoureuse se produit, j’ai immédiatement conscience de l’impact qu’elle aura sur mes proches si elle prend corps, à commencer par mon fils, et mes amoureuses. S’engage alors un processus alchimique délicat et rigoureux. Il permet d’éviter les grands pièges, d’écouter mon expérience, de poser un pas après l’autre, en intégrité. Si je pose chaque pas avec joie, intégrité, écoute du cœur et de l’expérience, alors je ne peux que me rendre vers la bonne destination comme un jeu de piste, même si je n’ai pas la moindre idée de ce à quoi elle ressemble. L’eau sait-elle où elle va ? La conscience fonctionne exactement pareil. Il suffit de lui laisser suivre les contours de la vérité sans chercher à détourner son cours. Tout ira là où il faut, au détour des cascades, des torrents ou les grands lacs. Un pas d’intégrité après l’autre, ainsi peut-on tracer le chemin du bonheur, en particulier sa vie amoureuse. A mon cercle intime je veux offrir ce respect et cette intégrité.

Faire qu’une nouvelle relation amoureuse vienne nourrir les autres implique que ma nouvelle amoureuse potentielle ne rencontre pas simplement “Jean-François”, mais “Jean-François dans sa constellation d’amour”, autrement dit les êtres avec qui il partage sa vie intime. Cela nous renvoie au troisième astre : la vérité radicale.

La plupart des amoureux voient une nouvelle relation d’un des partenaires comme une soustraction et une division. N’implique-t-elle pas “moins de temps ensemble” ? “L’attention détournée vers l’autre” ? “Des sentiments moins forts” ? Pourtant on peut tout autant décider d’accueillir l’addition et la multiplication. Si le processus d’entrée d’une nouvelle relation navigue à la lumière des astres que je viens de citer, alors, par un mouvement naturel, une nouvelle relation va nécessairement nourrir les autres, se co-construire avec les autres. Peu importe la forme une fois de plus. L’acte de vérité radicale qui nous ouvre de l’intérieur implique que l’on devient capable de voir les alchimies positives qui peuvent nous enrichir les uns les autres. On sait faire cela avec l’arrivée d’un nouvel enfant dans la famille, avec l’arrivée d’un nouveau collègue dans l’entreprise… pourquoi ne saurions-nous pas le faire avec l’arrivée d’un(e) nouvel(le) amoureux(se) ?

Je fais donc appel à cette intelligence qui sait, avec l’expérience, combien des êtres vont pouvoir s’apprécier et grandir leur écosystème amoureux pour peu que tout le processus se déroule dans son intégrité. Les questions du partage du temps et du qui vit avec qui se résolvent toutes seules car dans l’amour véritable le temps ne se voit plus en grands blocs que l’on divise, mais de manière fractale (tout se retrouve dans tout) et qualitative plutôt que quantitative. Bien sûr qu’il peut y avoir des deuils de formes, des transformations (cf second astre), mais dans l’acte de vérité radicale ces derniers nous conduisent vers du meilleur. Toujours.

 

Rune Guneriussen - Evolution #4
Rune Guneriussen – Evolution #4

Voilà donc ces quatre astres qui guident ma vie amoureuse. J’espère qu’ils pourront vous servir à vous aussi. N’oubliez pas qu’ils vous faut d’abord avoir exploré vos propres processus d’attachement, de possessivité et d’insécurité avant de pouvoir naviguer sereinement sur ces mers lointaines. Pour beaucoup, les perditions dans l’amour romantique restent encore un parcours initiatique nécessaire, tellement bien décrit par Paule Salomon dans son ouvrage “La sainte folie du couple“. Il faut parfois avoir tourné en rond dans le même lieu de nombreuses fois avant d’oser le quitter pour l’inconnu.

 

Je tiens à exprimer toute ma gratitude et tout mon amour auprès de celles qui ont pris le risque de danser à mes côtés, avec tout le courage que cela demande. Avec quelques unes nous partageons une ardente relation amoureuse. D’autres ont choisi d’autres partenaires, je garde avec elles une complicité profonde et indéfectible.

 

 


L’homme lunaire

La sainte folie du couple - Paule SalomonDans ses nombreux ouvrages, Paule Salomon rappelle que l’accomplissement amoureux peut commencer à se réaliser lorsque le couple intérieur de l’être a accompli son propre mariage, lorsque notre masculin et notre féminin, notre Shiva et Shakti, notre Yang et notre Yin vivent, vibrent et célèbrent pleinement au fond de notre psychisme. Libéré des mécanismes de manque et de compensation, l’être accompli devient androgyne. Il s’ouvre à la célébration joyeuse avec d’autres êtres comme lui nourris par l’union intérieure. Il n’y a plus deux êtres qui se rencontrent, mais quatre, offrant à leur danse amoureuse toutes les libertés qu’ils voudront s’accorder.

Paule Salomon parle ainsi de femmes solaires et d’hommes lunaires. J’admire la richesse de l’ontologie amoureuse que ses recherches lui ont permis de cultiver. Cette ontologie inspire mes propres travaux en intelligence collective, discipline traversée par ces mêmes questions du masculin et du féminin. Le narratif de Paule Salomon écrit également l’histoire des chemins que j’ai parcourus. Je me retrouve et me raconte en ses mots. On ne lit pas tous les jours sa propre histoire racontée par une autre personne !

Je voudrais ici partager un très beau passage du livre “La Sainte Folie du Couple“. Paule Salomon y détaille sa vision de l’homme lunaire mieux que je ne l’aurais jamais écrit. Cela m’a aidé à prendre conscience qu’il faut d’abord devenir femme solaire et homme lunaire pour vivre l’amour tel que je le décris dans ma série d’articles “Sexe, sexe, sexe“. Alors voici…

ADN a - Viviane-José Restieau
ADN a – Viviane-José Restieau

Les hommes lunaires, au sens de réconciliation des deux pôles, sont à un niveau d’évolution où le psychique a pris le pas sur le biologique. Sur le plan intérieur il se passe un phénomène important qui est celui de la présence à soi-même, à travers ce contact avec la femme intérieure. L’amour n’est plus autant au dehors qu’au dedans, ce qui n’exclut pas, bien au contraire, la femme extérieure. Les hommes lunaires sont très séduisants pour les femmes, car ils ont une dimension d’idéal en même temps qu’une grande souplesse. Pas de rigidité doctrinale, mais une souple bienveillance, une gaieté et une douceur venues de l’intérieur qui les rendent très attentifs à l’instant. Ils sont très présents dans l’amour, très “cellulaires”, comme la femme solaire. Tout leur corps est vibrant et ils aiment faire vibrer le corps de l’autre. Ce sont de merveilleux amants, indépendamment de la taille de leur sexe, de leur âge et de leur vitalité. Ils établissent une communication de peau à peau, un contact psychique, ils cherchent une communion d’âme. Ils aiment recevoir des caresses et s’abandonner, se couler dans une passivité féminine, solliciter le côté actif de la femme dans l’amour. L’harmonie entre les deux principes masculin et féminin leur permet de connaître une certaine plénitude intérieure qui leur fait vivre l’amour de manière différente. Les sentiments de possession, de jalousie, s’éloignent comme aussi les sentiments de rivalité, d’affirmation par la domination. Les besoins changent, les niveaux de plaisir aussi. L’harmonie du comportement ne répond pas à une exigence morale, mais à un besoin intérieur, à un goût. Il s’agit de coopérer avec l’autre comme on coopère avec soi-même avec la même amitié et le même plaisir.

Le poète apparaît, celui qui fait danser les mots, celui qui s’émerveille d’un sourire entrevu, d’une hanche qui roule, d’une poitrine qui se tend, celui qui fait pousser des fleurs, celui qui sifflote en voyant passer une femme, celui qui mange la couleur, celui qui dessine les parfums, celui qui habille le corps des femmes d’impalpable, celui qui ne sait qu’inventer pour aimer encore et encore cette féminité incontournable de la terre, de la vie, de la femme et de son âme.

Mais où est donc le terrible guerrier du patriarcat, celui qui veut sortir victorieux de toutes les guerres, qu’il crée dans une hâte répétitive tant il redoute l’inaction et son secret désir de contemplation ? Il est toujours là, mais son épée est au service du poète. Il n’est plus l’aspect dominant. Il s’est soumis à d’autres valeurs que les siennes, il entre volontiers au repos, le fameux repos du guerrier. Il garde l’intrépidité du chevalier pour s’investir dans l’action.

L’homme lunaire est libre, en voie de liberté. Il peut s’engager profondément et délibérément dans une relation comme il peut se garder de tout engagement, mais il y a une partie de lui qui reste irréductiblement et consciemment solitaire, sauvage, à jamais rebelle à toutes les structures. Il a une solitude heureuse et féconde qui lui permet d’entrer en contact avec son anima. Rabindranath Tagore décrit cette rencontre dans ces derniers poèmes :

Mariage intérieure - Lune SoleilUn jour de printemps, une femme se présenta
Dans les bois où je vivais en solitaire,
Sous les traits délicieux de la Bien-Aimée,
Elle se tenait près de l’arbre,
Se retourna et posa les yeux sur mon visage triste de chagrin.
D’un pas leste elle s’approcha et s’assit à mon côté.
Elle dit, me prenant la main :
“Tu ne me connais pas,
Et cela je ne le comprends pas !”
Je lui répondis :
“Ensemble nous construirons un pont entre nos deux êtres, pour toujours,
L’un à l’autre inconnus.

 

 

Ce puissant émerveillement est au cœur même des choses. Plus l’anima se précise sous la forme d’une image, d’une sensation, d’une musique, plus l’être est invité à vivre sa béatitude intérieure, plus il peut se poser dans l’immédiateté du présent et cesser de courir après une conquête toujours repoussée. L’homme lunaire a réussi à opérer une jonction entre le sexe, le cœur et parfois l’esprit. Cette jonction, même partielle, lui permet de rayonner d’amour, de gentillesse, sans complaisance. On est bien en sa compagnie, on ressent une chaleur, un bienfait qui peut augmenter dans l’intensité de l’échange.

 


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