Créer des monnaies par millions

Le Monde

18 août 2009 –  par Hervé Kempf

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Et si on essayait ? Les crédits mutuels, systèmes d’échange local, SOL (abréviation de solidaire), devises régionales, ou encore bons de réduction se multiplient (2/6).

Ne dites pas à Roland Canonica qu’il contribue à changer le monde, il croit qu’il est banquier… Et c’est d’un ton placide, avec un bel accent helvète de Neuchâtel, qu’il explique au journaliste français étonné que la Banque Wir existe depuis 1934, et que, oui, elle gère sa propre monnaie, et que, ma foi, ça marche bien : 60 000 entreprises participent au système. Bien sûr, on a été un peu prudents, on visite tous les clients avant d’ouvrir un compte. Ah, un détail, les wirs ne rapportent pas d’intérêts.

Si M. Canonica est très heureux que vous l’appeliez, il n’est pas du genre à vous promettre que sa banque se pliera en quatre pour vous, et qu’il multipliera vos économies par miracle. “On vise le long terme”, dit-il. Et, en passant : “C’est une opportunité pour résister à la mondialisation.” En fait, la Banque Wir, dont M. Canonica se présente comme “le technicien”, est un archétype des systèmes monétaires indépendants que de plus en plus de groupes divers veulent créer à travers le monde : elle crée et gère sa propre monnaie.

Elle est née en Suisse en 1934, au coeur de la crise économique, de l’union d’une quinzaine de petites entreprises : celles-ci voulaient pouvoir s’échanger leurs produits, alors même que, faute d’argent, le commerce était au point mort. L’idée était de s’ouvrir des crédits mutuels au sein d’un Wirschaft Ring (“cercle économique”). Ils seraient comptabilisés en une unité spécifique, le wir, de valeur égale à un franc suisse.

Comment cela fonctionne-t-il ? Quand l’entreprise A achète quelque chose à B, A reçoit un crédit et B enregistre le débit correspondant. Le débit en wir sera compensé par les ventes de B à un participant C, ou réglé en francs suisses, avec lesquels la convertibilité est totale.

Le système a fait ses preuves, de nombreuses autres entreprises s’y sont agrégées, l’organe de comptabilité a obtenu le statut bancaire. Mais cette banque présente une caractéristique remarquable : elle ne cherche pas à gagner de l’argent, juste à faciliter les transactions entre les participants. “Nous pratiquons un taux de 0,8 %, pour couvrir les frais, dit M. Canonica d’un ton détaché. C’est beaucoup moins qu’ailleurs.” Le système prospère : soixante-quinze ans après sa création, il fait circuler chaque année plus de 1,7 milliard de francs suisses (1,1 milliard d’euros), et il est cité en exemple par un des meilleurs spécialistes mondiaux des monnaies complémentaires.

“Vous l’aimez cuit comment, votre saumon ? – Euh, comme vous voulez, ça ira.” Bernard Lietaer reçoit très gentiment dans son grand appartement de Bruxelles, décoré de masques africains et asiatiques et de centaines de livres. Plutôt que de vous retrouver dans un restaurant, il prépare – avec talent, il faut le dire – le repas, tout en poursuivant la conversation.

Son amabilité recouvre une longue et originale expérience de financier. Au sein de la Banque royale de Belgique, il a appartenu à la petite équipe qui a conçu le système monétaire qui a conduit à l’euro ; puis, il est devenu gérant d’un des premiers fonds spéculatifs, le Gaia Fund, au début des années 1990. Il était alors un des plus gros acheteurs “d’options” à la City de Londres. Mais, aussi étrange que cela paraisse, il a quitté ce jeu qui ne répondait pas à ses aspirations, et a commencé à se passionner en intellectuel sur le phénomène monétaire, avant de promouvoir les monnaies complémentaires.

Pour comprendre sa démarche ou celle de la Banque Wir, il faut se rappeler un fait, si contraire au sens commun : la monnaie n’est pas fabriquée par une autorité centrale qui l’adosse à des réserves d’or ou d’argent ; elle est créée par les banques privées à partir des promesses de remboursement des emprunteurs. Et durant les dernières décennies, les banques se sont émancipées de toute autorité – avec les résultats que l’on sait.

“L’homogénéisation monétaire, dit M. Lietaer, a incontestablement facilité les échanges à chacune des étapes historiques, le passage à l’Etat-nation, puis la mondialisation. Mais elle a aussi pénalisé la capacité de gérer les problèmes qui se manifestent dans les économies locales. En même temps, la puissance financière a tendance à se concentrer dans un nombre sans cesse plus réduit de centres de décision de plus en plus éloignés du citoyen .”

Les conséquences sont néfastes. La monnaie est indifférente à la finalité de l’échange, et se moque de servir à enfouir des déchets toxiques ou à dispenser des cours d’alphabétisation. Elle pousse à des activités susceptibles de détruire l’environnement : “Quand une banque prête 300, il faut lui rendre 600. La croissance est nécessaire pour créer les 300 supplémentaires”, explique Bernard Lietaer. La création monétaire étant aux mains des banques, elle conduit à la concentration d’argent d’un côté et à la sous-monétarisation d’une partie de la population mondiale de l’autre : “Cette rareté, écrit un autre spécialiste, Patrick Viveret, oblige les dominés à n’utiliser qu’une faible partie de leur potentiel d’échange et d’activité.” Et puis, comme l’expérience actuelle le montre, le système financier est intrinsèquement instable.

La solution de Bernard Lietaer à tous ces maux ? “Il faut de la diversité monétaire, comme il y a de la biodiversité dans une forêt, afin d’amortir les chocs. Les sociétés matriarcales ont toujours eu un système de double monnaie : une pour la communauté dans laquelle on vit, l’autre pour les échanges avec l’extérieur. Il nous faut créer des monnaies complémentaires qui permettent aux communautés de satisfaire leurs besoins d’échange sans dépendre d’une autorité extérieure.”

Le plus étonnant est que déjà, nombre de monnaies s’émancipent du système dominant : les bons de réduction dans les supermarchés, les “miles” des compagnies aériennes ou les chèques-déjeuner sont si courants qu’on n’y prête plus attention. A une échelle plus impressionnante, les “marchés d’émissions de gaz à effet de serre” mis en place par les Nations unies ou par l’Union européenne afin de parer au changement climatique ne créent rien moins qu’une nouvelle monnaie, la monnaie carbone.

Partout dans le monde, des communautés créent de nouvelles monnaies : les SEL (système d’échange local) permettent aux individus d’échanger leurs compétences, comptées en unités de temps. Les SOL (abréviation de solidaire), expérimentés en France par une dizaine de communes, fonctionnent sur carte à puce comme une carte de fidélité dans un magasin – sauf que c’est tout un réseau de magasins et d’institutions qui participent au système.

En Allemagne, plus d’une trentaine de monnaies régionales (appelées regio) ont cours. L’Argentine a passé le pire moment de sa crise financière, entre 1998 et 2002, avec des systèmes privés d’échange qui ont impliqué jusqu’à six millions de personnes. Au Brésil, dans un bidonville de Fortaleza, la Banco Palmas délivre depuis dix ans des microcrédits avec le palma , sa monnaie, qui présente un taux d’intérêt très faible. Elle a ainsi créé 3 200 emplois. D’autres villes brésiliennes commencent à imiter cette démarche.

Le mouvement est stimulé par l’affaissement du système financier capitaliste, et va prendre une autre ampleur grâce aux nouvelles technologies. Les téléphones portables deviennent un moyen de paiement électronique. Une possibilité de plus en plus appréciée en Afrique, où le système bancaire est défaillant : au Ghana, par exemple, TradeNet permet d’effectuer les transactions des matières premières agricoles sur le téléphone.

Internet pourrait permettre à des communautés autonomes de créer leur propre monnaie. Un réseau discret prépare cette mutation, dont Jean-François Noubel, cocréateur en son temps du serveur AOL, est un prophète : “La philosophie d’Internet peut s’appliquer à la monnaie comme elle l’a fait avec les médias, où l’on passe d’un système centralisé à un système où chacun est producteur et transformateur d’information. Il y aura ainsi des millions de monnaies, comme il y a maintenant des millions de médias. Il s’agit maintenant de fabriquer les outils d’interopérabilité, les protocoles permettant de mettre en réseau ce qui est fait.”

Concrètement, des groupes expérimentaux commencent à définir des règles d’échanges et des registres de crédit, avec deux caractéristiques essentielles : les monnaies ne peuvent générer de phénomène spéculatif, et elles peuvent être pondérées par des paramètres définis en commun, comme par exemple la bonne réputation que s’attire chaque membre du réseau. De la même manière qu’Internet repose sur des protocoles tels que HTML (format de données conçu pour représenter les pages Web), le réseau “Metacurrency project” (projet monnaies libres) achève d’élaborer un protocole pour des monnaies libres.

Les banquiers qui tiennent les rênes des institutions monétaires laisseront-ils ce bouleversement arriver ? Jean-François Noubel ne s’en inquiète pas : “Le processus est énorme, il est dans l’air, il est en train d’arriver. On va déposséder les banques du pouvoir de faire la monnaie.”


Pour en savoir plus :

Monnaies régionales, de Bernard Lietaer, éd. Charles-Léopold Mayer, 2008.

Le site de “Metacurrency project” (création de monnaies).

La Mare aux Canards (vidéo)- TINA Films, contact tinafilms@free.fr

Découvrir les SOL.

Un dossier sur l’enjeu des monnaies plurielles.


Interview sur Auroville Radio

Jean-François Noubel - Auroville Radio
Photo Roland Katz

Voici une interview en français sur Auroville Radio, donnée le 22 décembre 2014, à Auroville, Inde, près de Pondicherry. Interview réalisée par Roland Katz, un homme formidable qui sait faire parler les êtres et relier les âmes.

Sujets explorés : l’évolution, l’intelligence collective, langue, ontologie, traditions spirituelles, Auroville, richesse intégrale, économie du don, la vérité, le courage…


Qui veut rendre beau mon site ?

Mots clés cœur

J’ai commencé ma retraite en écriture par le plus pressant : refaire complètement mon site perso. D’un blog classique, il passe à un espace du soi digital, ou comment exister harmonieusement en ligne. A travers mon propre cas, j’ai plaisir à visiter cette question du soi digital en général. Quelle démarche faut-il engager pour se construire et exister harmonieusement en ligne ? Cela va bien au-delà du personal branding, ce dernier focalisant plus, à mon sens, sur les aspects extérieurs de la communication. Sans exclure cette partie “branding” (dont je n’aime pas trop le terme), je préfère vraiment explorer la question de savoir comment manifester l’être en ligne, dans sa complétude, en intégrant les similitudes et différences avec le monde physique.

Cet exercice me permet également de voir comment la forme et le fond se parlent mutuellement. On ne met pas les mêmes contenus, on ne s’exprime pas de la même manière suivant qu’on a choisi tel ou tel format ! L’infinie souplesse du monde digital apparaît vraiment comme une magie qu’il faut apprendre et bien maîtriser.

La structure d’abord

Page d'accueil noubel.frJ’ai donc commencé par la structure du site. A l’heure des grands écrans, je voulais un site aéré, zen, avec des polices lisibles, simples et grandes, et un parfait équilibre images/textes. Equilibre que je recherche également durant mes conférences, de façon à bien combiner cerveaux gauche et droite.

Je souhaitais que la page d’accueil permette de scanner la plupart du contenu d’un coup d’œil, ce qui explique également l’équilibre texte / photos. Selon nos filtres personnels, notre regard accrochera tel ou tel titre, ou telle ou telle image. Il faut offrir la place aux deux. Quant aux articles, je les veux bien aérés, avec là encore toute la place voulue pour de belles mises en page. Le style ViewPort offre toutes ces possibilités quant à sa structure. Il nécessite quelques retouches dans le css pour pouvoir installer le slider et réorganiser les colonnes. Style dont le code, très bien écrit, a aussi l’avantage de se montrer “responsive” (s’adapte normalement sur tous les formats d’écran).

J’ai également installé un grand slider, que vous voyez en page d’accueil et dans certains articles. Il permet de mettre en avant ce qu’il y a de plus vivant en moi sur le moment. Il s’agit d’un outil à double tranchant, car si on ne lui donne pas vie, il peut donner l’impression que plus rien ne se passe. Le slider permet également de mettre en avant des contenus créés il y a plus longtemps, donc plus bas dans la pile d’articles, alors qu’ils restent toujours d’actualité. Le slider court-circuite la trame temporelle classique du média. Et puis je trouve très amusant de construire ces diapos vivantes, ça m’invite à exprimer ce qu’il y a d’essentiel en quelques mots et images. Pour ce faire, j’utilise l’incroyable outil Revolution Slider. Absolument bluffant, configurable à l’infini, avec en plus le créateur qui répond directement aux mails.

Tout ceci j’ai pu le réaliser grâce à l’aide technique et aux conseils avisés de mes amis de metabolism.fr. Nicolas et Jérôme allient efficacité, connaissance parfaite du sujet, pragmatisme, et une vraie vision d’avenir. Que du bonheur !

Les médias sociaux ensuite

Médias sociauxJe passe relativement peu de temps sur les médias sociaux. Non parce que je ne leur vois pas d’utilité, bien au contraire ! Il se trouve tout simplement que, dans l’écosystème de l’intelligence collective, je ne fais pas partie de la catégorie des animaux sociaux. Plutôt celle des explorateurs un peu cinglés qui disparaissent parfois longtemps avant de revenir partager leurs découvertes. Je n’utilise Facebook que parcimonieusement. Trop chronophage, ça part dans tous les sens, avec beaucoup trop de bruit. Je lui préfère grandement twitter, outil que j’adore, même si je n’en fais qu’une utilisation d’amateur comparé à d’autres. J’aime égalment Pinterest, que je viens de commencer.

Voilà donc un trait de personnalité qu’il faut intégrer dans le site. Là où certains animaux sociaux font de leur site un espace parfait de dialogue et d’interaction, je préfère rester minimaliste. J’ai donc choisi de donner une belle visibilité des outils sociaux pour ceux qui veulent les utiliser en me rendant visite. Pour ce faire, j’ai choisi Flare, qui offre à la fois un beau graphisme, et qui sait intelligemment se glisser là où il faut quand il faut.

Le graphisme enfin

A l’heure où j’écris cet article, le graphisme reste à imaginer. Autant j’aime la structure apportée par le template Viewport, autant je n’en apprécie pas le look. Trop noir, trop dur, trop anguleux. Il ne me correspond pas. Je recherche un style zen, dépouillé, qui allie à la fois une certaine douceur sans sacrifier à la rigueur, qui donne de la respiration à un contenu parfois dense et complexe. Un graphisme qui marie à la fois le masculin et le féminin, l’angle et le rond, le texte et l’image, le raisonnement et l’intuition, le rigoureux et la nuance, la science et l’art, l’épée qui tranche et le cœur qui embrasse.

Facile non ?

JFNJe souhaite aussi trouver un logo. A priori je pars sur “noubel.fr” et “noubel.com”, ce qui conjgue une signature et une adresse. Mais je n’ai rien d’arrêté. Mon amie Viviane-José Restieau m’a un jour produit d’un trait de main magique, le très beau logo “JFN” tel que sur l’image. Une autre possibilité donc…

Là, j’espère rencontrer la bonne personne, celle qui aura envie de m’offrir un peu de son temps et beaucoup de ses talents. J’espère aussi pouvoir lui offrir la même chose.

L’économie du don possède sa dynamique propre, qui ne relève pas celle de l’échange, même si souvent il y a réciprocité. On donne sans savoir ce qui va revenir, tout en sachant que quelque chose reviendra forcément. Maintenant ? Plus tard ? En réciprocité ? D’ailleurs ?  En général on ne le découvre pas immédiatement. On donne ou on reçoit, il faut ensuite laisser passer un peu de temps avant de comprendre comment la chambre d’écho cosmique a fonctionné.

Je sais combien la crise économique plonge tant de gens dans la sous-monétarisation, donc dans le manque de richesses matérielles. Ma demande peut laisser penser qu’il s’agit encore d’un travail “gratuit”. L’économie du don nous fait sortir de cette dualité payant/gratuit. Elle doit toujours fonctionner à “somme positive”, je veux dire par là que le bilan, en richesses intégrales, doit s’avérer positif pour tout le monde.

Contactez-moi si vous avez envie !

 

 


La société post-monétaire de Jean-François Noubel

Article paru dans Latitudes – “Sur la route des Utopies”

Interview réalisée par Fanny Bonjean

La société post-monétaire de Jean-François Noubel - page 1
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La société post-monétaire de Jean-François Noubel - page 2
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Emission France Inter JF Noubel – L’économie autrement

L’économie autrement – France Inter – Jean-François Noubel

Interview dans l’émission sur France Inter par Bruce de Galzain, le 10 juin 2010.


“Les monnaies libres” – Emission Radio Aligre 93.1FM

[audio:http://www.yudu.com/item_files/131427/76bd8ce11/100219_JF_Noubel_radio_Aligre_-_Les_monnaies_libres.mp3|titles=Les monnaies libres|artists=Jean-François Noubel|autostart=yes]

Interview par Florence Matton, jeudi 18 février 2010.

Sujet : les dernières avancées concernant les monnaies libres.

 


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