Vers la société post-argent

Quid du Bitcoin ?

Je travaille pour des bitcoinsEn tant que personne œuvrant sur la vision et les technologies de la société post-argent, les gens me demandent tout le temps ce que je pense du Bitcoin. Eh bien vous savez quoi ? Pas grand chose.

Bien que le Bitcoin fonctionne de manière décentralisée, en pair-à-pair et open-source, il n’en perpétue pas moins l’ancien paradigme de la rareté. Le fait que cette monnaie se branche sur l’infrastructure de l’argent rare ($, €, etc) injecte l’ADN de la rareté dedans. Plus grave encore : le concept nous laisse coincés dans les pièces de monnaie, un vieux meme ! Cependant, alors qu’il demeure et perpétue l’ancien paradigme, le Bitcoin pose un pas incontestable vers la société post-argent puisqu’il questionne le monopole de la banque quant à la création monétaire. Voilà qui ouvre de nouvelles possibilités. Les supporters et utilisateurs du Bitcoin feront très probablement toutes les erreurs possibles, ce qui donnera un coup d’accélérateur à l’évolution.

Monnaies complémentaires ?

J’aime les monnaies complémentaires pour le service qu’elles rendent. Elles permettent aux gens d’opérer les premiers pas en dehors de l’argent comme seul et unique moyen de voir l’économie. Elles poussent à toutes les erreurs et tâtonnements possibles, étape indispensable pour s’échapper de la prison mentale actuelle.

Aujourd’hui différentes formes de monnaies complémentaires coexistent (certaines ont un rôle multiple, par exemple local et social) :

  • Les monnaies locales (ou régionales) : elles aident un territoire donné (ville, région, etc) à se remonétiser et à redynamiser l’économie. Exemples : Ithaca Hours (USA), projet SOL (France), Chiemgauer (Allemagne)…
  • Les monnaies “corporate” : elles soutiennent un secteur économique spécifique. Exemples : les air miles (tourisme et voyage), le WIR (entreprises en Suisse), les Tickets Restaurant (restauration)…
  • Les monnaies sociales : elles activent l’économie sociale et solidaire dans la société. Exemples : le Time Banking (USA), Banco Palmas (Brésil)…
  • Les monnaies affectées : elles catalysent un objectif spécifique dans l’économie. Exemple : les monnaies carbone.

Je n’investis personnellement aucun effort dans les monnaies complémentaires. Leur nom nous dit tout : elles complémentent le système, tout comme les compléments alimentaires complémentent votre nourriture du fait de ses déficiences inhérentes. Les compléments alimentaires et les monnaies complémentaires existent à cause du système en place. D’un point de vue positif, on peut voir les monnaies complémentaires comme une première étape vers un protocole ouvert, global et interopérable (voir plus bas), de la même façon que les réseaux locaux en informatique ont initié la transition vers Internet au début des années 90.

L’argent décentralisé ?

J’ai visionné cette conférence donnée par Fred Wilson, partenaire associé de Union Square Ventures. J’apprécie la clarté avec laquelle il passe en revue les tendances actuelles et comment cela oriente ses investissements. Fred a une belle intuition lorsqu’il dit que le prochain système monétaire doit devenir un protocole internet. Première fois que j’entends cela en dehors de notre petit cercle de spécialistes. Il y a quelques années cela ressemblait à de la science fiction lorsque je partageais cette idée. Aujourd’hui un investisseur le dit, bonne nouvelle ! Cependant Fred Wilson limite sa prospective à un système monétaire, décentralisé certes, mais monétaire toujours, ce qui veut dire :

  1. une technologie qui ne couvre que la richesse mobile (biens, services), et non la richesse intégrale (mobile, mesurable, ordonable, énonçable, potentielle — voir conférences ci-dessous) ;
  2. une technologie qui opère exclusivement dans l’économie de marché, là où l’on ne fait qu’échanger des choses, et où l’on oublie les autres possibilités d’interactions. Cela écarte l’émergence des économies du don qui, à mon sens, deviendront de plus en plus puissantes, et plus génératives que l’économie de marché d’aujourd’hui, limitée par la conditionnalité de réciprocité immédiate.

Vers la société post-argent

Je pense que le futur proche ira beaucoup plus loin que l’imaginaire présent. De manière schématique :

  1. Les prochaines technologies post-monétaires fonctionneront suivant un protocole internet (Fred Wilson a bien compris cette partie-là, rare et plaisant !), qui ouvrira sur la diversité, la multiplicité, l’interopérabilité ;
  2. Les technologies post-monétaires nous doteront du langage de la richesse intégrale, et pas seulement de la richesse mobile ;
  3. Les technologies post-monétaires permettront l’émergence d’économies du don à grande échelle, qui transcendent (et incluent) les économies de marché.

Think out of the Bucks

Il nous reste beaucoup d’options pour nommer cette évolution. Tout comme à la naissance de l’aviation, les technologies post-argent développeront leur propre ontologie dans notre langage de tous les jours. J’aime utiliser des expressions telles que “langage de la richesse”, “richesse intégrale”, “technologies de la richesse”.

Notons que nous n’avons pas de mot pour signifier le fait de créer la richesse, dans son sens le plus profond et le plus large. D’où la création du verbe “to weal” en anglais : générer, donner naissance à la richesse. Dans le futur, nous “wealerons”. En anglais : we will wealWeal comme wheel (free wheel – roue libre), weal comme will (free will – libre arbitre), etc. Will Will wheal? (Will wealera-t-il ?) Il y a quelques années j’ai réservé les noms de domaine freeweal (org, com, etc) et weal.me. Reste à voir ce que cela donnera dans d’autres langues comme le français.

Et pour finir, cette transformation du monde va nous emmener loin, beaucoup plus loin que ce que chacun anticipe aujourd’hui. Le prochain langage de la richesse deviendra un langage des flux. Nous évoluerons de notre langage actuel, qui décrit des objets finis et leurs relations, vers un langage des flux, vivant, toujours changeant, quantique (empli de possibles superposés), holographique (où le Je et le Nous se contiennent l’un l’autre), super-conscient. J’y vois un des prochains sauts d’évolution de notre espèce.

J’ai beaucoup plus à dire à ce sujet, d’où ma longue retraite actuelle d’écriture. En attendant, ne vous gênez pas pour me wealer :-).

Plus en profondeur…

Voici ci-dessous quelques conférences clés sur le sujet.

Richesse intégrale (Integral Wealth)

Jean-François Noubel – Centifolia – Oct. 2013 – Grasse, France

Towards a Systems’ Paradigm and a New Expressive Capacity

Arthur Brock interviewé par Ferananda Ibarra.

Après l’argent – TEDx Paris

 

 


Foire aux questions

Intelligence collective, société post-argent, économie du don, vœu de richesse, alimentation, amour, sexe, politique, arts martiaux, cheminement spirituel… beaucoup de sujets pour lesquels je reçois de nombreuses questions. Certaines reviennent souvent, pourquoi ne pas les collecter et les partager ? Voici donc des FAQ (Foires aux Questions), avec des réponses les plus honnêtes et les plus directes possibles qui m’animent à l’instant où je les écris. Ca continuera d’évoluer, revenez vite !

Et si une question vous taraude l’esprit, envoyez-la moi !

Mer de billets

 

 

 

Questions sur la richesse, l’argent et l’économie du don

 

JF XIV

 

 

 

Questions sur le vœu de richesse

 

L'intervention des Sabines

Questions de politique et de société

 

Et bientôt… des questions sur l’amour, le sexe, l’alimentation, les arts martiaux…


Voyage dans le temps depuis la société post-argent

121202_machine_a_explorer_le_temps_420x316Le 4 décembre 2012, on m’a invité à m’exprimer dans le cadre de la Nuit des Réseaux, à Toulouse, devant 600 personnes ayant un rôle de décideurs dans l’entreprise ou les organisations de la région. Mon intervention va changer du format habituel car… je vais revenir du futur. Je raconterai comment la société a évolué en s’affranchissant de l’argent. Je viendrai donc en tant que témoin et conteur. Un exercice nouveau pour moi, qui me ravit d’autant qu’il me confronte à l’inconnu. Inconnu de moi-même, car je ne connais pas mes capacités de conteur, n’en ayant aucune pratique. Inconnu de la situation dans laquelle je m’engage, car je n’ai pas connaissance que quiconque se soit risqué à ce périlleux exercice de conter la société post-argent en live sur scène. Je vais donc me retrouver en pleine vulnérabilité, avec la mission délicate de partager une expérience consistante destinée à ouvrir cœurs et esprits.

De nombreuses idées et visualisations sur ce à quoi ressemblera cette société post-argent à naître m’animent, bien sûr. Pour autant, ces intuitions ne représentent qu’une infime portion de ce qui, déjà, mûrit dans le collectif. Cette société post-argent a déjà engagé son processus de naissance, donc elle existe déjà en potentialité, en rêve, en images, en concepts, au fond de nombreux esprits, même si ces derniers n’en ont pas forcément pleinement conscience. J’aimerais pouvoir recueillir certains de ces fragments de visions, d’idées, de concepts…

Voici donc, ci-dessous, un court texte qui plante le décor et le contexte. S’en suivent des questions précises. Si vous sentez des réponses, des images, des idées, des concepts poindre dans votre esprit (ou dans vos orteils, vous avez le droit), alors n’hésitez pas : partagez ! Ainsi sculpterons-nous la réalité avec la main de nos rêves. Comme à chaque fois, nous nous rendrons alors compte que ce qu’on nomme “réalité” ne fait que jouer le rôle d’un miroir reflétant nos gestes d’artistes et d’infinis créateurs.

L’humanité a évolué vers la société post-argent. Les crises économiques mondiales successives du passé ont bien fini par démontrer que la technologie nommée argent, qui avait fonctionné durant plusieurs milliers d’années, ne rendait plus service à la société humaine. L’argent causait des ravages humanitaires et écologiques d’une ampleur sans précédent, et l’espèce humaine avait bien failli s’éteindre. L’humanité tout entière n’avait d’autre choix que d’évoluer en passant de la compétition au mutualisme, du consumérisme à l’échange. L’économie ne se limite plus simplement aux Hommes, elle inclut désormais les autres espèces vivantes de la planète qui vivent en inter-création. Ainsi la société d’aujourd’hui construit, échange, mesure la richesse d’une manière bien différente du passé. On y utilise des systèmes et des technologies qui nous permettent de voir et ressentir le spectre tout entier de ce que nous appelons la richesse intégrale.

  1. A quoi ressemble cette société ?
  2. Comment se déroule la vie quotidienne de différentes personnes et organisations, dans différentes parties du monde ?
  3. Quels événements clés ont pu mener à cette société ?

J’ai posé ces questions en anglais sur Quora. Si vous vous sentez inspiré(e), vous pouvez proposer des réponses soit par un commentaire ci-dessous. Ou bien vous pouvez vous rendre directement sur Quora et partager votre inspiration en cliquant sur les questions ci-dessous :

  1. Imagine we are in a post-monetary society. What happens in everyday life? Can you imagine stories about people, human societies and collectives in different parts of the world?
  2. Imagine we are in a post-monetary society. What key events from the past lead to it?
  3. Imagine we are in a post-monetary society. What key events from the past lead to it?

A nos imaginations !


Ces hommes ont-ils crashé le monde ?

Pour ceux qui comprennent l’anglais, je recommande sans réserve cet excellent documentaire en 4 parties d’Al Jazeera “Meltdown”, dont voici le n°1 ci-dessous. Il explique en détail comment les seigneurs de la finance ont manifesté leurs plus subtils et vicieux talents de prédateurs qui ont conduit au crash de 1988. Nul besoin d’être un Prix Nobel en économie pour comprendre les mécanismes systémiques de ce casino géant, et comment les décisions de quelques hommes qui n’ont jamais été élus en entraîne des millions d’autres vers la rue. Le seul bon sens suffit pour avoir une vue d’ensemble.

Dans ce 1er épisode, on suit quatre hommes qui ont contribué à faire dévisser l’économie mondiale : un milliardaire vendeur d’emprunts-logement, un banquier de haut vol avec une faiblesse qui lui (nous) sera fatale, un prédateur parmi les plus féroces de Wall Street, et un homme au pouvoir absolu derrière le trône de la présidence Bush.

Cette série nous rappelle plusieurs points forts :

  • Toute spéculation financière est un exercice qui déconnecte la monnaie de l’économie réelle. Cela conduit TOUJOURS, un jour ou l’autre, à une catastrophe.
  • C’est un des nombreux exemples de ce que je nomme la “criminalité légale”, un point que je développerai beaucoup dans mes travaux futurs sur l’intelligence collective. Cela illustre la divergence que l’on voit souvent entre la ligne morale et la ligne légale, qui mène au fait que ce qui est légal est immoral, et ce qui est moral est illégal.
  • Au bout du compte, c’est toujours le peuple qui paie l’addition. Il est ce corps crédule, ignorant, confiant, laborieux dans lequel les vampires du pouvoir viennent planter leurs crocs jusqu’au saignement à blanc. Ce ne sont ni les gens jetés à la rue de leur maison, ou les millions de travailleurs chinois jetés hors de leurs usines qui contrediront cela.

Mais il ne faut pas s’arrêter là. Les requins n’existent que parce qu’ils ont un territoire de chasse qui les nourrit. C’est un système social, culturel et politique tout entier qui leur fait place nette. Pointer les requins du doigt et les incriminer comme les seuls fautifs du sang qui coule est une erreur épistémologique et morale.

Erreur épistémologuique classique s’il s’en faut, car en pointant une petite partie d’un système comme cause unique des déséquilibres dudit système, on s’enferme dans une vision réductionniste qui aboutit à une vision du monde aussi dangereuse que celle que l’on condamne. Pire : on perpétue le système en continuant de le polariser. C’est ce que j’appèle la “polarisation symbiotique” en intelligence collective, où chaque partie se légitime dans son droit et dans ses actes en accusant l’autre, ce qui donne un système extrêmement stable peu capable d’évoluer. C’est toujours la faute d’un Bush, d’un Kadhafi, d’un Hitler, d’un Staline, d’un Richard Fuld (le fameux prédateur à la tête de Lehman Brothers), d’un patron ici, d’un tyran là… C’est oublier les mécanismes fondateurs de l’intelligence collective pyramidale. Au travers des chaînes de commandement et des transfers de responsabilité, la plupart des gens se retrouvent dessaisis de leur souveraineté et responsabilité morale, qu’ils soient en haut ou en bas de la pyramide.

Erreur morale que de se contenter de vilipender les grands prédateurs et autres animaux de pouvoir dans le zoo humain. Les petits épargnants crédules, les consommateurs ignorants que nous sommes tous à des degrés divers, portons en nous, individuellement, la responsabilité d’un rouage de cette immense mécanique, aussi petit soit ce rouage. Comprendre en profondeur comment les différentes formes d’intelligence collective fonctionnent et inter-opèrent, est essentiel. Cela permet d’anticiper la plupart des catastrophes planétaires dont nous sommes témoins et victimes aujourd’hui. Le crash de 2008 n’était pas une surprise car il est structurel, et non conjoncturel. La faille est DANS le système, ensuite il suffit juste d’extrapoler.

Pas facile, évidemment, d’acquérir le recul sur la cause de ces grands tremblements de terre humaines. D’une part parce que leur annonce passe toujours par ce qu’on appelle une série de signaux faibles. La situation se modifie de manière imperceptible, étape après étape. Le signal est trop faible pour que notre esprit prenne conscience que quelque chose de profond est en train de mijoter. L’humanité est complètement désarmée face aux signaux faibles. Il nous faut individuellement apprendre à développer notre sens de l’observation de ces signaux faibles, et écouter plus ceux dont c’est le métier. Pas facile non plus d’acquérir du recul du fait que, dans la civilisation de l’intelligence collective pyramidale, l’école s’emploie à domestiquer le jeune humain. En ressortent des êtres soit dociles, soit féroces, ignorants et crédules dans les deux cas. Les brebis comme les prédateurs obéissent tous deux aux mêmes logiques de l’intelligence collective pyramidale, chacun à leur manière ils la perpétuent. Rares sont ceux qui s’extraient d’une matrice aussi enveloppante et pervasive que celle de la culture et des croyances dans lesquelles on baigne. La conquête de la souveraineté individuelle demande beaucoup d’efforts et quelques longues traversés du désert.

Je reste cependant très optimiste pour plusieurs raisons. D’abord le nombre de gens que je vois s’éveiller, jeunes ou vieux. Les chiffres en sociologie le démontrent clairement. Ensuite parce que la société civile est aujourd’hui dotée d’outils qui permettent la circulation décentralisée et distribuée des idées et savoir-faire. Ce n’est certes pas encore suffisant : il manque des outils plus puissants qui permettent la synchronisation des actions. Par action, j’entends des actions locales et globales beaucoup plus riches et complexe qu’un appel à manifester dans la rue. Qui dit action, dit économie. Qui dit économie, dit monnaies. Pas l’argent, cet outil archaïque qui perpétue une idéologie de la rareté. Non, je parle des monnaies libres.

Je dois donc continuer mon travail, sans cesse, sans relâche, sereinement, pour que d’une graine, elles deviennent un mouvement que rien ne peut arrêter.


L’expérience TEDx Paris 2011

Parler à TEDx a représenté un défi. Comment expliquer, partager la vision des monnaies libres en 12 minutes ? Et pas seulement ça… car TED demande plus encore. Il ne s’agit pas d’exposer seulement des concepts ou des visions, il faut aussi laisser parler l’intelligence émotionnelle, équilibrer cerveaux droit et gauche, partager le cheminement personnel… Indépendemment du résultat, ce challenge ne pouvait que m’aider à grandir, à affiner mon expression, à chercher des voies (et voix) encore inconnues au fond de moi. Un parcours initiatique auquel je me prêtai avec joie, entouré et coaché par les merveilleux fondateurs de TEDx Paris. Leur feedback m’a toujours paru pertinent et leurs remarques bienveillantes.

Jusqu’à 48 heures avant TEDx, j’ai dû trancher dans le vif sur ce que je devais ou ne devais pas dire. J’avais décidé de minuter chaque étape du discours sans entrer pour autant dans du par cœur. Juste laisser la voix du cœur.

Deux évidences ont éclairé ce cheminement :

  • Ne pas chercher à “expliquer”, mais plutôt lancer des petites graines de curiosité dans le vent. Les gens ressentent ce qu’ils entendent. Même si le mental ne comprend pas tout, ils savent si cela doit les toucher. Quelque chose vient alors réveiller une connaissance plus profonde, souvent inconsciente, mais bien présente en chaque être humain.
  • Je devais aller au-delà des monnaies complémentaires, pour atteindre les monnaies libres, même si je lâchais 95% de l’audience en cours de route.

Ce dernier point mérite une explication.

Les gens comprennent en général assez bien les monnaies complémentaires. Plusieurs raisons à cela… Tout d’abord, les monnaies complémentaires “complémentent” notre système monétaire, donc nous restons dans le même paradigme, même si pour beaucoup, l’idée d’utiliser d’autres unités pour échanger représente un saut quantique émotionnel considérable. De plus, dans leur philosophie, les monnaies complémentaires demeurent monolitiques — une seule monnaie pour tout faire — et fondées sur l’économie de marché (réciprocité/symétrie immédiate : je te donne quelque chose, tu me donnes de la monnaie en retour). Vu que l’économie de marché représente la seule chose que les gens connaissent depuis tout petits, ils n’ont pas d’autre référentiel. Tout le reste entre dans l’abstrait.

Les monnaies libres deviennent plurielles. Elles fonctionnent par constellations, ne servent pas qu’à échanger des biens, ne s’inscrivent pas exclusivement dans l’économie de marché. Elles permettent à des flux de richesse de se construire en spirales vertueuses. Bref, tant qu’on n’a pas joué avec elles, cela reste aussi abscons que l’Internet pour le grand public en 1995. Aucune conférence que j’ai données à l’époque n’aurait pu permettre de comprendre la réalité d’aujourd’hui. Une fois qu’ils auront goûté aux monnaies libres en direct, les gens se rendront compte de leur simplicité et évidence.

La rupture de paradigme réside dans les monnaies libres (et même au-delà du terme “monnaies”), pas dans les monnaies complémentaires, c’est donc là que je devais porter ma conférence.

Mais de là à en parler en 12 minutes sans proposer d’expérience… J’ai donc pris un risque, celui de lâcher une bonne partie de la salle, de paraître abstrait, théorique et incomplet pour la plupart. Puisse pour autant cette conférence avoir permis à quelques graines de pousser dans des terreaux fertiles.

Aujourd’hui, presque 3 ans après, alors que je remodèle cet article, je continue de recevoir beaucoup de feedback. Tout d’abord parce que TEDx Paris 2011 a donné une bonne visibilité médiatique aux intervenants. En ce qui me concerne, je reçois beaucoup de emails, que ce soit de particuliers qui veulent mieux comprendre ou s’engager, d’entreprises qui voudraient travailler avec moi sur le sujet, ou de médias pour une interview.

J’ai en tout cas reçu un beau cadeau : cela m’a permis d’évoluer.

Merci encore aux organisateurs de TEDx, et à tous les volontaires de cet événement qui ont donné temps et énergie dans la bonne humeur !


Comment réaliser un produit “parfait” ? Une journée pour y réfléchir

Je viens récemment d’écrire pour une grande marque de parfumerie une proposition de journée stratégique : comment développer des produits ou des services parfaits ? Cette approche stratégique est aujourd’hui applicable par toute entreprise désireuse d’évoluer. J’ai décidé de partager le contenu de cette proposition sur mon blog car cette dernière n’a rien de secret. Elle pourra intéresser d’autres organisations.

La réalisation d’un produit parfait

Un produit parfait est un produit qui incarne et manifeste le Beau, le Bon, le Vrai.

Beau, car il porte en lui une esthétique, une joie de la création, qui touche directement toute personne entrant en contact avec ce produit (ou cette œuvre). Cela implique donc une créativité libérée de contraintes emprisonnantes. Les jeux de contraintes sont au contraire des facteurs qui catalysent la création artistique. Quelles sont les contraintes qui emprisonnent, quelles sont celles qui libèrent ? En quoi le contexte social, culturel et économique dans lequel les créateurs évoluent est déterminant ? Comment créer le bon contexte ?

Bon, car le produit fait du bien à tous, dans toute la chaîne de création de valeur. Il fait du bien aux créateurs, aux producteurs, aux fabricants, aux utilisateurs, à l’environnement, à la vie.

Vrai, car ce produit ne porte aucun mensonge en lui. Il assume ses forces et ses faiblesses, il engage une relation de confiance entre tous les acteurs dans toute la chaîne de création de valeur. Il est une manifestation du principe de réalité. Le principe de réalité nous enseigne et nous fait grandir, de même qu’à notre tour nous l’enrichissons et le transformons.

Stratégie

La dynamique du Beau, Bon, Vrai, n’est pas réalisable dans un contexte économique et social fondé sur la rareté des ressources et la compétition entre les personnes. L’objectif de réalisation d’un produit parfait, ou qui du moins tend vers la perfection, implique le fait de créer le contexte propice à son émergence et sa durabilité. Nous raisonnons donc en terme d’écosystèmes, autant biologiques que sociaux. Nous entrons dans les questions d’intelligence collective, et de l’économie qui la supporte.

Quel est le langage “technique” que doivent apprendre les acteurs pour se coordonner en ce sens ?
Quels sont les outils collaboratifs qu’ils doivent mettre en place ?
Quels contrats sociaux ?
Quel système monétaire ?
Quelles transformations intérieures, de manière à ne plus reproduire les anciens schémas, et nous ouvrir à d’autres possibilités ?
Comment passer à une logique de marché de masse à des logiques de marchés organiques, vivants, conscients d’eux-mêmes ?
Comment faire que le sens et la joie de créer ensemble devienne le moteur principal ?

Plan de la journée

Le matin est réservé pour partager des fondamentaux. Ces derniers nous donnent des mots et des cartes pour avancer ensemble et décider, sachant que les anciens mots et les anciennes cartes ne nous permettent d’avancer que sur le terrain qu’on connaît. Nous abordons donc :
  • Les différentes formes d’intelligence collective (IC): cela permet de bien comprendre dans quoi on évolue maintenant, et où l’on se dirige
  • Comment évoluer vers l’IC globale ? Conditions ? Quels choix personnels faut-il poser ?
  • L’économie de l’IC globale et les monnaies libres qui l’accompagnent
  • En quoi les monnaies libres sont exactement ce qui peut soutenir un marché durable et des produits “parfaits”?
  • L’opportunité que cela représente pour les entreprises et innovateurs d’aujourd’hui
  • Quels sont les prochains pas concrets ?
L’après-midi est tourné vers la créativité, le brain storming, l’ouverture à l’envie de relever un beau challenge : le produit parfait. Je suis là en tant que ressource, pour nourrir la réflexion, apporter des précisions, pousser hors des sentiers battus, aider à se connecter à la joie d’avancer en terrain inconnu, donner des perspectives.

Critères de réussite

Je propose de considérer la journée comme réussie, si :
  • les participants se sont appropriés des notions et cartes essentielles pour poser de vrais choix, tant individuels que collectifs
  • une voie possible apparaît clairement aux participants. Ils pourront choisir ensuite.
  • l’aventure pionnière tente certains (on ne peut attendre cela de tout le monde)

Conditions

Je demande que cette journée soit ouverte et considérée comme non-conventionnelle. Elle doit d’abord toucher le cœur et la mission de vie des participants, avant de s’inscrire dans quoi que ce soit d’institutionnel ou entrepreneurial.

Les participants ne viennent pas en tant que consommateurs d’un stage ou d’un intervenant. Il est clairement établi avec eux qu’ils seront sollicités et amenés dans de nouveaux paradigme.

Plutôt que de venir avec les “oui mais…“, ils viennent avec les “et si on…?

Ils laissent les téléphones portables et le contexte habituel de travail à la porte.

Création et échange de richesses

Dans le contexte conventionnel, TheTransitioner facture 4500 € HT une journée telle que celle-ci.

Ce n’est pas tout : nous souhaitons également fonctionner avec les monnaies libres. Il y a en effet plus de richesses dans l’échange que nous pouvons créer avec les monnaies libres que ce que l’argent conventionnel permet de couvrir. Servir le monde, avoir de la joie à créer ensemble, installer du sens, reconnaître et faire grandir nos talents mutuels, devenir un collectif apprenant, sont autant de richesses que nous pouvons co-construire et favoriser avec les monnaies libres. Elles nous engagent dans le temps et sur le sens.

Ceci dit, nos besoins actuels les plus pressants sont clairement classiques et vitaux : la trésorerie en argent conventionnel. Ces dernières années nous avons financé nous-mêmes toute la R&D, les voyages, les serveurs. L’essentiel s’est fait par notre travail, même si fort heureusement nous avons reçu des soutiens inattendus. Les conférences ont pour la plupart du temps été offertes. Les séminaires ont à peine couvert les frais directs. Il est temps aujourd’hui que le monde nous soutienne en retour, afin que nous puissions continuer notre service. Aujourd’hui TheTransitioner est financièrement exsangue (et pourtant tellement riche !), nous devons reconstituer un capital en monnaie classique.

Je mets dont une question dans une bouteille et la lance dans l’univers, ainsi qu’à toutes nos entreprises amies : allons-nous recevoir du soutien, des richesses, de la part d’autres personnes et organisations, de manière suffisante pour que nous puissions continuer notre travail et notre service ? Recevrons-nous des donation, du mécénat ? Conduirons-nous de l’action-recherche avec des entreprises partenaires désireuses de financer ces efforts, et de faire que les résultats soient offerts dans le domaine public ? Comment bien communiquer sur le fait que le travail de R&D que nous faisons est essentiel pour notre planète et son évolution ?

Une journée de réflexion telle que celle que je viens de décrire donne l’occasion d’explorer — ou plutôt survoler — comment nous pouvons créer ensemble des produits “parfaits”. Des produits qui construisent la vie au lieu d’en extirper les ressources, qui créent de la joie pour tout le monde, qui procurent un sentiment esthétique au plus profond de chacun, qui créent du lien social et du sens, qui nous apprennent des vérités sur la nature du monde. Une telle journée n’est-elle pas un bel investissement ?

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Crédits : la magnifique photo sur cette page est de Steve Wall et se trouve ici.

Un an après le vœu de richesse

Plus d’un an a passé depuis le 7 septembre 2009, jour où le vœu de richesse est entré dans ma vie. Autant ce vœu s’est manifesté comme une évidence, autant il m’était difficile à l’époque d’avoir une idée du chemin qui me mènerait à son application pratique, en particulier le fait de migrer de l’argent conventionnel vers les monnaies libres.

Je reprécise ici que le vœu de richesse est une expérience spirituelle, un engagement envers l’infinie richesse qui nous entoure en tant que manifestation inhérente de l’Univers. Le fait de quitter la monnaie conventionnelle — l’argent, les euros, et tout ce qui va avec — est une application circonstancielle de ce vœu. Elle est liée à mon époque et à ce que j’ai choisi d’y faire via ma propre expression. Quelqu’un d’autre peut parfaitement prononcer ce même vœu et choisir une manière différente de le manifester. Le vœu de richesse n’oblige pas à quitter la monnaie conventionnelle, quand bien même il questionne profondément notre rapport à l’argent.

Où en suis-je un an après ?

Je suis au milieu du gué, c’est-à-dire déjà bien éloigné de l’argent conventionnel, sans pour autant avoir construit une existence dans les monnaies libres. Le milieu du gué est le passage le plus délicat. Les courants y sont forts, on peut chanceler et se retrouver entraîné dans de dangereux tourbillons. On est au plus loin des deux berges, le doute s’installe facilement, surtout quand il est aidé par les autres qui, sur la rive, ne se privent pas de manifester leur scepticisme. Il faut à tout prix rester en équilibre, car c’est sur cet équilibre et cette volonté intérieure que tout se joue.

Les faits maintenant…

J’ai quitté ma maison en mai dernier. Donc plus de loyer en euros.

Je suis nomade. Pour l’instant je loge chez les amis qui m’offrent l’hospitalité, qui comprennent et soutiennent ma démarche. C’est une situation transitoire, inconfortable, mais qui rapproche. J’essaie de faire que mon séjour apporte quelque chose, dans l’invisible comme dans le matériel. Ce n’est pas toujours évident car ma présence n’est jamais neutre, vu les engagements que je porte en moi. Ces derniers interpellent, même si je ne fais aucun prosélytisme et si je me montre aussi discret que possible. Etre dans le service au temps présent, et rester focalisé sur l’énorme travail de développement des monnaies libres demande un fin réglage, une vigilance permanente. J’apprends beaucoup dans ces équilibres délicats.

Mon corps est devenu ma vraie maison. Une évolution que j’apprécie d’autant que le corps a toujours été pour moi l’espace dans lequel s’incarne la connaissance. Les potentialités, les idées, les concepts qui ne sont pas encore descendus dans le corps n’ont pas encore opéré leur incarnation dans la matière. Le corps est un espace de transmutation alchimique dirigé par la conscience.

La plus grande difficulté dans ce nomadisme réside dans ce que cela impose à mon petit bonhomme Estéban. Il n’a plus sa petite chambre à lui, ses jouets sont dans un container. Il doit, lui aussi, s’adapter et franchir le gué avec moi. Heureusement, il a une base et sa chambre à lui avec sa maman Stéphanie. Pour Estéban un équilibre dans les extrêmes s’est révélé : sa maman lui donne les racines, son papa lui donne les ailes. J’ai beaucoup de gratitude pour Stéphanie pour son soutien dans toute cette aventure de vie.

J’ai quitté la banque. Plus de compte en banque, plus de carte de crédit, plus de jeu de cache cache (c’est le cas de le dire) avec les + et les -. C’est un pas symbolique important pour moi.

Je rends ma voiture également, c’est l’association TheTransitioner qui en devient propriétaire. Je ne m’en sers plus que marginalement sur le plan personnel, ce sont surtout les déplacements professionnels qui en justifient l’utilisation. Donc plus de voiture perso non plus.

Les seules dépenses qui demeurent aujourd’hui sur le plan personnel sont :

  1. nourriture et hygiène (dentifrice, shampooing, etc)
  2. quelques objets de temps (des vêtements par exemple)
  3. et surtout le nécessaire pour l’éducation et le bien-être de mon petit garçon, en particulier les frais de scolarité

Mes besoins personnels sont devenus modestes. Je vis aujourd’hui avec une valise, et je m’en porte très bien. Je ne ressens aucun besoin particulier, tout ce qui m’importe est de servir et d’accompagner mon petit garçon dans son chemin de vie.

Je continue aujourd’hui de fonctionner avec des espèces pour les postes 1 et 2. Pour les dépenses scolaires d’Estéban (3), plus conséquentes, j’espère cette année pouvoir aider l’école d’Estéban à évoluer vers les monnaies libres. Cette dernière, embourbée dans une incertaine survie liée à l’argent rare, aurait tout à gagner avec les monnaies libres. Cela me permettra également d’y développer une relation conforme au vœu de richesse.

Les prochains pas ? Ils consistent bien entendu à me séparer de l’argent rare que j’utilise encore, afin de construire une existence riche dans les monnaies libres. C’est la phase la plus délicate. Elle nécessite que la plate-forme “flowplace” ainsi que les protocoles MetaCurrency aient suffisamment évolué pour être utilisables par des cercles économiques. Cette transition doit être organique.

C’est en réussissant ce pari que nous pourrons démontrer qu’il est possible ! “Nous” ? Eh oui. Ma bien-aimée Fernanda, elle aussi, opère cette même transition, à sa manière au Mexique, dans son contexte. Elle pourra peut-être en témoigner dans son blog.

Et tout ceci n’est possible, bien sûr, que grâce aux actions de celles et ceux qui nous accompagnent. Même si le chemin peut parfois sembler solitaire, c’est avant tout une aventure collective !


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