L’argent, une technologie devenue toxique

12 minutes d’une vidéo prise à la volée dans laquelle je vous dis pourquoi je considère l’argent comme une technologie non seulement obsolète, mais qui s’avère aujourd’hui toxique et parfaitement à l’opposé de la société que nous voulons construire aujourd’hui. Je vous parlerai en particulier de l’effet Pareto, du lien avec l’intelligence collective pyramidale, du consumérisme comme dommage collatéral.

 

 


Trois raisons pour lesquelles je ne crois pas à la COP 21

Voici une petite vidéo faite à la volée la veille d’un départ en voyage, le 1er décembre 2015. Veuillez m’excuser pour sa mauvaise qualité. J’ai jugé plus important de partager quelques points de vue au fil de l’actualité que d’attendre les conditions pour un bon tournage et montage.

En résumé :

    1. L’intelligence collective pyramidale s’avère totalement incapable de gérer la complexité du monde d’aujourd’hui. Pire, elle l’a créée, donc seul un système social plus vaste, plus embrassant, plus conscient et plus intelligent peut prendre le relai. Cela participe de l’évolution du vivant.
    2. Nous évoluons dans un monde à conscience encore majoritairement socio-centrée. L’intelligence collective pyramidale se construit sur ce type de conscience. En même temps, nous voyons un mouvement global s’opérer vers une conscience mondo-centrée, qui ne peut reposer sur l’intelligence collective pyramidale, et qui, de fait, donne naissance à la forme suivante : l’intelligence collective holomidale. En attendant, nos chefs d’Etat et dirigeants vivent par la conscience socio-centrée et ne peuvent en conséquence incarner l’avenir, même s’ils le voulaient.
    3. L’argent s’avère une technologie ad hoc pour l’intelligence collective pyramidale. Ca a servi ces derniers milliers d’années. Mais pour une économie systémique, durable, intégrale, à la fois locale et globale, fondée sur les systèmes ouverts, l’open source, l’open innovation, l’argent devient toxique et tout à fait inadéquat. On ne pourra jamais résoudre les enjeux de la COP 21 avec la technologie argent. Il nous faut donc passer aux technologies post-argent.

Non aux gaz à effet de s...

 


Quand les BonnesGueules me font causer…

Je voudrais ici une fois de plus saluer et remercier les BonneGueules, dont j’ai déjà abondamment parlé dans cet article. Ils continuent leur irrésistible progression, avec sérieux, humour, ingéniosité et pugnacité. Et en plus, ils se permettent d’interviewer un zozo comme moi et de mettre cet échange sur leur site, ce qui traduit leur ouverture d’esprit, leur curiosité et leur accueil.

Merci Benoît et Geoffrey, vous me faites beaucoup d’honneur et j’espère toujours m’en montrer digne !

 

⬇️ Cliquez pour voir l’interview ⬇️

Interview Jean-François Noubel par Benoît de BonneGueule

 

 


Comment j’ai fini par devenir inutile

Chat blanc en train de dormir

Ce titre annonce-t-il un constat d’échec me concernant ? Pas du tout. Il y a quelques années, j’ai pris la décision de devenir inutile.

Complètement inutile.

Je veux dire par là inutilisable. Personne, pas même moi, ne peut m’utiliser comme outil, instrument, servant ou maître, groupie ou gourou, employé ou patron. Les rôles et les fonctions ne s’appliquent pas à une personne inutile.

En tant que personne inutile, je n’ai pas de planète à sauver, de cause pour laquelle me battre, d’ennemi à combattre. Je n’ai pas d’obligations morales, de responsabilités, de devoirs.

Les gens disent qu’il faut “gagner sa vie”. Mon papa et ma maman m’ont dit ça (et ils continuent). Mes grands-parents également, il y a longtemps. De même que mes profs à l’école, mon coiffeur, le gars de la station service et nos animaux politiques à la télé. Pour autant que je sache, ma vie, je l’ai gagnée à la naissance. Pourquoi devrais-je la gagner encore et encore ? Pourquoi devrais-je engager des actions spéciales telles qu’avoir un boulot pour m’acheter le droit de vivre ? Aujourd’hui je n’ai aucun travail, aucun poste, aucun titre, aucun statut social. Mon CV a fini à la poubelle. Quelle délicieuse libération !

Vous trouvez cela choquant ? Alors dites-moi pourquoi nous avons des chats et des chiens ? Pourquoi nous sentons-nous autant touchés par les enfants ? Ne goûtons-nous pas, inconsciemment et par projection, à leur délicieuse et insouciante inutilité ?

L’inutilité m’a également libéré des idéologies omniprésentes de l’inconscient collectif qui imposent de justifier sans répit notre droit à exister. Ne voulons-nous pas inscrire nos actions dans une “raison de vivre” ou un “sens de la vie” cohérents ? N’aimons-nous pas revendiquer notre service envers  un “but plus grand” ? Ne naviguons-nous pas dans ces océans mentaux dans lesquels nous nous voyons comme de petites parties d’un grand tout ? Nous adorons nous voir nous-mêmes comme des parties d’un tout plus grand. Peu importe qu’on les appelle Dieu, le Kosmos, l’humanité, le Divin, la Terre Mère ou la Nation… Tous indiquent un grand truc qui a ses propres intentions, ses propres lois. Là, nous n’avons pas grand chose à dire. Pas de débat, pas de démocratie, mais une grosse dictature. Nous devons simplement accepter, nous abandonner (le terme spirituellement correct — to surrender en anglais). Cet apparent conflit d’intérêt entre le Je et le Tout ne manque pas, tôt ou tard, de produire de la souffrance.

Meaning of Life - Carlos Ruas
Auteur : Carlos Ruas – http://www.onceuponasaturday.com/ 1 – “Dieu, quel est le sens de la vie ?” 2 – “Attend un instant, je vais demander.” 3 – “- Seigneur ! – Salut ! – Quel est le sens de la vie ?” 4 – “Attend une seconde, je vais demander.”

Comme Aurobindo le disait si bien, le mental voit toujours bien la partie dans le tout, mais il ne sait pas appréhender le tout dans la partie. Quand l’expérience d’exister en tant qu’univers tout entier devint l’état de conscience prédominant en moi, quand la partie et le tout se fondirent l’un dans l’autre, je devins inutile. Je devins à la fois humain et Dieu, entité et essence, immanence et transcendance, un et tout, temporel et éternel, petit et immense, ici et partout. Les derniers zestes d’utilitarisme n’y ont pas résisté.

En tant que personne inutile, je puis maintenant vivre ma vie d’artiste, de Dieu créateur et destructeur de mondes pour la seule extase de l’exercice. Par un acte de blissipline (la joyeuse discipline de la grâce) se tire le fil de Soi. Je deviens mon propre chef-d’œuvre exprimé au moyen de la recherche scientifique, de l’écriture, de la musique, des arts martiaux, par le fait de faire l’idiot, de dormir, de faire l’amour, de jouer à Ingress, d’embrasser un arbre ou de m’installer dans une crapuleuse paresse.

Cela me permet de vivre dans l’économie du don.

D’exister dans la vérité radicale.

De devenir mon plus beau cadeau.

De briller d’extase comme le soleil et la lune.


Les quatre astres de l’amour libre

Galaxie - Viviane-José Restieau
Galaxie – Viviane-José Restieau

Dans l’article “Préliminaire à l’amour“, j’ai partagé avec vous quelques postulats, ceux à partir desquels se construit ma relation à l’amour. Je vais passer à une partie plus pratique maintenant, à savoir ces phares qui guident mon odyssée amoureuse.

Lorsque les gens me posent des questions sur mes amours, je n’ai pas encore trouvé de réponse simple à l’oral. A l’écrit, mon “à propos” indique succinctement que “des déesses enchantent ma vie”. Le fait de parler de plusieurs déesses et de fidélité et de liberté et que cela n’a rien à voir avec le libertinage, le donjuanisme ou même le contexte polyamoureux, voilà qui ouvre la boîte à questions. Des questions que j’ai collectées par dizaines, auxquelles je répondrai dans une FAQ dédiée.

Le fait de parler de déesses, d’amoureuses, de nouvelles relations, risque de vous donner l’impression que je fréquente des dizaines de femmes et que je mène une vie donjuanesque. Rien de plus faux. L’art d’aimer m’a conduit à vivre conjointement un petit nombre de relations amoureuses –moins que les doigts d’une main– qui s’ordonnent suivant la géométrie naturelle de la vie, certaines au quotidien, d’autres épisodiques, toutes joyeuses et libres. En tant qu’art, la vie amoureuse demande une profonde rigueur. Une rigueur bien supérieure à celle du couple romantique, le prêt-à-porter vécu par la plupart des gens. Laisser la place pleine et entière à l’énergie du sexe, du cœur et de l’esprit se construit par l’expérience, cela beaucoup de délicatesse et un profond cheminement intérieur.

Je vais ici partager avec vous les 4 astres qui guident mon aventure amoureuse. Grâce à eux, des relations harmonieuses, pérennes, libres, joyeuses, créatives, peuvent non seulement exister, mais co-exister, et surtout s’enrichir. Ces astres m’offrent des repères précis et précieux dans les océans de la vie. Peut-être vous inspireront-ils aussi. Alors voici…

  1. Rien ni personne ne doit empêcher des êtres de s’aimer de la façon dont ils le désirent
  2. La vérité radicale
  3. Pas d’attachement aux formes
  4. Chaque relation doit nourrir les autres

 

Viviane-José Restieau - Astre 1Rien ni personne ne doit empêcher des êtres de s’aimer de la façon dont ils le désirent

Cette phrase, tout le monde ou presque la signe en bas de la page.

Quant à son application concrète, là on entre dans une toute autre histoire. Si on fait le compte, dans la société, et surtout au fond de soi, beaucoup de forces se liguent pour s’empêcher soi et empêcher les autres d’aimer librement. Au nom de la morale, de la peur, de la religion, des codes sociaux, du devoir, de la jalousie, de l’exclusivité, de la possessivité, de la doxa… Beaucoup se montrent prompts à s’opposer à la liberté d’aimer le jour où le conjoint s’éprend d’une autre personne. La peur, la possessivité ou l’exclusivité prennent le contrôle. Les religions, elles, distillent leur curare paralysant au cœur même du processus amoureux en décidant qui a le droit d’aimer qui, et comment. Côté sociétal, certes on constate des progrès, en particulier vis-à-vis de l’homosexualité, mais bien d’autres formes de relations amoureuses demeurent exclues, en particulier celles qui ne relèvent pas du binôme classique. La norme reste finalement assez étroite.

Examinons ce premier astre de plus près…

Hippopotame amoureux d'une tortueLorsque je parle de “s’aimer”, rien ne dit comment. Aimer relève d’un état de conscience et d’un art (cf préliminaires) desquels toutes les formes peuvent jaillir : construire un projet ensemble, danser, fonder une famille, faire l’amour, partager une passion ou faire un voyage, peu importe. La source d’amour se matérialise en d’infinies formes qui composent l’écosystème humain. On n’aime pas ses enfants de la même manière que son conjoint ou que ses amis ou ses partenaires de travail. Aimer de la façon dont on le désire.

 

Amour et jalousieUn des principaux ennemis de la liberté d’aimer tient dans la notion d’exclusivité. Rien de plus imprécis derrière ce mot car de relation exclusive, je n’en ai jamais rencontrée. Il n’existe pas d’exclusivité intellectuelle, pas d’exclusivité émotionnelle, pas d’exclusivité du temps, pas d’exclusivité énergétique, pas d’exclusivité sentimentale. Il n’existe même pas d’exclusivité sexuelle si l’on étend le sexe à une notion plus vaste que le coït. Nos énergies, nos émotions, nos idées, nos pensées s’interpénètrent sans cesse. On s’insémine les uns les autres. Le couple accueille en son sein l’énergie des rencontres vécues à l’extérieur. Il se laisse traverser par la grande orgie qui parcourt le cosmos et la société humaine.

Jusque là, tout va bien.

Mais si les corps s’étreignent et jouissent en dehors du couple, là, ça se gâte. Quelle ligne invisible a-t-on franchi ? Quelle trahison a bien pu se produire ? Quelque chose devient inacceptable lorsque le sexe physique entre en jeu et que les émotions amoureuses se mélangent. Le rejet, la rage et la peur s’installent lorsque êtres s’aiment intimement et physiquement en dehors du binôme institutionnalisé qu’on appelle le couple. Je peux en comprendre des raisons historiques fondées sur la survie, mais je n’en trouve aucune liée à notre nature ou à notre évolution spirituelle.

Je rappelle que ce premier astre ne dit rien sur les façons d’aimer. Si un couple se sent bien dans l’exclusivité sexuelle, qu’il le fasse. Si une communauté de personnes décide de s’étreindre librement, qu’ils le fassent. Si un être se sent bien dans un célibat construit sur son mariage intérieur –son androgynat– qu’il le fasse.

Dans ma vie, cet astre illumine les premiers pas vers la relation amoureuse. Il me permet de tenir le cap dans les tempêtes émotionnelles que les autres, souvent mes bienaimées, me renvoient. Sa brillance fait fondre les rejets que j’ai évoqués plus haut. La jalousie, la possessivité, l’exclusivité n’ont plus leur place. J’ai toujours ressenti de la joie lorsqu’une compagne me disait avoir rencontré un(e) partenaire qui la rendait heureuse.

Ni rien ni personne ne doit empêcher deux êtres de s’aimer de la façon dont ils le désirent“… Je propose que l’on parte de cette base : prenons la liberté d’aimer comme principe premier. Que les règles sociales suivent ! Que la société en découle !

J’ai décidé de tenir bon face aux résistances et injonctions contraires que je reçois ici où là. Je suis sans relâche ce bel astre. Parfois il m’emmène dans des mers solitaires, toujours il me garde relié à l’amour intérieur, ce qui permet de ne jamais tarir ma source d’amour extérieur.

Viviane-José Restieau - Astre 2La vérité radicale

Les deux choses que craignent le plus les couples ? Le mensonge, et la vérité.

En fait, cette peur pulse au cœur de toutes les relations humaines. A tel point que l’éducation nous apprend l’art subtil de l’évitement. On n’essaie de ne pas mentir totalement tout en évitant la vérité crue et nue. “Cela va blesser l’autre”, “il n’a pas la capacité d’entendre ça”, “ça fait impoli”, “ça va déclencher un conflit”… autant d’arguments pour légitimer le fait de ne pas partager la vérité de notre être : idées, émotions, sentiments, peurs, aspirations profondes… En fait, qui voulons-nous vraiment protéger dans l’histoire lorsque nous mentons par omission ? Il ne faut pas creuser bien loin pour s’apercevoir qu’on se protège avant tout soi-même des conséquences –réelles ou hypothétiques– de cette vérité intérieure qui s’énonce silencieusement face à l’autre.

Non seulement nous perpétuons la société de l’évitement, mais nous n’offrons pas à l’autre la liberté de se déterminer par rapport à cette vérité. On ne lui laisse pas le choix de sa colère, de sa joie, de ses découvertes possibles, de sa résignation, de ses processus intérieurs. Par omission, nous participons activement à la culture de de la séparation.

J’ai choisi la vérité radicale dans ma vie. Bien entendu elle se manifeste fortement dans le creuset de la relation amoureuse. Je n’y cache ni mes émotions, ni mes sentiments, ni mes choix, ni mes pensées, ni mes actions, ni mes peurs, ni mes zones d’ombre. A partir du moment où j’ai la conscience de quelque chose, cette conscience devient disponible à ma Belle. Ses réponses, les éventuelles blessures qu’elle peut vivre par rapport à cette vérité lui appartiennent. Laisser l’autre aller dans ses propres espaces de souffrance relève aussi de l’art d’aimer. Il suffit de rester présent et aimant.

Magritte - La clairvoyance
Magritte – La clairvoyance

Ce faisant, j’ai appris par la pratique que la vérité relève d’un art au moins aussi sophistiqué que celui de l’évitement. On apprend à offrir la vérité de son être, à la rendre disponible à l’autre, et non à l’imposer. On développe le sens des mots qui habillent la vérité nue de bienveillance et de douceur. On apprend à exsuder tout poison résiduel qui pourrait s’instiller dans cette vérité.

La vérité constitue la colonne vertébrale de toute relation intime, ce qui la maintient droite, debout, vivante. La vérité doit arriver neutre et nue, au service de l’autre, au service de soi, au service de tous. Souvent, elle représente un investissement, parfois très loin dans le temps, parfois au-delà même de notre horizon de vie. Il faut aimer beaucoup pour dire la vérité, et il faut la vérité pour aimer beaucoup. Je n’ai jamais cru à l’amour qui ment ou qui omet. D’amour, il n’y a que le masque, un masque qui se porte jusque dans les liens du sang et de la parentalité.

Si une relation amoureuse avec une nouvelle personne commence à grandir, le partage de la vérité de l’expérience auprès du ou des êtres aimés s’avère essentiel. Qu’ai-je vécu ? Comment s’amorce cette nouvelle relation ? Comment la vivent ma ou mes partenaires actuelles ? Que ressentent-elles ? Quelles demandes veut-on formuler ?

On me demande souvent si ma ou mes partenaire connaissent mes autres amoureuses. Oui. Toujours. Aucune des femmes auprès desquelles je marche dans la vie n’ignore l’existence des autres. Certaines se connaissent bien, s’apprécient et se rencontrent. Je porte en moi cette intention de la simplicité, de l’appréciation mutuelle. Je chéris les relations qui s’harmonisent, comme la mélodie de différents instruments dans un orchestre. Je chéris ce qui s’ajoute et s’enrichit. Le texte “Ton plus beau cadeau” ne dit rien d’autre.

On me demande également si j’accepterais que ma ou mes partenaire(s) aient elles aussi des amoureux. Bien sûr ! A partir du moment où une relation les enchante, les fait vibrer, ouvre plus encore leur cœur, leur corps, leur esprit, pourquoi devrais-je m’indigner ? De quoi devrais-je avoir peur ? Au contraire, leur bonheur ne peut que me rendre joyeux. Comment peut-on prétendre aimer si l’on rejette l’amour ?

La vérité radicale permet de grandir vers cette ouverture de l’être. Elle se pratique au quotidien, à chaque minute, en désactivant le pilote automatique, en respirant, infusé de cette vigilance qui empêche au non-dits et aux stratégies d’évitement de s’installer.

Viviane-José Restieau - Astre 3Pas d’attachement aux formes

La vie et l’univers tout entier génèrent des formes, tout le temps. Des nuages, des fleuves, des corps, des planètes, des relations, des processus… La relation entre les êtres possède, elle aussi, des formes : le couple, la famille, l’amitié, la parentalité, le travail, le voisinage…

La relation amoureuse a ses formes bien à elle, des formes auxquelles on tente de donner des noms qui ne font pas justice à la diversité : conjoint(e), amant(e), mari ou femme, amoureux(se), fiancé(e), concubin(e)…

La loi de l’impermanence des formes implique que les relations évoluent et se transforment, car individuellement nous évoluons et nous nous transformons sans cesse. On le voit bien dans la parentalité. Tout au long du parcours de vie de l’enfant, du bébé à l’adulte, la relation parent-enfant se transforme, rapidement, parfois violemment. Que l’on m’explique pourquoi, en matière d’amour, on se fait autant de mal à essayer de se figer dans une forme, comme si cela allait durer pour toujours. Pourquoi oublie-t-on que chacun va changer, se transformer, grandir intérieurement et physiquement, et que la relation va forcément devoir évoluer ? Quel fantasme égotique d’éternité figée nous plonge dans la naphtaline avant l’heure ? Cela me semble aussi naïf et futile que de s’engager à porter le même costume toute sa vie.

Les tuyaux de l'amourLaisser la relation évoluer là où nos êtres grandissent nous permet de s’offrir la véritable fidélité l’un à l’autre. On vit à deux aujourd’hui ? Peut-être vivra-t-on à trois demain. Dans un même lit ? Ou séparément ? A moins qu’on ne se voie de temps en temps, durant les vacances, ou une fois tous les dix ans ? Ou plus jamais ?  En s’autorisant la transformation de la relation, on s’offre le cadeau de pouvoir s’aimer à nouveau, différemment, en accord avec l’évolution de nos êtres. On peut aussi s’aimer en ne se voyant plus. Les liens invisibles existent aussi. N’aimons-nous pas nos chers disparus ?

La forme doit servir le fond, et non le contraire. Bien sûr que cela n’a rien de facile. Nous avons un attachement naturel aux formes car elles représentent des espaces familiers dans lesquels nous nous construisons, dans lesquels on a banni, pour un temps, l’inconnu. Quitter le connu fait peur. Cela s’apprend.

Le non-attachement aux formes nous fait passer par des deuils sains. Ils font partie de la vie. On comprend et on accueille ce processus avec nos enfants. Quel parent ne ressent pas de la tristesse lorsque s’achève la petite enfance, cette phase enchanteresse ? Ou lorsque l’enfant entre dans l’adolescence ? Ou lorsqu’il quitte le foyer pour déployer ses ailes dans le vaste monde ? Autant de deuils qui attendent chaque parent, mais ne doivent pas nous faire oublier qu’après la mort d’une forme, une nouvelle va bientôt jaillir, même si on ne sait pas encore laquelle. Il en va de même dans les relations amoureuses. Laissons-les évoluer librement, sans attachement. Et tenons-nous la main.

Aussi je conseille à tous les couples (et trios, etc) qui se forment de se promettre fidélité… à ce non-attachement aux formes. Autorisez votre relation à se réinventer chaque jour. Laissez les formes mourir pour laisser l’amour vivre. Donnez-vous beaucoup de temps seul(e) avec vous-même, temps que vous offrez à votre couple intérieur. Votre relation à l’autre s’en nourrira, s’en regénérera. Accueillez les deuils et les larmes le temps venu. Forme matérielle de la conscience, l’eau qui coule laisse se fondre les formes. L’eau se “décontient” pour donner vie à de nouvelles formes dans le terreau fertile de la vie.

 

Viviane-José Restieau - Astre 4Chaque relation doit nourrir les autres

Il ne faut jamais perdre de vue que nous vivons dans une constellation de relations. Chaque nouvelle rencontre émet des vibrations dans cette constellation comme un insecte dans une toile d’araignée. Vibrations intellectuelles, émotionnelles, énergétiques, spirituelles, psychologiques que nous vivons intérieurement au contact de l’autre. Ces mouvements de contact, nous les répercutons auprès de nos proches, consciemment ou pas.

La toile amoureuse - photo Natalia Mesa
Photo Natalia Mesa

Lorsque qu’une rencontre potentiellement amoureuse se produit, j’ai immédiatement conscience de l’impact qu’elle aura sur mes proches si elle prend corps, à commencer par mon fils, et mes amoureuses. S’engage alors un processus alchimique délicat et rigoureux. Il permet d’éviter les grands pièges, d’écouter mon expérience, de poser un pas après l’autre, en intégrité. Si je pose chaque pas avec joie, intégrité, écoute du cœur et de l’expérience, alors je ne peux que me rendre vers la bonne destination comme un jeu de piste, même si je n’ai pas la moindre idée de ce à quoi elle ressemble. L’eau sait-elle où elle va ? La conscience fonctionne exactement pareil. Il suffit de lui laisser suivre les contours de la vérité sans chercher à détourner son cours. Tout ira là où il faut, au détour des cascades, des torrents ou les grands lacs. Un pas d’intégrité après l’autre, ainsi peut-on tracer le chemin du bonheur, en particulier sa vie amoureuse. A mon cercle intime je veux offrir ce respect et cette intégrité.

Faire qu’une nouvelle relation amoureuse vienne nourrir les autres implique que ma nouvelle amoureuse potentielle ne rencontre pas simplement “Jean-François”, mais “Jean-François dans sa constellation d’amour”, autrement dit les êtres avec qui il partage sa vie intime. Cela nous renvoie au troisième astre : la vérité radicale.

La plupart des amoureux voient une nouvelle relation d’un des partenaires comme une soustraction et une division. N’implique-t-elle pas “moins de temps ensemble” ? “L’attention détournée vers l’autre” ? “Des sentiments moins forts” ? Pourtant on peut tout autant décider d’accueillir l’addition et la multiplication. Si le processus d’entrée d’une nouvelle relation navigue à la lumière des astres que je viens de citer, alors, par un mouvement naturel, une nouvelle relation va nécessairement nourrir les autres, se co-construire avec les autres. Peu importe la forme une fois de plus. L’acte de vérité radicale qui nous ouvre de l’intérieur implique que l’on devient capable de voir les alchimies positives qui peuvent nous enrichir les uns les autres. On sait faire cela avec l’arrivée d’un nouvel enfant dans la famille, avec l’arrivée d’un nouveau collègue dans l’entreprise… pourquoi ne saurions-nous pas le faire avec l’arrivée d’un(e) nouvel(le) amoureux(se) ?

Je fais donc appel à cette intelligence qui sait, avec l’expérience, combien des êtres vont pouvoir s’apprécier et grandir leur écosystème amoureux pour peu que tout le processus se déroule dans son intégrité. Les questions du partage du temps et du qui vit avec qui se résolvent toutes seules car dans l’amour véritable le temps ne se voit plus en grands blocs que l’on divise, mais de manière fractale (tout se retrouve dans tout) et qualitative plutôt que quantitative. Bien sûr qu’il peut y avoir des deuils de formes, des transformations (cf second astre), mais dans l’acte de vérité radicale ces derniers nous conduisent vers du meilleur. Toujours.

 

Rune Guneriussen - Evolution #4
Rune Guneriussen – Evolution #4

Voilà donc ces quatre astres qui guident ma vie amoureuse. J’espère qu’ils pourront vous servir à vous aussi. N’oubliez pas qu’ils vous faut d’abord avoir exploré vos propres processus d’attachement, de possessivité et d’insécurité avant de pouvoir naviguer sereinement sur ces mers lointaines. Pour beaucoup, les perditions dans l’amour romantique restent encore un parcours initiatique nécessaire, tellement bien décrit par Paule Salomon dans son ouvrage “La sainte folie du couple“. Il faut parfois avoir tourné en rond dans le même lieu de nombreuses fois avant d’oser le quitter pour l’inconnu.

 

Je tiens à exprimer toute ma gratitude et tout mon amour auprès de celles qui ont pris le risque de danser à mes côtés, avec tout le courage que cela demande. Avec quelques unes nous partageons une ardente relation amoureuse. D’autres ont choisi d’autres partenaires, je garde avec elles une complicité profonde et indéfectible.

 

 


Préliminaire à l’amour

Pour commencer ma série d’articles sur l’amour, il faut passer par les préliminaires, sujet oblige. Le mot amour, si grand et si petit à la fois, nécessite que je lui apose quelques fondamentaux à partir desquels se bâtit mon expérience.

L’amour comme art

Premier postulat : l’amour relève d’un art.

Tango argentinJ’en ai pris conscience lorsque j’avais une trentaine d’années à la lecture de cet ouvrage magnifique d’Erich Fromm, « L’art d’aimer » (dont voici l’introduction).

Si nous considérons l’amour comme un art, écrit-il en substance, alors ce dernier comporte une partie théorique et pratique, comme la peinture, la musique ou la danse. En danse on acquiert les jeux de l’équilibre, on assouplit le corps, on développe une extraordinaire empathie corporelle à l’égard de ses partenaires, on explore d’infinies séquences de gestes et de pas. En musique on doit délier ses doigts, enchaîner des gammes, connaître des dizaines d’accords, entraîner son oreille, relier le geste à l’émotion. Il faut apprendre et faire siens des gestes, des techniques, des compositions. Dans l’art de l’amour on apprend à développer le « sens du moi d’autrui », comme l’écrit Steiner, autrement dit à ouvrir nos portes empathiques jusqu’à l’extrême. Il faut beaucoup de cheminement personnel pour ne pas sombrer dans les abysses fusionnelles, conflictuelles ou aliénantes qui n’ont d’amour que le nom. Dans l’expression sexuelle de l’amour, il y a ces gestes, ces techniques, ces respirations qui nous ouvrent à la connaissance de notre corps, de nos énergies, de nos extases et de celles de l’autre. Seul un patient apprentissage des théories et des pratiques mène à la liberté créatrice.

Art of the BrickL’amour comme art engendre un aspect plus essentiel encore que la seule question technique telle que posée par Fromm : l’art, par essence, postule la liberté et la créativité sans limites. La plupart des gens vivent l’amour de façon conventionnelle. Ils recopient un modèle comme on répète la doctrine d’une religion. L’art se putréfie dans le caveau du conventionnalisme. L’amour comme art doit ouvrir des voies sans cesse nouvelles, il abat sans relâche les cloisons qu’imposent la morale, la religion, l’ordre social, le diktat culturel. On s’étonne et on rit de voir combien certains textes, paroles, peintures, ou films du passé ont pu choquer leur époque. Aujourd’hui ils nous semblent tellement naturels, souvent désuets ! Mais que demeure-t-il en nous qui continue de nous bloquer, qui nous aliène et qui renie l’autre ? Quelles ombres nous gardent prisonniers dans le déni de notre essence, dans le refus de notre liberté, dans la peur de notre divinité ? L’art, peu importe sa forme, a toujours chassé les frontières et repoussé les horizons. L’amour en tant qu’art s’inscrit dans cette démarche où l’humain s’invente à lui-même.

L’amour n’a rien d’un sentiment

Expérience oblige, la vie m’a offert un second postulat : l’amour ne se réduit ni à un sentiment ni à une émotion. L’amour relève d’un état de conscience. On se trouve « en état d’amour ». Lorsqu’on aime, la réalité se transforme. Les paysages s’enchantent, l’air sent bon, il fait beau même quand il pleut, la vie devient enchanteresse. On se sent en joie, emporté par un élan de gentillesse à l’égard du monde. Les petites grisailles de la vie n’ont plus aucune importance. Bien sûr, aimer provoque des sentiments et des émotions. Ces derniers jaillissent comme conséquences de notre état intérieur, les bonnes comme les mauvaises. Ne confondons pas les causes et les conséquences. Nos émotions et nos sentiments constituent les ingrédients produit par une source intérieure, celle de nos états de conscience.

Anton Semenov - Thumbs Society
Anton Semenov – Thumbs Society

Si de votre “amour” jaillit de la colère, de la jalousie, de la peur… aimez-vous vraiment ? Vous avez devant vous tous les indicateurs dans le rouge. Ils vous disent que vous avez quitté l’état d’amour. Peut-être voulez-vous posséder l’autre, peut-être l’autre vous possède-t-il, peut-être agonisez-vous dans des besoins pathologiques de reconnaissance, dans de l’attachement lié à la peur de la solitude, bref, ne vous leurrez pas : vous n’aimez pas ou vous n’aimez plus. Au nom de l’amour tel que socialement défini, vous vous transformez en tyran, à l’égard de vous-même comme d’autrui.

Voyez l’amour comme un soleil qui brille. Ce dernier ne dirige pas ses rayons vers tel ou tel astre. Il brille, tout simplement. Parfois sa lumière vient illuminer d’autres planètes qui s’enflamment et irradient à leur tour. L’amour ne calcule pas, il ne se dirige vers rien ni personne en particulier. Il illumine l’espace et lui donne sa consistance. L’amour relève donc d’un état intérieur qui ne peut se nourrir que de lui-même, de l’être par l’être, de l’être à lui-même. L’amour existe à condition qu’il n’ait pas de condition. Alors il devient l’amour avec l’autre, et non l’amour envers l’autre. En état d’amour, je puis célébrer, avec l’autre, comme deux étoiles lumineuses qui se rencontrent.

 

La langue de l’amour

Vous vous en doutiez déjà au précédent paragraphe : le langage joue un rôle clé dans les expériences que nous construisons au fond de nous. Le langage fait monde, il construit notre réalité. On entre dans des questions ontologiques. Cupidon prêt à tirer

Le langage ordinaire de l’amour nous fait dire « je t’aime », ou « j’aime Léa », ou « Julie aime Luc ». Il traite l’amour comme un vecteur ou une direction, avec une cible au bout. Cupidon ne tire-t-il pas une flèche ? Si j’aime cette personne, cela veut dire que je n’aime pas –ou moins– les autres. Il n’y a pas à aimer lui ou elle. On aime, tout court. On devrait rendre le verbe aimer intransitif.

 

 

 

 

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Par ses limitations, le langage ordinaire nous interdit l’état d’amour universel. Il nous vautre dans l’amour romantique, cet amour binaire, qui possède, qui nous soumet l’un à l’autre, qui s’érige sur la dialectique d’une dépendance contre laquelle nous ne pouvons rien. On “tombe” amoureux. Pauvres victimes impuissantes de la vie ! S’installent ensuite les promesses intenables et insoutenables, ces mariages qui disent en substance “je m’engage à ne pas changer, à rester toujours le même pour tenir la forme relationnelle que je nous nous imposons maintenant. Je t’aime, je me marie à toi. Il n’y aura personne d’autre.” On connaît la suite. L’amour romantique renie notre capacité à aimer de manière plurielle, sans calculer ni se diviser.

Pour assombrir un peu plus le tableau, le langage de l’amour vient avec toute une panoplie de statuts qui sèment les graines de la séparation. Séparation à l’autre, séparation à soi. Des mots tels que exclusivité, fidélité, sortir avec, se séparer, larguer, en couple, célibat. S’ajoutent des catégories tout aussi pauvres : copain/copine, ami, amant, amoureux, concubin(e), mari ou femme, homo ou hétéro, gay ou lesbienne, monogame ou polygame… Quand je parle de ma façon d’aimer, je constate que mes interlocuteurs essaient toujours de me mettre dans l’une de ces cases. Des mots binaires qui décrivent un monde d’objets et de catégories qui excluent de notre champ social et intérieur toute la palette, tout le continuum des expériences relationnelles que la vie peut offrir.

Bref, notre langage de l’amour ne brille ni par sa subtilité, ni par ses nuances. Il n’a pas grand chose à voir avec les soleils dont je parlais plus haut. Si nous souhaitons évoluer, pourquoi ne pas réinventer la langue de l’amour ? Elle ne pourra que nous élever. Je m’y emploie autant que possible. Ne vous en privez pas vous aussi ! Inventez ces mots qui expriment votre réalité profonde, ultime. Redonnez un sens neuf aux anciens termes. Libérez-vous des taxinomies poussiéreuses qui nous plongent en maladie d’amour.

Vers l’androgynat intérieur

Yin Yang soleil et luneLes seuls couples accomplis que je connaisse – je me compte dans cette liste également – viennent de personnes d’abord heureuses avec elles-mêmes. Elles ont réalisé leur mariage intérieur, le seul vrai mariage qui tienne. La rencontre amoureuse ne représente plus le remplissage d’un manque. On se rencontre pour célébrer. Tu me vois et m’accueilles dans la splendeur de mon être, dans mes failles et mes fragilités comme dans mes forces. Je te vois dans la splendeur de ton être, dans tes failles et tes fragilités comme dans tes forces. Je te vois qui me voit qui te voit qui me voit, et ainsi de suite. Le jeu de miroirs infinis se construit. Bien alignés l’un face à l’autre, une explosion kaléidoscopique se produit, imprévisible. L’art jaillit. L’état amoureux se vit avant tout en soi et à soi-même, rayonnant vers toi et à toi-même.

Le bonheur intérieur demande bien sûr un cheminement personnel, long pour certains, plus court pour d’autres. L’état amoureux naît de l’androgynat intérieur, lorsque nous avons accueilli et autorisé nos deux polarités masculine et féminine à exister pleinement en nous. Notre masculin et féminin ont appris à danser, à se compléter, à s’aimer inconditionnellement. Le couple extérieur naît du couple intérieur.

Je n’irai pas plus loin pour l’instant car d’autres, je le disais, ont largement exploré cet horizon. Je pense en particulier à Paule Salomon, que j’ai découverte voici peu, avec qui se construit une belle amitié, et de fertiles échanges. Je n’ai pas encore lu tous ses ouvrages, mais je puis déjà vous en conseiller deux, incontournables : « La femme solaire », et « La sainte folie du couple ».

Et maintenant ?

Ces quelques préliminaires posés, je vais pouvoir vous parler plus directement de mon expérience, à commencer par 4 astres qui illuminent et guident ma vie amoureuse. Je continuerai d’employer le verbe aimer et s’aimer non dans le sens romantique, mais dans cette énergie du mariage intérieur que je viens d’évoquer, lorsque l’être androgyne s’unit et célèbre la vie avec l’autre, à la source de son rayonnement intérieur.

 

 


Sexe, sexe, sexe

Alex Grey - the Kiss
Alex Grey – The Kiss

Dans ma courte présentation « à propos » de moi par moi-même :mrgreen: , je parle succinctement de mon rapport à l’amour, aux femmes, à la sexualité. Un court chapitre sans équivoque, vous me direz, puisqu’il s’intitule « Sexe, sexe, sexe », titre que je reprends ici dans cette série d’articles. Ces quelques lignes à peine couchées sur le lit brûlant de l’amour suscitent beaucoup de questions et de conversations ici où là, dans différents contextes, cultures et endroits du monde. Cela m’a permis de voir combien finalement tout le monde se pose toujours les mêmes questions du comment vivre heureux ensemble. J’ai pu voir des patterns se manifester selon que l’amour se vit dans telle ou telle forme d’intelligence collective, et dans tel ou tel espace de conscience.

Je vais donc, dans une série d’articles, partager avec vous mon regard sur l’amour. Je ne souhaite pas réchauffer un sujet que d’autres ont exploré et partagé bien mieux que moi, et ce depuis la nuit des temps. Par contre, je pense que le regard que porte la discipline de l’intelligence collective sur l’amour vous donnera un éclairage nouveau auquel vous n’aviez pas forcément pensé. Last but not least, en tant qu’explorateur patenté (par moi-même :mrgreen: ) de l’être, je ne pouvais pas ne pas explorer l’amour libéré du passé. Comment puis-je aimer aujourd’hui ? Que puis-je inventer ? Comment m’inventer pour rendre harmonieuse, libre et extatique la relation amoureuse avec celle, celles, ou ceux avec qui la célébration du corps et de l’être devient une évidence ?

Peut-être mes réponses vous paraîtront-elles parfois abstraites ou ésotériques. A moins que vous n’en trouviez certaines crues ou sans pudeur, surtout lorsque je parlerai du sexe et du corps, sujets encore tellement tabous. Chacun voit midi à sa porte. A la mienne j’y vois l’art poétique de la vie. Je ne puis que vous offrir ma vérité la plus nue.

Mais d’abord, amour oblige, commençons par les préliminaires. Vous pouvez ensuite enchaîner sur l’Homme Lunaire, puis Les 4 astres de l’amour libre.

 

 


Vinaigrette quantique

Physique et mysticisme fonctionnent comme huile et vinaigre : il faut les secouer énergiquement pour obtenir une vinaigrette décente. Avons-nous besoin de vinaigrette pour assaisonner notre vie ? La physique quantique explique-t-elle la conscience ?

“J’ondule donc je suis”

Miracle dans la démonstration scientifique
“Je crois que vous devriez être plus explicite, ici, à l’étape 2.”

Le langage spirituel post-moderne contemporain emprunte beaucoup de verbiage à la science, notamment la physique quantique : fréquences, vibrations, énergie, vide, ondes, champs, quantique ci, quantique ça… Depuis l’émergence du rationalisme, la spiritualité d’aujourd’hui, en particulier dans les mouvements New Age, a opéré de nombreuses tentatives pour connecter et réconcilier la réalité externe objective avec le monde intérieur subjectif. La physique quantique posant une approche non-linéaire et non-déterministe de la réalité, il n’a pas fallu longtemps pour que les gens décident que le non-manifesté et le manifesté se rencontrent au niveau quantique par un acte de conscience, se référant au principe d’incertitude d’Heisenberg et au chat de Schrödinger. Le potentiel infini de la conscience et la volonté créatrice opèrent au niveau des ondes et des particules. Des films tels que “Que sait-on vraiment de la réalité ?” (What the Bleep Do We Know? – 2004) en ont fait une vinaigrette pour le moins épicée.

Quand je me retrouve au milieu d’une conversation qui invoque le monde quantique, je ne m’implique pas et observe en silence (en onde discrète plutôt qu’en particule énergétique). En général les participants montrent qu’ils n’ont aucune idée de ce que l’énergie, une onde, une fréquence, une probabilité ou le calcul différentiel signifient réellement. Beaucoup font même la confusion entre une onde sonore et une onde électromagnétique. De plus ils parlent quantique avec un esprit newtonien. Comment pourraient-ils faire autrement ? Notre langage commun a construit sa structure en s’attelant à décrire des objets et des relations causales entre eux. D’où le fait que l’on ne peut atteindre une compréhension profonde de la physique quantique qu’au moyen d’équations mathématiques, et non de la langue de tous les jours.

Chaque fois que, par le passé, de nouveaux paradigmes scientifiques ont vu le jour, les gens en ont tordu le sens afin de légitimer leur compréhension qu’ils avaient de la réalité, de la politique à la spiritualité en passant par l’économie. Quand apparut la physique newtonienne, beaucoup pensèrent que l’on pourrait expliquer l’univers tout entier au moyen d’équations déterministes. Si l’on pouvait prédire où se trouverait une planète l’année prochaine et à quelle vitesse une pomme heurte le sol selon la branche d’où elle tombe, cela ne prouvait-il pas notre capacité à prédire tout dans un univers déterministe ? Certes on n’avait pas encore accès à l’infiniment petit (inerte et vivant) qui manifeste des comportements très différents. On ne savait pas encore que la physique newtonienne ne peut s’appliquer qu’aux objets inertes, grands et morts. Le déterminisme devint un modèle pour la société industrielle. Quand les théories de Darwin apparurent, la sélection naturelle devint une devise en économie, clamant la domination naturelle du plus fort et le fait que les marchés suivent des lois naturelles.

KryptoniteIl y a quelques années je tombais sur une publicité dans un bout de journal datant de 1917. Elle faisait la promotion de “pilules de radioactivité” qui pouvaient guérir pratiquement toutes les formes de maladie, de la diarrhée à la goutte en passant par le panaris. L’article décrivait la radioactivité non comme un phénomène physique, mais comme une chose que vous pouvez manger, comme des patates ou des brocolis. La matière, le temps et l’énergie venaient juste de dévoiler l’un de leurs plus intimes secrets. Euh, pas pour tout le monde encore… 🙂

Comme vous venez de voir, de multiples tentatives d’auto-légitimation des idéologies par les modèles scientifiques en cours ont parsemé l’histoire depuis la Renaissance. On retrouve ce même schéma dans la spiritualité.

Méthode scientifique versus méthode créationniste
A gauche : méthode scientifique.
“Voici les faits. Quelles conclusions pouvons-nous en tirer ?”
A droite : méthode créationniste.
“Voici les conclusions. Quels faits pouvons-nous trouver pour les soutenir ?”

Je ne dis pas que la science ne peut consolider ou corréler notre expérience spirituelle. En fait, elle le fait, et cela devrait rester l’un de ses objectifs principaux. Cependant, corréler et prouver veulent dire deux différentes choses. Nous perdons la sagesse scientifique, rationnelle et spirituelle chaque fois que nous sélectionnons une phénoménologie extérieure objective pour prouver une expérience intérieure subjective. On commence avec la conclusion — notre expérience — ensuite on choisit les faits scientifiques pertinents en écartant ceux qui ne collent pas, pour construire notre preuve. Ce dessin humoristique à droite en dit plus qu’un long discours. Beaucoup de mouvements spirituels contemporains font exactement la même chose que les créationnistes (un mouvement spirituel de plus), à leur manière.

 

“La physique quantique prouve-t-elle Dieu ?”

Approfondissons… Voici une interview de Ken Wilber faite par Corey deVos : La physique quantique prouve-t-elle Dieu ? Une interview en anglais, désolé pour les amis qui n’ont pas appris cette langue (si une bonne âme veut se dévouer pour traduire, qu’elle me fasse signe).

 

J’apprécie beaucoup cette interview. Ken Wilber pointe du doigt le verbiage pseudo-scientifique de la spiritualité d’aujourd’hui. Il met en avant trois arguments :

quantum_mechanics_masters_275x9511. Aucun des fondateurs de la mécanique quantique — tous des mystiques pur jus ! — n’a jamais affirmé que la conscience individuelle avait un quelconque contrôle sur la dualité onde/particule. Ils n’ont parlé que de probabilités, de fonctions d’ondes, d’effondrements… En fait leur mysticisme provenait de la nature abyssale et intouchable de la réalité qu’ils pouvaient ressentir derrière le voile de leurs équations. La science essaie de décrire le manifesté et tente de le prédire, elle nous laisse émerveillés face à ce qui produit la réalité manifestée (le champ de la méta-physique). L’expérience mystique s’empare de nous non par suite à un mystère résolu, mais à cause d’un mystère non-résolu. Le Grand Mystère s’impose face aux territoires inconnus et aux dimensions multiples que notre esprit effleure sans pouvoir les embrasser. Seule une conscience plus vaste en a la capacité, au-delà du mental. Il faut alors entrer dans les techniques méditatives.

2. Affirmer que le vide quantique et la conscience relèvent de la même chose, et qu’ils donnent naissance au monde manifesté par l’intention crée une dualité. On retombe dans la phénoménologie des objets et des relations causales entre eux. La conscience devient une “faiseuse” faisant quelque chose, dans un monde duel. Cela contredit l’essence même, le caractère premier et non-duel de la conscience. J’aime la métaphore de Wilber quand il explique que l’humidité de l’océan n’a rien à voir avec les vagues. Elle se trouve dans la nature de tout, indifférente aux manifestations, aux vagues, aux tempêtes ou aux courants. La conscience demeure neutre avec la matière, l’énergie, les ondes, les états, les effondrements et tout le reste.

3. Comprendre la physique quantique ne fait pas de vous une personne spirituellement éclairée. La physique offre une approche duelle du “ça”, la troisième personne, alors que l’expérience mystique fluctue dans le “je”, le Soi subjectif et non-duel. Le “je” et le “ça” peuvent mutuellement s’inspirer : je puis avoir une expérience mystique en contemplant les équations de Schrödinger, et je peux avoir une illumination mathématique en méditant. Cependant la science en général, et la mécanique quantique en particulier, par leur dualité même, ne peuvent offrir une preuve de la conscience, pas plus qu’une vague ne peut expliquer l’humidité.

Dernier point, mais non le moindre, si l’expérience spirituelle avait besoin de la physique comme explication, alors il nous faudrait jeter nos pratiques spirituelles chaque fois qu’un nouveau paradigme scientifique émerge. L’expérience spirituelle ne peut ni ne doit dépendre de nos cartes temporaires de la réalité extérieure. L’expérience spirituelle a besoin de sa propre ontologie, de sa propre phénoménologie pour le monde intérieur du “je”. Certes la spiritualité emprunte la majeure partie de ses mots à partir du monde manifesté, dans un sens métaphorique. Cela implique l’usage de mots scientifiques. Les choses se gâtent vraiment lorsque les gens confondent la métaphore avec l’explication.

Prenons ici un exemple. Si je dis “j’ai des fourmis dans les jambes“, cela signifie-t-il que j’ai littéralement des fourmis dans les jambes ? Ai-je apporté une explication scientifique ? Bien sûr que non. J’ai juste exprimé mon expérience au moyen d’une métaphore qui nous parle à tous. Mais quand on utilise des expressions telles que nos états superposés de conscience, nos ondes, notre niveau vibratoire, nos énergies… qui donnent du sens par la métaphore, beaucoup de gens ne les comprennent pas, ou ne les emploient pas de manière métaphorique. A leur façon, ils disent littéralement qu’on a des fourmis dans les jambes. 🙂

 

Quoi de spécial à propos de la physique quantique alors ?

shrodinger_cat_400x612Premièrement, la physique quantique ne manipule plus exclusivement des objets, pas plus qu’elle ne reste enfermée dans notre espace-temps à 4 dimensions. Elle révèle un univers multidimensionnel, non-causal, qui frémit derrière le voile de la réalité construite par nos sens et notre esprit. Chaque tradition spirituelle a reconnu la profondeur infinie de la réalité qui pulse derrière ce voile, je ne connais pas de méditant sérieux qui n’en fasse pas l’expérience directe lui-même. L’allégorie de la caverne, dans le livre VII de la République de Platon, ne dit pas autre chose.

Deuxièmement, la physique quantique révèle l’interconnexion, l’unité, la non-localité de l’univers (intrication quantique). Cela veut dire que chaque objet, onde, phénomène, a une connexion avec tous les autres objets, ondes, phénomènes. Tout a une influence sur tout, indépendamment de la distance. Rien n’arrive de manière isolée et séparée. Cependant, cela n’implique pas que les phénomènes se produisent exclusivement à partir de relations causales, ce qui nous conduit au troisième point.

Troisièmement, la physique quantique transcende (et inclut) la causalité. Sa phénoménologie ne décrit pas une réalité déterministe et linéaire telle que nous la percevons en surface. La causalité continue de se produire dans le monde matériel, mais quelque chose de plus complexe, multidimensionnel et non-causal, se déroule en arrière-plan. Un challenge important s’impose ici : le langage humain a construit sa structure en décrivant un monde duel composé d’objets et d’interactions causales entre eux. Il n’a pas encore la capacité de décrire et socialiser une expérience non-linéaire, non-causale, multi-niveaux, en constante transformation de la réalité. Les mots figent des objets, comme une photo. Aujourd’hui seules des équations complexes peuvent décrire les niveaux les plus profonds de la réalité. Seules de puissantes métaphores peuvent en donner un avant-goût dans le langage conventionnel. La plupart du temps, le langage conventionnel décrit la physique quantique de manière causale. Retour au voile.

Ces trois points quant à la physique quantique décrivent une réalité objective que la méditation atteint subjectivement de manière naturelle, au-delà du mental et des limitations du langage.

N’oublions pas la chose suivante : la conscience n’existe pas en tant que produit de la physique quantique. La physique quantique existe en tant que produit de la conscience, autant sous forme d’équations mathématiques que dans le langage conventionnel. L’expression (écrite, parlée, symbolique, artistique) provient de nos expériences, tout comme la carte provient du terrain qu’elle représente. On n’a jamais vu de carte créer un terrain que je sache.

Le pouvoir de l’esprit sur la matière

Avons-nous besoin de la physique quantique pour prouver que l’esprit contrôle la matière ? Je ne crois pas…

Dans cette vidéo, je vous montrerai comment, en utilisant le pouvoir de mon esprit, je peux déplacer une cucurbitacée d’un endroit à l’autre. Oui, je puis déplacer et influencer la matière, et vous le pouvez aussi ! Cela fait appel à la physique newtonienne, la physique quantique, la biologie, la chimie, l’évolution darwinienne, la génétique, la thermodynamique, les théories de l’information et du chaos, la pataphysique, et beaucoup d’autres “choses” qui existeront dans le futur. Je jure que je n’ai fait appel à aucun trucage, et que vous visionnez une image brute, non trafiquée. Je peux répéter cette expérience dans n’importe quel laboratoire du monde, soumis à une surveillance scientifique étroite.

Eh oui, on tend à oublier ce principe tout simple, que notre esprit et notre volonté (peu importe les mots que vous souhaitez mettre dessus), bougent et influencent la matière tout le temps. A chaque instant, je peux entrer dans cet état extatique où je sens la vitalité de mon être, où je m’émerveille de mon système fait de matière en mouvement, de mon instrument de musique, de ces Legos avec lesquels joue mon âme.

Pourquoi ne pas jouir de ce pouvoir si précieux à chaque instant de notre existence ? Vous rappelez-vous combien cela vous a fait drôle lorsque vous avez vu le jour, en cette réalité ?

Liens intéressants (en anglais) :

 

Note : ce texte provient initialement d’un article que j’ai écrit en anglais. La langue anglaise offre des distinctions plus riches et plus précises quant au langage spirituel. Par exemple on y opère une claire distinction entre ‘spirit’ et ‘consciousness’. La traduction litérale de ces mots en français (esprit et conscience) ne fait qu’ajouter à la confusion. J’ai donc choisi d’utiliser le mot “conscience” dans tous les cas de figure.

 


Vers la société post-argent

Quid du Bitcoin ?

Je travaille pour des bitcoinsEn tant que personne œuvrant sur la vision et les technologies de la société post-argent, les gens me demandent tout le temps ce que je pense du Bitcoin. Eh bien vous savez quoi ? Pas grand chose.

Bien que le Bitcoin fonctionne de manière décentralisée, en pair-à-pair et open-source, il n’en perpétue pas moins l’ancien paradigme de la rareté. Le fait que cette monnaie se branche sur l’infrastructure de l’argent rare ($, €, etc) injecte l’ADN de la rareté dedans. Plus grave encore : le concept nous laisse coincés dans les pièces de monnaie, un vieux meme ! Cependant, alors qu’il demeure et perpétue l’ancien paradigme, le Bitcoin pose un pas incontestable vers la société post-argent puisqu’il questionne le monopole de la banque quant à la création monétaire. Voilà qui ouvre de nouvelles possibilités. Les supporters et utilisateurs du Bitcoin feront très probablement toutes les erreurs possibles, ce qui donnera un coup d’accélérateur à l’évolution.

Monnaies complémentaires ?

J’aime les monnaies complémentaires pour le service qu’elles rendent. Elles permettent aux gens d’opérer les premiers pas en dehors de l’argent comme seul et unique moyen de voir l’économie. Elles poussent à toutes les erreurs et tâtonnements possibles, étape indispensable pour s’échapper de la prison mentale actuelle.

Aujourd’hui différentes formes de monnaies complémentaires coexistent (certaines ont un rôle multiple, par exemple local et social) :

  • Les monnaies locales (ou régionales) : elles aident un territoire donné (ville, région, etc) à se remonétiser et à redynamiser l’économie. Exemples : Ithaca Hours (USA), projet SOL (France), Chiemgauer (Allemagne)…
  • Les monnaies “corporate” : elles soutiennent un secteur économique spécifique. Exemples : les air miles (tourisme et voyage), le WIR (entreprises en Suisse), les Tickets Restaurant (restauration)…
  • Les monnaies sociales : elles activent l’économie sociale et solidaire dans la société. Exemples : le Time Banking (USA), Banco Palmas (Brésil)…
  • Les monnaies affectées : elles catalysent un objectif spécifique dans l’économie. Exemple : les monnaies carbone.

Je n’investis personnellement aucun effort dans les monnaies complémentaires. Leur nom nous dit tout : elles complémentent le système, tout comme les compléments alimentaires complémentent votre nourriture du fait de ses déficiences inhérentes. Les compléments alimentaires et les monnaies complémentaires existent à cause du système en place. D’un point de vue positif, on peut voir les monnaies complémentaires comme une première étape vers un protocole ouvert, global et interopérable (voir plus bas), de la même façon que les réseaux locaux en informatique ont initié la transition vers Internet au début des années 90.

L’argent décentralisé ?

J’ai visionné cette conférence donnée par Fred Wilson, partenaire associé de Union Square Ventures. J’apprécie la clarté avec laquelle il passe en revue les tendances actuelles et comment cela oriente ses investissements. Fred a une belle intuition lorsqu’il dit que le prochain système monétaire doit devenir un protocole internet. Première fois que j’entends cela en dehors de notre petit cercle de spécialistes. Il y a quelques années cela ressemblait à de la science fiction lorsque je partageais cette idée. Aujourd’hui un investisseur le dit, bonne nouvelle ! Cependant Fred Wilson limite sa prospective à un système monétaire, décentralisé certes, mais monétaire toujours, ce qui veut dire :

  1. une technologie qui ne couvre que la richesse mobile (biens, services), et non la richesse intégrale (mobile, mesurable, ordonable, énonçable, potentielle — voir conférences ci-dessous) ;
  2. une technologie qui opère exclusivement dans l’économie de marché, là où l’on ne fait qu’échanger des choses, et où l’on oublie les autres possibilités d’interactions. Cela écarte l’émergence des économies du don qui, à mon sens, deviendront de plus en plus puissantes, et plus génératives que l’économie de marché d’aujourd’hui, limitée par la conditionnalité de réciprocité immédiate.

Vers la société post-argent

Je pense que le futur proche ira beaucoup plus loin que l’imaginaire présent. De manière schématique :

  1. Les prochaines technologies post-monétaires fonctionneront suivant un protocole internet (Fred Wilson a bien compris cette partie-là, rare et plaisant !), qui ouvrira sur la diversité, la multiplicité, l’interopérabilité ;
  2. Les technologies post-monétaires nous doteront du langage de la richesse intégrale, et pas seulement de la richesse mobile ;
  3. Les technologies post-monétaires permettront l’émergence d’économies du don à grande échelle, qui transcendent (et incluent) les économies de marché.

Think out of the Bucks

Il nous reste beaucoup d’options pour nommer cette évolution. Tout comme à la naissance de l’aviation, les technologies post-argent développeront leur propre ontologie dans notre langage de tous les jours. J’aime utiliser des expressions telles que “langage de la richesse”, “richesse intégrale”, “technologies de la richesse”.

Notons que nous n’avons pas de mot pour signifier le fait de créer la richesse, dans son sens le plus profond et le plus large. D’où la création du verbe “to weal” en anglais : générer, donner naissance à la richesse. Dans le futur, nous “wealerons”. En anglais : we will wealWeal comme wheel (free wheel – roue libre), weal comme will (free will – libre arbitre), etc. Will Will wheal? (Will wealera-t-il ?) Il y a quelques années j’ai réservé les noms de domaine freeweal (org, com, etc) et weal.me. Reste à voir ce que cela donnera dans d’autres langues comme le français.

Et pour finir, cette transformation du monde va nous emmener loin, beaucoup plus loin que ce que chacun anticipe aujourd’hui. Le prochain langage de la richesse deviendra un langage des flux. Nous évoluerons de notre langage actuel, qui décrit des objets finis et leurs relations, vers un langage des flux, vivant, toujours changeant, quantique (empli de possibles superposés), holographique (où le Je et le Nous se contiennent l’un l’autre), super-conscient. J’y vois un des prochains sauts d’évolution de notre espèce.

J’ai beaucoup plus à dire à ce sujet, d’où ma longue retraite actuelle d’écriture. En attendant, ne vous gênez pas pour me wealer :-).

Plus en profondeur…

Voici ci-dessous quelques conférences clés sur le sujet.

Richesse intégrale (Integral Wealth)

Jean-François Noubel – Centifolia – Oct. 2013 – Grasse, France

Towards a Systems’ Paradigm and a New Expressive Capacity

Arthur Brock interviewé par Ferananda Ibarra.

Après l’argent – TEDx Paris

 

 


A un souffle de distance ?

“Je” de miroirs

Climate change breakthrough technology

On parle sans cesse de l’évolution de l’humanité sur le plan technique, pétri d’une vision matérialiste de la réalité. Voilà une des signatures de l’intelligence collective pyramidale qui ne sait voir et comprendre le monde que par le dualisme du mental.

Si la plupart des analyses prospectives s’avèrent pertinentes, elles n’en laissent pas moins de côté l’évolution intérieure de l’être qui ne peut manquer de se produire conjointement avec l’évolution extérieure du monde. L’Homme a-t-il inventé le feu qui a changé l’Homme, ou l’Homme a-t-il inventé l’Homme qui a inventé le feu ? Même question pour l’écriture, l’imprimerie, l’aviation, l’informatique ou Internet. On ne saurait séparer l’évolution subjective intérieure de l’évolution objective extérieure. Quant à savoir de quel côté ça commence, on entre dans une question de poule et d’œuf. L’être subjectif initiateur et l’être objectif créateur s’inventent mutuellement dans un jeu de miroirs infinis.

Architectures invisibles: l’ADN social

Il n’en demeure pas moins que l’intelligence collective pyramidale met aujourd’hui des sommes colossales dans l’évolution technique et tout ce qui peut se matérialiser dans un produit ou service à vendre. Soit.

Social DNA barcodingCe faisant, elle passe à côté de l’évolution intérieure de l’être. Pourtant cette évolution ne nécessite pas nécessairement des années de développement personnel. Il suffit parfois de changer quelques codes dans les architectures invisibles qui nous structurent individuellement par le jeu du collectif. Les architectures invisibles touchent à tout ce qui détermine nos comportements, notre façon de voir le monde, de penser, de décider. L’ontologie (la façon dont le langage construit notre réalité), l’argent, la doxa (les croyances non-fondées constitutives de nos sociétés), notre construction sociale du temps, l’alimentation, les codes sociaux constituent autant d’architectures invisibles au cœur desquelles nous nageons, tels des poissons tournant dans leur aquarium. Changez une règle dans l’une de ces structures, et la conscience individuelle et collective régresse ou évolue, suivant les cas. Cela fonctionne exactement comme le fait de changer un gène dans un corps physique.

Cette génétique sociale constitue une de mes plus importantes découvertes en intelligence collective, thème sur lequel je n’aurai de cesse d’écrire, de publier et de communiquer.

Dans l’entreprise

Dans cette conférence donnée devant 2800 chefs d’entreprises (Pleinière d’ouverture APM – Marseille octobre 2013), j’essaie d’éclairer cette notion d’évolution par le levier des architectures invisibles, à travers un exemple : la respiration. Thème que j’ai également aborté dans l’article A pelles d’air. Que se passerait-il si, au lieu de s’interrompre et de ne laisser aucun espace au silence dans nos conversations, nous décidions d’effectuer systématiquement une longue respiration avant de parler ? Comme vous le voyez, on ne touche ici qu’à un seul code social (gène). Pourtant, de là, tout, absolument tout, peut changer.

Quel impact a eu cette conférence ? Toujours difficile à dire. Mon message a probablement touché quelques personnes en profondeur. Pour le reste, il a reçu un bel accueil, ce qui ne dit rien sur la phase “infusion”. Certes j’aurais pu partager un message un peu plus édulcoré, un peu moins évolutionnaire. Là se présente un choix que je fais toujours : même lorsque je m’adresse à de larges auditoires, je ne souhaite pas pour autant atténuer mon propos, histoire de passer les filtres de la pensée conventionnelle et de le voir accueilli par tous. Disons qu’il y a une partie entendable par tous. Pour la partie plus profonde, plus essentielle, seules les personnes déjà animées d’une volonté de dépasser la doxa, les habitudes, le voile de surface, se trouvent en posture d’accueil et de contemplation investie du contenu. On parle ici, je pense, de moins de 1%.

En mots écrits…

Voici, ci-dessous, le transcript le la conférence.

Caveman writing

Voix off du présentateur : « A la tête du Collective Intelligence Research Institute, Jean-François Noubel le perçoit, c’est encore un signal faible,annonciateur de transformations plus fondamentales, et toutes commencent par un vrai travail sur soi. »

J’ai 12 minutes… 12 minutes pour partager ma passion pour l’évolution, pour l’évolution de la vie, pour l’évolution de la conscience, et ça au travers d’une nouvelle discipline, une nouvelle discipline de recherche qui s’appelle l’intelligence collective. L’intelligence collective qui essaie de comprendre pourquoi, comment, lorsqu’on met un certain nombre d’êtres ensemble, des êtres humains, des plantes, des animaux, des écosystèmes… eh bien quelque chose se passe, plus ou moins bien, mais parfois, un tout émerge, comme un corps, et là quelque chose de magique se passe. A la fois pour les participants, bien entendu, mais également magique parce que un tout émerge, congruent, avec une conscience, capable d’évoluer, d’avancer, et là je parle autant pour une entreprise qui marche bien, que ce groupe-là qu’on vient de voir chanter, ou d’une grande entreprise.

Alors j’ai 12 minutes pour vous parler de cette passion mais, à deux niveaux, parce qu’il y a l’aspect technologique, tout ce qu’on peut voir, l’aspect objectif extérieur, et puis il y a l’aspect beaucoup plus difficile, beaucoup plus invisible, à savoir ce qui va changer au fond de nous. Et déjà pour commencer à nous donner une idée de ce qui va changer au fond de nous, je propose qu’on fasse une petite chose ensemble. Je vais vous la montrer…

[longue et lente respiration]

Une longue respiration. On essaie tous ensemble ? On est prêts ? On y va !

[longue respiration collective]
Encore une fois…
[longue respiration collective]

Alors quel lien ? Quel lien avec cette évolution de notre espèce ?

Eh bien je vais revenir justement à l’intelligence collective, et à un voyage dans le temps. On va parler de ces différentes formes d’intelligence collective au cours de l’évolution, et je vais commencer par celle-là, à savoir un ban de poissons, et j’aurais pu aussi bien vous montrer une fourmilière, ou bien un nuage d’oiseaux, ou bien un de ces grands troupeaux de buffles ou de bisons.

Cette forme d’intelligence collective, certainement la première apparue sur Terre, on va l’appeler l’intelligence collective en essaim. Elle a pour caractéristique déjà, vous le voyez, les grands nombres. Mais également au niveau de l’individu, l’individu dans cette configuration-là, il n’a pas une très grande marge de manœuvre. Le poisson, il suit le ban de poissons. Quand on se trouve dans un troupeau, même chose.

Alors, question : est-ce que, au niveau de l’humanité, on la connaît ? Est-ce qu’elle existe chez nous cette forme d’intelligence collective ?

Eh bien, pas fondamentalement mais… parfois. Dans une manifestation, là ici on a une extraordinaire photo du marathon de New York. Mais on la connaît aussi, vous l’avez peut-être connue pas plus tard que ce matin, on la connaît souvent tous les jours, comme ça. Eh oui, quand on se trouve dans sa voiture, on n’a pas une marge de manœuvre extraordinaire, et pourtant, au niveau collectif, il se passe quand même quelque chose d’incroyable : une ville se remplit, et se vide chaque jour ! Imaginez si une équipe devait planifier ça ? Même chose pour la fourmilière.

Donc cette forme d’intelligence collective, extraordinaire dans ses capacités en tant que tout, mais elle a aussi ses limites. Parfois, ça peut se bloquer complètement, des troupeaux peuvent tomber dans des abîmes, etc, etc.

L’humain, lui, il vient d’autre part. Il vient d’ici… L’intelligence collective originelle. On l’appelle comme ça, justement, à savoir le petit nombre. Ca fonctionne un petit peu à l’inverse de l’intelligence collective en essaim puisque là nous avons un petit nombre d’individus, mais chaque individu se trouve extrêmement individué. Et chez l’humain, on le retrouve dans ces configurations-là, celle qu’on vient juste de voir sur scène, formidable !

Là ici on a un groupe de jazz. J’adore cette photo parce que elle nous montre à quel point chaque musicien vit son individuation, il connaît sa technique, son instrument, et puis se rencontre totalement et pleinement avec les autres. Et à deux niveaux : horizontalement, il sent bien ce que chaque autre musicien fait, mais en plus verticalement, il a une connaissance du tout, il ressent ce tout, il peut s’actualiser grâce à ça.

Ca porte un nom d’ailleurs : l’holoptisme. Je ne vais pas m’étendre dessus, mais ça porte un nom.

La grande force de cette structure, en intelligence collective, on la connaît tous. Eh bien, extrêmement agile, apprenante, elle s’adapte tout le temps, elle se reconfigure, il suffit de voir une équipe de sport qui s’adapte à l’inconnu sans arrêt.

Mais elle a aussi des limites, elle a deux limites : le nombre, et la distance. Il faut que, évidemment, les joueurs se trouvent dans un espace sensoriel où ils puissent se connecter les uns les autres, et voir ce que chacun fait. Alors pour l’humanité, qui a connu ça pendant très longtemps, avec les villages, les tribus, eh bien il y a eu une crise, une crise systémique majeure, mondiale, à l’époque.

Eh oui, lorsque l’agriculture est née, puis que les villes ont commencé à émerger, la spécialisation du travail, il y a eu une explosion de complexité, et il a fallu une sorte de saut quantique. Et là, l’humanité a inventé une technologie absolument incroyable : l’écriture, qui a permis de sortir de la proximité orale, de la tradition orale, pour passer dans les grandes civilisations. Civilisations égyptienne, mésopotamienne, chinoise, maya, etc.

A chaque fois on retrouve cette même structure déjà constituée en castes. On a un Dieu vivant en haut, et puis en-dessous on va trouver la haute prêtrise, la noblesse… En-dessous les artisans, les marchands, et puis en-dessous on va trouver les gens de la terre, les éleveurs, etc. Et puis tout en bas, une masse, taillable et corvéable à merci, les esclaves, le servage, les Intouchables, etc.

Et puis évidemment ça a évolué. De nos jours, on représenterait plus ça comme ça : une grande entreprise elle fonctionne avec un comité de direction. On voit des petits groupes d’intelligence collective originelle. Et puis ça s’organise toujours en pyramide, avec des départements, des services, etc. Et qui ne connaît pas dans les grandes entreprises évidemment, ces fonctionnements en silos ?

Alors, la grande force, puisque je parle des forces et des faiblesses, de l’intelligence collective pyramidale, celle-là, sa grande force, évidemment, elle a réussi à mettre ensemble des milliers ou des millions de personnes.

Sa grande force, on la voit aussi, justement, si je devais prendre l’image de la musique, on va trouver l’orchestre symphonique. Avant-hier, lorsque je faisais mes diapos, j’avais mon fils avec moi, il m’a dit : “Tiens papa, je vais te représenter ce que tu n’arrives pas à trouver sur Internet”. Je voulais voir un chef d’orchestre de derrière, et il m’a fait ça, donc merci à lui, merci à Estéban. Il a très bien compris le concept.

Les forces et les faiblesses de cette intelligence collective pyramidale, on se heurte aujourd’hui de plein fouet à ça, et je crois que cette image résume bien, celle du Titanic ou d’un grand paquebot. La force, elle se trouve aussi dans l’image… On a là une technologie extraordinaire, qui pilote, qui transporte des gens, un grand nombre de gens, d’un bout à l’autre du monde. Et en même temps, une erreur dans le commandement, voire une malveillance, et ça peut devenir la catastrophe. Autrement dit, l’intelligence collective pyramidale a une très très faible résilience. Si ça va pas dans la tête, tout peut s’effondrer.

Elle a peu d’adaptabilité aussi. Elle sait très bien développer des process, les répéter, les répéter à l’avance, mais après s’il y a du changement, cela ne marche plus très bien et on se trouve de nouveau face à un changement, à une nécessité, face à un mur de complexité, qui nous oblige, justement, à nous réinventer.

Qu’est-ce qui se passe ? Eh bien, on entre, de plain-pied, dans ce qu’on appelle l’intelligence collective holomidale. Holomidale, de “holos” — holistique, Et là, vous avez cette image de l’Internet que j’aime beaucoup, déjà un petit peu ancienne, comment les serveurs se relient entre eux.

Ca émerge. Personne n’organise cela de haut en bas. Ca émerge, et ça s’auto-organise. Tout comme on retrouve ça en forêt, sous nos pieds, le rhizome, même chose, même structure. Ou dans notre cerveau. Et là, on a partout, et ça vous le savez, des réseaux sociaux. Tout le tissu social s’auto-organise et on retrouve quelque part, les avantages de l’intelligence collective pyramidale –les grands nombres– mais avec toute la résilience, l’auto-organisation, de l’intelligence collective originelle.

Ca s’adapte, c’est extrêmement apprenant, ça se reconfigure sans cesse, ça se constitue en tribus sémantiques, etc, etc. Alors, à partir de là, on imagine bien, on se trouve tous là pour en parler, qu’il va y avoir une transition incroyable.

Et là maintenant je pourrais vous parler de ce qui va arriver, les imprimantes 3D par exemple. On va passer d’une grande partie de la production, centralisée, pyramidale, à des modes complètements distribués. Je pourrais aussi vous parler de la fin de l’argent, de la société post-argent, parce que si on veut passer d’une économie de la compétition à une économie du mutualisme, on ne peut plus utiliser cette vieille technologie nommée argent. On va avoir des systèmes beaucoup plus puissants !

Mais là, maintenant, je voudrais vous parler justement de cette intériorité. La chose la plus difficile, qui me passionne, ce qui me fait me poser la question quasiment 24h/24… Comment l’humain va-t-il se vivre à l’intérieur de lui-même dans les années qui viennent ?

Et pour ça, on va prendre un exemple : les codes sociaux. Et dans les codes sociaux, je vais m’intéresser aux codes sociaux de la conversation. Alors, quand on se parle, quand on a une conversation à table, ou un débat politique, qu’est-ce qui se passe ? Première chose, déjà, les gens parlent les uns après les autres, très très vite. Il n’y a pas de place pour le silence, il n’y a pas de place pour les temps de respiration. Et puis, on s’interrompt. Et ça, croyez bien, je le vois dans pratiquement la plupart des cultures. Pas toutes, mais globalement on s’interrompt, plus ou moins. Ca veut dire, si j’interromps quelqu’un, que ce que j’ai à dire maintenant a plus d’importance que ce la personne dit en face.

Maintenant imaginez, mettons-nous dans cette situation que on change le code social suivant : on ne prend plus la parole sans avoir fait une longue respiration avant. Imaginez à l’intérieur de vous, si vous vous mettiez à faire ça, les conséquences que cela peut avoir pour le collectif, si un collectif se met à faire ça, dans votre travail, votre famille, et si vous vous mettez à faire ça comme une pratique. Imaginez la conséquence que ce seul changement de code social peut avoir, une longue respiration avant.

Alors, quand je fais des séminaires, et que je demande aux gens à quoi ça pourrait servir, de respirer ? Alors là, tout le monde sait. Eh bien ça permet déjà de se connecter à soi-même, ça permet de retrouver le calme, de prendre du recul, de sentir ses émotions, son corps, de se reconnecter. Ca permet de sentir l’autre, ça permet de sentir le groupe, les émotions qui veulent se vivre. Et ça permet aussi de se laisser inspirer. La respiration, ça nous fait respirer, donc inspirer. Et pourtant on ne le fait pas.

Eh bien pourquoi on ne le fait pas ? Pourquoi ? Parce qu’il y a une signature derrière cette rapidité dans le dialogue que nous avons dans les conversations. Il s’agit de la manifestation du mental.

L’intelligence collective pyramidale, le monde de l’intelligence collective pyramidale a inventé, a développé, sur-développé le mental, le conceptuel. Le mental, il va très vite. Il va très très vite. Il parle très vite, et il sait très bien évoluer dans son paradigme.

Sortir d’un paradigme veut dire désactiver le mental. Et cette respiration peut devenir une méditation à part entière.

J’ai formé beaucoup de gens à des techniques de respiration, et pas simplement des gens individuellement, mais des collectifs, et des collectifs d’entreprise. Tous, sans exception, m’ont dit : “ça a changé notre vision du monde“, “ça a changé ma relation avec moi-même, ma relation aux autres“, “nous ne prenons plus les mêmes décisions ensemble“, “nous ne voyons plus le monde de la même façon“, “toute notre entreprise, toute notre stratégie a changé“. Alors là je ne parle pas de millions de dollars à investir dans la R&D. Je parle simplement d’une respiration.

Et cette respiration nous amène justement à cette question du changement de soi, comment on se perçoit de l’intérieur, comment ça va évoluer, avec, maintenant, une question essentielle, justement.

Toute cette perception de soi, imaginons-nous maintenant dans le noir, dans une forêt, et je vais finir là-dessus. J’allume ma lampe de poche. Ma lampe de poche, et je vais commencer à la diriger un petit peu partout. Là je vais voir un arbre ici, un rocher là… Et je vais me diriger grâce à ça parce mon faisceau lumineux va se diriger à droite ou à gauche et à force, je vais reconstituer une sorte de réalité de proximité.

Le mental fonctionne exactement comme ça. Un faisceau qui relie des choses les unes les autres, et on peut avancer grâce à ça. Ca marche pas trop mal…

Maintenant si j’éteins ma lampe de poche, et que je décide de me laisser imprégner par cette lumière de la nuit, des étoiles, des astres, il va se produire autre chose. Je vais m’accoutumer. Je n’aurai plus le détail exact de ce qui se passe, mais une réalité beaucoup plus vaste va s’ouvrir à moi.

Tous les gens qui s’ouvrent comme ça vont vous parler, vont avoir des mots pour dire ça. Moi j’aime bien parler du transrationnel. Le transrationnel arrive lorsqu’on dépasse le rationnel. Le rationnel, oui, on l’a toujours, je peux toujours allumer ma lampe de poche, toujours. Mais à tout moment je peux aussi l’éteindre et m’ouvrir à une réalité plus vaste, et cette réalité plus vaste, elle peut venir par des changements de codes sociaux.

J’en reviens aux codes sociaux, et j’en reviens à la respiration qu’on a faite au début. Et donc, ces évolutions qui vont se faire, ne vont pas simplement, je vous le disais, arriver par des imprimantes 3D, de l’Internet, très intéressants, il faut aller voir ça, vous allez voir plein de choses, mais pensez aussi, et là je vous invite à ça, à voir ce qui va changer en vous, au travers des codes sociaux, de l’ontologie, de la structure du langage, de nos postures, de notre relation au corps…

Et qui sait finalement si la prochaine humanité ne se trouve pas à une respiration de distance.

Merci !


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