Comment j’ai fini par devenir inutile

Chat blanc en train de dormir

Ce titre annonce-t-il un constat d’échec me concernant ? Pas du tout. Il y a quelques années, j’ai pris la décision de devenir inutile.

Complètement inutile.

Je veux dire par là inutilisable. Personne, pas même moi, ne peut m’utiliser comme outil, instrument, servant ou maître, groupie ou gourou, employé ou patron. Les rôles et les fonctions ne s’appliquent pas à une personne inutile.

En tant que personne inutile, je n’ai pas de planète à sauver, de cause pour laquelle me battre, d’ennemi à combattre. Je n’ai pas d’obligations morales, de responsabilités, de devoirs.

Les gens disent qu’il faut “gagner sa vie”. Mon papa et ma maman m’ont dit ça (et ils continuent). Mes grands-parents également, il y a longtemps. De même que mes profs à l’école, mon coiffeur, le gars de la station service et nos animaux politiques à la télé. Pour autant que je sache, ma vie, je l’ai gagnée à la naissance. Pourquoi devrais-je la gagner encore et encore ? Pourquoi devrais-je engager des actions spéciales telles qu’avoir un boulot pour m’acheter le droit de vivre ? Aujourd’hui je n’ai aucun travail, aucun poste, aucun titre, aucun statut social. Mon CV a fini à la poubelle. Quelle délicieuse libération !

Vous trouvez cela choquant ? Alors dites-moi pourquoi nous avons des chats et des chiens ? Pourquoi nous sentons-nous autant touchés par les enfants ? Ne goûtons-nous pas, inconsciemment et par projection, à leur délicieuse et insouciante inutilité ?

L’inutilité m’a également libéré des idéologies omniprésentes de l’inconscient collectif qui imposent de justifier sans répit notre droit à exister. Ne voulons-nous pas inscrire nos actions dans une “raison de vivre” ou un “sens de la vie” cohérents ? N’aimons-nous pas revendiquer notre service envers  un “but plus grand” ? Ne naviguons-nous pas dans ces océans mentaux dans lesquels nous nous voyons comme de petites parties d’un grand tout ? Nous adorons nous voir nous-mêmes comme des parties d’un tout plus grand. Peu importe qu’on les appelle Dieu, le Kosmos, l’humanité, le Divin, la Terre Mère ou la Nation… Tous indiquent un grand truc qui a ses propres intentions, ses propres lois. Là, nous n’avons pas grand chose à dire. Pas de débat, pas de démocratie, mais une grosse dictature. Nous devons simplement accepter, nous abandonner (le terme spirituellement correct — to surrender en anglais). Cet apparent conflit d’intérêt entre le Je et le Tout ne manque pas, tôt ou tard, de produire de la souffrance.

Meaning of Life - Carlos Ruas
Auteur : Carlos Ruas – http://www.onceuponasaturday.com/ 1 – “Dieu, quel est le sens de la vie ?” 2 – “Attend un instant, je vais demander.” 3 – “- Seigneur ! – Salut ! – Quel est le sens de la vie ?” 4 – “Attend une seconde, je vais demander.”

Comme Aurobindo le disait si bien, le mental voit toujours bien la partie dans le tout, mais il ne sait pas appréhender le tout dans la partie. Quand l’expérience d’exister en tant qu’univers tout entier devint l’état de conscience prédominant en moi, quand la partie et le tout se fondirent l’un dans l’autre, je devins inutile. Je devins à la fois humain et Dieu, entité et essence, immanence et transcendance, un et tout, temporel et éternel, petit et immense, ici et partout. Les derniers zestes d’utilitarisme n’y ont pas résisté.

En tant que personne inutile, je puis maintenant vivre ma vie d’artiste, de Dieu créateur et destructeur de mondes pour la seule extase de l’exercice. Par un acte de blissipline (la joyeuse discipline de la grâce) se tire le fil de Soi. Je deviens mon propre chef-d’œuvre exprimé au moyen de la recherche scientifique, de l’écriture, de la musique, des arts martiaux, par le fait de faire l’idiot, de dormir, de faire l’amour, de jouer à Ingress, d’embrasser un arbre ou de m’installer dans une crapuleuse paresse.

Cela me permet de vivre dans l’économie du don.

D’exister dans la vérité radicale.

De devenir mon plus beau cadeau.

De briller d’extase comme le soleil et la lune.


Les quatre astres de l’amour libre

Galaxie - Viviane-José Restieau
Galaxie – Viviane-José Restieau

Dans l’article “Préliminaire à l’amour“, j’ai partagé avec vous quelques postulats, ceux à partir desquels se construit ma relation à l’amour. Je vais passer à une partie plus pratique maintenant, à savoir ces phares qui guident mon odyssée amoureuse.

Lorsque les gens me posent des questions sur mes amours, je n’ai pas encore trouvé de réponse simple à l’oral. A l’écrit, mon “à propos” indique succinctement que “des déesses enchantent ma vie”. Le fait de parler de plusieurs déesses et de fidélité et de liberté et que cela n’a rien à voir avec le libertinage, le donjuanisme ou même le contexte polyamoureux, voilà qui ouvre la boîte à questions. Des questions que j’ai collectées par dizaines, auxquelles je répondrai dans une FAQ dédiée.

Le fait de parler de déesses, d’amoureuses, de nouvelles relations, risque de vous donner l’impression que je fréquente des dizaines de femmes et que je mène une vie donjuanesque. Rien de plus faux. L’art d’aimer m’a conduit à vivre conjointement un petit nombre de relations amoureuses –moins que les doigts d’une main– qui s’ordonnent suivant la géométrie naturelle de la vie, certaines au quotidien, d’autres épisodiques, toutes joyeuses et libres. En tant qu’art, la vie amoureuse demande une profonde rigueur. Une rigueur bien supérieure à celle du couple romantique, le prêt-à-porter vécu par la plupart des gens. Laisser la place pleine et entière à l’énergie du sexe, du cœur et de l’esprit se construit par l’expérience, cela beaucoup de délicatesse et un profond cheminement intérieur.

Je vais ici partager avec vous les 4 astres qui guident mon aventure amoureuse. Grâce à eux, des relations harmonieuses, pérennes, libres, joyeuses, créatives, peuvent non seulement exister, mais co-exister, et surtout s’enrichir. Ces astres m’offrent des repères précis et précieux dans les océans de la vie. Peut-être vous inspireront-ils aussi. Alors voici…

  1. Rien ni personne ne doit empêcher des êtres de s’aimer de la façon dont ils le désirent
  2. La vérité radicale
  3. Pas d’attachement aux formes
  4. Chaque relation doit nourrir les autres

 

Viviane-José Restieau - Astre 1Rien ni personne ne doit empêcher des êtres de s’aimer de la façon dont ils le désirent

Cette phrase, tout le monde ou presque la signe en bas de la page.

Quant à son application concrète, là on entre dans une toute autre histoire. Si on fait le compte, dans la société, et surtout au fond de soi, beaucoup de forces se liguent pour s’empêcher soi et empêcher les autres d’aimer librement. Au nom de la morale, de la peur, de la religion, des codes sociaux, du devoir, de la jalousie, de l’exclusivité, de la possessivité, de la doxa… Beaucoup se montrent prompts à s’opposer à la liberté d’aimer le jour où le conjoint s’éprend d’une autre personne. La peur, la possessivité ou l’exclusivité prennent le contrôle. Les religions, elles, distillent leur curare paralysant au cœur même du processus amoureux en décidant qui a le droit d’aimer qui, et comment. Côté sociétal, certes on constate des progrès, en particulier vis-à-vis de l’homosexualité, mais bien d’autres formes de relations amoureuses demeurent exclues, en particulier celles qui ne relèvent pas du binôme classique. La norme reste finalement assez étroite.

Examinons ce premier astre de plus près…

Hippopotame amoureux d'une tortueLorsque je parle de “s’aimer”, rien ne dit comment. Aimer relève d’un état de conscience et d’un art (cf préliminaires) desquels toutes les formes peuvent jaillir : construire un projet ensemble, danser, fonder une famille, faire l’amour, partager une passion ou faire un voyage, peu importe. La source d’amour se matérialise en d’infinies formes qui composent l’écosystème humain. On n’aime pas ses enfants de la même manière que son conjoint ou que ses amis ou ses partenaires de travail. Aimer de la façon dont on le désire.

 

Amour et jalousieUn des principaux ennemis de la liberté d’aimer tient dans la notion d’exclusivité. Rien de plus imprécis derrière ce mot car de relation exclusive, je n’en ai jamais rencontrée. Il n’existe pas d’exclusivité intellectuelle, pas d’exclusivité émotionnelle, pas d’exclusivité du temps, pas d’exclusivité énergétique, pas d’exclusivité sentimentale. Il n’existe même pas d’exclusivité sexuelle si l’on étend le sexe à une notion plus vaste que le coït. Nos énergies, nos émotions, nos idées, nos pensées s’interpénètrent sans cesse. On s’insémine les uns les autres. Le couple accueille en son sein l’énergie des rencontres vécues à l’extérieur. Il se laisse traverser par la grande orgie qui parcourt le cosmos et la société humaine.

Jusque là, tout va bien.

Mais si les corps s’étreignent et jouissent en dehors du couple, là, ça se gâte. Quelle ligne invisible a-t-on franchi ? Quelle trahison a bien pu se produire ? Quelque chose devient inacceptable lorsque le sexe physique entre en jeu et que les émotions amoureuses se mélangent. Le rejet, la rage et la peur s’installent lorsque êtres s’aiment intimement et physiquement en dehors du binôme institutionnalisé qu’on appelle le couple. Je peux en comprendre des raisons historiques fondées sur la survie, mais je n’en trouve aucune liée à notre nature ou à notre évolution spirituelle.

Je rappelle que ce premier astre ne dit rien sur les façons d’aimer. Si un couple se sent bien dans l’exclusivité sexuelle, qu’il le fasse. Si une communauté de personnes décide de s’étreindre librement, qu’ils le fassent. Si un être se sent bien dans un célibat construit sur son mariage intérieur –son androgynat– qu’il le fasse.

Dans ma vie, cet astre illumine les premiers pas vers la relation amoureuse. Il me permet de tenir le cap dans les tempêtes émotionnelles que les autres, souvent mes bienaimées, me renvoient. Sa brillance fait fondre les rejets que j’ai évoqués plus haut. La jalousie, la possessivité, l’exclusivité n’ont plus leur place. J’ai toujours ressenti de la joie lorsqu’une compagne me disait avoir rencontré un(e) partenaire qui la rendait heureuse.

Ni rien ni personne ne doit empêcher deux êtres de s’aimer de la façon dont ils le désirent“… Je propose que l’on parte de cette base : prenons la liberté d’aimer comme principe premier. Que les règles sociales suivent ! Que la société en découle !

J’ai décidé de tenir bon face aux résistances et injonctions contraires que je reçois ici où là. Je suis sans relâche ce bel astre. Parfois il m’emmène dans des mers solitaires, toujours il me garde relié à l’amour intérieur, ce qui permet de ne jamais tarir ma source d’amour extérieur.

Viviane-José Restieau - Astre 2La vérité radicale

Les deux choses que craignent le plus les couples ? Le mensonge, et la vérité.

En fait, cette peur pulse au cœur de toutes les relations humaines. A tel point que l’éducation nous apprend l’art subtil de l’évitement. On n’essaie de ne pas mentir totalement tout en évitant la vérité crue et nue. “Cela va blesser l’autre”, “il n’a pas la capacité d’entendre ça”, “ça fait impoli”, “ça va déclencher un conflit”… autant d’arguments pour légitimer le fait de ne pas partager la vérité de notre être : idées, émotions, sentiments, peurs, aspirations profondes… En fait, qui voulons-nous vraiment protéger dans l’histoire lorsque nous mentons par omission ? Il ne faut pas creuser bien loin pour s’apercevoir qu’on se protège avant tout soi-même des conséquences –réelles ou hypothétiques– de cette vérité intérieure qui s’énonce silencieusement face à l’autre.

Non seulement nous perpétuons la société de l’évitement, mais nous n’offrons pas à l’autre la liberté de se déterminer par rapport à cette vérité. On ne lui laisse pas le choix de sa colère, de sa joie, de ses découvertes possibles, de sa résignation, de ses processus intérieurs. Par omission, nous participons activement à la culture de de la séparation.

J’ai choisi la vérité radicale dans ma vie. Bien entendu elle se manifeste fortement dans le creuset de la relation amoureuse. Je n’y cache ni mes émotions, ni mes sentiments, ni mes choix, ni mes pensées, ni mes actions, ni mes peurs, ni mes zones d’ombre. A partir du moment où j’ai la conscience de quelque chose, cette conscience devient disponible à ma Belle. Ses réponses, les éventuelles blessures qu’elle peut vivre par rapport à cette vérité lui appartiennent. Laisser l’autre aller dans ses propres espaces de souffrance relève aussi de l’art d’aimer. Il suffit de rester présent et aimant.

Magritte - La clairvoyance
Magritte – La clairvoyance

Ce faisant, j’ai appris par la pratique que la vérité relève d’un art au moins aussi sophistiqué que celui de l’évitement. On apprend à offrir la vérité de son être, à la rendre disponible à l’autre, et non à l’imposer. On développe le sens des mots qui habillent la vérité nue de bienveillance et de douceur. On apprend à exsuder tout poison résiduel qui pourrait s’instiller dans cette vérité.

La vérité constitue la colonne vertébrale de toute relation intime, ce qui la maintient droite, debout, vivante. La vérité doit arriver neutre et nue, au service de l’autre, au service de soi, au service de tous. Souvent, elle représente un investissement, parfois très loin dans le temps, parfois au-delà même de notre horizon de vie. Il faut aimer beaucoup pour dire la vérité, et il faut la vérité pour aimer beaucoup. Je n’ai jamais cru à l’amour qui ment ou qui omet. D’amour, il n’y a que le masque, un masque qui se porte jusque dans les liens du sang et de la parentalité.

Si une relation amoureuse avec une nouvelle personne commence à grandir, le partage de la vérité de l’expérience auprès du ou des êtres aimés s’avère essentiel. Qu’ai-je vécu ? Comment s’amorce cette nouvelle relation ? Comment la vivent ma ou mes partenaires actuelles ? Que ressentent-elles ? Quelles demandes veut-on formuler ?

On me demande souvent si ma ou mes partenaire connaissent mes autres amoureuses. Oui. Toujours. Aucune des femmes auprès desquelles je marche dans la vie n’ignore l’existence des autres. Certaines se connaissent bien, s’apprécient et se rencontrent. Je porte en moi cette intention de la simplicité, de l’appréciation mutuelle. Je chéris les relations qui s’harmonisent, comme la mélodie de différents instruments dans un orchestre. Je chéris ce qui s’ajoute et s’enrichit. Le texte “Ton plus beau cadeau” ne dit rien d’autre.

On me demande également si j’accepterais que ma ou mes partenaire(s) aient elles aussi des amoureux. Bien sûr ! A partir du moment où une relation les enchante, les fait vibrer, ouvre plus encore leur cœur, leur corps, leur esprit, pourquoi devrais-je m’indigner ? De quoi devrais-je avoir peur ? Au contraire, leur bonheur ne peut que me rendre joyeux. Comment peut-on prétendre aimer si l’on rejette l’amour ?

La vérité radicale permet de grandir vers cette ouverture de l’être. Elle se pratique au quotidien, à chaque minute, en désactivant le pilote automatique, en respirant, infusé de cette vigilance qui empêche au non-dits et aux stratégies d’évitement de s’installer.

Viviane-José Restieau - Astre 3Pas d’attachement aux formes

La vie et l’univers tout entier génèrent des formes, tout le temps. Des nuages, des fleuves, des corps, des planètes, des relations, des processus… La relation entre les êtres possède, elle aussi, des formes : le couple, la famille, l’amitié, la parentalité, le travail, le voisinage…

La relation amoureuse a ses formes bien à elle, des formes auxquelles on tente de donner des noms qui ne font pas justice à la diversité : conjoint(e), amant(e), mari ou femme, amoureux(se), fiancé(e), concubin(e)…

La loi de l’impermanence des formes implique que les relations évoluent et se transforment, car individuellement nous évoluons et nous nous transformons sans cesse. On le voit bien dans la parentalité. Tout au long du parcours de vie de l’enfant, du bébé à l’adulte, la relation parent-enfant se transforme, rapidement, parfois violemment. Que l’on m’explique pourquoi, en matière d’amour, on se fait autant de mal à essayer de se figer dans une forme, comme si cela allait durer pour toujours. Pourquoi oublie-t-on que chacun va changer, se transformer, grandir intérieurement et physiquement, et que la relation va forcément devoir évoluer ? Quel fantasme égotique d’éternité figée nous plonge dans la naphtaline avant l’heure ? Cela me semble aussi naïf et futile que de s’engager à porter le même costume toute sa vie.

Les tuyaux de l'amourLaisser la relation évoluer là où nos êtres grandissent nous permet de s’offrir la véritable fidélité l’un à l’autre. On vit à deux aujourd’hui ? Peut-être vivra-t-on à trois demain. Dans un même lit ? Ou séparément ? A moins qu’on ne se voie de temps en temps, durant les vacances, ou une fois tous les dix ans ? Ou plus jamais ?  En s’autorisant la transformation de la relation, on s’offre le cadeau de pouvoir s’aimer à nouveau, différemment, en accord avec l’évolution de nos êtres. On peut aussi s’aimer en ne se voyant plus. Les liens invisibles existent aussi. N’aimons-nous pas nos chers disparus ?

La forme doit servir le fond, et non le contraire. Bien sûr que cela n’a rien de facile. Nous avons un attachement naturel aux formes car elles représentent des espaces familiers dans lesquels nous nous construisons, dans lesquels on a banni, pour un temps, l’inconnu. Quitter le connu fait peur. Cela s’apprend.

Le non-attachement aux formes nous fait passer par des deuils sains. Ils font partie de la vie. On comprend et on accueille ce processus avec nos enfants. Quel parent ne ressent pas de la tristesse lorsque s’achève la petite enfance, cette phase enchanteresse ? Ou lorsque l’enfant entre dans l’adolescence ? Ou lorsqu’il quitte le foyer pour déployer ses ailes dans le vaste monde ? Autant de deuils qui attendent chaque parent, mais ne doivent pas nous faire oublier qu’après la mort d’une forme, une nouvelle va bientôt jaillir, même si on ne sait pas encore laquelle. Il en va de même dans les relations amoureuses. Laissons-les évoluer librement, sans attachement. Et tenons-nous la main.

Aussi je conseille à tous les couples (et trios, etc) qui se forment de se promettre fidélité… à ce non-attachement aux formes. Autorisez votre relation à se réinventer chaque jour. Laissez les formes mourir pour laisser l’amour vivre. Donnez-vous beaucoup de temps seul(e) avec vous-même, temps que vous offrez à votre couple intérieur. Votre relation à l’autre s’en nourrira, s’en regénérera. Accueillez les deuils et les larmes le temps venu. Forme matérielle de la conscience, l’eau qui coule laisse se fondre les formes. L’eau se “décontient” pour donner vie à de nouvelles formes dans le terreau fertile de la vie.

 

Viviane-José Restieau - Astre 4Chaque relation doit nourrir les autres

Il ne faut jamais perdre de vue que nous vivons dans une constellation de relations. Chaque nouvelle rencontre émet des vibrations dans cette constellation comme un insecte dans une toile d’araignée. Vibrations intellectuelles, émotionnelles, énergétiques, spirituelles, psychologiques que nous vivons intérieurement au contact de l’autre. Ces mouvements de contact, nous les répercutons auprès de nos proches, consciemment ou pas.

La toile amoureuse - photo Natalia Mesa
Photo Natalia Mesa

Lorsque qu’une rencontre potentiellement amoureuse se produit, j’ai immédiatement conscience de l’impact qu’elle aura sur mes proches si elle prend corps, à commencer par mon fils, et mes amoureuses. S’engage alors un processus alchimique délicat et rigoureux. Il permet d’éviter les grands pièges, d’écouter mon expérience, de poser un pas après l’autre, en intégrité. Si je pose chaque pas avec joie, intégrité, écoute du cœur et de l’expérience, alors je ne peux que me rendre vers la bonne destination comme un jeu de piste, même si je n’ai pas la moindre idée de ce à quoi elle ressemble. L’eau sait-elle où elle va ? La conscience fonctionne exactement pareil. Il suffit de lui laisser suivre les contours de la vérité sans chercher à détourner son cours. Tout ira là où il faut, au détour des cascades, des torrents ou les grands lacs. Un pas d’intégrité après l’autre, ainsi peut-on tracer le chemin du bonheur, en particulier sa vie amoureuse. A mon cercle intime je veux offrir ce respect et cette intégrité.

Faire qu’une nouvelle relation amoureuse vienne nourrir les autres implique que ma nouvelle amoureuse potentielle ne rencontre pas simplement “Jean-François”, mais “Jean-François dans sa constellation d’amour”, autrement dit les êtres avec qui il partage sa vie intime. Cela nous renvoie au troisième astre : la vérité radicale.

La plupart des amoureux voient une nouvelle relation d’un des partenaires comme une soustraction et une division. N’implique-t-elle pas “moins de temps ensemble” ? “L’attention détournée vers l’autre” ? “Des sentiments moins forts” ? Pourtant on peut tout autant décider d’accueillir l’addition et la multiplication. Si le processus d’entrée d’une nouvelle relation navigue à la lumière des astres que je viens de citer, alors, par un mouvement naturel, une nouvelle relation va nécessairement nourrir les autres, se co-construire avec les autres. Peu importe la forme une fois de plus. L’acte de vérité radicale qui nous ouvre de l’intérieur implique que l’on devient capable de voir les alchimies positives qui peuvent nous enrichir les uns les autres. On sait faire cela avec l’arrivée d’un nouvel enfant dans la famille, avec l’arrivée d’un nouveau collègue dans l’entreprise… pourquoi ne saurions-nous pas le faire avec l’arrivée d’un(e) nouvel(le) amoureux(se) ?

Je fais donc appel à cette intelligence qui sait, avec l’expérience, combien des êtres vont pouvoir s’apprécier et grandir leur écosystème amoureux pour peu que tout le processus se déroule dans son intégrité. Les questions du partage du temps et du qui vit avec qui se résolvent toutes seules car dans l’amour véritable le temps ne se voit plus en grands blocs que l’on divise, mais de manière fractale (tout se retrouve dans tout) et qualitative plutôt que quantitative. Bien sûr qu’il peut y avoir des deuils de formes, des transformations (cf second astre), mais dans l’acte de vérité radicale ces derniers nous conduisent vers du meilleur. Toujours.

 

Rune Guneriussen - Evolution #4
Rune Guneriussen – Evolution #4

Voilà donc ces quatre astres qui guident ma vie amoureuse. J’espère qu’ils pourront vous servir à vous aussi. N’oubliez pas qu’ils vous faut d’abord avoir exploré vos propres processus d’attachement, de possessivité et d’insécurité avant de pouvoir naviguer sereinement sur ces mers lointaines. Pour beaucoup, les perditions dans l’amour romantique restent encore un parcours initiatique nécessaire, tellement bien décrit par Paule Salomon dans son ouvrage “La sainte folie du couple“. Il faut parfois avoir tourné en rond dans le même lieu de nombreuses fois avant d’oser le quitter pour l’inconnu.

 

Je tiens à exprimer toute ma gratitude et tout mon amour auprès de celles qui ont pris le risque de danser à mes côtés, avec tout le courage que cela demande. Avec quelques unes nous partageons une ardente relation amoureuse. D’autres ont choisi d’autres partenaires, je garde avec elles une complicité profonde et indéfectible.

 

 


L’homme lunaire

La sainte folie du couple - Paule SalomonDans ses nombreux ouvrages, Paule Salomon rappelle que l’accomplissement amoureux peut commencer à se réaliser lorsque le couple intérieur de l’être a accompli son propre mariage, lorsque notre masculin et notre féminin, notre Shiva et Shakti, notre Yang et notre Yin vivent, vibrent et célèbrent pleinement au fond de notre psychisme. Libéré des mécanismes de manque et de compensation, l’être accompli devient androgyne. Il s’ouvre à la célébration joyeuse avec d’autres êtres comme lui nourris par l’union intérieure. Il n’y a plus deux êtres qui se rencontrent, mais quatre, offrant à leur danse amoureuse toutes les libertés qu’ils voudront s’accorder.

Paule Salomon parle ainsi de femmes solaires et d’hommes lunaires. J’admire la richesse de l’ontologie amoureuse que ses recherches lui ont permis de cultiver. Cette ontologie inspire mes propres travaux en intelligence collective, discipline traversée par ces mêmes questions du masculin et du féminin. Le narratif de Paule Salomon écrit également l’histoire des chemins que j’ai parcourus. Je me retrouve et me raconte en ses mots. On ne lit pas tous les jours sa propre histoire racontée par une autre personne !

Je voudrais ici partager un très beau passage du livre “La Sainte Folie du Couple“. Paule Salomon y détaille sa vision de l’homme lunaire mieux que je ne l’aurais jamais écrit. Cela m’a aidé à prendre conscience qu’il faut d’abord devenir femme solaire et homme lunaire pour vivre l’amour tel que je le décris dans ma série d’articles “Sexe, sexe, sexe“. Alors voici…

ADN a - Viviane-José Restieau
ADN a – Viviane-José Restieau

Les hommes lunaires, au sens de réconciliation des deux pôles, sont à un niveau d’évolution où le psychique a pris le pas sur le biologique. Sur le plan intérieur il se passe un phénomène important qui est celui de la présence à soi-même, à travers ce contact avec la femme intérieure. L’amour n’est plus autant au dehors qu’au dedans, ce qui n’exclut pas, bien au contraire, la femme extérieure. Les hommes lunaires sont très séduisants pour les femmes, car ils ont une dimension d’idéal en même temps qu’une grande souplesse. Pas de rigidité doctrinale, mais une souple bienveillance, une gaieté et une douceur venues de l’intérieur qui les rendent très attentifs à l’instant. Ils sont très présents dans l’amour, très “cellulaires”, comme la femme solaire. Tout leur corps est vibrant et ils aiment faire vibrer le corps de l’autre. Ce sont de merveilleux amants, indépendamment de la taille de leur sexe, de leur âge et de leur vitalité. Ils établissent une communication de peau à peau, un contact psychique, ils cherchent une communion d’âme. Ils aiment recevoir des caresses et s’abandonner, se couler dans une passivité féminine, solliciter le côté actif de la femme dans l’amour. L’harmonie entre les deux principes masculin et féminin leur permet de connaître une certaine plénitude intérieure qui leur fait vivre l’amour de manière différente. Les sentiments de possession, de jalousie, s’éloignent comme aussi les sentiments de rivalité, d’affirmation par la domination. Les besoins changent, les niveaux de plaisir aussi. L’harmonie du comportement ne répond pas à une exigence morale, mais à un besoin intérieur, à un goût. Il s’agit de coopérer avec l’autre comme on coopère avec soi-même avec la même amitié et le même plaisir.

Le poète apparaît, celui qui fait danser les mots, celui qui s’émerveille d’un sourire entrevu, d’une hanche qui roule, d’une poitrine qui se tend, celui qui fait pousser des fleurs, celui qui sifflote en voyant passer une femme, celui qui mange la couleur, celui qui dessine les parfums, celui qui habille le corps des femmes d’impalpable, celui qui ne sait qu’inventer pour aimer encore et encore cette féminité incontournable de la terre, de la vie, de la femme et de son âme.

Mais où est donc le terrible guerrier du patriarcat, celui qui veut sortir victorieux de toutes les guerres, qu’il crée dans une hâte répétitive tant il redoute l’inaction et son secret désir de contemplation ? Il est toujours là, mais son épée est au service du poète. Il n’est plus l’aspect dominant. Il s’est soumis à d’autres valeurs que les siennes, il entre volontiers au repos, le fameux repos du guerrier. Il garde l’intrépidité du chevalier pour s’investir dans l’action.

L’homme lunaire est libre, en voie de liberté. Il peut s’engager profondément et délibérément dans une relation comme il peut se garder de tout engagement, mais il y a une partie de lui qui reste irréductiblement et consciemment solitaire, sauvage, à jamais rebelle à toutes les structures. Il a une solitude heureuse et féconde qui lui permet d’entrer en contact avec son anima. Rabindranath Tagore décrit cette rencontre dans ces derniers poèmes :

Mariage intérieure - Lune SoleilUn jour de printemps, une femme se présenta
Dans les bois où je vivais en solitaire,
Sous les traits délicieux de la Bien-Aimée,
Elle se tenait près de l’arbre,
Se retourna et posa les yeux sur mon visage triste de chagrin.
D’un pas leste elle s’approcha et s’assit à mon côté.
Elle dit, me prenant la main :
“Tu ne me connais pas,
Et cela je ne le comprends pas !”
Je lui répondis :
“Ensemble nous construirons un pont entre nos deux êtres, pour toujours,
L’un à l’autre inconnus.

 

 

Ce puissant émerveillement est au cœur même des choses. Plus l’anima se précise sous la forme d’une image, d’une sensation, d’une musique, plus l’être est invité à vivre sa béatitude intérieure, plus il peut se poser dans l’immédiateté du présent et cesser de courir après une conquête toujours repoussée. L’homme lunaire a réussi à opérer une jonction entre le sexe, le cœur et parfois l’esprit. Cette jonction, même partielle, lui permet de rayonner d’amour, de gentillesse, sans complaisance. On est bien en sa compagnie, on ressent une chaleur, un bienfait qui peut augmenter dans l’intensité de l’échange.

 


Préliminaire à l’amour

Pour commencer ma série d’articles sur l’amour, il faut passer par les préliminaires, sujet oblige. Le mot amour, si grand et si petit à la fois, nécessite que je lui apose quelques fondamentaux à partir desquels se bâtit mon expérience.

L’amour comme art

Premier postulat : l’amour relève d’un art.

Tango argentinJ’en ai pris conscience lorsque j’avais une trentaine d’années à la lecture de cet ouvrage magnifique d’Erich Fromm, « L’art d’aimer » (dont voici l’introduction).

Si nous considérons l’amour comme un art, écrit-il en substance, alors ce dernier comporte une partie théorique et pratique, comme la peinture, la musique ou la danse. En danse on acquiert les jeux de l’équilibre, on assouplit le corps, on développe une extraordinaire empathie corporelle à l’égard de ses partenaires, on explore d’infinies séquences de gestes et de pas. En musique on doit délier ses doigts, enchaîner des gammes, connaître des dizaines d’accords, entraîner son oreille, relier le geste à l’émotion. Il faut apprendre et faire siens des gestes, des techniques, des compositions. Dans l’art de l’amour on apprend à développer le « sens du moi d’autrui », comme l’écrit Steiner, autrement dit à ouvrir nos portes empathiques jusqu’à l’extrême. Il faut beaucoup de cheminement personnel pour ne pas sombrer dans les abysses fusionnelles, conflictuelles ou aliénantes qui n’ont d’amour que le nom. Dans l’expression sexuelle de l’amour, il y a ces gestes, ces techniques, ces respirations qui nous ouvrent à la connaissance de notre corps, de nos énergies, de nos extases et de celles de l’autre. Seul un patient apprentissage des théories et des pratiques mène à la liberté créatrice.

Art of the BrickL’amour comme art engendre un aspect plus essentiel encore que la seule question technique telle que posée par Fromm : l’art, par essence, postule la liberté et la créativité sans limites. La plupart des gens vivent l’amour de façon conventionnelle. Ils recopient un modèle comme on répète la doctrine d’une religion. L’art se putréfie dans le caveau du conventionnalisme. L’amour comme art doit ouvrir des voies sans cesse nouvelles, il abat sans relâche les cloisons qu’imposent la morale, la religion, l’ordre social, le diktat culturel. On s’étonne et on rit de voir combien certains textes, paroles, peintures, ou films du passé ont pu choquer leur époque. Aujourd’hui ils nous semblent tellement naturels, souvent désuets ! Mais que demeure-t-il en nous qui continue de nous bloquer, qui nous aliène et qui renie l’autre ? Quelles ombres nous gardent prisonniers dans le déni de notre essence, dans le refus de notre liberté, dans la peur de notre divinité ? L’art, peu importe sa forme, a toujours chassé les frontières et repoussé les horizons. L’amour en tant qu’art s’inscrit dans cette démarche où l’humain s’invente à lui-même.

L’amour n’a rien d’un sentiment

Expérience oblige, la vie m’a offert un second postulat : l’amour ne se réduit ni à un sentiment ni à une émotion. L’amour relève d’un état de conscience. On se trouve « en état d’amour ». Lorsqu’on aime, la réalité se transforme. Les paysages s’enchantent, l’air sent bon, il fait beau même quand il pleut, la vie devient enchanteresse. On se sent en joie, emporté par un élan de gentillesse à l’égard du monde. Les petites grisailles de la vie n’ont plus aucune importance. Bien sûr, aimer provoque des sentiments et des émotions. Ces derniers jaillissent comme conséquences de notre état intérieur, les bonnes comme les mauvaises. Ne confondons pas les causes et les conséquences. Nos émotions et nos sentiments constituent les ingrédients produit par une source intérieure, celle de nos états de conscience.

Anton Semenov - Thumbs Society
Anton Semenov – Thumbs Society

Si de votre “amour” jaillit de la colère, de la jalousie, de la peur… aimez-vous vraiment ? Vous avez devant vous tous les indicateurs dans le rouge. Ils vous disent que vous avez quitté l’état d’amour. Peut-être voulez-vous posséder l’autre, peut-être l’autre vous possède-t-il, peut-être agonisez-vous dans des besoins pathologiques de reconnaissance, dans de l’attachement lié à la peur de la solitude, bref, ne vous leurrez pas : vous n’aimez pas ou vous n’aimez plus. Au nom de l’amour tel que socialement défini, vous vous transformez en tyran, à l’égard de vous-même comme d’autrui.

Voyez l’amour comme un soleil qui brille. Ce dernier ne dirige pas ses rayons vers tel ou tel astre. Il brille, tout simplement. Parfois sa lumière vient illuminer d’autres planètes qui s’enflamment et irradient à leur tour. L’amour ne calcule pas, il ne se dirige vers rien ni personne en particulier. Il illumine l’espace et lui donne sa consistance. L’amour relève donc d’un état intérieur qui ne peut se nourrir que de lui-même, de l’être par l’être, de l’être à lui-même. L’amour existe à condition qu’il n’ait pas de condition. Alors il devient l’amour avec l’autre, et non l’amour envers l’autre. En état d’amour, je puis célébrer, avec l’autre, comme deux étoiles lumineuses qui se rencontrent.

 

La langue de l’amour

Vous vous en doutiez déjà au précédent paragraphe : le langage joue un rôle clé dans les expériences que nous construisons au fond de nous. Le langage fait monde, il construit notre réalité. On entre dans des questions ontologiques. Cupidon prêt à tirer

Le langage ordinaire de l’amour nous fait dire « je t’aime », ou « j’aime Léa », ou « Julie aime Luc ». Il traite l’amour comme un vecteur ou une direction, avec une cible au bout. Cupidon ne tire-t-il pas une flèche ? Si j’aime cette personne, cela veut dire que je n’aime pas –ou moins– les autres. Il n’y a pas à aimer lui ou elle. On aime, tout court. On devrait rendre le verbe aimer intransitif.

 

 

 

 

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Par ses limitations, le langage ordinaire nous interdit l’état d’amour universel. Il nous vautre dans l’amour romantique, cet amour binaire, qui possède, qui nous soumet l’un à l’autre, qui s’érige sur la dialectique d’une dépendance contre laquelle nous ne pouvons rien. On “tombe” amoureux. Pauvres victimes impuissantes de la vie ! S’installent ensuite les promesses intenables et insoutenables, ces mariages qui disent en substance “je m’engage à ne pas changer, à rester toujours le même pour tenir la forme relationnelle que je nous nous imposons maintenant. Je t’aime, je me marie à toi. Il n’y aura personne d’autre.” On connaît la suite. L’amour romantique renie notre capacité à aimer de manière plurielle, sans calculer ni se diviser.

Pour assombrir un peu plus le tableau, le langage de l’amour vient avec toute une panoplie de statuts qui sèment les graines de la séparation. Séparation à l’autre, séparation à soi. Des mots tels que exclusivité, fidélité, sortir avec, se séparer, larguer, en couple, célibat. S’ajoutent des catégories tout aussi pauvres : copain/copine, ami, amant, amoureux, concubin(e), mari ou femme, homo ou hétéro, gay ou lesbienne, monogame ou polygame… Quand je parle de ma façon d’aimer, je constate que mes interlocuteurs essaient toujours de me mettre dans l’une de ces cases. Des mots binaires qui décrivent un monde d’objets et de catégories qui excluent de notre champ social et intérieur toute la palette, tout le continuum des expériences relationnelles que la vie peut offrir.

Bref, notre langage de l’amour ne brille ni par sa subtilité, ni par ses nuances. Il n’a pas grand chose à voir avec les soleils dont je parlais plus haut. Si nous souhaitons évoluer, pourquoi ne pas réinventer la langue de l’amour ? Elle ne pourra que nous élever. Je m’y emploie autant que possible. Ne vous en privez pas vous aussi ! Inventez ces mots qui expriment votre réalité profonde, ultime. Redonnez un sens neuf aux anciens termes. Libérez-vous des taxinomies poussiéreuses qui nous plongent en maladie d’amour.

Vers l’androgynat intérieur

Yin Yang soleil et luneLes seuls couples accomplis que je connaisse – je me compte dans cette liste également – viennent de personnes d’abord heureuses avec elles-mêmes. Elles ont réalisé leur mariage intérieur, le seul vrai mariage qui tienne. La rencontre amoureuse ne représente plus le remplissage d’un manque. On se rencontre pour célébrer. Tu me vois et m’accueilles dans la splendeur de mon être, dans mes failles et mes fragilités comme dans mes forces. Je te vois dans la splendeur de ton être, dans tes failles et tes fragilités comme dans tes forces. Je te vois qui me voit qui te voit qui me voit, et ainsi de suite. Le jeu de miroirs infinis se construit. Bien alignés l’un face à l’autre, une explosion kaléidoscopique se produit, imprévisible. L’art jaillit. L’état amoureux se vit avant tout en soi et à soi-même, rayonnant vers toi et à toi-même.

Le bonheur intérieur demande bien sûr un cheminement personnel, long pour certains, plus court pour d’autres. L’état amoureux naît de l’androgynat intérieur, lorsque nous avons accueilli et autorisé nos deux polarités masculine et féminine à exister pleinement en nous. Notre masculin et féminin ont appris à danser, à se compléter, à s’aimer inconditionnellement. Le couple extérieur naît du couple intérieur.

Je n’irai pas plus loin pour l’instant car d’autres, je le disais, ont largement exploré cet horizon. Je pense en particulier à Paule Salomon, que j’ai découverte voici peu, avec qui se construit une belle amitié, et de fertiles échanges. Je n’ai pas encore lu tous ses ouvrages, mais je puis déjà vous en conseiller deux, incontournables : « La femme solaire », et « La sainte folie du couple ».

Et maintenant ?

Ces quelques préliminaires posés, je vais pouvoir vous parler plus directement de mon expérience, à commencer par 4 astres qui illuminent et guident ma vie amoureuse. Je continuerai d’employer le verbe aimer et s’aimer non dans le sens romantique, mais dans cette énergie du mariage intérieur que je viens d’évoquer, lorsque l’être androgyne s’unit et célèbre la vie avec l’autre, à la source de son rayonnement intérieur.

 

 


Sexe, sexe, sexe

Alex Grey - the Kiss
Alex Grey – The Kiss

Dans ma courte présentation « à propos » de moi par moi-même :mrgreen: , je parle succinctement de mon rapport à l’amour, aux femmes, à la sexualité. Un court chapitre sans équivoque, vous me direz, puisqu’il s’intitule « Sexe, sexe, sexe », titre que je reprends ici dans cette série d’articles. Ces quelques lignes à peine couchées sur le lit brûlant de l’amour suscitent beaucoup de questions et de conversations ici où là, dans différents contextes, cultures et endroits du monde. Cela m’a permis de voir combien finalement tout le monde se pose toujours les mêmes questions du comment vivre heureux ensemble. J’ai pu voir des patterns se manifester selon que l’amour se vit dans telle ou telle forme d’intelligence collective, et dans tel ou tel espace de conscience.

Je vais donc, dans une série d’articles, partager avec vous mon regard sur l’amour. Je ne souhaite pas réchauffer un sujet que d’autres ont exploré et partagé bien mieux que moi, et ce depuis la nuit des temps. Par contre, je pense que le regard que porte la discipline de l’intelligence collective sur l’amour vous donnera un éclairage nouveau auquel vous n’aviez pas forcément pensé. Last but not least, en tant qu’explorateur patenté (par moi-même :mrgreen: ) de l’être, je ne pouvais pas ne pas explorer l’amour libéré du passé. Comment puis-je aimer aujourd’hui ? Que puis-je inventer ? Comment m’inventer pour rendre harmonieuse, libre et extatique la relation amoureuse avec celle, celles, ou ceux avec qui la célébration du corps et de l’être devient une évidence ?

Peut-être mes réponses vous paraîtront-elles parfois abstraites ou ésotériques. A moins que vous n’en trouviez certaines crues ou sans pudeur, surtout lorsque je parlerai du sexe et du corps, sujets encore tellement tabous. Chacun voit midi à sa porte. A la mienne j’y vois l’art poétique de la vie. Je ne puis que vous offrir ma vérité la plus nue.

Mais d’abord, amour oblige, commençons par les préliminaires. Vous pouvez ensuite enchaîner sur l’Homme Lunaire, puis Les 4 astres de l’amour libre.

 

 


J’aspire à ma prochaine maison

 Château ambulant

 

Voici venu le temps de partager un rêve actuel, celui de mon prochain lieu d’habitation.

Idéalement :

  • sur Aix-en-Provence
  • propice pour l’écriture, offrant calme et intimité
  • bien connecté à Internet (indispensable pour mes recherches)
  • 2 pièces au minimum pour accueillir mon fils Estéban

Comme vous savez, ma vie expérimentale m’a amené à vivre dans l’économie du don

Ce lieu, j’y aspire de tout mon cœur, à titre gracieux. Pas pour le posséder, juste pour y habiter et l’honorer. Un cadeau qui me permettra de continuer ma vie, mes travaux de recherche, le développement du CIRI, l’écriture, autant de choses que je puis offrir. Il y a tant de maisons vides, d’appartements inoccupés ! En avez-vous un à me proposer ? Souhaitez-vous m’accompagner financièrement pour mon logement futur ? J’accueille avec joie toutes les formes de richesses, financières ou matérielles, qui me permettront de continuer l’aventure !

N’hésitez pas à m’écrire !

Jean-François


Du besoin au désir

Etymologie du mot besoin
Le mot besoin trouve son origine dans le francique (langue originelle des Francs). Voici ce qu’en dit le Wiktionnaire:
(xi e siècle) Estre bosoinz, « être nécessaire » ; (xiii e siècle) besoing, besoign ; du francique bisunni « grand soin », composé de bi- intensif → voir be- en allemand et de sunni → voir besonnen en allemand.À côté de besoign, il y a eu une forme féminine qui nous donne besogne.

Dans ma recherche de vie dans l’économie du don, j’insiste dans l’article “vivre riche” sur le fait qu’il nous faut trouver un nouveau langage pour exprimer les richesses. En effet, le langage conventionnel fonctionne bien pour décrire l’économie de marché, où tout s’achète, se vend ou s’échange. Quant à l’économie du don, le langage qui la décrit  demeure ancré dans une tradition orale et archaïque, inadapté à la rigueur sémantique dont nous avons besoin aujourd’hui.

Un mot courant revient toujours dans ce paradigme de la rareté : le besoin. Quels besoins pour survivre, quels besoins pour exister, quels besoins pour la société, etc.

Ce mot enferme notre regard économique sur le vital, sur ce dont on ne peut pas se passer. Il laisse peu de place à la liberté, au choix, à la responsabilité.

 

Besoins de base
Besoins de base

Pour moi qui ai fait le pari de vivre dans l’économie du don et dans la richesse intégrale, le mot besoin s’avère tout à fait inapproprié. Certes, je peux dire que j’ai besoin de manger, que j’ai besoin d’un toit, etc. En définitive, ces choses dites vitales ne relèvent-elles pas d’un choix ? N’ai-je pas choisi de vivre ? Mon cheminement m’a montré que tout, absolument tout, relève de ma pleine et entière responsabilité. Par conséquent, je n’ai pas de besoins. En revanche, j’ai des choix, des désirs, une volonté créatrice. Cette liberté fondamentale appelle non seulement les richesses propres à l’acte de vivre, mais également les richesses matérielles et immatérielles permettant d’exister pleinement. Comment peut-on réduire tout cela à des “besoins” ? Les articles vœu de richesse et ton plus beau cadeau expriment cette philosophie de la liberté.

Il fallait donc trouver un terme, et le voici : les richesses désirées.

Aujourd’hui, lorsqu’on me demande “quels sont vos besoins”, je partage ma liste des richesses désirées. Liste que je détaillerai et partagerai régulièrement.


Richesses désirées

Voici ma liste de richesses désirées, ou plus précisément les richesses matérielles désirées. Vous y trouverez tout l’éventail, des formes les plus basiques (nourriture, toit, santé…) jusqu’à celles qui invitent le beau, le bon, le vrai, et soutiennent l’expression la plus élevée de mon être, et de ceux qui fabriquent ces richesses. J’ai posé le choix de ne plus jamais acquérir du junk. Je soutiens la qualité (que je distingue du luxe) et préfère me passer d’un objet plutôt que d’en acquérir un de mauvaise qualité, fabriqué dans de mauvaises conditions pour serrer les coûts, et qui polluera rapidement du fait de son court cycle de vie.

Cette liste, lorsque vous la lirez, peut vous offrir l’opportunité de contempler vos pensées. Par exemple :

  • L’économie du don, n’implique-t-elle pas que je vis sur le dos de mes amis et de la société en général ?
  • Pourquoi je mélange ce qui sert pour survivre avec d’autres choses non vitales ?

Si de telles pensées flottent dans votre esprit, alors pourquoi ne pas d’abord lire “du besoin au désir“, “demander inconditionnellement” ainsi que la foire aux questions ? Cela vous donnera le contexte nécessaire.

Peu importe la forme de gentillesse que vous souhaitez manifester ou discuter, n’hésitez pas à me contacter pour que l’on explore cela ensemble.

Alors voici… 🙂

Enveloppe avec un cœurDe l’argent conventionnel

L’argent conventionnel restera probablement, pour vous, le moyen le plus pratique pour nous soutenir rapidement et efficacement mon fils et moi (nourriture, logement, dépenses courantes, école, etc), puisqu’il donne directement accès à l’ensemble de la richesse matérielle mentionnée ci-dessous.

J’aime l’idée que vous puissiez manifester votre générosité en offrant directement une des choses listées ci-dessous. Peut-être préférerez-vous cela aussi : cela donne une direction claire à votre action, de manière totalement transparente.

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EstébanEcole pour Estéban

Estéban va dans une école Steiner. Cette pédagogie offre aux enfants un moyen formidable de devenir une personne libre, créative et épanouie.

A l’année : 4.400€ – défiscalisable 🙂

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Cru en cœurAlimentation

Je mange bio et végétalien, essentiellement cru. Cet article explique ma démarche. Estéban, lui, mange bio et végétarien.

Mensuellement : 700€ — possibilité de passer une convention avec un magasin bio de mon secteur.

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Blender Vitamix 5200Un blender

Un outil indispensable pour tout végétalien qui se respecte 🙂 Celui-ci a fait sa légende dans la communauté. Increvable, il a une garantie de 7 ans.

Coût estimé : 650€

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Autruche et son cavalierStage de pilotage moto

Une voiture se conduit, une moto se pilote. La sécurité et le plaisir doivent se tenir la main, aussi rien de tel qu’un stage de pilotage moto auprès d’un super-pro.

Coût estimé: 900€ TTC.

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Tour EiffelUn pied-à-terre à Paris

Je viens très souvent à Paris. Beaucoup de mes amis qui peuvent m’y accueillir, cependant je les sollicite rarement pour deux raisons : d’une part je viens trop souvent pour m’inviter à chaque fois, d’autre part je commence mes journées tôt et je rentre souvent tard, ce qui rend mon séjour peu compatible avec une vie sociale. Je me tourne donc vers des airbnb ou hôtels. Il existe beaucoup de pieds-à-terre libres et peu utilisés à Paris. Si vous en avez un de disponible, je saurai l’honorer et en prendre soin lors de mes passages.

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écrivainUne année pour finir mon roman

Que va-t-il se passer dans les 100 prochaines années ? Et si la conscience humaine faisait un saut incroyable ? Grâce à quoi, et à qui ? Voici l’histoire de 3 jeunes gens qui vont vivre l’épopée du XXIème siècle, celle de la transformation de notre espèce et de sa conscience, au cours d’une aventure de vie hors du commun qui les mènera au bout du monde et au bout d’eux-mêmes.
Ce roman demande que je m’y consacre pleinement durant 1 an pour le finir. Voulez-vous contribuer à sa réalisation?

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Attaque systemaUn stage de Systema à Toronto ou Moscou

Je pratique et enseigne cet extraordinaire art martial russe appelé “Systema“. Il se fonde sur une décontraction absolue du corps en contexte extrême. Pour toujours continuer de progresser, je dois régulièrement participer à des stages internationaux d’instructeurs, dont les centres se situent à Toronto et Moscou.

Compter un budget d’environ 3000€ comprenant le voyage, le logement et le stage.

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CaducéeUne complémentaire santé

Compter environ 1200-1500€/an pour une couverture complète.

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HoodieDes vêtements

Comme pour le reste, je souhaite avoir peu de vêtements, mais des vêtements qui incarnent la qualité et l’excellence, autrement dit ce que nous devrions avoir chacun dans nos vies. Mes recherches sur ce sujet me conduisent vers 4 critères :

  1. élégant : on peut rester élégant en tout, même quand on fait du sport
  2. technique : qui remplit une fonction précise (tenir chaud, respirer, protéger, endurer, etc)
  3. nomade : donc léger, facile à mettre dans un sac
  4. éthique : respect de la nature, de la santé, des humains et des animaux (vegan ou animaux bien traités et non tués)

Un pantalon et un chino de chez Outlier. Des sous-vêtements, des t-shirts, et des sweat-shirts et un hoodie de chez IceBreaker.

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AvocatConseil juridique

L’économie du don n’a pas sa place dans le système légal. Tout s’achète et tout se vend. Un don s’apparente à du travail rémunéré… Je voudrais œuvrer avec un juriste ou avocat international que ces questions passionnent et qui voudraient explorer avec moi des voies à ouvrir. Quelles entités légales devons-nous utiliser ? Quel statut individuel ? Comment ouvrir la voie pour les autres ? Comment ne pas verser des d’impôts pour des choses auxquelles on n’adhère pas, et rediriger ces sommes vers ce qui fait sens ?

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Trek bicycle Procaliber 9.8Un vélo

Le vélo reste pour moi le moyen le plus chouette de me déplacer en milieu urbain et dans la nature. Un vélo, ça fait partie de soi, comme une extension du corps, aussi je ne lésine pas sur la qualité. Celui de mes rêves s’appelle le Trek Procaliber 9.8, il permet de circuler partout, autant en ville que sur les chemins accidentés.

Coût : 4500€

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website_200x200Services web, serveur, etc

Mes différents sites web (noubel.com, noubel.fr, TheNewRepublics, cir.institute) ont des coûts de maintenance (serveur, logiciels…). Ajoutons les renouvellements de noms de domaine, et quelques applis qu’il me faut acquérir de temps en temps. Vous pouvez m’offrir cela au cas par cas si vous voulez. Je vous solliciterai alors de temps en temps dans l’année, et vous pourrez à chaque fois dire oui ou non.

Coût annuel estimé : 500€

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silent_piano_yamaha_c3_200x200Un piano & home studio pour la composition musicale

Voici le rêve ultime 🙂 Un de ces pianos Yamaha qui enregistrent non plus le son digital de ce que vous jouez, mais le mouvement réel de vos doigts sur les touches. Mouvements qu’ils peuvent reproduire, et bien sûr mettre en partition. Il ne fait pas de doute pour moi que la composition musicale prendra une place centrale dans ma vie.

Suivant la configuration, l’investissement s’échelonne de 20.000 à 60.000€, pour le piano et le home studio.

 

 


Demander inconditionnellement

L’expérience m’a appris que quand une personne entre dans l’économie du don, la plupart des gens pensent que cette personne devrait demander uniquement ce qui sert ses besoins basiques de survie. Au-delà de cette ligne, on entre dans le futile ou le trop demander. Cette façon de penser démasque un conditionnement de plus issu de la société de l’économie de marché.

Economie du don vs économie de marché

you_get_what_you_pay_for_fr_350x400L’économie de marché se construit à partir d’une tension entre chaque partie, où chacun essaie d’obtenir le meilleur des autres. Pour un produit ou un service donné, le vendeur essaie de réaliser la plus haute marge possible avec un investissement le plus bas possible, alors que l’acheteur vise le prix le plus bas tout en recherchant les plus hauts avantages. Chacun tire la couverture à soi. De ces tensions émerge un soi-disant équilibre, soigneusement entretenu par la croyance qu’une main invisible équilibrera tout et que personne ne tombera de la falaise.

Autre aspect fondamental : l’économie de marché implique que l’on ne donne pas sans contrepartie. Vous vous séparez de quelque chose à la condition qu’une valeur réciproque revienne vers vous. Pas de contrepartie ? Rien de donné. D’un point de vue systémique, une telle conditionnalité génère beaucoup de limitations.

En regardant ces deux faits — la tension marchande et la condition de réciprocité– je ne peux pas dire que l’économie de marché incarne un contrat social particulièrement ambitieux. Pas de jugement ici, je ne fais qu’utiliser les lunettes de l’intelligence collective. D’ailleurs la société humaine aurait-elle grandi sans l’économie de marché et l’argent en tant qu’infrastructure technologique ? Aujourd’hui on peut faire bien mieux, avec Internet, avec les socialwares et une connaissance profonde de l’intelligence collective.

VIllage des SchtroumpfJetons donc un coup d’œil à l’économie du don. Cette dernière ne peut fonctionner que lorsque les participants ont un sens du tout, d’où le fait que l’économie du don n’a toujours existé qu’à petite échelle dans des petits collectifs. D’ailleurs elle représente la plus ancienne et la plus naturelle forme d’économie que nous connaissions. Dans l’économie du don, vous savez quoi donner, quoi recevoir, et quand. Vous comprenez le sens de vos actions et vous n’opérez pas en tant qu’acteur aveugle. Cette relation vivante entre l’individu et le tout, ou entre le “je” et le “nous” s’appelle l’holoptisme. Quel tout ? Le tout de la communauté à laquelle vous appartenez, ou le tout en tant qu’univers tout entier, seule l’échelle change. Même si vous n’avez pas la capacité de tracer ou comprendre complètement les conséquences complexes et non-linéaires de vos actions, vous vous laissez guider par une profonde connaissance du caractère juste de vos actes. Dans un petit collectif (un village, une famille, une équipe de sport…), vous pouvez facilement suivre les bénéfices du fait de donner ou recevoir, pour vous, pour les autres, et pour le collectif. Si vous en venez à opérer au niveau cosmique, alors il vous faut vous relier à une connaissance plus profonde sur la manière dont l’univers fonctionne. Cette connaissance ne provient pas du mental déductif, et en plus vous ne pouvez pas suivre les conséquences de vos actions. Le sens du tout et le sens du juste proviennent tous deux d’un processus transrationnel (Wilber) ou supramental (Aurobindo).

Ainsi, dans l’économie du don, un don réel implique l’absence de toute dette cachée, j’insiste là-dessus. Un cadeau vient sans aucune attente cachée ni aucune négociation. Cela ne veut pas dire que l’on donne ou reçoit sans conditions. Dans mon cas, j’offre mon temps et mon expertise aux personnes set aux organisations à condition qu’elles donnent à leur tour et s’ouvrent à la dynamique de la générosité. Je demande également que l’on fasse tout en open source. Lorsqu’on décide d’aller plus loin, je n’offre mon temps que pour des projets pionniers car il s’agit du terrain sur lequel je me montre le plus efficace. Quant à accueillir des dons, je m’assure bien qu’ils proviennent d’une démarche juste et joyeuse de gratitude.

De la théorie à la pratique

MéritocratieD’un point de vue intellectuel, l’économie du don semble facile à comprendre. La pratiquer nous embarque dans une toute autre dimension. Par exemple j’ai récemment pris conscience comment un “virus” peut insidieusement empoisonner l’économie du don et la travestir en économie de marché. Ce virus a un nom : l’utilitarisme. Il fonctionne sur la croyance que pour vivre dans l’économie du don, il faut prouver son utilité à la société. En d’autres termes, on doit mériter ce que l’on demande. Le mérite opère en tant que doctrine qui détermine notre droit d’exister dans un monde où “gagner sa vie” s’énonce comme un mantra. Cela érige un système méritocratique dans lequel il faut sans cesse démontrer sa valeur et sa productivité.

En tant que personne offrant son temps et ses talents ces dernières années, j’ai eu le beau rôle. Quand je donne, je fais ce que j’aime, j’évolue dans le meilleur contexte possible, je jouis de la reconnaissance et des remerciements de mes pairs. Je manifeste mon utilité.

Maintenant vient le temps de demander la richesse qui m’aidera à réaliser de plus belles choses encore. Je me surprends en train de légitimer ma demande en justifiant mon utilité. “Regardez ce que j’ai accompli jusque là et ce que j’ai l’intention de faire dans le futur. Ne mérité-je pas votre soutien ?” Il a fallu que je me retrouve dans ce contexte –demander publiquement des richesses– pour prendre conscience de l’utilitarisme sous-jacent que mon message véhiculait.

Maintenant que je m’en aperçois, je souhaite bien sûr éviter ce piège. Donner inconditionnellement a construit le premier chapitre. Le prochain chapitre pourrait s’intituler :

“demander inconditionnellement”

Voilà la partie la plus risquée, la plus vulnérable et probablement la plus difficile à comprendre pour beaucoup. Ne pas demander inconditionnellement impliquerait de ne pas opérer honnêtement dans l’économie du don. Et en même temps, qui se sent prêt à comprendre la démarche ?

Au nom des saintes bananes, pourquoi je me foure dans de telles situations ? 🙂

Eviter le pauvrisme

Lapin et carottesUn autre aspect de l’économie du don consiste à éviter le pauvrisme, je veux dire par là de véhiculer une idéologie inconsciente de la rareté, ce qui amène à l’état de survie et non plus de vie.

Le vœu de richesse que j’ai prononcé engage à honorer l’arc en ciel intégral de la richesse, matérielle et immatérielle, de ses formes basiques (nourriture, toit, vêtements, etc) aux plus hautes réalisations de l’être (joie, beauté, liberté, art, amour, etc). La demande de choses comme un beau vêtement ou un bon instrument de musique peut paraître consumériste à certains, en fait cela incarne l’exact opposé. Demandez simplement à l’univers, donc à vous-même d’abord, ce qui fera de vous la personne la plus libre et créative. Ni plus, ni moins. Il s’agit de vivre au milieu des objets et des flux justes qui servent nos aspirations et manifestations les plus élevées, et qui servent le monde par la même occasion. En ce qui me concerne, plutôt que de simplement demander de la “nourriture” (pauvrisme), je veux déguster de délicieux fruits bios qui me donnent une bonne santé tout en soutenant l’environnement. Plutôt que d’acheter des vêtements “junk” fabriqués par des esclaves salariés quelque part au Maroc, en Chine ou au Bengladesh, je veux porter de beaux vêtements, bien designés, de haute qualité, qui dureront longtemps, qui font du bien aux gens qui les fabriquent, ainsi qu’à l’environnement. Plutôt que d’acheter un objet à bas prix qui ne passera pas l’année, je souhaite le meilleur, celui qui durera pour toujours. La richesse intégrale incarne le beau, le bon et le vrai.

Ainsi, contrairement à ce que pensent peut-être la plupart des gens (ou ne pensent pas du tout), l’économie du don va dans le sens contraire du consumérisme, du matérialisme, de la négociation, de la conditionnalité. L’économie du don ne rime pas avec pauvrisme. L’économie du don invite des standards et des alliances sociales plus élevés que l’économie de marché conventionnelle. Elle énonce fondamentalement que nous nous offrons le meilleur les uns aux autres, loin au-delà de ce que le marché peut faire.

Juste demander

Piano Yamaha C3Je veux développer cette faculté de demander l’arc en ciel complet des cadeaux, de la manière la plus décontractée et ouverte possible. Des dons qui me font fleurir et pas seulement ceux qui me font survivre. Cela représente-t-il beaucoup ? Dans l’absolu, non. N’oubliez pas, inviter la richesse intégrale n’a rien à voir avec le consumérisme. Cela implique-t-il des choses chères ? Oui, dans certains cas, du moins dans la perspective monétaire classique. Ai-je besoin de ces choses pour survivre ? Non, sans aucun doute. Ai-je atterri sur Terre juste pour survivre ? Non, sans aucun doute. J’existe pour fleurir, ce qui implique d’offrir et recevoir les meilleurs, les plus beaux cadeaux possibles, au nom de la joie, de la créativité et pour jouer la vie divine ensemble.

Ce que je dis a-t-il un quelconque lien avec l’utilitarisme ? Non. Cela peut sembler paradoxal, mais plus j’ai appris à accueillir mon inutilité, plus j’ai pu entrer dans une relation généreuse avec le monde.

Voici venu le temps de la pratique. Vous trouverez ici ma liste de richesses désirées (et non de richesses dont j’ai “besoin”).

 

 


Foire aux questions

Intelligence collective, société post-argent, économie du don, vœu de richesse, alimentation, amour, sexe, politique, arts martiaux, cheminement spirituel… beaucoup de sujets pour lesquels je reçois de nombreuses questions. Certaines reviennent souvent, pourquoi ne pas les collecter et les partager ? Voici donc des FAQ (Foires aux Questions), avec des réponses les plus honnêtes et les plus directes possibles qui m’animent à l’instant où je les écris. Ca continuera d’évoluer, revenez vite !

Et si une question vous taraude l’esprit, envoyez-la moi !

Mer de billets

 

 

 

Questions sur la richesse, l’argent et l’économie du don

 

JF XIV

 

 

 

Questions sur le vœu de richesse

 

L'intervention des Sabines

Questions de politique et de société

 

Et bientôt… des questions sur l’amour, le sexe, l’alimentation, les arts martiaux…


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