Au-dessus des lois ?

Au-dessus de la loi - film

 

Dans mon chemin d’humanonaute, certains espaces que j’investis se trouvent bien éloignés du monde conventionnel. Alimentation, vœu de richesse, économie du don, amoralité, vie amoureuse, sortie du circuit économique et social classique… On me demande parfois si je ne sens pas un peu au-dessus des lois. Voilà qui m’inspire cet article, du moins une ébauche de pensée que j’aurai plaisir à développer plus avant dans le futur…

 

Quand les mineures contredisent les majeures

Je vais commencer par poser une distinction ontologique importante concernant la loi. Un seul et même mot — loi — existe pour désigner les principes supérieurs et universels qui nous gouvernent, et pour réguler et arbitrer la société de manière circonstancielle, en particulier au moyen de la jurisprudence. Afin de lever cette ambiguïté entre l’universel et le circonstanciel, nommons lois majeures celles qui posent les bases fondatrices de l’alliance sociale, et nommons lois mineures celles qui régulent et arbitrent la société de manière circonstancielle.

D’une manière générale, les constitutions forment un assemblage organisé de lois majeures : la liberté (de circuler, d’opinion, de culte…), l’égalité (des droits, des chances, des sexes, des origines…), la fraternité, le droit à la sûreté, à l’éducation, à la santé. La Constitution française, de même que la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, portent en elles cette volonté d’universalité, du moins telle que perçue à notre époque et dans le paradigme de l’intelligence collective pyramidale.

Les lois mineures concernent l’arbitrage, les normes et les règles qui régissent la société dans son mouvement quotidien. On les trouve énoncées dans les différents codes : code pénal, code de procédure pénale, code civil, code du travail, code de la route, etc.

Code NapoléonBeaucoup de lois mineures entrent en contradiction avec les lois majeures. J’y vois deux raisons principales. La première : certaines lois mineures ont plus d’ancienneté que les lois majeures. Elles portent en elles des idéologies du passé, inadaptées à notre époque. Le code civil (tout droit issu du Code Napoléon) en France en donne un bon exemple. Regardons par exemple le temps qu’il a fallu pour que l’égalité hommes-femmes se retrouve dans le droit français. Ou encore, pour légaliser et intégrer la relation homosexuelle, alors qu’elle a toujours fait partie des mœurs. Quant à l’animal, encore considéré comme une chose et une commodité aujourd’hui, on se trouve encore bien loin du compte question droits. Rien ne le protège de notre inhumanité, ce qui, précisément, ouvre la voie à plus d’inhumanité encore. “La grandeur d’une nation et son développement moral peuvent se juger par la façon dont on y traite ses animaux“, disait Gandhi. Notre barbarisme envers d’autres formes de vie contredisent directement le respect que nous voulons porter à notre propre espèce. Comme l’esclavage en son temps.

Seconde raison qui met en contradiction lois mineures et lois majeures : les effets systémiques ou secondaires d’une loi mineure peuvent provoquer, par émergence, un contexte qui contredit les lois majeures. Le cas se présente avec l’argent conventionnel qui, du fait de ses mécanismes de condensation Pareto et de sa privatisation, conduit à une concentration non démocratique des pouvoirs. On nomme ploutocratie cette corrélation entre pouvoir et argent. Voilà qui contredit la Constitution (lois majeures), qui justement postule l’égalité des chances et le droit à la sûreté de la personne. Si l’on se réfère à la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, il y a manquement aux articles 2, 3, 4, 17 et 25. Un jour, si la société évolue, elle se posera peut-être la question de la constitutionnalité de l’argent, de même qu’elle a, par le passé, révisé ses positions quant à l’esclavage ou l’inégalité des sexes. Chaque chose en son temps…

Incomplétude et inconsistance

escher_relativity_1000x988Pour continuer, la question des lois nous renvoie directement à celle des théorèmes d’incomplétude de Gödel, autrement dit sur l’incomplétude et l’inconsistance des systèmes.

Commençons par l’incomplétude. Une Constitution fonctionne comme une série de postulats (axiomes en mathématiques) à partir desquels on doit pouvoir dériver des lois mineures (théorèmes en mathématiques), alors on se trouvera vite face à des propositions indécidables. On doit adopter certaines lois qu’aucune loi majeure dans la Constitution ne peut étayer. On se rend compte que le système n’a rien de complet en lui-même, il ne “s’auto-explique” pas, il ne fournit pas ses propres réponses. Il faut toujours l’agrandir, lui rajouter de nouvelles lois issues d’un référentiel toujours plus vaste. Il faut légiférer. Cela arrive lorsque de nouvelles technologies voient le jour, ou de nouvelles percées dans la science ou la médecine (cf l’euthanasie ou l’embryologie), ou lorsque de nouvelles mœurs s’installent dans la société. Chaque fois apparaissent de nouveaux cas que la loi n’a pas prévus, qui demandent de nouveaux arbitrages, de nouvelles jurisprudences, de nouvelles lois. Avant que le législateur ne suive, tous les extrêmes peuvent se manifester puisque, dans le droit positif, on considère comme permis ce que l’on n’a pas encore interdit.

Vos papiers !Passons à l’inconsistance. Elle demande un exercice mental un peu plus difficile pour bien la comprendre. Les lois mineures générées “logiquement” à partir des lois majeures, peuvent venir contredire le système lui-même, ce qui le rend inconsistant, autrement dit en contradiction avec lui-même. Au nom du bien commun, on peut légitimer la violence d’Etat, elle-même contraire à la sûreté ou la liberté de la personne. Le Second Amendement aux USA, par exemple, autorise le citoyen à posséder les armes nécessaires pour sa défense, ce qui en soit contredit grandement le droit même à la sûreté de la personne, les chiffres le démontrent bien. De même, la lutte contre le terrorisme, toujours au nom de la sûreté des citoyens, ampute aujourd’hui une grande partie de leurs libertés tout en conférant un pouvoir considérable à quelques-uns. Liberté et sécurité se contredisent l’une l’autre lorsqu’on les met en application via les lois mineures, ce qui une fois de plus démontre l’inconsistance des constitutions d’aujourd’hui. On peut également questionner la laïcité qui, finalement, impose sans le dire une façon particulière de comprendre la réalité. Elle porte en elle des valeurs partisanes que j’ai du mal à qualifier de “laïques”. Et que dire de la dictature de la majorité ? Autant d’exemples qui montrent combien tout système, qu’il s’agisse de droit, d’éthique ou de mathématiques, se contredit lui-même, d’où son inconsistance.

Si l’on combine incomplétude et inconsistance, on obtient le parfait cocktail de la discorde. Par exemple un pays peut adopter l’avortement ou l’interdire, et ce en invoquant des raisons parfaitement morales dont chacune respecte la Constitution et la contredit en même temps. Idem pour les OGM, le mariage homosexuel, le nucléaire, etc.

Notons aussi que la désobéissance civile oppose souvent l’injustice de lois mineures à la justice des lois majeures. Par exemple, les cultures OGM autorisées par le droit de la propriété, de l’entreprise et du commerce, se heurte au droit universel sur la préservation de la vie, qui invoque, lui, le principe de précaution. On décèle, dans ces conflits, une opposition entre droit naturel et droit positif, également entre la morale (lois majeures) et la justice (lois mineures). Eh oui, très souvent, la ligne morale et la ligne légale n’ont pas grand chose à voir ensemble. Qui n’en souffre pas dans sa chair un jour ou l’autre ?

Incomplétude et inconsistance attisent un affrontement politique et social autant stérile que naïf, tant le phénomène en jeu semble incompris et inconnu. Nos animaux politiques font preuve d’une ignorance désarmante sur un mécanisme qu’ils devraient pourtant bien connaître, vu leurs responsabilités. Au-delà des aspects sociétaux d’aujourd’hui, la question de la complétude et de la consistance nous montre clairement que le mental ne produira jamais un système capable d’arbitrer la vie, car aucun sous-système ne peut embrasser un système plus vaste que lui. Une autre dynamique doit se mouvoir dans la conscience individuelle et collective, si on veut que notre espèce évolue.

Du droit normatif vers le droit génératif

Si l’on regarde maintenant comment le droit classique fonctionne, il norme et encadre les actions et les comportements au moyen d’énoncés objectifs. On garantit ce droit par des actions de coercition si besoin, dont certaines légitiment la violence d’Etat. Il y a la loi, et la loi pour faire respecter la loi.

Traffic signs
Photo: John Connell

Prenons un espace juridique que l’on connaît bien : le code de la route. Le droit normatif nous inonde de règles, de panneaux, de radars, de limites, de sanctions, etc. Il tente de contenir les comportements des personnes par des interdictions et des obligations exogènes. Le droit normatif uniformise et déresponsabilise, puisqu’il impose des normes extérieures à l’individu. Plutôt que de me demander quelles bonnes raisons pourraient me pousser à rouler lentement dans un village, je dois obéir sans réfléchir à un panneau rouge et craindre le gendarme. Plutôt que de faire attention à un carrefour, je passe parce que j’ai un feu vert ou une priorité. Tout se joue dans un jeu d’obéissance/transgression par rapport à une autorité normative extérieure.

Notons qu’on a là une des signatures de l’intelligence collective pyramidale, qui en appliquant une seule et même norme pour tous, “industrialise” ses processus. Tout en réalisant des économies d’échelle, elle essaie d’instaurer de la prévisibilité dans un système vivant par nature imprévisible.

Qui sait si l’évolution ne va pas nous diriger vers le droit génératif ? Ce dernier, quand bien même fondé sur des énoncés objectivables, cherche à faire germer des comportements issus de l’intérieur de la personne. Une fois maturés, ces comportements, par émergence organique, induisent des collectifs capables de s’auto-réguler. La contrainte exogène normative y devient minimale.

Pour rester dans notre exemple du code de la route, on a un cas maintenant célèbre en Europe. La ville de Drachten a purement et simplement retiré ses panneaux de signalisation. Expérience concluante, les gens ont pris leurs responsabilités en main. Aujourd’hui ils se fient à leur perception tout en suivant une alliance sociale intériorisée. Il en émerge une cohésion organique et vivante, qui évolue avec son propre apprentissage.

 

En scooter avec ma fée Julie, Pondicherry.

J’ai cette même expérience en Inde, où comme dans de nombreux pays, on conduit sensoriellement. Les rares panneaux de signalisation y servent de décoration. L’Européen, habitué à une autorité normative extérieure, n’y voit que bazar et danger. Sur mon deux-roues, avec mon passager ou ma passagère assis derrière moi (parfois même à trois !), j’adore entrer dans la danse. Une fois dans le flux, je klaxonne et klaxonne encore, non pour agresser les autres, mais pour qu’ils m’entendent et me localisent. Les dizaines de bip bip autour m’indiquent la position en temps réel des uns et des autres. Je navigue dans une sensorialité en 3 dimensions, un peu comme un sonar collectif. Finalement, entre les passants, les enfants, les vieillards, les chèvres, les vaches sacrées, les bus, les voitures, les poules, les chiens, les rickshaws et les vélos, tout ne va pas si mal. Je ne prends bien sûr pas l’Inde comme modèle de sécurité routière, mais l’exemple me semble suffisamment bon pour montrer que le droit normatif ne résout pas tout, loin de là.

On peut également explorer l’effet du droit génératif au niveau de l’individu. Lorsque mon fils Estéban n’avait que quelques années, j’ai tenté d’employer le droit génératif pour l’aider s’intégrer dans la vie sociale. Plutôt que de lui donner l’ordre de ne pas sortir du jardin, de ne pas traverser la rue, etc, j’énonçais des règles, certes, mais qui avaient pour objectif de créer un comportement vivant, émanant de sa personne. Pour ce faire, je combinais le verbal avec du jeu, de la gestuelle physique, des dessins, des actions sur son corps, du mime. Par exemple, avant de traverser une rue, on jouait “à la statue”. On se pétrifiait avec délice pour faire la statue qui observe et décrit tout ce qui se passe autour d’elle. Ensuite, si aucun véhicule n’apparaissait à l’horizon, la statue se transformait en lapin qui pouvait traverser. Il fallait des conditions sensorielles précises combinées à une démarche de pensée intériorisée. Ce faisant, Estéban incorporait les règles posées de manière générative. Ces dernières, une fois intégrées dans le corps, n’avaient plus besoin d’exister. Elles pouvaient tomber comme la peau d’une mue. Dès l’âge de 3 ans mon petit garçon savait évoluer sans risque dans un milieu urbain. Aujourd’hui, à 12 ans, Estéban sait prendre le train et l’avion, il peut se déplacer seul dans Paris et effecturer des voyages internationaux. Il évolue sensoriellement et prend des décisions très autonomes. Sa maman et moi avons procédé de même pour toute son éducation : utiliser les règles génératives.

Tous les pays, toutes les populations, tous les collectifs ont-ils aujourd’hui la capacité à évoluer vers un droit de moins en moins normatif, de plus en plus génératif ? Cette question nous ramène à celle des échelles de maturité de la conscience : à quel moment une conscience, individuelle comme collective, acquiert-elle la capacité d’agir de l’intérieur? A quel moment peut-elle se passer de la règle normative ? Cette question concerne autant le code de la route que le droit en général, la morale, l’éthique, les codes sociaux… En imposant du droit normatif à tout va (un trait de caractère bien français), on laisse peu de champ à l’individuation. Les Etats légitiment et légifèrent le normatif en alléguant le comportement marginal ou peu mature de quelques uns. On invoque les objets-monstres. Toute cette démarche fait partie de l’ADN de l’intelligence collective pyramidale. Pourtant, je vois le droit normatif comme transitoire. Il n’a pas sa place dans le futur, du fait des limites qu’il provoque : déresponsabilisation et exclusion de la conscience intérieure comme constitutive du collectif, systèmes inconsistants (en contradiction avec eux-mêmes) et incomplets qui ne couvriront jamais tout le champ de la réalité, et qui se complexifient à l’infini, aliénant les capacités d’évolution de la société… Je m’intéresse tout particulièrement à ce que la société à intelligence collective holomidale va produire pour dépasser les limitations du droit normatif. On évoluera d’autant mieux dans cette direction que nous disposerons d’un langage de la richesse intégrale. Ce dernier permet de nommer, conscientiser et actualiser les richesses dans leur aspect multidimensionnel.

Alors la question initiale de savoir si je me situe au-dessus des lois ne me parle pas beaucoup… J’explore l’approche générative, tout simplement. A mon petit niveau, le vœu de richesse représente pour moi un énoncé de type génératif. Il a tellement bien fonctionné qu’il n’existe plus dans ma réalité aujourd’hui, tant il fait partie de moi. Je ne prône pas le fait d’abandonner règles et lois, mais je souhaite explorer comment une construction précise du langage peut engager un processus d’incorporation de la règle, puis de transcendance. Le verbe peu à peu s’efface et laisse place à la vie, à ce qui jaillit de l’intérieur, à une immanence provoquée par  une expérience de transcendance.

Je ne me sens donc pas au-dessus des lois, mais parfois à côté, dans des zones que le fatras arborescent du droit ne couvre pas, et ne couvrira peut-être jamais. Les arbres des lois, des normes, des règles, de la morale, par leur nature incomplète et inconsistante, ne peuvent que croître indéfiniment. Jamais ils n’arriveront à couvrir ni réguler le champ infini de la vie. Il faut aujourd’hui des ténors pour défendre le droit, ils me font penser aux grands maîtres d’échecs. Le citoyen lambda, lui, n’a aucune chance de comprendre de telles complexités. Confierons-nous la complexité arborescente de nos systèmes mentaux à des machines ? Nous le faisons déjà, par le code.  Avec l’avènement des socialwares et communitywares, “La Loi, c’est le code“, devient “Le code, c’est la loi“. Reste à savoir comment l’intelligence collective pyramidale va s’approprier ces nouveaux pouvoirs, et si l’intelligence collective holomidale va s’en servir comme levier d’émancipation.

En mon quotidien, ce cheminement me rend hors-la-loi, parfois, amoral, toujours. Hors-la-loi ne veut pas dire “contre” la loi, et amoral ne veut pas dire “immoral”, qu’on se le dise 🙂

————————–

Quelques lectures :

Gödel, Escher, Bach. Les Brins d\'une Guirlande Eternelle par Douglas Richard Hofstadter Finite and Infinite Games  Théorie de la justice par John Rawls Surveiller et punir par Michel Foucault

 


La vie dans l’assiette

Cru en cœurLa recherche en intelligence collective, comme vous le savez, s’intéresse à tous les aspects de la vie sociale. Il y en a un qui me tient particulièrement à cœur : l’alimentation. En effet, ce qui atterrit dans notre assiette découle d’un processus collectif qui met en jeu des écosystèmes, des animaux, des plantes, beaucoup d’humains, et beaucoup de technologie.

Intelligence collective au niveau de l’aliment, d’abord, car ce dernier porte en lui un maillage extraordinairement complexe de vie, de mort, d’actions, de vécu, depuis sa naissance jusqu’à notre assiette. Intelligence collective encore, par la cuisine que nous mangeons, qui fait partie des piliers de toute culture. Intelligence collective ensuite, dans le fait même de manger. Le repas représente un espace de partage et de convivialité universel, présent dans toutes les cultures depuis la nuit des temps. Que se joue-t-il dans notre psyché lorsque nous mangeons ? Que vit notre espèce, que vit la planète, au cours des milliards de repas qui se déroulent chaque jour ? Intelligence collective, enfin, à cause des croyances et de l’ignorance qui hantent chaque société et chaque humain quant à l’alimentation. Tout me montre que cette ignorance joue un rôle actif dans la genèse et l’homéostasie de chaque culture. Cela pose une fois de plus la question de la vérité dans le collectif.

Quelle alimentation ?

Il fallait bien démarrer de quelque part pour engager cette longue investigation. J’ai commencé avec cette question toute simple qui me sert de fil directeur depuis le début :

Quelle alimentation offre une pleine santé tout en faisant du bien au vivant en général ?

Réponse rapide : certainement pas celle qui arrive dans nos assiettes aujourd’hui.

Voilà des années que je l’explore cette seule question, autant sur le plan théorique –santé, nutrition, environnement– que sur le plan personnel, à savoir ce qui se transforme en moi lorsque je fais évoluer mon alimentation (j’évoque cet aspect plus en détail dans la page “à propos“).

Quelle santé ?

Qu’appelle-t-on la santé ? J’en entends souvent répondre “le fait de n’avoir aucune maladie“. Réponse quelque peu superficielle et automatique, qui se concentre uniquement sur l’individu. On peut n’avoir aucune maladie biologique, et pour autant avoir une santé calamiteuse du fait d’une mauvaise hygiène de vie, ou d’une vie psychique, sociale ou spirituelle pauvre. Qu’il s’agisse du corps, du mental ou de l’esprit, on voit vite que la santé se joue autant dans l’individu que dans le collectif, et que le regard que nous lui portons se trouve chargé de culture et de postulats inconscients.

Que se passerait-il si…

… les humains se mettaient à manger en conscience ?

Voilà une autre question que je contemple souvent. Il y aurait bien sûr des conséquences extrêmement positives sur la santé et l’écologie, assez faciles à extrapoler. Les transformations  à l’intérieur de nous-même m’interpèlent plus encore, car la conscience marche main dans la main avec la façon dont on s’alimente.

Pour ma part, manger sainement et en conscience m’a dirigé vers une alimentation végétarienne d’abord, végétalienne ensuite, très peu grasse, sans gluten, essentiellement crue. On parle d’alimentation vivante, et, dans ce cas plus précis, du régime 80-10-10. Il semble que cette alimentation réponde à toutes les questions posées plus haut :

  • sur le plan écologique, elle développe les écosystèmes, car il faut planter des arbres ; elle réduit considérablement l’empreinte écologique (eau, carbone, pollution…) ;
  • sur le plan de la santé individuelle, après avoir exploré de nombreux régimes et cuisines différents, je n’ai jusqu’à présent rien connu de meilleur que l’alimentation vivante. Le corps fonctionne mieux. L’équilibre qu’il installe le dote d’un système robuste de défense (je ne tombe pratiquement jamais malade), il gagne en énergie, en vivacité, en endurance, en sommeil, en sexualité. Idées et pensée s’éclaircissent, les heures de sommeil diminuent, la conscience prend du champ. Corps, mental, esprit… chaque plan en bénéficie ;
  • au niveau sociétal, cette cuisine engage une relation harmonieuse avec notre environnement et avec nous-mêmes.

Je ne dis pas que l’humanité devrait passer à ce régime alimentaire spécifique, la question de l’alimentation relève d’un nombre bien trop élevé de paramètres pour se laisser circonscrire dans une réponse simpliste. De plus, je n’adhère pas aux systèmes qui veulent enfermer tous les humains dans un modèle comportemental unique qu’ils devraient suivre pour que la société marche. Cette conception se trouve à la racine de tous les “ismes” de la société industrielle, on en connaît les résultats. Par ma propre expérience individuelle, j’essaie juste de débusquer quelques principes universels qui pourraient avoir des conséquences intéressantes, et ce dans paysage plus vaste de paramètres et de comportements.

L’ignorance comme principe actif

L’alimentation offre à mes recherches un extraordinaire espace d’observation sur les principes actifs qui provoquent et entretiennent l’ignorance et les croyances dans la société. Je les oppose aux principes passifs desquels découle l’ignorance par simple absence de connaissance.

Par exemple les gens m’expliquent souvent qu’on peut difficilement survivre sans protéines animales. Ils affirment avec une certitude absolue que nous avons un métabolisme de carnivores, et que les fruits ne contiennent pas de protéines. Ont-ils sérieusement exploré d’autres perspectives que ce que leur impose la doxa ? Rarement.

A ces croyances erronées s’ajoute l’obscurantisme ontologique, à savoir l’usage de mots et de catégories sémantiques qui nous séparent de la façon dont la réalité fonctionne et de l’empathie avec les autres êtres vivants. Prenons le mot “viande”  par exemple. Ce dernier “chosifie” le vivant en le rabaissant au même niveau que les matières inertes et minérales. Même chose lorsqu’on dit manger “du poulet” ou “du poisson”, ou qu’on fait un “élevage de bœuf”. Plus rien ne nous relie à la toile de la vie. La chosification fait partie des mécanismes ontologiques destinés à entretenir la séparation avec une réalité plus vaste et plus évoluée.

Plus intéressant encore : même si pas mal de gens savent que leur alimentation ne leur fait pas du bien, combien d’entre eux décident d’évoluer ? Une infime minorité. La majorité continue dans son addiction habituelle, gorgée de ses certitudes. Au changement radical, cette majorité préfère les médicaments, les maladies cardiovasculaires, l’hôpital et toute la victimologie associée. Quelle force de dépendance et de croyance tient à ce point l’individu enfermé dans sa petite prison, au détriment même de sa propre vie ? La discipline de l’intelligence collective nous permet de bien comprendre cette équation. Cela fera l’objet d’autres écrits.

Sourd, muet, aveugleEn attendant, l’humanité trempe dans son jus obscurantiste et son ignorance crasse. J’y vois la signature d’une conscience collective encore peu éveillée, mue par les pulsions gloutonesques et angoissées de foules en mal de gras, de sucre, de sel et de sang. Le massacre d’une barbarie sans nom qui s’opère chaque instant sur les autres êtres non-humains en témoigne. Massacre doublé d’une hécatombe chez les humains, chez qui la malbouffe a gagné la première place auprès de la grande faucheuse dans les pays industrialisés. Nos descendants verront probablement nos sociétés comme extrêmement violentes et archaïques.

Il n’empêche que l’évolution de notre espèce ne se réalisera pas sans évolution de notre alimentation, ce qui invite à l’exploration dans tous les confins possible, suivi d’un retour d’expérience, ce que je tente de faire ici.

Au-delà de l’alimentation

Finalement, la vraie question ne consiste-t-elle pas à savoir quel flux énergétique nous permet de rester en vie, heureux et en bonne santé ? L’alimentation physique nous apporte une énergie contenue dans de la matière, que le corps récolte par réactions chimiques. La matière ne nous constitue pas, elle nous traverse. Comme les vagues parcourues d’eau, nous gardons une forme un certain temps durant. Cette forme s’érige, se transforme, puis se fondre de nouveau dans le Grand Océan.

Aussi je préfère me demander comment manifester et maintenir notre énergie vitale sans réduire cette question à la seule nourriture physique, de la même manière qu’on ne doit pas confondre “se déplacer” et “voiture”. Ne confondons pas la fin et les moyens. L’expérience directe, là encore, m’a montré qu’il n’existe pas de corrélation pure entre la quantité de calories absorbées et l’énergie présente par le corps. Bien d’autres facteurs de nature émotionnelle, psychique et spirituelle, jouent. Nous pouvons contrôler et réguler notre état énergétique autrement que par la seule alimentation, au travers de techniques comme la méditation et la respiration. On parle alors d’alimentation “prânique”, mais le terme ne me convient pas, car justement, il n’y a plus d’alimentation à proprement parler. Un processus autonome se met en place à l’intérieur du corps, très différent de toute sensation de “remplissage” par une source extérieure. En fait, dans cet état de conscience-là, l’extérieur et l’intérieur ne veulent plus dire grand chose. Comment peut-on dissocier la vague de l’océan ?

J’entends déjà les “impossible !” et autres indignations choquées : comment un esprit scientifique tel que le mien puisse peut-il envisager d’autres options que l’alimentation physique ? Justement, l’approche scientifique consiste à explorer l’inconnu, et intégrer ce qu’on observe, sans jugement, et non à rejeter tout ce qui ne colle pas à notre actuelle carte du monde.

J’ai déjà suffisamment goûté à l’approche énergétique pour en faire une voie privilégiée de mes recherches. Je vous tiendrai au courant.

———————————————

Quelques références:


A pelles d’air

Fish BubblesSi vous parlez avec moi, vous entendrez parfois le silence plus que les mots. Vous risquez de trouver cela un peu bizarre si vous ne me connaissez pas, surtout au téléphone. Cela ne veut pas dire que je m’ennuie ou que je ne sais pas quoi dire. Ne vous en formalisez pas ! Mes temps de silence, parfois les yeux fermés, viennent de moments de respiration. J’ai en effet décidé de suivre deux principes : respirer avant de parler, ne parler qu’avec la permission.

Respirer avant de parler

Prendre le temps d’une longue respiration avant de parler me permet d’aller chercher des mots et des réponses que le pilote automatique ne nous offrira jamais. Les lieux communs, les certitudes acquises par la doxa, les comportements imposés par la politesse ou la morale ne m’intéressent pas. Le pilote automatique sait très bien défendre ces lignes. Ce faisant, il nous donne à nous-même l’illusion de fonctionner comme un système complet et congruent. Respirer désactive tous ces mécanismes. Je puis redevenir présent à moi-même, au corps, aux émotions, contempler d’autres possibles, accueillir des idées folles, écouter la voix intérieure, mettre mon nez de clown, faire jaillir l’être, vivre l’inspiration. Avec des années de pratique, chaque longue respiration a pris l’allure d’une méditation. Je médite une bonne partie de la journée, tout en continuant à me mouvoir dans l’action. L’action inspirée, vous l’imaginez, offre légèrement plus de potentiel que le pilote automatique.

Il y a des moments où je ne donne pas de temps à cette respiration. En général pour dire une grosse bêtise. J’adore ça. Egalement lorsque cette respiration va tellement gêner qu’il vaut mieux revenir aux bons vieux codes sociaux, le temps de clarifier ma démarche à autrui.

En permission

Je ne parle qu’avec la permission, lorsqu’on me le demande. Lorsqu’une personne m’interromp, ce qui se produit bien sûr très souvent, je m’arrête et la laisse parler. Elle n’a plus envie de m’écouter, alors pourquoi forcer ? Je rends ma parole et mon écoute disponibles, tout simplement, pour qui les veut. Ces dernières font aussi partie de l’économie du don.

Du point de vue de l’intelligence collective…

Cette pratique fait que je transporte avec moi un ADN social avec un gène modifié autour de deux codes sociaux : le fait de respirer avant de parler, et le fait de ne parler qu’avec la parole offerte. En fait, j’applique de manière précise les six accords.

Bien que je ne fasse aucun prosélytisme et que je n’applique qu’à moi-même cette génétique sociale, son impact s’avère fort, pour moi comme pour le collectif. Pour moi : du bonheur, celui d’exister par la joie pure de la respiration, de goûter à la paix de la parole non-compétitive. Du point de vue collectif, cette pratique provoque confiance et écoute. Qui a besoin de se méfier ou de se crisper envers une personne qui reste neutre, et ne fait qu’offrir sa parole quand on la lui demande ? On ne m’a jamais autant écouté que depuis que j’ai appliqué ces principes.

J’ai accompagné beaucoup de groupes ayant décidé d’opérer à partir des six accords. Leur témoignage ne laisse aucune ambiguïté, tout change : leurs prises de décision, leurs façons de poser les problèmes, leurs relations, la dynamique sociale, les idées, les solutions…

Et vous ? Envie d’essayer ? Vos pouvez partager votre expérience dans les commentaires ci-dessous…

 


Vivre riche

En septembre 2009 a jailli en moi le vœu de richesse. Il exprimait une démarche projetée dans le futur. Aujourd’hui, ce vœu fait tellement partie de moi que je n’y pense même plus.

Cette démarche a deux conséquences : quitter peu à peu l’argent, et vivre dans l’économie du don.

Piles d'eurosQuitter l’argent…

Mes recherches en intelligence collective montrent combien l’argent constitue aujourd’hui une technologie dépassée. L’argent existe comme catalyseur de l’intelligence collective pyramidale, caractérisée par la concentration des pouvoirs et des ressources, la rareté comme moteur de dynamique sociale et économique. L’argent ne survivra pas à l’avènement de l’intelligence collective holomidale qui déjà commencé à développer ses propres technologies pour soutenir son économie, fondée sur le mutualisme, les réseaux distribués, la richesse intégrale.

Utiliser de moins en moins d’argent m’incite à prendre le recul nécessaire non seulement pour comprendre la dynamique sociale d’aujourd’hui, puis imaginer comment faire mieux. Avec d’autres chercheurs, nous œuvrons sur les technologies de la société post-argent qui permettront à tout organisme social de rendre visibles et de réguler les formes de richesses nécessaires à son existence.

Aujourd’hui j’utilise encore un peu d’argent, essentiellement pour nos besoins premiers, mon garçon et moi : se nourrir et se vêtir. D’autres ont choisi de vivre absolument sans argent, ce qui occupe 100% de leur temps. Etant donné qu’ils documentent bien cette précieuse expérience, cela me permet pour ma part d’agir sur d’autres fronts.

Cette FAQ vous en dira plus.

OrangerEconomie du don

Je vis dans l’économie du don depuis septembre 2011. J’ai choisi cette façon d’exister dans un monde où tout se vend et s’achète, dans une culture où le terme “gagner sa vie” ne choque quasiment personne. Ma vie, je l’ai gagnée à la naissance.

Tel un arbre, je mûris mes fruits et les offre à qui veut. Tout ce que je reçois vient sous forme de cadeau. Les richesses matérielles qui se manifestent ne proviennent pas d’une vente ou d’un échange. Elles arrivent par gratitude, par joie, par amitié : un repas, un sourire, un voyage, un vêtement, un outil, une connaissance, un logement, un soin, un livre, de l’argent, un merci, un savoir-faire, un conseil, un ordinateur, un instrument de musique…

Les sociétés à intelligence collective pyramidale ont développé une ontologie puissante et complète pour décrire l’économie de marché, car cette dernière fait partie de leur ADN. L’économie du don, elle, ne se voit attribuer que de quelques mots flous, incomplets et approximatifs qui ne permettent pas d’en décrire tout le champ. Nous avons besoin d’un langage pour en déployer la connaissance et l’ingénierie, ce à quoi je m’emploie. Du point de vue des systèmes, celui l’économie du don s’avère beaucoup plus complexe et riche que celui de l’économie de marché. Cette complexité qui croît exponentiellement avec la taille explique pourquoi l’économie du don n’a jamais dépassé le stage des micro-communautés à intelligence collective originelle. La toute jeune intelligence collective holomidale nous affranchira de ces limites une fois qu’elle aura grandi.

Vivre dans l’économie du don nous fait quitter beaucoup de croyances, de comportements, de pensées et de conditionnements portés par le “nous” qui se manifeste de manière inconsciente dans le “je”. Je pense en particulier au “pauvrisme” qui instille l’idée que vivre dans l’économie du don nous rend pauvre, que l’on ne reçoit dans son chapeau tendu que les pièces jaunes que veulent bien nous donner quelques âmes bienveillantes, que l’on passe son temps à survivre plutôt qu’à vivre. Détrompez-vous. J’ai appris combien exister dans l’économie du don constitue la meilleure façon de manifester le vœu de richesse et d’évoluer dans la richesse intégrale. Même si mon bilan financier flirte souvent avec zéro absolu, même s’il m’arrive de ne pas savoir ce que je vais manger demain (ce qui arrive en cet instant même où j’écris cet article), mon bilan richesse s’avère extraordinaire. Je n’ai, en définitive, jamais eu ni froid ni faim. Ni peur.

Justement, la pratique de l’économie du don nous fait rencontrer une loi essentielle de l’univers : la providence. Pour celui qui crée de manière joyeuse, inspiré par son essence, se produit un phénomène symbiotique avec l’univers, donc avec notre être profond : on reçoit ce dont on a besoin, au bon moment. Souvent au dernier moment. Nulle manipulation ne permet cela, il s’agit simplement d’exister, totalement, pleinement, et de ne pas craindre la mort. J’évoque la providence (ou sérendipité pour prendre un terme contemporain) non comme un concept philosophique ou religieux, mais comme une expérience. Ne jugez pas, ne rejetez pas cela tant que nous n’avez pas vous même expérimenté.

Et chemin faisant, j’aurai toujours une grande joie à partager l’expérience qui se construit autour de cette pratique.

Et puis… n’hésitez pas à vous rendre sur la page richesses désirées, si vous voulez participer à mon aventure.

 

 


A toi, dont la santé défaille…

Intermission - René MagritteVoici un article qui va peut-être vous surprendre, voire peut-être vous choquer, puisque je vais parler de la mort. Et donc forcément de la vie.

Cet article a vu le jour en avril 2012 alors que je répondais à une amie sur ses soucis de santé qui se manifestent à une époque charnière de sa vie. Elle lâchait les vieux contrats, et entrait dans une phase totalement nouvelle. Sa santé s’en trouvait affectée au point qu’elle venait d’entrer à l’hôpital. Une autre proche amie à moi, maman de 3 enfants, se battait face à un cancer impitoyable. Elle et sa famille se trouvaient confrontés aux questions absolues, sans plus aucune marge pour les repousser. La maladie l’a emportée sans ménagement.

Et puis, deux mois auparavant, j’avais accompagné un ami jusque dans ses derniers instants. Nous avions eu, lui et moi, de nombreuses occasions d’échanger sur son chemin de vie, sur le sens de la mort, et sur son départ à lui. J’avais déjà eu l’honneur d’accompagner des personnes jusqu’au seuil de leur vie. Cela se produira encore. Enfin, j’entre dans l’âge où la génération qui m’a précédé commence à s’éclaircir. Cancer et maladies diverses ont rejoint mon quotidien, les adieux se multiplient.

De quoi inspirer les mots qui suivent…

D’âmes et de mots…

Je ne ferai pas de théorie ici. Je n’ai que mon expérience à partager. Les mots dont nous disposons pour évoquer l’aventure intérieure me paraissent flous et plombés d’histoire religieuse, ce qui ajoute à la difficulté. Nous manquons d’un langage précis, d’une ingénierie des expériences que nous vivons par delà l’horizon du visible. Les traditions spirituelles y ont consacré beaucoup d’effort, mais chaque fois la religion, mécanisme de contrôle social, ainsi qu’un mauvais usage populaire, ont détourné et dévoyé les mots de leur sens originel. Aussi, dans ce soucis de précision qui m’anime ici, ai-je l’habitude d’utiliser un corpus ontologique particulier : celui de Sri Aurobindo. Aurobindo, dont je partage une citation dans ce post, nous offre un vocabulaire concis, rigoureux et exhaustif, qui s’applique bien à l’expérience spirituelle contemporaine. Une ontologie moderne, internationale, universelle, car l’immense érudition d’Aurobindo s’étendait autant dans la culture occidentale qu’orientale. Les travaux de Ken Wilber, certes plus contemporains et qui ont tant d’influence aujourd’hui, prennent également racine dans l’ontologie d’Aurobindo.

AïkidoAu-delà la disparité des religions, des pratiques spirituelles, des ontologies, des mythes et métaphores, mes voyages m’ont donné l’occasion de voir l’unicité totale et absolue de l’expérience directe. Tous les mystiques de la planète, j’entends ceux qui arpentent la conscience par l’expérience directe, vivent les mêmes choses, les mêmes séquences, les mêmes étapes dans leur cheminement. L’humanité a versé le sang et commis des génocides en se disputant sur les cartes et des façons de décrire le cosmos intérieur (elle aime tellement ça qu’elle n’en a pas fini), mais aucun mystique-chercheur sérieux ne peut se disputer sur l’expérience directe.

Par exemple, lorsque j’évoque un mot tel que l’âme, je n’opère pas à partir une opinion ou d’une croyance personnelle. L’âme relève de mon expérience directe, d’années d’exploration, d’introspection, de voyages intérieurs, de méditation, de corroboration d’expériences avec d’autres, d’étude des rêves… Une expérience qui se partage avec tout autre chercheur-explorateur ayant déjà suffisamment investigué, même si son vocabulaire diffère.

Ainsi, si vous n’avez pas fait l’expérience vous-même de l’âme — pour ne citer qu’elle — ne rejetez pas pour autant ce que je dis. Restez rationnel(le). La rationalité ne saurait se confondre avec le matérialisme. La rationalité nous entraîne aux antipodes de la croyance, elle implique qu’on ne réfute pas quelque chose sous prétexte qu’on ne l’a pas vu ou pas encore rencontré. On devient alors capable de garder au fond de soi les questions non résolues et les points d’interrogation sans suite. Les opinions n’ont pas leur place.

Je souhaitais poser cela avant d’aller plus loin.

La santé synonyme d’absence de maladie ?

Laughing BuddhaJ’en reviens maintenant à la santé, avec une première prémisse : la santé, je ne la définis pas comme l’absence de maladie, pas plus que je ne la réduis à un corps fonctionnellement sain. L’absence de maladie relève d’une sorte d’état neutre, de point zéro. La santé pousse le curseur vers un état positif et actif à partir duquel jaillit une indicible joie et une puissance créative de l’être qui ne connaît pas de limites. Cette joie et cette puissance se vivent dans le corps, dans le psychisme, dans nos pensées, dans nos gestes, dans notre acuité sensorielle et sensuelle, dans notre équilibre social. Voilà tout ce qu’implique la santé.

La plupart des soucis de santé que j’ai pu observer, les miens tout comme ceux d’autrui, m’apparaissent comme indissociables du vécu psychique. Ils semblent à chaque fois liés aux bouleversements profonds de notre structure intérieure, ces mutations qui se produisent lors des grands séismes de l’existence : les deuils, les naissances, les changements de mode de vie, le stress, nos relations amoureuses, les tensions familiales, les séparations, l’effondrement de nos croyances… Je n’ai jamais vu une personne, pour peu qu’elle s’ouvre suffisamment à elle-même, ne pas opérer de lien entre son histoire de vie et la maladie présentement vécue.

Le corps miroir

Métamorphose de Narcisse - Dali
Dali – Métamorphose de Narcisse

Je lis dans les corps comme à livre ouvert. J’ai une perception empathique naturelle que des années d’arts martiaux m’ont aidé à affiner, exactement comme le font les ostéopathes et bien des thérapeutes. Rien de surnaturel ici.

La plupart des gens, par exemple, respirent mal. Le mal-respirer exprime typiquement le stress et les interdits divers enracinés ci et là dans le corps. La plupart des gens ne savent pas non plus crier, pousser un vrai cri qui vient du fond des entrailles. Là encore se révèlent les blocages, les tensions intérieures, les interdits… La plupart des femmes ont une faiblesse dans les épaules, non parce qu’elles manquent physiquement de force, mais simplement parce qu’elles possèdent en elles un marqueur social inconscient qui stipule qu’une femme ne doit pas avoir de force dans les épaules. La force du torse ne doit appartenir qu’au masculin, point. Pire encore : la plupart des gens ne savent tout simplement pas relâcher totalement leurs muscles. Je pourrais continuer la liste, alors même que je me contente d’évoquer des grands maux présents chez presque tout le monde. Oui, pratiquement tout le monde vit en mauvaise santé. Lorsqu’on entre dans les cas particuliers de chacun, les blocages du corps apparaissent comme un moule qui raconte l’histoire psychique de la personne. Un vrai roman…

On voit à travers ces exemples la force d’une culture qui impose ses architectures jusqu’au fond des corps. De manière inconsciente et non-verbale, compromis et mécanismes auto-bloquant norment et bordent la psyché individuelle et collective. Par mimétisme et suggestivité, ces mécanismes se reproduisent d’une personne à l’autre dans l’espace, et d’une génération à l’autre dans le temps. Livre dans lequel s’écrit la doxa, le corps socialement soumis participe ainsi à la mise sous scellés de l’œuvre de Soi.

Alors la santé se laisse glisser dans une pente ronronante. Souvent douce, parfois abrupte. Le corps peut certes rester fonctionnel longtemps — j’en admire d’ailleurs la résistance ! — mais irrémédiablement il se calcifie, se rigidifie, et décline avec les années. Jusqu’au jour où la pente devient abîme. L’heure d’une rupture a sonné. Souffrance et maladie viennent sonner le gong de l’éveil, celui de la conscience.

Authentique, vous avez dit authentique ?

Picasso - L'artiste et son modèle
Picasso – L’artiste et son modèle

S’offrir volontairement et de manière proactive à une vie éveillée, provoque une rupture forte sans l’usage de la maladie comme déclencheur. La conscience prend les choses en main. La voici prête à opérer un grand saut. Chaque saut de conscience oblige à réouvrir le livre du corps, en effacer les mauvais contrats, en réécrire l’histoire. Le corps va se trouver fortement, voire très fortement sollicité.

Une vie authentique n’accepte aucune compromission, ni même aucun compromis. La tiédeur n’y a pas de place. Tout y devient absolu et vrai. Il n’existe aucune différence entre l’être et le faire, qui deviennent miroirs l’un de l’autre. Nous vivons nos relations de manière claire, sans mensonges, sans fausses politesses ou non-dits. On marche aux côtés de ceux que l’on a choisis, et on sait pourquoi. On n’habite pas un lieu qu’on n’adore pas. On ne travaille plus : on œuvre, autrement dit on fait uniquement ce que l’on aime.

Dans une vie authentique, le stress a disparu. Ce dernier n’a rien à voir avec l’intensité des choses que nous vivons, contrairement à ce que beaucoup croient. Le stress existe à cause du le fossé que nous installons entre l’être et le faire.

Beaucoup pensent que cette vie authentique que je décris, cette vie joyeuse et créatrice, implique une vie individualiste centrée sur le seul plaisir égoïste. Qu’ils aillent creuser et qu’ils expérimentent avant de dire cela, car ils parlent de ce qu’ils ne connaissent pas. Lorsqu’il n’y a plus de fossé entre l’être et le faire, on donne le meilleur de soi au monde, et on reçoit le meilleur du monde. On devient un cadeau, pour soi et pour les autres. La symbiose atteint sa perfection. “Plus facile à dire qu’à faire !“, diront souvent les mêmes personnes. “Et tous les devoirs de la vie, les enfants, les autres, les engagements dans la société ?” A eux, je réponds : quand tu vois un devoir et non une joie, alors ne le fais pas. Tu ne rends service à personne lorsque tu trimbales ton aigreur, tes rancœurs et ta bile. Pire, tu les diffuses autour de toi, par contagion. La joie aussi se veut contagieuse, alors choisis la bonne maladie.

Ne dis pas que tu ne peux pas rendre ta vie joyeuse et libre. Creuse un peu, et tu verras la fausseté de cette assertion. Combien de fois par jour te dis-tu “je ne peux pas” alors que, si tu y regardes bien, la plupart du temps tout se ramène à des choix que tu as enfouis et oubliés dans ton subconscient ? Tu as, nous avons tous, le pouvoir de choisir. Toujours.

Prôner cette joie et cette liberté intérieures, un truc de bourgeois bien éduqué et bien nourri ? Dans ce cas, nos sociétés bourgeoises occidentales remplies de nantis regorgeraient de gens heureux, libres et créateurs. Cela ne me paraît pas exactement le cas. Par contre, j’ai eu largement le temps d’observer que sagesse, joie et bonheur semblent plus fréquents chez ceux qui ont souffert et qui ont décidé de devenir libres et heureux. Cela, je l’ai entendu de proches au crépuscule de leur vie. Je ne dis pas qu’il faut souffrir pour devenir libre et heureux, cependant la souffrance constitue un ouvre-boîte indéniable de la conscience. Voilà certainement une de ses fonctions. On franchit une grande étape lorsque nous n’avons plus besoin de la souffrance pour grandir. Nous avançons de manière proactive et volontaire, parce que l’on a appris à aimer cela, parce qu’on adore le feu intérieur de la vérité radicale, parce qu’on devient plus à l’aise dans les infinis du vide qu’encapsulé dans les parois friables de l’illusion.

Le corps authentique

Nu dans un fauteuil avec une bouteille d'Evian, un verre et des chaussures
Picasso – Nu dans un fauteuil avec une bouteille d’Evian, un verre et des chaussures

Je disais donc que, lors du choix d’une vie totalement authentique, la transition pouvait conduire à une chute de santé. Parfois un véritable processus de dissolution par maladie se déclare “opportunément”, souvent le cancer. L’âme, au plus profond, choisit de lâcher l’ancienne structure pour, dans le futur, en reconstruire une nouvelle, plus adaptée aux prochaines expériences et créations.

Cela se passa ainsi pour mon ami Robert, que j’ai accompagné jusque dans ses derniers moments. Peu avant qu’il ne plonge dans les états de conscience modifiés provoqués par l’agonie, nous nous remémorions ensemble cette conversation que nous avions eue deux ans plus tôt, sur l’île de la Réunion, alors qu’il venait de vivre des transformations intérieures et des modifications de conscience extrêmement fortes. Je l’avais invité à cette vigilance du corps et l’avais mis en garde sur le fait qu’il pourrait fort bien tomber malade. Robert, sur son lit d’hôpital, me confirma que ce scénario avait exactement eu lieu. Son être présent n’arrivait pas à absorber, à intégrer, à mettre en mouvement la conscience qui l’habitait depuis deux ans. Il me dit aussi qu’il ne regrettait rien. Il se sentait profondément en paix.

Ainsi, à l’heure des grands changements de la vie, chacun de nous peut sentir des tressaillements dans le corps, les prémisses possibles d’une maladie ou d’un accident qui vont engager le processus d’une dissolution de notre substance physique, plus ou moins rapide, plus ou moins violente. Durant cette introspection, on peut aller parler à son corps physique, ou plutôt parler en son corps. On peut y déclarer nos choix et nos décisions, jusqu’au fond de chaque cellule. Par déclarer, j’entends l’affirmation pleine et entière de ce que notre âme souhaite. Voilà un art difficile car, pour la plupart d’entre nous, nous ne souhaitons qu’une chose : rester en vie ! La personne temporelle le désire, mais pas nécessairement l’âme. Pour qui a appris à écouter son âme, le désir se joue en dehors du champ de la vie et de la mort. L’âme pose l’intention radicale, première, ultime, irrévocable. La forme suit. Quelle expérience veut-on vivre ? Quels autres rapports ? Que voulons-nous créer ? En cet instant, l’âme doit affirmer sa volonté au corps et à la personne temporelle qu’elle incarne.

Mon expérience — personnelle et avec les êtres proches que j’ai pu accompagner ou que j’accompagne aujourd’hui– m’a montré que le corps peut entamer des mutations très profondes sans mourir, à condition qu’on lui ait vraiment donné la permission de se dissoudre si besoin. Une vraie permission, un lâcher-prise total. En effet, si l’on se donne à soi-même cette permission de déconstruction, et ce, de manière libre et authentique, on autorise le corps à faire les transmutations qu’il souhaite. Alors, soudain, tout se débloque. La voie libre s’ouvre de nouveau à l’infinie créativité de l’âme, ce qui peut conduire à un processus de reconstruction, parfois même très rapide. Les forces de vie reprennent le dessus puisqu’on leur a laissé la place pour reconstruire et restructurer si besoin.

Ce lâcher-prise ne garantit jamais que la vie va reprendre. Sinon, aurions-nous un vrai lâcher-prise ?

De l’ego aux Lego

Estéban - legosCe même principe se mettait en action lorsque j’observais avec délectation mon petit garçon jouer avec ses Lego. Il construisait une œuvre — un vaisseau spatial. Quelques jours plus tard, ce vaisseau ne le satisfaisait plus. Pourquoi ? Plusieurs raisons : il pouvait avoir fait le tour des expériences possibles avec cette création, il souhaitait maintenant passer à d’autres expériences. Il pouvait également constater des insuffisances, des manques, des contradictions, des erreurs dans la structure ; il arrivait aussi tout simplement qu’il souhaite ajouter des fonctions, des possibilités. Dans tous les cas, il lui fallait transformer cette structure. Là se présentait le dilemme : allait-il garder l’œuvre — le vaisseau — déjà tellement jolie afin de la faire évoluer ? Ou fallait-il tout détruire, pour reconstruire mieux encore ? Se jouait une confrontation entre un attachement à la forme, et l’envie de la détruire pour composer une forme entièrement nouvelle qui, bien sûr, contiendrait en elle les expériences passées acquises, engrammées dans la structure. La pratique bouddhiste des mandalas de sable met en scène cette continuité créatrice par l’impermanence des formes.

Je vois beaucoup plus qu’une métaphore dans le jeu et la création artistique. L’aventure des Lego dernière reflète exactement la façon dont l’âme construit son instrument de musique dans la matière. L’âme, atemporelle, éternelle, sans forme, insatiable artiste, divine, extatique, à la fois Une dans le Multiple, et Une en l’Un et par l’Un. Sans le savoir, l’enfant met en scène le même rapport qui régit âme et corps. Quand il joue, pris dans sa passion créatrice et la force du jeu, l’enfant va jusqu’à s’oublier. Il devient le personnage en mouvement, il incarne le jeu. A la fin ou lors d’une rupture, l’enfant se rappelle à lui-même. Alors, le temps d’une pause, il prend conscience que tout venait de sa création. A quoi ressemblera sera sa prochaine trouvaille, sa prochaine expérience ? Vers quelles nouveautés vont se diriger ses forces créatrices ?

Nous vivons en tant qu’êtres créateurs, tellement créateurs que nous nous prenons tellement au jeu de la vie que nous en oublions l’âme créatrice initiale. Savons-nous jouer et créer sans s’oublier ? Oui, bien sûr ! Car alors plaisir, joie et créativité deviennent un feu d’artifice. Je parle d’expérience. Je vois même cela comme une essence de laquelle se distille la liberté. Existe-t-il plus grande extase que celui du compositeur totalement absorbé dans l’interprétation de sa musique ? Je n’en connais pas.

Pour l’être humain qui s’offre et s’unit à son âme, alors l’âme ne devient plus que la seule et unique réalité. Tout le reste, à commencer par la matière, prend une fonction d’espace expérientiel et artistique. Là où nous vivions dans l’illusion d’une réalité ultime, dure, solide, extérieure, nous nous mettons à voir un atelier d’art dans lequel nous pouvons pleinement créer, construire, déconstruire, en pleine et entière liberté. L’âme y opère comme puissance agissante et créatrice, elle invente des réalités et des mondes et va s’y installer, pour un temps. Il n’existe alors d’autre finalité que la puissance extatique de l’être créateur de lui-même. En cette pleine puissance êtrique, création, déconstruction, re-création deviennent un grand jeu, une célébration de chaque souffle, un érotisme permanent. La mort y prélude la prochaine création, plus belle, plus folle encore.

Vers l’âmusique

Symphonie - Viviane-José Restieau
Viviane-José Restieau – Symphonie

J’entends beaucoup de gens parler de leur “connexion” à l’âme, ou de “l’écoute” qu’ils ont de leur âme. Voilà une première étape, elle s’annonce par une dualité intérieure. A ce stade, on ne s’identifie pas encore à l’âme. L’âme parle au travers des cloisons plus ou moins épaisses de l’être temporel. On apprend à l’écouter. Plus on écoute, plus on s’engage sur un chemin de délamination de la gangue de l’être. Peu à peu les membranes, les cloisons tombent ou fondent, et l’âme se révèle comme la compositrice, l’interprète et la musicienne de toute chose.

Certains vivent cela avec une certaine intensité dramatique, d’autres passent par de joyeux lâchers-prise. Question de choix, une fois de plus. On peut vivre la tragique Mort d’Isolde de Wagner, ou célébrer l’extase érotique comme le fait Ravel dans son Concerto en Sol (ici le 2ème mouvement, écoutez comment on passe d’une tendre berceuse à des dissonances érotiques qui mènent à une explosion extatique). On peut aussi aller se perdre dans des rythmes passionnels et sanguins (This is not a tango — Juju orchestra) ou se laisser allumer par les couleurs psychédéliques de l’électro (Second Revelation – Doof).

Dans le légo de la matière, l’âme, construit son instrument de musique –la personne– et en joue, comme on joue du piano ou de la harpe. Elle joue du M. Dupont ou Mme Durant, du vous, du moi. Mon instrument de musique s’appelle Jean-François Noubel. Cet instrument, il y a des choses qu’il sait bien faire, et d’autres qu’il ne fera jamais. On ne tire pas un son de trompette avec un piano (sinon il vaut mieux appeler l’accordeur).

Peu importe l’instrument : l’infini créatif s’ouvre à nous. Même avec une boîte de conserve et un bout de bois. Là réside notre liberté, totale, infinie. Beaucoup se plaignent des limitations de leur instrument parce qu’ils n’ont pas encore trouvé comment bien en jouer. Ils n’ont pas encore bien réalisé leur incarnation. Manque de courage ? Peur ?  Processus évolutionniste ? Peu m’importent les interprétations. Comme dans le cas des Lego, on peut peaufiner son instrument, améliorer sa pratique, ou tout détruire pour construire un autre instrument et une autre pratique. Le compositeur-interprète –l’âme– encore une fois, décide.

Un jour, l’être physique et temporel finit par entrer en osmose parfaite avec l’âme. Il ne se vit plus comme espace de tous les efforts et toutes les limitations. Tous ces discours qui font de la vie une longue ascension souffreteuse, avec ses étapes, ses chemins, ses séquences, ses religions, ses cartes, deviennent caduques. L’instrument s’efface, il quitte le centre de l’attention pour laisser place à la musique, infinie, universelle, créatrice de sa propre substance, nourrie de sa propre joie. Peu importe qu’elle joue en solo ou à plusieurs. Faut-il une existence de riche, jeune et bien portant pour y parvenir ? Certainement pas ! Je rappelle qu’il suffit d’une boîte de conserve, d’un bâton et de beaucoup de joie intérieure pour produire la plus divine des rythmiques qui, en retour nourrit la joie et construit la maîtrise.

On rencontre alors son plus beau cadeau.

Bon… et concrètement ?

Magritte - Miroir
Magritte – Miroir

J’ai commencé par la maladie pour évoluer ensuite vers l’âmusique. Tout ceci peut sembler une suite de digressions, aussi puis-je maintenant récapituler en quelques points :

  • La santé du corps s’offre en miroir des situations et transmutations opérés par notre âme ;
  • Une profonde évolution décidée par l’âme peut conduire à des défaillances de santé, voire à une destruction complète du corps ;
  • Plus on devient son âme, plus on comprend et contrôle les mécanismes de l’existence physique, et moins on se laisse traumatiser  par le contraste vie-mort :
  • A toutes les étapes, nous avons le choix quant à la musique que nous allons jouer.
Je ne viens pas avec des métaphores poétiques. J’offre la réalité telle que je la vis, telle que je puis aujourd’hui la transmettre, avec mes propres mots et un peu d’emprunt à d’autres tels Aurobindo.
Si vous faites partie de ceux à qui l’âme murmure ; si vous avez appris à écouter cette petite voix intérieure qui sait (et qui sait toujours) ; si vous savez déjà, grâce à cette écoute, donner de nouvelles directions à votre vie alors… abandonnez-vous. Offrez-vous de plus en plus à cette voix. Vous ferez des erreurs au début, mais vous ne le regretterez jamais. Cela vous mettra parfois dans des situations qui vous semblent terrifiantes, fantaisistes, irréalistes, suicidaires, dangereuses, irresponsables ou immorales, et qui ont des chances de mettre votre entourage en colère… Ne vous laissez pas impressionner : il ne s’agit que de tickets de passage. Concentrez-vous sur l’œuvre qui s’invente en vous, même si elle vous semble parfaitement inconnue. L’écoute de cette voix deviendra le meilleur cadeau que vous vous ferez à vous-même et à ceux que vous aimez.
Si vous vous trouvez allongé sur un lit d’hôpital, que la mort rôde ou pas, vous voici dans les confins de vous-même. Tendez l’oreille vers les pensées qui montent à la surface de votre être comme des bulles montant du fond de votre océan intérieur. Contemplez ces questions : “Y a-t-il quelque chose que je gagne dans tout cela ?“, “Au-delà de mes souffrances et de mes peurs, y a-t-il une source de joie ?“, “Une destination se fait-elle sentir en moi ?“.
Si vous savez que vous allez quitter cette vie, que bientôt vous devrez dire au revoir à vos enfants, parents, conjoint et amis, concentrez-vous sur ce que vous pouvez créer, même s’il reste très peu de temps. Le temps possède peu de surface, mais beaucoup de profondeur. Une goutte de temps suffit pour se dire les choses essentielles, dénouer les conflits, entrer dans la joie créatrice, et la rendre contagieuse. En quelques instants, nous pouvons devenir le compositeur-interprète libéré des fausses pesanteurs de l’instrument ou des illusions de notre incompétence. Dénudé de tout, nous pouvons enfin voir notre vraie nature, et énoncer les choses essentielles, celles qui font monde. Alors, au-delà des larmes de la séparation, s’installe une douce présence qui perdurera dans l’invisible chez les autres. Par imprégnation, s’opérera peut-être pour vos bien-aimés ce même passage que vous : une inversion de la réalité. La matière devient éphémère et évanescente, l’être prend la consistance ultime de toute chose.
Si au contraire, vous ressentez une certaine colère, si vous trouvez absurde votre situation présente, notamment parce que vous ne l’avez absolument pas souhaitée… Si rien de ce que je vous dis ne vous parle, ou si cela vous apparaît comme une suite d’opinions spéculatives, ou de ces explications rassurantes dont on a besoin pour se protéger de l’absurdité du monde, alors… alors… je vous laisse à vous-même, sans inquiétude non plus. Car un jour, durant vos dernières minutes de vie, ou lors d’une bascule inattendue de l’existence… vous vous trouverez au pied de l’infini de votre être. Privé de toute perspective et de tout repère, votre mental déposera les armes. Votre personne ? Vous la vivrez comme invalide, impotente, effacée, au sens propre comme au sens littéral. La gangue aura disparu, il vous restera l’essentiel : l’être. Alors vous verrez qu’il n’existe pas de plus grande réalité. Peut-être vous demanderez-vous pourquoi vous n’avez pas atteint cet état durant votre existence valide ? Pourquoi vous avez attendu le seuil de la mort pour ouvrir votre horizon ? Là encore, rien de grave. Rappelez-vous : le temps possède une infinie profondeur, fractale, et je dirais même plus, holographique. L’éternité y jaillit dans l’évanescente étincelle du ici et maintenant. En cet éclat de lumière, vous pourrez créer, créer, alors que déjà les prochaines formes s’esquissent dans les remous déjà engagés de votre dissolution.
Ainsi entrerez-vous dans l’absence radicale de peur.
Pom, pom, pom, pom…
 Chef d'orchestre confus

Absence radicale de peur : l’âme décide quand…

Récemment, après avoir lu “Vers une vie de charité“, une amie proche m’écrivait : “Tes pas vers un futur immergé dans une vie de charité reflètent ta confiance sincère en la bonté de l’espèce humaine, et la force de ton être. Oui cela inspire, bien que je sois certaine que je n’arriverai jamais à m’approcher, ne serait-ce qu’un peu, de ce stade d’absence de peur que tu as atteint.

Il a fallu du courage et de l’authenticité à mon amie pour écrire cela. Je veux lui exprimer toute ma gratitude. Elle et son époux sont une bénédiction dans ma vie.

Je pense que notre échange peut profiter à d’autres. Voici donc ci-dessous un extrait de la réponse que je lui ai envoyée. J’ai juste omis son nom de manière à ce que la partie intime de notre échange demeure intacte et protégée.

Mon Amie Bienaimée,

Je t’invite à ne jamais dire jamais :). Tu es parfaitement capable d’aller vers le courage radical. N’en fais pas un objectif, n’en fais pas une idéalisation de toi-même, c’est la meilleure façon d’échouer, de se sentir séparé et déçu par soi-même. Mon invitation est que tu gardes simplement la porte ouverte à cette possibilité. Le jour où ton âme se sentira prête, elle t’emmènera vers ce courage radical. La bonne nouvelle, c’est que tu y parviendra de toute façon. Pour la plupart des humains, l’état d’absence absolue de peur arrive juste avant leur mort, une fois qu’il n’y a plus rien d’autre à faire que de tout laisser partir. Là, durant quelques secondes, minutes, semaines ou mois, suivant les circonstances, tout se remet en place, tout s’ajuste. Le chemin devient clair car le brouillard de la peur s’est évanoui. Le monde révèle sa vraie nature, un flux interconnecté d’énergies et de formes qui se transforment sans cesse pour donner naissance à de nouvelles formes. La réalité devient amour et art pur.

Cet espace d’extase, nous l’atteignons quoi qu’il advienne. Cela peut être durant les fractions de seconde qui précèdent un accident de voiture, une fois que la fin imminente s’est faite certitude. Ou cela peut arriver lorsque nous franchissons ce même seuil dans le lit qui va accueillir notre dernier souffle. A ce moment-là, tout ce que nous avons à faire est de laisser faire les choses. Tout va bien se passer, on le sait. C’est notre âme qui décide quand ce moment doit arriver, bien que la plupart des gens demeurent dans l’illusion que cela nous arrive par accident.

Des âmes plus avancées peuvent décider que cet état peut être atteint plus tôt dans la vie, par volonté. Elles savent que cela va amplifier leur service au monde. D’autres âmes peuvent décider de laisser le verrou enclenché, sachant que certaines limitations les aident à mieux servir dans le monde conventionnel. Verrous et limitations ne sont pas toujours une manifestation de l’ignorance. Ils peuvent être l’expression d’un dessein conçu par l’âme avant la naissance. Certains verrous, certaines limitations resteront en place une vie entière, d’autres sauteront au moment nécessaire.

Voilà un post court. Il y aurait beaucoup plus à partager, l’âme étant un sujet quelque peu central. Mais n’est-ce pas la magie d’un blog que de n’être tenu à aucune vue aboutie ? Ainsi la conversation reste-t-elle ouverte…


Prochain lieu de vie et de travail

Dans mon précédent post — Vers une vie de charité — je partageais les transformations en cours pour évoluer vers une existence complètement tournée vers le don. Y sont exposés les objectifs pour 2012, en particulier celui de communiquer pour que les monnaies libres deviennent un mouvement global. Le lieu et les conditions dans lesquelles je vais pouvoir remplir cette mission sont des facteurs clés de réussite. Aussi est-il important que je “rêve” ce lieu de manière aussi précise que possible, afin qu’il soit clair en moi, clair dans l’esprit de celles et ceux qui veulent soutenir cette aventure d’une manière ou d’une autre.

Voici donc les caractéristiques de ce lieu :

  • Totalement calme. Nécessaire non seulement pour écrire, mais surtout pour filmer sans bruit de fond.
  • Si possible dans la région d’Avignon, là où mon petit garçon Estéban va à l’école (Sorgues, nord d’Avignon). Ceci dit, la qualité du lieu primera sur sa localisation. Un périmètre de 100km reste acceptable.
  • Au moins 4 pièces : 2 chambres (une pour moi, l’autre pour mon petit garçon Estéban), 1 chambre pour recevoir, un lieu collectif pour travailler, seul ou à plusieurs. Je reçois en effet des partenaires de travail des 4 coins du monde, il est important de pouvoir les accueillir afin de travailler sur place ensemble. La pièce collective doit être suffisamment grande pour la transformer en studio afin de placer les éclairages et filmer sur fond blanc. 30 m2 semblent un minimum.
  • Une bonne qualité d’accès à Internet
  • Si possible une cheminée. De même, tout ce qui peut permettre une vie plus écologique, moins coûteuse, est bien sûr un plus
  • Meublé ? Pas forcément, si une proposition arrive rapidement. Je garderai alors quelques meubles et un peu d’électroménager. Si rien ne se manifeste rapidement, je me sépare de toutes mes affaires qui ne tiennent pas dans une valise avant la fin de l’année 2011. Il me faudra alors trouver quelque chose de meublé.

J’explore également une autre voie : celle d’un monastère ou d’un espace spirituel. A première vue un tel lieu a peu de chances d’être compatible avec l’activité que je mène (voir post “Vers une vie de charité”), mais qui sait ? Peut-être des frères ou des sœurs verront du sens dans ce que je sers, auront envie de m’accueillir, et verront que je peux aussi contribuer au lieu, par exemple en les aidant quant à leur visibilité sur internet et en développant l’intelligence holomidale.

Aspect richesses

Il est indispensable que les hôtes du prochain lieu qui m’accueillera (propriétaires, frères ou sœurs, communauté…) soient bien au courant de ce que je fais, qu’ils comprennent profondément ma démarche et que cela ait du sens pour eux. Qu’il y ait un loyer ou une participation aux frais d’un lieu de vie est parfaitement normal, pour autant je ne souhaite pas habiter un lieu dont la seule et unique relation contractuelle soit celle de l’argent. Ce serait tout simplement contraire aux valeurs sur lesquelles je me suis engagées. Je peux contribuer à un certain nombre de choses en retour également, à condition bien sûr que cela n’affecte pas la mission principale de vie que je me suis donnée.

Etant donné que nous sommes encore dans la société de l’argent, c’est le CIRI qui prendrait en charge tout cela. Un loyer serait au maximum de 800 €.

La seule hypothèse d’un hébergement hors argent s’inscrirait dans l’une des deux hypothèses suivantes :

  • j’apporte une valeur ajoutée au lieu qui rapporte au lieu plus d’argent –ou de richesses– que ce qu’un loyer ordinaire apporte, auquel cas c’est du gagnant-gagnant, et nous sommes dans une logique d’échange direct
  • le lieu est d’accord pour fonctionner en monnaies libres (qui, je le rappelle, ne sont pas antagonistes avec l’économie du don)

Dans les deux cas, il faut du temps pour construire une telle relation, ce temps durant lequel se bâtit la confiance. Ensuite tout devient possible.

Voilà, les choses sont dites. Je laisse maintenant l’univers conspirer !  🙂


Vers une vie de charité

Texte en audio (cliquer ici pour le lien direct) :
[audio:111013_vers_une_vie_de_charite.mp3]

Charité… voici un mot que je ne murmurais que dans mon cloître intérieur, et ce, depuis l’enfance.

La Charité - Léon Lucien GoupilMot aujourd’hui dévoyé, qui a perdu de son éclat originel avec la patine du temps et sa mise sous scellé par l’idéologie marchande. Charité… celui qui la demande est forcément un nécessiteux. Celui qui la donne est un puissant ou un bourgeois, dans tous les cas quelqu’un de bien installé dans la société conventionnelle, qui se trouve en mesure de donner –non sans condescendance– et de légitimer au passage sa puissance ou sa posture existentielle. Qui n’a en lui l’image d’Epinal des bonnes œuvres, ou des bourgeois endimanchés donnant aux mendiants à la sortie de l’église ?

Charité… ce mot est-il définitivement enterré ? Ce serait se priver d’un trésor gorgé de sens, chargé d’histoire, dont la lumière et la sagesse qu’on a mises dedans nous éclatent aux yeux dès qu’on brise les scellés. Dans son sens originel, caritas est la mise en pratique, en action, d’un état d’amour absolu. Cet amour qui n’est plus dirigé vers un être particulier ou une chose, cet amour qui irradie, qui illumine partout autour de lui, sans distinction, sans direction. La manifestation de cet amour en actes est la charité. Ainsi donne-t-on, ainsi reçoit-on, dans la chaîne du service que nous nous donnons les uns aux autres. On est loin de l’économie de marché, enfermée qu’elle est dans son dogme de réciprocité immédiate (“si tu n’as pas ce dont j’ai besoin en retour, je ne te donnerai pas ce que j’ai”). Dans l’économie de la charité, on donne tout ce que l’on peut donner, et l’on reçoit ce dont on a besoin. Nul besoin de symétrie et d’immédiateté. L’essentiel est de donner en état d’amour, sans condition, et de recevoir de la même façon.

Voilà qu’aujourd’hui je le prononce pleinement, ce mot de charité, presque avec ivresse. Charité… Il fleurit à la surface de ma conscience comme un nénuphar issu des profondeurs.

Charité… c’est par elle que je donne aujourd’hui, et par elle que j’apprends à recevoir.

Donner est facile. J’ai des talents, des connaissances, la santé, de la volonté, plein de choses à offrir. Du moins, c’est ce que m’en disent les autres.

Recevoir est là où j’ai encore beaucoup à apprendre. Non plus émotionnellement ou même spirituellement, mais pratiquement.

En effet, recevoir en état de charité aujourd’hui me confronte à de bien hauts cols à passer, dans la société d’une part, et dans la façon de m’y prendre d’autre part.

Les questions sociétales pour commencer :

– Comment vivre aujourd’hui de charité dans une société qui l’a chassée de sa réalité ?
– Comment vais-je pouvoir construire une dynamique du lien, du service, qui ne soit considérée ni comme de l’assistanat, ni comme de la dépendance, ni comme du mécénat ?
– Comment poser ce contrat social — vivre en charité — de manière claire ? Comment le communiquer bien ?

L’économie du don est notre contrat social naturel, celui que nous pratiquons depuis la nuit des temps en petite communauté, à commencer  par le noyau familial. L’économie de la charité est la transposition de l’économie du don au niveau universel, sans limite de temps, de nombre et d’espace. Dans cette vieille Europe où j’habite, la solidarité s’est sur-institutionnalisée. A ma connaissance il n’est pas écrit dans notre contrat social contemporain qu’on peut vivre de charité. Recevoir, a forcément quelque chose à voir avec le profit (une vente, un salaire, un héritage, une rente, des dividendes), ou avec l’assistanat… Argent rare oblige, nos sociétés ne laissent presque plus de place au don spontané, tout simple, sans prétention. Il faut déclarer, souscrire, taxer, justifier, remplir des formulaires… N’est-ce pas ironique, en passant, de voir combien les échanges marchands sont dérégulés et laissent libre cours à toutes les catastrophes sociales et humanitaires, alors que solidarité et don sont bornés par des mécanismes de contrôle lourds, coûteux et bloquants ? Pourtant au cours de l’histoire, les collectifs ont toujours soutenu par charité leurs chamanes, leurs guérisseurs, leurs prêtres, leurs moines, leurs médecins. N’étant aucun de ces derniers, ne me revendiquant d’aucune église, d’aucun courant spirituel ou politique, d’aucune de ces étiquettes qui rassurent, voilà qui ajoute du piquant à ma situation. Si j’étais moine, personne ne se poserait de questions. Les gens sont désorientés à mon sujet, et je les comprends.

Comment, dans ce contexte, ne pas se condamner à la précarité et la marginalisation ?

C’est un fait, ces derniers mois ma visibilité s’est inscrite dans le très court terme. Ce que d’aucuns appellent la précarité. Début septembre par exemple, il m’est arrivé de n’avoir presque plus rien à manger. Situation ironique car tout autour de moi n’était que richesse : logé dans une magnifique maison dont un an de loyer m’a été offert, par charité, afin de pouvoir travailler sereinement et avoir un lieu de vie pour mon petit garçon. Richesse car entouré d’informatique pour avancer sur les projets, richesse car mon travail me met en contact permanent avec des personnes magnifiques, richesse car en pleine santé et en pleine action. Et là, pourtant, presque plus rien à manger, avec un porte-monnaie aussi vide que le panier à provisions. L’aide est venue juste au bon moment, dans sa perfection, par la voie du cœur. De magnifiques personnes m’ont donné. Pourquoi ? Certainement pas dans une démarche d’assistanat — pour rappel j’ai choisi ma situation présente, elle n’est pas le fruit d’un accident. Ces personnes m’ont donné car, dans leur expérience, je puis ainsi continuer à faire mon travail, dans la grande chaîne du service. C’est tout simple finalement. Do ut des, je donne pour que tu donnes, dit cette belle formule latine. La charité est une grande chaîne.

Chaque fois que ces situations de précarité apparente se sont présentées, pas un instant la peur ne m’a traversé. Pas une nuit je n’ai mal dormi.

Il y a longtemps que la peur m’a quitté. Voilà l’occasion de réveiller un autre mot ancien, la providence. Du latin providentia — pré-voyance. La providence indique la connaissance directe, par delà les faisceaux réducteurs de l’intellect, que tout est juste, tout est à sa place, et que chaque chose arrivera en son temps. La providence est ce mécanisme universel par lequel un être, s’il est en état de grâce, donc dans le service, sera à son tour aidé. Et l’être en question le sait. Pour que la providence opère, il faut s’abandonner totalement, pleinement, joyeusement, sans aucune réserve, aux lois de l’Univers. Le lâcher-prise doit être complet. Nous voici avec encore une autre notion chrétienne ancienne, celle du sacrifice. Encore un autre mot bien dévoyé par la modernité, alors qu’éthymologiquement il veut dire “rendre sacré” (du latin sacrificium, de sacer facere). Une fois que l’on s’est complètement offert en sacrifice à ce Principe Universel — donnez-lui le nom que vous voulez — chaque instant de vie est vécu comme un cadeau. Un pur état de grâce, et la grâce nourrit la grâce. Vous l’avez compris, la providence est ma principale alliée.

J’ai exploré jusqu’ici les questions de société ainsi que de mes postures intérieures. Il manque la dernière partie : comment pragmatiquement opérer la transition vers une vie de charité, alors que j’ai encore un pied englué dans l’économie de marché ?

Pour achever ladite transition, il me reste encore à clore complètement ce qui me rattache à ma vie passée. J’ai encore des meubles de famille au garde-meuble qu’il me faut transmettre à mon petit garçon et à sa maman. Ca, c’est en cours. Sauf que je dois encore de l’argent au garde-meuble et que tant que cela n’est pas réglé, je n’y ai pas accès et je ne puis solder la situation. Il me reste encore des choses à payer du passé, de vieilles queues d’assurance, des règlements pour la plupart administatifs et sans intérêt. Sans entrer dans des détails, la réalité est que dans cette première phase de transition vers ma nouvelle vie, je me suis endetté. Je n’ai pas complètement achevé le processus de dépouillement, faute de temps, ayant donné la priorité au service. A moins que je n’aie pas été assez radical ? Tout ce qui me rattache encore à l’ancien, même si ce n’est plus grand chose, continue de coûter suffisamment pour que le cumul m’ait mis en dette. Oh, pas grand chose, quelques milliers d’euros, mais quand on a cessé de chasser l’argent rare, les petites sommes prennent des proportions qu’elles n’avaient pas avant… Il me reste encore à jouer un peu avec cette vieille économie afin que, dans les mois qui viennent, je puisse enfin pleinement vivre au jour le jour, sans aucune dette, avec ce que l’univers et le cœur des hommes voudront bien me donner. Et ainsi continuer cette migration vers les monnaies libres, qui n’ont rien d’incompatible avec la charité, contrairement à ce que tant de personnes croient (elles ne font que projeter ce qu’elles savent de l’ancien sur le nouveau).

Quant à la maison dans laquelle j’ai vécu ces 11 derniers mois, sauf changement de dernière minute, je la quitte avant mi-novembre 2011. Si elle a été un magnifique cadeau, elle n’en était pas moins un espace de transition, comme le reste. Quels que soient les lieux de vie qui m’accueilleront à l’avenir, je souhaite qu’ils arrivent nourris par un contrat clair, celui de la charité. Je ne veux pas me contenter d’un loyer, même si ce dernier est offert. Je souhaite pouvoir honorer mon lieu de vie, l’aider à grandir, à s’enrichir dans le sens le plus profond du terme, avec les personnes qui y sont comme moi rattachés, qu’il s’agisse de propriétaires ou de voisins. Plusieurs de mes proches, c’est amusant, m’ont dit spontanément qu’un monastère serait idéal. Cela fait longtemps que j’y pense. En effet, c’est bien de silence, de soutien et de concentration dont j’ai besoin, mais quel monastère serait prêt à accueillir une personne comme moi, avec le projet qu’elle porte ? Quel lieu spirituel aurait envie de soutenir le type de service que j’ai choisi ? D’autant que mon travail demande une certaine infrastructure : connexion internet, un espace pour filmer, une aide dans l’organisation… bref, un certain environnement pas forcément très compatible avec un espace contemplatif. Mais qui sait ?

Voilà donc un petit tour de la question pour ce qui est de recevoir. Concernant le fait de donner, c’est nettement plus simple.

Mon objectif pour 2012 est de rendre lisibles et compréhensibles toutes ces années de recherche et de découvertes sur l’intelligence collective, avec bien sûr tout notre travail sur les monnaies libres. Au-delà d’un travail d’écriture classique, je me suis fixé un objectif plus ambitieux, et plus efficace aussi je crois. Il s’agit de créer entre 80 et 100 mini vidéos de 6, 12 ou 18 minutes, suivant les cas. Chaque vidéo explique un aspect, un thème particulier de l’intelligence collective et/ou des monnaies libres, dans le cadre du CIRI : holoptisme, objets-liens, économies asymétriques, langage des flux, streamscapes, économie de l’expérience, créatifs culturels, phéromones sémiotiques… voilà beaucoup de sujets tous plus passionnants les uns que les autres. Chaque fois qu’il s’agira de creuser, alors de nouvelles vidéos iront dans le détail. L’idée m’est venue après ma conférence TEDx à Paris en janvier 2011, sous forme de question : comment faire des conférences TED depuis chez soi ? Comment proposer une qualité au moins équivalente, avec beaucoup de valeur pour ceux qui regardent, tout cela depuis chez soi, sans monter sur scène, sans équipe de télé ? J’ai beaucoup travaillé sur ce concept ces derniers mois, la voie s’ouvre tout grand aujourd’hui.

Mon vœu le plus cher pour 2012 est donc de pouvoir créer tous ces contenus, et de les offrir. Le pari au bout ? Transformer la vision des monnaies libres en mouvement global que plus rien ne pourra arrêter. Mégalo ? Peut-être. Pourtant c’est toujours comme cela que les grands changements s’opèrent. Il suffit de voir toutes les salles dans lesquelles j’ai parlé, comment les gens n’attendent qu’une chose : se libérer de la dépendance que nous avons à l’argent, pour pouvoir enfin construire des sociétés fondées sur le mutualisme et non la seule compétition. C’est parfaitement possible aujourd’hui. C’est cette vision et ce mode opératoire qu’il est temps pour moi de partager clairement. La suite en découlera naturellement.


CREDITS:

Photo: Shelley Mags
Music: The Strange Case of Benjamin Button – Alexandre Desplat

 


Deux ans après le vœu de richesse

Deux ans déjà !

Deux ans que le vœu de richesse, fruit d’un cheminement spirituel, s’est manifesté en moi et ne m’a plus quitté. Il est temps de faire un arrêt sur images. Où en suis-je ? Qu’est-ce qui a réussi et qu’est-ce qui attend encore d’être transformé ? Qu’ai-je appris ? Quelles sont les prochaines étapes ?

L’application du vœu de richesse m’a conduit à deux choix très concrets.

Le premier, c’est de quitter l’argent pour migrer vers un système monétaire respectueux de l’Homme et de la vie. Ce sont les monnaies libres. Le nouveau site du CIRI — Collective Intelligence Research Institute — va traiter abondamment de ce sujet en tant que tel.

Le second choix, c’est de passer de l’économie de marché à l’économie du don. En fait, je préfère le terme économie de la générosité car la générosité est un état d’être qui ne se réduit pas au “don” unilatéral de quelque chose de matériel. Donc, économie de la générosité.

C’est mieux de le partager en live non ?

 


Liens connexes :


Un an après le vœu de richesse

Plus d’un an a passé depuis le 7 septembre 2009, jour où le vœu de richesse est entré dans ma vie. Autant ce vœu s’est manifesté comme une évidence, autant il m’était difficile à l’époque d’avoir une idée du chemin qui me mènerait à son application pratique, en particulier le fait de migrer de l’argent conventionnel vers les monnaies libres.

Je reprécise ici que le vœu de richesse est une expérience spirituelle, un engagement envers l’infinie richesse qui nous entoure en tant que manifestation inhérente de l’Univers. Le fait de quitter la monnaie conventionnelle — l’argent, les euros, et tout ce qui va avec — est une application circonstancielle de ce vœu. Elle est liée à mon époque et à ce que j’ai choisi d’y faire via ma propre expression. Quelqu’un d’autre peut parfaitement prononcer ce même vœu et choisir une manière différente de le manifester. Le vœu de richesse n’oblige pas à quitter la monnaie conventionnelle, quand bien même il questionne profondément notre rapport à l’argent.

Où en suis-je un an après ?

Je suis au milieu du gué, c’est-à-dire déjà bien éloigné de l’argent conventionnel, sans pour autant avoir construit une existence dans les monnaies libres. Le milieu du gué est le passage le plus délicat. Les courants y sont forts, on peut chanceler et se retrouver entraîné dans de dangereux tourbillons. On est au plus loin des deux berges, le doute s’installe facilement, surtout quand il est aidé par les autres qui, sur la rive, ne se privent pas de manifester leur scepticisme. Il faut à tout prix rester en équilibre, car c’est sur cet équilibre et cette volonté intérieure que tout se joue.

Les faits maintenant…

J’ai quitté ma maison en mai dernier. Donc plus de loyer en euros.

Je suis nomade. Pour l’instant je loge chez les amis qui m’offrent l’hospitalité, qui comprennent et soutiennent ma démarche. C’est une situation transitoire, inconfortable, mais qui rapproche. J’essaie de faire que mon séjour apporte quelque chose, dans l’invisible comme dans le matériel. Ce n’est pas toujours évident car ma présence n’est jamais neutre, vu les engagements que je porte en moi. Ces derniers interpellent, même si je ne fais aucun prosélytisme et si je me montre aussi discret que possible. Etre dans le service au temps présent, et rester focalisé sur l’énorme travail de développement des monnaies libres demande un fin réglage, une vigilance permanente. J’apprends beaucoup dans ces équilibres délicats.

Mon corps est devenu ma vraie maison. Une évolution que j’apprécie d’autant que le corps a toujours été pour moi l’espace dans lequel s’incarne la connaissance. Les potentialités, les idées, les concepts qui ne sont pas encore descendus dans le corps n’ont pas encore opéré leur incarnation dans la matière. Le corps est un espace de transmutation alchimique dirigé par la conscience.

La plus grande difficulté dans ce nomadisme réside dans ce que cela impose à mon petit bonhomme Estéban. Il n’a plus sa petite chambre à lui, ses jouets sont dans un container. Il doit, lui aussi, s’adapter et franchir le gué avec moi. Heureusement, il a une base et sa chambre à lui avec sa maman Stéphanie. Pour Estéban un équilibre dans les extrêmes s’est révélé : sa maman lui donne les racines, son papa lui donne les ailes. J’ai beaucoup de gratitude pour Stéphanie pour son soutien dans toute cette aventure de vie.

J’ai quitté la banque. Plus de compte en banque, plus de carte de crédit, plus de jeu de cache cache (c’est le cas de le dire) avec les + et les -. C’est un pas symbolique important pour moi.

Je rends ma voiture également, c’est l’association TheTransitioner qui en devient propriétaire. Je ne m’en sers plus que marginalement sur le plan personnel, ce sont surtout les déplacements professionnels qui en justifient l’utilisation. Donc plus de voiture perso non plus.

Les seules dépenses qui demeurent aujourd’hui sur le plan personnel sont :

  1. nourriture et hygiène (dentifrice, shampooing, etc)
  2. quelques objets de temps (des vêtements par exemple)
  3. et surtout le nécessaire pour l’éducation et le bien-être de mon petit garçon, en particulier les frais de scolarité

Mes besoins personnels sont devenus modestes. Je vis aujourd’hui avec une valise, et je m’en porte très bien. Je ne ressens aucun besoin particulier, tout ce qui m’importe est de servir et d’accompagner mon petit garçon dans son chemin de vie.

Je continue aujourd’hui de fonctionner avec des espèces pour les postes 1 et 2. Pour les dépenses scolaires d’Estéban (3), plus conséquentes, j’espère cette année pouvoir aider l’école d’Estéban à évoluer vers les monnaies libres. Cette dernière, embourbée dans une incertaine survie liée à l’argent rare, aurait tout à gagner avec les monnaies libres. Cela me permettra également d’y développer une relation conforme au vœu de richesse.

Les prochains pas ? Ils consistent bien entendu à me séparer de l’argent rare que j’utilise encore, afin de construire une existence riche dans les monnaies libres. C’est la phase la plus délicate. Elle nécessite que la plate-forme “flowplace” ainsi que les protocoles MetaCurrency aient suffisamment évolué pour être utilisables par des cercles économiques. Cette transition doit être organique.

C’est en réussissant ce pari que nous pourrons démontrer qu’il est possible ! “Nous” ? Eh oui. Ma bien-aimée Fernanda, elle aussi, opère cette même transition, à sa manière au Mexique, dans son contexte. Elle pourra peut-être en témoigner dans son blog.

Et tout ceci n’est possible, bien sûr, que grâce aux actions de celles et ceux qui nous accompagnent. Même si le chemin peut parfois sembler solitaire, c’est avant tout une aventure collective !


Restonsconnectés