Quand les BonnesGueules me font causer…

Je voudrais ici une fois de plus saluer et remercier les BonneGueules, dont j’ai déjà abondamment parlé dans cet article. Ils continuent leur irrésistible progression, avec sérieux, humour, ingéniosité et pugnacité. Et en plus, ils se permettent d’interviewer un zozo comme moi et de mettre cet échange sur leur site, ce qui traduit leur ouverture d’esprit, leur curiosité et leur accueil.

Merci Benoît et Geoffrey, vous me faites beaucoup d’honneur et j’espère toujours m’en montrer digne !

 

⬇️ Cliquez pour voir l’interview ⬇️

Interview Jean-François Noubel par Benoît de BonneGueule

 

 


Interview sur Auroville Radio

Jean-François Noubel - Auroville Radio
Photo Roland Katz

Voici une interview en français sur Auroville Radio, donnée le 22 décembre 2014, à Auroville, Inde, près de Pondicherry. Interview réalisée par Roland Katz, un homme formidable qui sait faire parler les êtres et relier les âmes.

Sujets explorés : l’évolution, l’intelligence collective, langue, ontologie, traditions spirituelles, Auroville, richesse intégrale, économie du don, la vérité, le courage…


Hommage aux amis de BonneGueule

Du junk food au junk fringue

Sweat shirts junkIl y a quelques années, dans la dynamique du vœu de richesse, je pris conscience que la recherche et l’expression du beau, bon, vrai que j’avais faite dans bien des domaines (alimentation, corps, langage, etc), je ne l’appliquais pas dans la façon de me vêtir. Je m’habillais exactement comme certains s’alimentent dans les fast food. Aller dans les magasins de vêtements relevait d’une torture que je m’infligeais tous les 2-3 ans durant les soldes. A peine le pied dans un centre commercial, j’avais envie de fuir tellement l’ambiance tirait mon énergie vers le bas, et tant la variété, la vanité et la superficialité des choix me décourageait.

Soudain conscient de cette ignorance, je me dis qu’il devait bien exister des sites conseillant les hommes pour qu’ils apprennent à bien s’habiller. Deux clics plus loin, j’atterrissais sur BonneGueule.fr.

 

BonneGueule.fr, la mode masculine intelligente

A l’époque, il s’agissait encore d’un blog. Pourtant il m’apparut immédiatement que les deux instigateurs, Benoît et Geoffrey, incarnaient l’avenir, celui de l’économie de l’expérience (voir conférence “l’innovation par l’intelligence collective” à ce sujet). En partageant généreusement et sans complexes leur extraordinaire expérience du vêtement, de la mode, du cheminement personnel, du sens de la qualité, les fondateurs de BonneGueule.fr aidaient une communauté grandissante d’hommes à développer une relation profonde avec le vêtement.

Guide de l'homme styléJe lus avec avidité et délectation leur premier “BonneGueule Book” (suivi plus tard du “Guide de l’Homme stylé… même mal rasé” et du BonneGueule Book II juste sorti), puis dans la foulée, je profitai des soldes d’hiver pour refaire toute ma garde-robe. Je découvris les petits magasins et créateurs du Marais à Paris, j’appris à quelle grande marque faire confiance ou pas (on a des surprises), je développai mon jugement sur les matières, les couleurs et la qualité, je devins enfin capable de voir si un vêtement taillait bien sur moi, et quels assemblages pouvaient exprimer ma personnalité. Plutôt que de chercher, j’eus aussitôt l’impression que chaque vêtement juste me trouvait, sans effort. Arpentant mes premiers magasins, je ressentis la même exultation qu’un chercheur d’art. Je découvris le plaisir joyeux, sensuel et érotique de porter un vêtement qu’on aime, et de réaliser combien le vêtement constitue la première manifestation de soi, à fleur de peau. Rien à voir avec la mode et son dictat, même si l’on s’inscrit dans les courant de notre époque. Rien à voir non plus avec le consumérisme. En constituant une garde-robe juste, de qualité, esthétique, faite pour durer longtemps, et ce au moment des soldes, j’eus l’agréable surprise de voir que j’avais dépensé autant que les achats “junk” des années précédentes.

Cette démarche s’inscrivait en harmonie avec le vœu de richesse et la philosophie pratique de l’économie du don. Faire circuler avec conscience l’argent que l’on m’offre implique de ne pas soutenir le junk (food, vêtements, services), point final. Je préfère payer plus cher, beaucoup plus cher même, et attendre le temps nécessaire, afin de souvenir les filières durables, créatrices, artistiques, fertiles en rapports humains. Je le fais depuis longtemps pour la nourriture ; bien m’habiller me fit prendre conscience comment cette démarche devait s’appliquer à tout flux d’argent, peu importe le type d’achat.

Vers l’économie de l’expérience

Benoît et GeoffreyRetour à nos amis de BonneGueule et à leur blog de mode masculine. Je pris contact avec eux et fis connaissance avec leurs fondateurs, Benoît et Geoffrey. Différents et complémentaires l’un de l’autre, j’admirais leur bon sens, leur détermination, et le fait que, sans le savoir, ils incarnaient les modèles de richesse de demain.

L’économie de l’expérience nous montre que le produit ne devient plus une finalité, mais le catalyseur d’une expérience. Une expérience qui se construit dans les communautés, les conversations (cf Cluetrain Manifesto), le pair-à-pair, le partage inconditionnel et gratuit d’expérience, la transparence absolue, et la confiance. Demain (en fait aujourd’hui déjà), on investira nos richesses dans les produits qui catalyseront cette expérience (un vêtement qui incarne une histoire, des valeurs, un savoir-faire, une culture, des amis…), ainsi que dans les services qui nous aideront à construire cette expérience (conseils, évaluations des progrès, monnaies libres, accompagnement, rencontres, collectifs…).

J’eus de nombreuses discussions avec Geoffrey et Benoît sur ces sujets. Nous devînmes amis. Cela nous conduisit tout naturellement jusqu’à Centifolia 2013, où Geoffrey eut l’occasion, en anglais s’il-vous-plaît, de partager l’expérience acquise en tant que jeunes entrepreneurs. Une magnifique conférence dont j’admire la sincérité, la véracité et la vulnérabilité. Je vous laisse découvrir…

http://www.youtube.com/watch?v=-OmYQvCsMX8

Et voici qu’aujourd’hui BonneGueule devient une marque de création de vêtements. Cela s’inscrit dans leur évolution naturelle. J’adore leur annonce. Ecoutez bien dans la 2ème partie de cette vidéo, la façon dont Benoît parle du t-shirt qu’ils ont designé. Ses propos incarnent exactement l’économie de l’expérience.

Prochains étapes et pièges (à éviter)

Dans les prochaines étapes à franchir, sur le beau (créativité, esthétique…), pas de souci, nos amis de BonneGueule vibrent. Ca kiffe sévère de ce côté 🙂 Ma boule de cristal me révèle des pas supplémentaires vers le bon et le vrai (en tant que vegan j’ai arrêté le sacrifice d’animaux).

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Un livre qui pourrait inspirer…

Concernant le bon, l’environnement et le social restent encore les grands absents dans le monde de la mode. Côté environnement, je sais que de nombreux challenges demeurent quant au choix des matières dès qu’on veut faire du beau (teintures notamment). Côté social, je crois fondamentalement à l’importance de rendre transparentes les conditions humaines dans lesquelles on fait fabriquer un vêtement. Des prix raisonnables, certes, mais à quel prix, justement ?

Concernant le vrai, BonneGueule manifeste une belle transparence sur ce qu’ils vivent, sur leurs choix, leurs pérégrinations et même leurs erreurs. Reste à étendre cette posture à tout l’écosystème de fabrication, ce qui nous ramène au bon.

Justement, ce souci de la richesse intégrale, sujet que j’évoque souvent avec eux, devrait les amener à développer une labélisation multidimensionnelle du vêtement. Concrètement, il s’agit de trouver une constellation de labels qui exprimeront la richesse d’un vêtement dans son aspect multidimensionnel. On a bien sûr les notes environnementales, sociales et santé. En ce sens, une coopération avec un acteur comme GoodGuide pourrait s’avérer fructueuse à terme. BonneGueule peut peut-être s’intéresser de plus près au Higg Index, même s’il s’avère encre très jeune et peu ouvert. On peut également ajouter des notes qui mettent en avant les petits créateurs face aux grandes marques, qui soutiennent une économie locale, qui reflètent l’aspect technique d’un vêtement, ou son aspect artistique, etc. A eux d’y réfléchir. Je pense que cette approche permettra de tirer la mode vers le haut. Elle pourrait inspirer toute la filière, au-delà même de notre petit village gaulois.

 

Enfin, pourquoi BonneGueule ne deviendrait pas une B-Corporation (voir conférence Centifolia 2013) ? Ils en ont le profil et les qualités.

Victimes BangladeshDans la rubrique des pièges à éviter, j’y vois ceux que l’argent rare pose systématiquement sur le chemin du succès. En particulier, tirer les prix vers le bas pour garder ou conquérir des parts de marché pousse à la tentation incessante des externalités négatives. Une externalité négative se produit lorsque, pour économiser ou gagner plus d’argent, on fait payer à d’autres les conséquences négatives de nos choix. Par exemple lorsqu’on fait travailler des gens sous-payés, on produit de la pauvreté ailleurs dans le monde. Ou lorsqu’on pollue, on reporte sur l’avenir, en particulier les générations futures, les conséquences systémiques que cela va provoquer. Eviter les externalités négatives implique d’intégrer cela dans les investissements présents. La démarche consiste à produire des écosystèmes humains et biologiques meilleurs après qu’avant. L’économie classique, construite sur l’opacité et le rapport qualité-prix, va dans le sens exactement contraire. L’économie de l’expérience, fondée sur la transparence, la richesse intégrale et l’holoptisme, commence à savoir appréhender ces holistiques et non-linéaires. Reste encore beaucoup à faire. Des startups comme BonneGueule, ainsi que tout l’écosystème humain qu’elles catalysent ne peuvent qu’y gagner.

Et puis…

JF Noubel supermanEt puis BonneGueule focalise aujourd’hui sur la jeune génération. Normal, Rome n’a pas grandit en un jour. Il y a les autres générations auxquelles parler, la mienne, et celle de mon fils Estéban. La mienne, je n’ai pas beaucoup d’avis dessus car mes choix de vie m’en éloignent assez radicalement. En fait, sans vouloir faire une crise de jeunisme propre à la cinquantaine, je me retrouve beaucoup plus dans la génération d’Estéban. De quels vêtements aura besoin cette génération ? Les mêmes que ceux que je recherche aujourd’hui pour moi : des vêtements à la fois élégants, techniques, nomades, et éthiques.

Mais voilà une autre histoire… j’en parlerai bientôt.

En attendant, les amis, venez vous aussi vous composer une BonneGueule !


Demander inconditionnellement

L’expérience m’a appris que quand une personne entre dans l’économie du don, la plupart des gens pensent que cette personne devrait demander uniquement ce qui sert ses besoins basiques de survie. Au-delà de cette ligne, on entre dans le futile ou le trop demander. Cette façon de penser démasque un conditionnement de plus issu de la société de l’économie de marché.

Economie du don vs économie de marché

you_get_what_you_pay_for_fr_350x400L’économie de marché se construit à partir d’une tension entre chaque partie, où chacun essaie d’obtenir le meilleur des autres. Pour un produit ou un service donné, le vendeur essaie de réaliser la plus haute marge possible avec un investissement le plus bas possible, alors que l’acheteur vise le prix le plus bas tout en recherchant les plus hauts avantages. Chacun tire la couverture à soi. De ces tensions émerge un soi-disant équilibre, soigneusement entretenu par la croyance qu’une main invisible équilibrera tout et que personne ne tombera de la falaise.

Autre aspect fondamental : l’économie de marché implique que l’on ne donne pas sans contrepartie. Vous vous séparez de quelque chose à la condition qu’une valeur réciproque revienne vers vous. Pas de contrepartie ? Rien de donné. D’un point de vue systémique, une telle conditionnalité génère beaucoup de limitations.

En regardant ces deux faits — la tension marchande et la condition de réciprocité– je ne peux pas dire que l’économie de marché incarne un contrat social particulièrement ambitieux. Pas de jugement ici, je ne fais qu’utiliser les lunettes de l’intelligence collective. D’ailleurs la société humaine aurait-elle grandi sans l’économie de marché et l’argent en tant qu’infrastructure technologique ? Aujourd’hui on peut faire bien mieux, avec Internet, avec les socialwares et une connaissance profonde de l’intelligence collective.

VIllage des SchtroumpfJetons donc un coup d’œil à l’économie du don. Cette dernière ne peut fonctionner que lorsque les participants ont un sens du tout, d’où le fait que l’économie du don n’a toujours existé qu’à petite échelle dans des petits collectifs. D’ailleurs elle représente la plus ancienne et la plus naturelle forme d’économie que nous connaissions. Dans l’économie du don, vous savez quoi donner, quoi recevoir, et quand. Vous comprenez le sens de vos actions et vous n’opérez pas en tant qu’acteur aveugle. Cette relation vivante entre l’individu et le tout, ou entre le “je” et le “nous” s’appelle l’holoptisme. Quel tout ? Le tout de la communauté à laquelle vous appartenez, ou le tout en tant qu’univers tout entier, seule l’échelle change. Même si vous n’avez pas la capacité de tracer ou comprendre complètement les conséquences complexes et non-linéaires de vos actions, vous vous laissez guider par une profonde connaissance du caractère juste de vos actes. Dans un petit collectif (un village, une famille, une équipe de sport…), vous pouvez facilement suivre les bénéfices du fait de donner ou recevoir, pour vous, pour les autres, et pour le collectif. Si vous en venez à opérer au niveau cosmique, alors il vous faut vous relier à une connaissance plus profonde sur la manière dont l’univers fonctionne. Cette connaissance ne provient pas du mental déductif, et en plus vous ne pouvez pas suivre les conséquences de vos actions. Le sens du tout et le sens du juste proviennent tous deux d’un processus transrationnel (Wilber) ou supramental (Aurobindo).

Ainsi, dans l’économie du don, un don réel implique l’absence de toute dette cachée, j’insiste là-dessus. Un cadeau vient sans aucune attente cachée ni aucune négociation. Cela ne veut pas dire que l’on donne ou reçoit sans conditions. Dans mon cas, j’offre mon temps et mon expertise aux personnes set aux organisations à condition qu’elles donnent à leur tour et s’ouvrent à la dynamique de la générosité. Je demande également que l’on fasse tout en open source. Lorsqu’on décide d’aller plus loin, je n’offre mon temps que pour des projets pionniers car il s’agit du terrain sur lequel je me montre le plus efficace. Quant à accueillir des dons, je m’assure bien qu’ils proviennent d’une démarche juste et joyeuse de gratitude.

De la théorie à la pratique

MéritocratieD’un point de vue intellectuel, l’économie du don semble facile à comprendre. La pratiquer nous embarque dans une toute autre dimension. Par exemple j’ai récemment pris conscience comment un “virus” peut insidieusement empoisonner l’économie du don et la travestir en économie de marché. Ce virus a un nom : l’utilitarisme. Il fonctionne sur la croyance que pour vivre dans l’économie du don, il faut prouver son utilité à la société. En d’autres termes, on doit mériter ce que l’on demande. Le mérite opère en tant que doctrine qui détermine notre droit d’exister dans un monde où “gagner sa vie” s’énonce comme un mantra. Cela érige un système méritocratique dans lequel il faut sans cesse démontrer sa valeur et sa productivité.

En tant que personne offrant son temps et ses talents ces dernières années, j’ai eu le beau rôle. Quand je donne, je fais ce que j’aime, j’évolue dans le meilleur contexte possible, je jouis de la reconnaissance et des remerciements de mes pairs. Je manifeste mon utilité.

Maintenant vient le temps de demander la richesse qui m’aidera à réaliser de plus belles choses encore. Je me surprends en train de légitimer ma demande en justifiant mon utilité. “Regardez ce que j’ai accompli jusque là et ce que j’ai l’intention de faire dans le futur. Ne mérité-je pas votre soutien ?” Il a fallu que je me retrouve dans ce contexte –demander publiquement des richesses– pour prendre conscience de l’utilitarisme sous-jacent que mon message véhiculait.

Maintenant que je m’en aperçois, je souhaite bien sûr éviter ce piège. Donner inconditionnellement a construit le premier chapitre. Le prochain chapitre pourrait s’intituler :

“demander inconditionnellement”

Voilà la partie la plus risquée, la plus vulnérable et probablement la plus difficile à comprendre pour beaucoup. Ne pas demander inconditionnellement impliquerait de ne pas opérer honnêtement dans l’économie du don. Et en même temps, qui se sent prêt à comprendre la démarche ?

Au nom des saintes bananes, pourquoi je me foure dans de telles situations ? 🙂

Eviter le pauvrisme

Lapin et carottesUn autre aspect de l’économie du don consiste à éviter le pauvrisme, je veux dire par là de véhiculer une idéologie inconsciente de la rareté, ce qui amène à l’état de survie et non plus de vie.

Le vœu de richesse que j’ai prononcé engage à honorer l’arc en ciel intégral de la richesse, matérielle et immatérielle, de ses formes basiques (nourriture, toit, vêtements, etc) aux plus hautes réalisations de l’être (joie, beauté, liberté, art, amour, etc). La demande de choses comme un beau vêtement ou un bon instrument de musique peut paraître consumériste à certains, en fait cela incarne l’exact opposé. Demandez simplement à l’univers, donc à vous-même d’abord, ce qui fera de vous la personne la plus libre et créative. Ni plus, ni moins. Il s’agit de vivre au milieu des objets et des flux justes qui servent nos aspirations et manifestations les plus élevées, et qui servent le monde par la même occasion. En ce qui me concerne, plutôt que de simplement demander de la “nourriture” (pauvrisme), je veux déguster de délicieux fruits bios qui me donnent une bonne santé tout en soutenant l’environnement. Plutôt que d’acheter des vêtements “junk” fabriqués par des esclaves salariés quelque part au Maroc, en Chine ou au Bengladesh, je veux porter de beaux vêtements, bien designés, de haute qualité, qui dureront longtemps, qui font du bien aux gens qui les fabriquent, ainsi qu’à l’environnement. Plutôt que d’acheter un objet à bas prix qui ne passera pas l’année, je souhaite le meilleur, celui qui durera pour toujours. La richesse intégrale incarne le beau, le bon et le vrai.

Ainsi, contrairement à ce que pensent peut-être la plupart des gens (ou ne pensent pas du tout), l’économie du don va dans le sens contraire du consumérisme, du matérialisme, de la négociation, de la conditionnalité. L’économie du don ne rime pas avec pauvrisme. L’économie du don invite des standards et des alliances sociales plus élevés que l’économie de marché conventionnelle. Elle énonce fondamentalement que nous nous offrons le meilleur les uns aux autres, loin au-delà de ce que le marché peut faire.

Juste demander

Piano Yamaha C3Je veux développer cette faculté de demander l’arc en ciel complet des cadeaux, de la manière la plus décontractée et ouverte possible. Des dons qui me font fleurir et pas seulement ceux qui me font survivre. Cela représente-t-il beaucoup ? Dans l’absolu, non. N’oubliez pas, inviter la richesse intégrale n’a rien à voir avec le consumérisme. Cela implique-t-il des choses chères ? Oui, dans certains cas, du moins dans la perspective monétaire classique. Ai-je besoin de ces choses pour survivre ? Non, sans aucun doute. Ai-je atterri sur Terre juste pour survivre ? Non, sans aucun doute. J’existe pour fleurir, ce qui implique d’offrir et recevoir les meilleurs, les plus beaux cadeaux possibles, au nom de la joie, de la créativité et pour jouer la vie divine ensemble.

Ce que je dis a-t-il un quelconque lien avec l’utilitarisme ? Non. Cela peut sembler paradoxal, mais plus j’ai appris à accueillir mon inutilité, plus j’ai pu entrer dans une relation généreuse avec le monde.

Voici venu le temps de la pratique. Vous trouverez ici ma liste de richesses désirées (et non de richesses dont j’ai “besoin”).

 

 


Richesse intégrale

Voici deux conférences (en anglais) données dans le cadre de Centifolia, respectivement en 2011 et 2013. Toutes deux expliquent et détaillent la notion de Beau, Bon, Vrai, et de richesse intégrale, dont vous m’entendez parler tout le temps.

Cette première conférence “Truth, Goodness & Beauty, a Path to the Perfect Product”, explique le rôle fondateur de ces 3 valeurs primaires dans nos structures ontologiques, et comment elles vont devenir des leviers pour les organisations désireuses d’évoluer vers la richesse intégrale et des modèles transculturels (qui transcendent et dépassent les cloisonnements culturels tout en intégrant la diversité).

Si vous vous sentez d’écrire les sous-titres en français, n’hésitez pas !

 

https://youtube.com/watch?v=a8yGJauaHJQ%3Flist%3DUU3yhfiRvpw3Fd3GY27a0ADg

Cette deuxième conférence détaille et donne le langage de la richesse intégrale : mobile, mesurable, ordonable, et exprimable. Elle pose les fondations du cahier des charges technologique.

Là encore, j’invite qui veut à écrire les sous-titres en français ici.

 


Comment réaliser un produit “parfait” ? Une journée pour y réfléchir

Je viens récemment d’écrire pour une grande marque de parfumerie une proposition de journée stratégique : comment développer des produits ou des services parfaits ? Cette approche stratégique est aujourd’hui applicable par toute entreprise désireuse d’évoluer. J’ai décidé de partager le contenu de cette proposition sur mon blog car cette dernière n’a rien de secret. Elle pourra intéresser d’autres organisations.

La réalisation d’un produit parfait

Un produit parfait est un produit qui incarne et manifeste le Beau, le Bon, le Vrai.

Beau, car il porte en lui une esthétique, une joie de la création, qui touche directement toute personne entrant en contact avec ce produit (ou cette œuvre). Cela implique donc une créativité libérée de contraintes emprisonnantes. Les jeux de contraintes sont au contraire des facteurs qui catalysent la création artistique. Quelles sont les contraintes qui emprisonnent, quelles sont celles qui libèrent ? En quoi le contexte social, culturel et économique dans lequel les créateurs évoluent est déterminant ? Comment créer le bon contexte ?

Bon, car le produit fait du bien à tous, dans toute la chaîne de création de valeur. Il fait du bien aux créateurs, aux producteurs, aux fabricants, aux utilisateurs, à l’environnement, à la vie.

Vrai, car ce produit ne porte aucun mensonge en lui. Il assume ses forces et ses faiblesses, il engage une relation de confiance entre tous les acteurs dans toute la chaîne de création de valeur. Il est une manifestation du principe de réalité. Le principe de réalité nous enseigne et nous fait grandir, de même qu’à notre tour nous l’enrichissons et le transformons.

Stratégie

La dynamique du Beau, Bon, Vrai, n’est pas réalisable dans un contexte économique et social fondé sur la rareté des ressources et la compétition entre les personnes. L’objectif de réalisation d’un produit parfait, ou qui du moins tend vers la perfection, implique le fait de créer le contexte propice à son émergence et sa durabilité. Nous raisonnons donc en terme d’écosystèmes, autant biologiques que sociaux. Nous entrons dans les questions d’intelligence collective, et de l’économie qui la supporte.

Quel est le langage “technique” que doivent apprendre les acteurs pour se coordonner en ce sens ?
Quels sont les outils collaboratifs qu’ils doivent mettre en place ?
Quels contrats sociaux ?
Quel système monétaire ?
Quelles transformations intérieures, de manière à ne plus reproduire les anciens schémas, et nous ouvrir à d’autres possibilités ?
Comment passer à une logique de marché de masse à des logiques de marchés organiques, vivants, conscients d’eux-mêmes ?
Comment faire que le sens et la joie de créer ensemble devienne le moteur principal ?

Plan de la journée

Le matin est réservé pour partager des fondamentaux. Ces derniers nous donnent des mots et des cartes pour avancer ensemble et décider, sachant que les anciens mots et les anciennes cartes ne nous permettent d’avancer que sur le terrain qu’on connaît. Nous abordons donc :
  • Les différentes formes d’intelligence collective (IC): cela permet de bien comprendre dans quoi on évolue maintenant, et où l’on se dirige
  • Comment évoluer vers l’IC globale ? Conditions ? Quels choix personnels faut-il poser ?
  • L’économie de l’IC globale et les monnaies libres qui l’accompagnent
  • En quoi les monnaies libres sont exactement ce qui peut soutenir un marché durable et des produits “parfaits”?
  • L’opportunité que cela représente pour les entreprises et innovateurs d’aujourd’hui
  • Quels sont les prochains pas concrets ?
L’après-midi est tourné vers la créativité, le brain storming, l’ouverture à l’envie de relever un beau challenge : le produit parfait. Je suis là en tant que ressource, pour nourrir la réflexion, apporter des précisions, pousser hors des sentiers battus, aider à se connecter à la joie d’avancer en terrain inconnu, donner des perspectives.

Critères de réussite

Je propose de considérer la journée comme réussie, si :
  • les participants se sont appropriés des notions et cartes essentielles pour poser de vrais choix, tant individuels que collectifs
  • une voie possible apparaît clairement aux participants. Ils pourront choisir ensuite.
  • l’aventure pionnière tente certains (on ne peut attendre cela de tout le monde)

Conditions

Je demande que cette journée soit ouverte et considérée comme non-conventionnelle. Elle doit d’abord toucher le cœur et la mission de vie des participants, avant de s’inscrire dans quoi que ce soit d’institutionnel ou entrepreneurial.

Les participants ne viennent pas en tant que consommateurs d’un stage ou d’un intervenant. Il est clairement établi avec eux qu’ils seront sollicités et amenés dans de nouveaux paradigme.

Plutôt que de venir avec les “oui mais…“, ils viennent avec les “et si on…?

Ils laissent les téléphones portables et le contexte habituel de travail à la porte.

Création et échange de richesses

Dans le contexte conventionnel, TheTransitioner facture 4500 € HT une journée telle que celle-ci.

Ce n’est pas tout : nous souhaitons également fonctionner avec les monnaies libres. Il y a en effet plus de richesses dans l’échange que nous pouvons créer avec les monnaies libres que ce que l’argent conventionnel permet de couvrir. Servir le monde, avoir de la joie à créer ensemble, installer du sens, reconnaître et faire grandir nos talents mutuels, devenir un collectif apprenant, sont autant de richesses que nous pouvons co-construire et favoriser avec les monnaies libres. Elles nous engagent dans le temps et sur le sens.

Ceci dit, nos besoins actuels les plus pressants sont clairement classiques et vitaux : la trésorerie en argent conventionnel. Ces dernières années nous avons financé nous-mêmes toute la R&D, les voyages, les serveurs. L’essentiel s’est fait par notre travail, même si fort heureusement nous avons reçu des soutiens inattendus. Les conférences ont pour la plupart du temps été offertes. Les séminaires ont à peine couvert les frais directs. Il est temps aujourd’hui que le monde nous soutienne en retour, afin que nous puissions continuer notre service. Aujourd’hui TheTransitioner est financièrement exsangue (et pourtant tellement riche !), nous devons reconstituer un capital en monnaie classique.

Je mets dont une question dans une bouteille et la lance dans l’univers, ainsi qu’à toutes nos entreprises amies : allons-nous recevoir du soutien, des richesses, de la part d’autres personnes et organisations, de manière suffisante pour que nous puissions continuer notre travail et notre service ? Recevrons-nous des donation, du mécénat ? Conduirons-nous de l’action-recherche avec des entreprises partenaires désireuses de financer ces efforts, et de faire que les résultats soient offerts dans le domaine public ? Comment bien communiquer sur le fait que le travail de R&D que nous faisons est essentiel pour notre planète et son évolution ?

Une journée de réflexion telle que celle que je viens de décrire donne l’occasion d’explorer — ou plutôt survoler — comment nous pouvons créer ensemble des produits “parfaits”. Des produits qui construisent la vie au lieu d’en extirper les ressources, qui créent de la joie pour tout le monde, qui procurent un sentiment esthétique au plus profond de chacun, qui créent du lien social et du sens, qui nous apprennent des vérités sur la nature du monde. Une telle journée n’est-elle pas un bel investissement ?

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Crédits : la magnifique photo sur cette page est de Steve Wall et se trouve ici.

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