Trois raisons pour lesquelles je ne crois pas à la COP 21

Voici une petite vidéo faite à la volée la veille d’un départ en voyage, le 1er décembre 2015. Veuillez m’excuser pour sa mauvaise qualité. J’ai jugé plus important de partager quelques points de vue au fil de l’actualité que d’attendre les conditions pour un bon tournage et montage.

En résumé :

    1. L’intelligence collective pyramidale s’avère totalement incapable de gérer la complexité du monde d’aujourd’hui. Pire, elle l’a créée, donc seul un système social plus vaste, plus embrassant, plus conscient et plus intelligent peut prendre le relai. Cela participe de l’évolution du vivant.
    2. Nous évoluons dans un monde à conscience encore majoritairement socio-centrée. L’intelligence collective pyramidale se construit sur ce type de conscience. En même temps, nous voyons un mouvement global s’opérer vers une conscience mondo-centrée, qui ne peut reposer sur l’intelligence collective pyramidale, et qui, de fait, donne naissance à la forme suivante : l’intelligence collective holomidale. En attendant, nos chefs d’Etat et dirigeants vivent par la conscience socio-centrée et ne peuvent en conséquence incarner l’avenir, même s’ils le voulaient.
    3. L’argent s’avère une technologie ad hoc pour l’intelligence collective pyramidale. Ca a servi ces derniers milliers d’années. Mais pour une économie systémique, durable, intégrale, à la fois locale et globale, fondée sur les systèmes ouverts, l’open source, l’open innovation, l’argent devient toxique et tout à fait inadéquat. On ne pourra jamais résoudre les enjeux de la COP 21 avec la technologie argent. Il nous faut donc passer aux technologies post-argent.

Non aux gaz à effet de s...

 


Quand les BonnesGueules me font causer…

Je voudrais ici une fois de plus saluer et remercier les BonneGueules, dont j’ai déjà abondamment parlé dans cet article. Ils continuent leur irrésistible progression, avec sérieux, humour, ingéniosité et pugnacité. Et en plus, ils se permettent d’interviewer un zozo comme moi et de mettre cet échange sur leur site, ce qui traduit leur ouverture d’esprit, leur curiosité et leur accueil.

Merci Benoît et Geoffrey, vous me faites beaucoup d’honneur et j’espère toujours m’en montrer digne !

 

⬇️ Cliquez pour voir l’interview ⬇️

Interview Jean-François Noubel par Benoît de BonneGueule

 

 


L’économie du don

 

Cadeau happy_smurf_334x400

Cela va faire bientôt quatre ans que j’ai choisi de vivre dans l’économie du don (j’ai plongé dedans à 100% en septembre 2011). Quatre ans, beaucoup d’aventures sur des mers tantôt calmes tantôt venteuses, et surtout une belle expérience acquise que j’ai plaisir à partager dans la série d’articles qui va suivre. J’espère que cela répondra aussi, en partie du moins, aux nombreux courriers que je reçois. Beaucoup de personnes s’interrogent, certaines aimeraient vivre cette expérience de manière partielle ou complète, ce qui demande beaucoup de technicité. L’économie du don ne s’improvise pas.

Justement, ce premier article se veut tout d’abord “technique”. Il pose les bases et les concepts clés de l’économie du don. Par la suite, je pourrai vous parler de mon vécu plus personnel, de mes échecs et de mes réussites, des choses apprises et des questions que cela soulève aujourd’hui.

Mais commençons par le commencement…

Qu’appelle-t-on l’économie du don ?

L’économie du don implique qu’une personne A offre une richesse à une personne B, sans que cette personne B ait à donner une contrepartie.

smurf_village_800x551
Naïfs les Schtroumpfs ? Pas tant que ça. Lisez “Le Schtroumpf financier”, remarquable !

On dit souvent qu’on donne sans attente et sans compter… Rien de plus faux. Le don implique certes qu’il n’y ait pas de contrepartie demandée (contrairement à l’économie de marché), cependant il y a toujours un contexte dans lequel un don s’effectue. Une fête, un anniversaire, l’envie d’aider, un geste d’amour, une transmission entre générations, la vie sociale dans un village, un acte médical… autant de contextes qui déterminent la nature du don, sa qualité comme sa quantité. On ne donne donc pas n’importe quoi à n’importe qui et n’importe quand. Si je vis dans un village, je peux décider d’aider mon voisin à réparer son toit, vais-je pour autant lui offrir ma maison ? J’offre un livre à mon ami pour son anniversaire, mais vais-je lui offrir 1 million d’euros pour peu que je les aie ? Pour mon enfant, par contre, j’offre ma vie et mon temps sans compter. A l’hôpital, je donne mon sang, sur couchsurfing j’offre le gîte au voyageur. Il existe des circonstances où l’on peut sacrifier sa vie pour d’autres, par amour, par idéologie, par acte de guerre ou de paix, par acte de foi. Si je meurs, je peux aussi offrir mes organes. On peut également donner son temps pour une cause… Chaque exemple que je viens de citer montre l’importance du contexte quant à la nature du don. Il ne faut jamais ignorer le contexte.

L’économie de marché

schtroumpf_financier_vente_pain_800x388L’économie de marché implique ce qu’on appelle la condition de contrepartie. A donne une richesse à B à condition que B retourne une richesse équivalente, sinon la transaction ne se fait pas. Notons que l’économie de marché inclut aussi le troc. Les deux protagonistes doivent tomber d’accord sur l’équivalence des richesses qu’ils s’échangent, ce qui peut donner lieu à de la négociation ou du marchandage. Le prix final, ou la nature de l’accord final en cas de troc, se détermine par l’équilibre des tensions.

L’économie de marché peut se dérouler avec ou sans monnaie. Si elle se déroule avec une monnaie, cette dernière peut exister sous forme d’argent (le type de monnaie que nous connaissons fondé sur la dette, et dans lequel nous avons grandi), ou avec d’autres formes monétaires qui restent à inventer (voir “Vers la société post-argent“). Si l’on utilise l’argent, alors il s’agit de ce qu’on appelle une monnaie rare. La rareté va alors attiser la compétition, la thésaurisation, la concentration des richesses et des pouvoirs. L’argent constitue une technologie appropriée pour une société humaine à intelligence collective pyramidale qui, justement, s’élabore sur l’économie de marché, la compétition et la rareté. J’anticipe que le passage à l’intelligence collective holomidale s’opérera avec la naissance de technologies post-argent qui favoriseront le partage et la coopération, sans pour autant ôter les bénéfices que la compétition peut apporter lorsqu’elle s’avère fertile.

La langue de l’économie du don

Jargon financier (anglais)Nous grandissons, nous vivons, nous mangeons, nous dormons dans le paradigme de l’économie de marché. Il constitue notre paysage quotidien que nous décrivons au moyen de centaines de mots, termes et concepts : achat, vente, remise, marge, chiffre d’affaires, impôts, travail, salaire, charges, bénéfices, pertes, intérêt, crédit, propriété, actions, parts, dette, emprunt, taux, parité, bons, monnaie, argent, billets, cartes de crédit, payant, gratuit, ROI, levier, loyer, thésaurisation, investissement, amortissement, EBITDA, OPA, Bourse, valeurs, obligations, OPCVM, liquidités, spéculation, produits dérivés, broker, trading, coûts de latence, data snooping, et tant d’autres…

De combien de mots disposons-nous pour qualifier l’économie du don ?

De moins d’une dizaine. Et encore, imprécis et flous pour la plupart. Ils ont même une connotation de gentils Bisounours (ou Schtroumpfs) idéalistes. Les articles qu’on trouve ici et là sur le sujet, y compris dans wikipedia, trahissent bien ce flou et le manque d’expérience théorique et pratique des auteurs. Imprécis et vagues, ils empruntent leurs mots à l’économie de marché. Par exemple on parle d’échange alors qu’il s’agit de don, et l’on confond sans complexe don et gratuité. Les “experts” sur le sujet vont même jusqu’à évoquer la notion de don et contre-don, tellement l’esprit ne peut s’échapper du marché et de la dette.

Cette confusion atteint son paroxysme dans le mot “richesse” ou “riche”. Si je désigne une personne comme riche, tout le monde pensera à son compte en banque. Qui pensera à la richesse la plus essentielle, celle du bonheur, celle de la réalisation de soi ? Dans la plupart des cultures modernes, on confond riche et argent. Les conséquences de cette confusion ontologique me paraissent très destructrices sur les plans social et psychique.

Pour vous donner une image quant à notre manque de vocabulaire, nous nous comportons face à l’économie du don comme des fabricants d’automobiles tentant de décrire un avion. Même s’il y a des intersections, le vocabulaire et les concepts de la mécanique automobile ne permettront jamais de décrire un avion, encore moins de le faire voler. Il faut développer une nouvelle science, celle de l’aéronautique, avec ses noms, ses lois, ses formules, ses définitions. De la même manière, jamais le langage de l’économie de marché ne permettra de décrire et de faire marcher l’économie du don. Il nous faut une “science” de l’économie du don et, de manière plus large, une science économique qui transcende celle de l’argent et de la dette qui prédomine tout aujourd’hui.

caveman_computer_plug_300x304

Pourtant l’économie du don offre un éventail de possibilités bien supérieur à celui de l’économie de marché, un peu comme l’aviation par rapport à l’automobile où l’on passe à la 3D par rapport à la 2D. L’économie du don permet de construire plus de richesses, elle porte une multidimensionnalité que l’on ne trouve pas ailleurs, elle offre un modèle sociétal plus holistique et plus intégratif de l’individu dans le collectif et du collectif dans l’individu. Mais tant que nous n’aurons pas de langage pour la décrire et la faire fonctionner autrement qu’en petits comités, l’économie du don n’aura aucune chance d’exister à grande échelle.

Il y a donc tout à inventer pour décrire ce paradigme, ses mécanismes, son ingénierie sociale, son infrastructure technique. Une des tâches premières de mon aventure consiste donc à poser des mots, des définitions et des concepts précis pour décrire cette autre réalité.

Quelques termes pour commencer…

Le mini glossaire ci-dessous vous donnera des définitions telles que je les utilise dans le contexte de l’intelligence collective, discipline qui inclut, bien sûr, la question des monnaies et des technologies de la richesse.

Economie La gestion et régulation de la richesse. Cette définition va bien au-delà, et de manière plus universelle, que la “production, la distribution, l’échange et la consommation de biens et de services”, comme l’indique wikipedia. Le Larousse, lui, emploie le terme de “richesses” plutôt que de “services”, mais reste également cantonné dans les notions de “production, distribution, échange et consommation”, ce qui implicitement nous enferme dans les richesses uniquement matérielles. Dans la définition que je donne à l’économie, on parle de richesses au sens le plus large possible, ce qui inclut des richesses non matérielles. Pour distinguer ce terme de son sens ancien, je parle également de richesse intégrale.
Economie du don Economie fonctionnant sur l’acte d’offrir et d’accueillir sans condition de contrepartie.
Economie de marché Economie fonctionnant sur la condition de contrepartie, celle de donner une richesse équivalente à ce que l’on reçoit, sans quoi l’échange n’a pas lieu.
Don “Don” ne veut pas dire “échange”. Si, en donnant quelque chose, vous attendez quelque chose en retour (un autre “cadeau”, de la considération, de l’amour, de la réputation…), alors vous opérez dans une dynamique différente de celle du don. De même, si lorsqu’on vous offre quelque chose, vous vous sentez en dette, alors vous continuez d’opérer dans une forme d’échange. Don veut dire donner ou recevoir sans contrepartie.­ Pensez contexte. Quel contexte fait que vous offrez ou recevez ? Clarifiez cela avec vos pairs et avec vous-même.
Gratitude La gratitude et la reconnaissance constituent la clé de voûte de l’économie du don. J’aime ce terme anglais (et nouveau) de giftism, difficile à traduire en français. Vous pouvez recevoir un cadeau et avoir envie de manifester votre gratitude, qu’il s’agisse de dire “merci” ou d’offrir un autre cadeau. J’insiste : il ne s’agit absolument pas d’un échange.
Holoptisme Venant des racines grecques holos (tout) et optikè (voir), l’holoptisme implique “voir le tout”. Imaginez-vous en train de jouer un sport d’équipe. Vous avez constamment accès au “tout”, à savoir ce qui ce passe au niveau holistique sur le terrain. Vous voyez votre équipe en tant qu’entité vivante, ainsi que celle adverse. D’ailleurs, ce qui fait un bon joueur vient autant de sa capacité technique à jouer le ballon que de sa qualité “d’holopticien”, celle de comprendre et de voir ce tout. Cela demande un certain entraînement. Maintenant imaginez-vous vivre dans un petit village. Vous savez ce que vous pouvez offrir et recevoir, car vous avez sans cesse accès à ce tout. Vous sentez l’équilibre des choses, ce que vous pouvez donner et ne pas donner. Vous sentez si une action va non seulement aider une personne, mais aussi contribuer à la richesse générale, richesse dont vous allez bénéficier. L’holoptisme offre cette extraordinaire propriété qui relie l’individu au tout, et le tout à l’individu, permettant un dialogue et des ajustements permanents. Il rend possible l’économie du don (tel qu’expliqué plus bas). Voir définition plus avancée en anglais.
Gratuit / payant Ces mots n’appartiennent pas au langage de l’économie du don. Ils appartiennent à l’économie de marché pour distinguer ce que l’on paie de ce qui se transmet “sans payer” (souvent pour acheter autre chose derrière). Mais j’insiste — et je sais que ça prend beaucoup de temps à intégrer — don ne veut pas dire gratuit. Don veut dire… don. Le don engage des efforts, des manifestations de tout un tas de richesses immatérielles pour qu’il puisse s’opérer. On ne donne pas sans ce fameux contexte dont je vous parlais plus haut. Par exemple, lorsqu’une entreprise me demande de l’aider, je pose des conditions très strictes pour le contexte (j’en parlerai plus en détail). Pour autant je ne leur demande pas de me payer ou me donner quelque chose en échange.
Richesse Tout ce qui nous rapproche du Beau, du Bon, du Vrai. Voir conférences sur le sujet (en anglais).
Richesse intégrale La richesse intégrale inclut toutes les formes de richesse : mobile, mesurable, ordonable et énonçable. Voir conférences sur le sujet (en anglais).

L’holoptisme comme condition de l’économie du don

Il faut en effet que l’individu ait une perception claire de la communauté dans laquelle il évolue pour bien ressentir ce qu’il peut donner et recevoir.

L’économie du don se pratique de manière naturelle en contexte d’intelligence collective originelle (village, équipe de sport, groupe de jazz, famille…), celle du petit groupe où tout le monde se voit et se perçoit. Lorsque je donne ou je reçois, je sais l’impact que cela a pour moi comme pour le collectif auquel j’appartiens, ce que permet l’holoptisme. L’holoptisme existe comme propriété naturelle à petite échelle ; la nature nous a en effet dotés d’un système d’information biologique — nos sens et notre cerveau actuels — qui nous permet de voir le collectif dans lequel nous évoluons. Plutôt qu’une vision primaire comme celle d’un objet physique, il s’agit d’une représentation, d’une construction complexe qui s’élabore dans notre espace cognitif. La plupart des mammifères, ainsi que certains oiseaux migrateurs, possèdent cette faculté. Ce qui fait d’ailleurs un bon joueur dans une équipe de sport tient autant à sa capacité de bien jouer le ballon qu’à celle de se représenter le tout dans son esprit. Cela lui permet ainsi de construire des actions symbiotiques avec l’équipe, actions que l’on peut voir comme des formes de dons offerts et reçus (on ne se “facture” pas les km courus ou les efforts investis).

Il n’existe donc pas d’économie du don sans holoptisme.

De l’holoptisme au panoptisme, vers l’économie de marché

Peinture murale de la tombe de Djehutihotep
Peinture murale de la tombe de Djehutihotep

Quand on devient trop nombreux et en distance les uns par rapport aux autres, on perd l’holoptisme, on passe au panoptisme, qui se traduit par des mécanismes centralisés et pyramidaux de contrôle et de régulation. Imaginez la société comme une montagne. Ceux d’en-haut voient tout mais sans le détail, ceux d’en-bas voient le détail mais sans la vision d’ensemble, avec tous les intermédiaires entre les deux. La société panoptique, qui caractérise l’intelligence collective pyramidale, se construit avec des presbytes et des myopes. Cette cécité relative nous fait donc perdre l’holoptisme, par conséquence, notre capacité naturelle à vivre dans le don.

L’économie de marché s’inscrit dans cette évolution, à l’arrivée de l’intelligence collective pyramidale. Son avènement a permis à de grands collectifs de s’organiser, à des civilisations entières de naître, avec leurs castes, leurs classes sociales, leurs pouvoirs centralisés, leurs chaines de commandement. La monnaie a rendu possible la circulation de richesses à grande échelle, où l’équilibre économique se maintient par le marché, la condition de contrepartie lors de chaque échange.

L’économie de marché s’étend bien au-delà de notre perception sensorielle immédiate ; le village devient ville, pays, continent, planète. Macro, conceptuelle, abstraite, immense, transcendante, trop vaste pour l’esprit individuel, maintes théories ont tenté de démontrer que l’économie de marché jouissait de son propre équilibre. On lui prête la fameuse “main invisible” qui régule et arrange tout. On a là toutes les caractéristiques d’un égrégore, sinon d’une religion. Mais plus pragmatiquement, derrière la main invisible, on trouve surtout des pouvoirs concentrés dans les mains de quelques uns, à des échelles dont très peu de gens ont idée. Qui réalise aujourd’hui le niveau de concentration des richesses et du pouvoir ? Cela dépasse l’imagination. L’économie de marché fondée sur l’argent rare constitue l’ADN de l’intelligence collective pyramidale. Sans cette dynamique, cette dernière ne saurait exister. Nos Etats, nos constitutions actuelles, les Droits de l’Homme, se fondent sur ces notions culturelles de propriété, du travail, du marché, signatures de l’intelligence collective pyramidale. Tout un paradigme qui se revendique, à tort me semble-t-il, du “droit naturel”.

Si elle a incontestablement représenté une étape nécessaire dans l’évolution de l’Homme, l’économie de marché fondée sur l’argent rare montre aujourd’hui non seulement ses limites, mais ses aspects toxiques et destructeurs pour la vie et la planète. Toutes les richesses ne se vendent pas et ne s’achètent pas, loin s’en faut, et l’on ne saurait réduire le mot “richesse” aux seules commodités matérielles. Ajoutons que les flux de la vie sur terre — ressources, énergie — ne peuvent simplement se contenter de suivre les routes du marché et de l’argent qui convergent toutes vers les mégapoles et les grands centres économiques. La vie a besoin de suivre ses propres flux, plus complexes et holistiques. L’Humain n’a donc d’autre alternative que de passer à l’étape suivante — probablement l’espèce suivante — qui construira sa réalité sur une nouvelle langue constitutive d’une nouvelle réalité, la langue des flux et de la richesse intégrale. Ce à quoi j’œuvre, avec passion et patience. Mais j’ai conscience de sur-simplifier ici, alors que cela demanderait de longues explications, étape par étape.

Et quelques rectifications…

A la marge, l’économie du don ?

Cela paraîtra étrange à certains, mais l’économie du don constitue la première forme d’économie que nous apprenons, la plus ancienne et la plus naturelle. Elle commence par la famille où, que je sache, on ne se facture pas ce que l’on donne et ce que l’on reçoit. Elle se prolonge ensuite dans la communauté étendue, le village, l’école, l’équipe de sport, les amis… L’économie du don constitue la forme sociale la plus ancienne que nous connaissons, celle dans laquelle nos structures cognitives et relationnelles opèrent le mieux. Nous allons voir pourquoi.

La majorité des gens pensent que l’économie du don vit à la marge de l’économie de marché. Pire : ils croient que le don peut exister grâce au dynamisme du marché. Faisons de la croissance, gagnons beaucoup d’argent, on pourra ainsi en offrir au travers d’actions caritatives… De même, la solidarité sociale (impôts, sécurité sociale…) ne se fonde-t-elle pas sur l’économie de marché ?

Il y a une terrifiante erreur derrière ces croyances. On peut la pardonner du fait que tout le monde vit dans la petite bulle du marché où chacun voit midi à la porte de sa boutique. La pardonner, sans pour autant l’accepter.

aboriginal_land_rights_400x306
“Que pensez-vous d’un compromis ? Nous gardons la terre, le droit aux gisements, aux ressources naturelles, au bois, et nous vous reconnaissons comme leurs propriétaires traditionnels.”

En fait, l’économie de marché vit grâce à l’économie du don. L’économie de marché existe parce que les arbres offrent leurs fruits, parce que la terre offre ses ressources et que les hommes se les approprient, parce que un jour, des hommes ont débarqué dans des lieux nouveaux et les ont déclarés leur propriété, parce que des hommes et des organisations se déclarent également propriétaires de ce qu’ils découvrent (recherche, données, processus, etc). L’économie de marché représente une toute petite portion de l’économie en général, pour peu que l’on définisse l’économie comme la gestion et la régulation de la richesse (et non la gestion de la rareté). On peut examiner cela sous tous les angles, il y a toujours un vol originel qui, un jour, a rendu possible le marché. On s’approprie, puis on vend.

Je n’ai pas de jugement sur ce “vol originel” ou cette “appropriation”. Je crois simplement qu’il faut en comprendre honnêtement l’existence et la dynamique comme une phase de l’histoire et de l’évolution. Une conscience plus évoluée y voit des archaïsmes qu’il faut quitter aujourd’hui.

 

Sans argent, l’économie du don ?

Ca, je l’entends tout le temps : “vous vivez dans l’économie du don, ça veut dire que vous n’utilisez pas d’argent ?“. Faux, cela n’a rien à voir. L’argent représente une richesse comme les autres que l’on peut offrir et recevoir comme don. Aussi l’argent que j’utilise aujourd’hui vient-il exclusivement de dons, je ne le gagne pas, au sens de le conquérir par une vente ou une négociation. Il vient par gratitude, et cela enchante mon cœur.

Gratuite, l’économie du don ?

Faux aussi, tel que précisé dans les définitions plus haut. Gratuit et payant appartiennent au paradigme de l’économie de marché. Lorsque la vente et l’achat disparaissent, la dualité gratuit-payant disparaît aussi.

Pourtant, j’entends les gens qui s’essaient à l’économie du don dire qu’ils font les choses “gratuitement”. Ils se font mal et ils font mal aux richesses qu’ils offrent en les dévaluant. Donner implique de savoir clarifier le contexte, celui dont je parlais plus haut. Si vous donnez ou recevez, faites-le dans un contexte toujours clair pour vous comme pour autrui. Si vous voulez opérer dans l’économie du don, débarrassez-vous impérativement des mots “gratuit” et “payant”.

Confiture pour les …?

Père Noël chevauchant un cochonPour reprendre l’expression consacrée, j’ai vu trop de gens s’épuiser en donnant de la confiture aux cochons (et Dieu sait que j’adore les cochons, ces êtres sensibles que l’on massacre sans complexes). En offrant, et offrant encore, ils se font plaisir à eux-mêmes (les gens, pas les cochons), ils suivent une idéation d’un monde qui a besoin d’eux, ce qui flatte leur ego. Cette illusion se termine un jour ou l’autre par un état moral lamentable, où l’on se sent épuisé, incompris, en mal de reconnaissance, face à un monde ingrat. Cette posture de la générosité inconsciente ou compulsive incarne le syndrome du féminin, qui donne, donne, donne, jusqu’à épuisement, sans que les “bouches” voraces autour s’aperçoivent de la situation. Faut-il le préciser, le pendant opposé de ce syndrome féminin — le syndrome masculin — se rencontre dans l’obsession de conquête et de possession qui caractérise l’économie de marché au travers de l’argent rare.

Autrement dit, l’économie du don demande autant de pratiquer l’empathie et le soin — le féminin — que la rigueur et la pratique des limites — le masculin. Il faut apprendre à donner et recevoir en conscience, ce qui nous ramène, une fois encore, à la clarté du contexte.

Quid à grande échelle ?

Jusqu’à présent, nous ne pouvions pas développer l’économie du don à grande échelle car nous ne savions pas comment créer de l’holoptisme à grande échelle. Mais ces dernières années, l’arrivée d’internet, des médias sociaux, des socialwares et communitywares a démontré que des grands collectifs fondés sur l’économie du don pouvaient exister. Quelques exemples : wikipedia, couchsurfing, freecycle, thingiverse, et bien sûr de nombreux MMOGs qui ouvrent la voie vers la ludification. Jouez à Ingress par exemple, et vous comprendrez.

Les technologies post-argent sur lesquelles j’œuvre avec d’autres transcendent en fait la dualité don / marché. Elles permettront à tout collectif, petit ou grand, local ou global, de définir ses propres outils pour organiser, partager, produire sa richesse, en mode marché ou don. Utopique cette biodiversité économique ? Expliquez-moi alors comment fonctionne internet sinon sur une immense biodiversité de technologies permettant d’organiser l’expérience humaine ?

 

Voilà pour les grandes lignes. Dans mon prochain article, je vous parlerai de mon parcours plus personnel. A très vite !

 

schtroump_financier_riche_839x374Schtroumpf financier tout seul

 

 

 


Interview sur Auroville Radio

Jean-François Noubel - Auroville Radio
Photo Roland Katz

Voici une interview en français sur Auroville Radio, donnée le 22 décembre 2014, à Auroville, Inde, près de Pondicherry. Interview réalisée par Roland Katz, un homme formidable qui sait faire parler les êtres et relier les âmes.

Sujets explorés : l’évolution, l’intelligence collective, langue, ontologie, traditions spirituelles, Auroville, richesse intégrale, économie du don, la vérité, le courage…


Vers la société post-argent

Quid du Bitcoin ?

Je travaille pour des bitcoinsEn tant que personne œuvrant sur la vision et les technologies de la société post-argent, les gens me demandent tout le temps ce que je pense du Bitcoin. Eh bien vous savez quoi ? Pas grand chose.

Bien que le Bitcoin fonctionne de manière décentralisée, en pair-à-pair et open-source, il n’en perpétue pas moins l’ancien paradigme de la rareté. Le fait que cette monnaie se branche sur l’infrastructure de l’argent rare ($, €, etc) injecte l’ADN de la rareté dedans. Plus grave encore : le concept nous laisse coincés dans les pièces de monnaie, un vieux meme ! Cependant, alors qu’il demeure et perpétue l’ancien paradigme, le Bitcoin pose un pas incontestable vers la société post-argent puisqu’il questionne le monopole de la banque quant à la création monétaire. Voilà qui ouvre de nouvelles possibilités. Les supporters et utilisateurs du Bitcoin feront très probablement toutes les erreurs possibles, ce qui donnera un coup d’accélérateur à l’évolution.

Monnaies complémentaires ?

J’aime les monnaies complémentaires pour le service qu’elles rendent. Elles permettent aux gens d’opérer les premiers pas en dehors de l’argent comme seul et unique moyen de voir l’économie. Elles poussent à toutes les erreurs et tâtonnements possibles, étape indispensable pour s’échapper de la prison mentale actuelle.

Aujourd’hui différentes formes de monnaies complémentaires coexistent (certaines ont un rôle multiple, par exemple local et social) :

  • Les monnaies locales (ou régionales) : elles aident un territoire donné (ville, région, etc) à se remonétiser et à redynamiser l’économie. Exemples : Ithaca Hours (USA), projet SOL (France), Chiemgauer (Allemagne)…
  • Les monnaies “corporate” : elles soutiennent un secteur économique spécifique. Exemples : les air miles (tourisme et voyage), le WIR (entreprises en Suisse), les Tickets Restaurant (restauration)…
  • Les monnaies sociales : elles activent l’économie sociale et solidaire dans la société. Exemples : le Time Banking (USA), Banco Palmas (Brésil)…
  • Les monnaies affectées : elles catalysent un objectif spécifique dans l’économie. Exemple : les monnaies carbone.

Je n’investis personnellement aucun effort dans les monnaies complémentaires. Leur nom nous dit tout : elles complémentent le système, tout comme les compléments alimentaires complémentent votre nourriture du fait de ses déficiences inhérentes. Les compléments alimentaires et les monnaies complémentaires existent à cause du système en place. D’un point de vue positif, on peut voir les monnaies complémentaires comme une première étape vers un protocole ouvert, global et interopérable (voir plus bas), de la même façon que les réseaux locaux en informatique ont initié la transition vers Internet au début des années 90.

L’argent décentralisé ?

J’ai visionné cette conférence donnée par Fred Wilson, partenaire associé de Union Square Ventures. J’apprécie la clarté avec laquelle il passe en revue les tendances actuelles et comment cela oriente ses investissements. Fred a une belle intuition lorsqu’il dit que le prochain système monétaire doit devenir un protocole internet. Première fois que j’entends cela en dehors de notre petit cercle de spécialistes. Il y a quelques années cela ressemblait à de la science fiction lorsque je partageais cette idée. Aujourd’hui un investisseur le dit, bonne nouvelle ! Cependant Fred Wilson limite sa prospective à un système monétaire, décentralisé certes, mais monétaire toujours, ce qui veut dire :

  1. une technologie qui ne couvre que la richesse mobile (biens, services), et non la richesse intégrale (mobile, mesurable, ordonable, énonçable, potentielle — voir conférences ci-dessous) ;
  2. une technologie qui opère exclusivement dans l’économie de marché, là où l’on ne fait qu’échanger des choses, et où l’on oublie les autres possibilités d’interactions. Cela écarte l’émergence des économies du don qui, à mon sens, deviendront de plus en plus puissantes, et plus génératives que l’économie de marché d’aujourd’hui, limitée par la conditionnalité de réciprocité immédiate.

Vers la société post-argent

Je pense que le futur proche ira beaucoup plus loin que l’imaginaire présent. De manière schématique :

  1. Les prochaines technologies post-monétaires fonctionneront suivant un protocole internet (Fred Wilson a bien compris cette partie-là, rare et plaisant !), qui ouvrira sur la diversité, la multiplicité, l’interopérabilité ;
  2. Les technologies post-monétaires nous doteront du langage de la richesse intégrale, et pas seulement de la richesse mobile ;
  3. Les technologies post-monétaires permettront l’émergence d’économies du don à grande échelle, qui transcendent (et incluent) les économies de marché.

Think out of the Bucks

Il nous reste beaucoup d’options pour nommer cette évolution. Tout comme à la naissance de l’aviation, les technologies post-argent développeront leur propre ontologie dans notre langage de tous les jours. J’aime utiliser des expressions telles que “langage de la richesse”, “richesse intégrale”, “technologies de la richesse”.

Notons que nous n’avons pas de mot pour signifier le fait de créer la richesse, dans son sens le plus profond et le plus large. D’où la création du verbe “to weal” en anglais : générer, donner naissance à la richesse. Dans le futur, nous “wealerons”. En anglais : we will wealWeal comme wheel (free wheel – roue libre), weal comme will (free will – libre arbitre), etc. Will Will wheal? (Will wealera-t-il ?) Il y a quelques années j’ai réservé les noms de domaine freeweal (org, com, etc) et weal.me. Reste à voir ce que cela donnera dans d’autres langues comme le français.

Et pour finir, cette transformation du monde va nous emmener loin, beaucoup plus loin que ce que chacun anticipe aujourd’hui. Le prochain langage de la richesse deviendra un langage des flux. Nous évoluerons de notre langage actuel, qui décrit des objets finis et leurs relations, vers un langage des flux, vivant, toujours changeant, quantique (empli de possibles superposés), holographique (où le Je et le Nous se contiennent l’un l’autre), super-conscient. J’y vois un des prochains sauts d’évolution de notre espèce.

J’ai beaucoup plus à dire à ce sujet, d’où ma longue retraite actuelle d’écriture. En attendant, ne vous gênez pas pour me wealer :-).

Plus en profondeur…

Voici ci-dessous quelques conférences clés sur le sujet.

Richesse intégrale (Integral Wealth)

Jean-François Noubel – Centifolia – Oct. 2013 – Grasse, France

Towards a Systems’ Paradigm and a New Expressive Capacity

Arthur Brock interviewé par Ferananda Ibarra.

Après l’argent – TEDx Paris

 

 


Hommage aux amis de BonneGueule

Du junk food au junk fringue

Sweat shirts junkIl y a quelques années, dans la dynamique du vœu de richesse, je pris conscience que la recherche et l’expression du beau, bon, vrai que j’avais faite dans bien des domaines (alimentation, corps, langage, etc), je ne l’appliquais pas dans la façon de me vêtir. Je m’habillais exactement comme certains s’alimentent dans les fast food. Aller dans les magasins de vêtements relevait d’une torture que je m’infligeais tous les 2-3 ans durant les soldes. A peine le pied dans un centre commercial, j’avais envie de fuir tellement l’ambiance tirait mon énergie vers le bas, et tant la variété, la vanité et la superficialité des choix me décourageait.

Soudain conscient de cette ignorance, je me dis qu’il devait bien exister des sites conseillant les hommes pour qu’ils apprennent à bien s’habiller. Deux clics plus loin, j’atterrissais sur BonneGueule.fr.

 

BonneGueule.fr, la mode masculine intelligente

A l’époque, il s’agissait encore d’un blog. Pourtant il m’apparut immédiatement que les deux instigateurs, Benoît et Geoffrey, incarnaient l’avenir, celui de l’économie de l’expérience (voir conférence “l’innovation par l’intelligence collective” à ce sujet). En partageant généreusement et sans complexes leur extraordinaire expérience du vêtement, de la mode, du cheminement personnel, du sens de la qualité, les fondateurs de BonneGueule.fr aidaient une communauté grandissante d’hommes à développer une relation profonde avec le vêtement.

Guide de l'homme styléJe lus avec avidité et délectation leur premier “BonneGueule Book” (suivi plus tard du “Guide de l’Homme stylé… même mal rasé” et du BonneGueule Book II juste sorti), puis dans la foulée, je profitai des soldes d’hiver pour refaire toute ma garde-robe. Je découvris les petits magasins et créateurs du Marais à Paris, j’appris à quelle grande marque faire confiance ou pas (on a des surprises), je développai mon jugement sur les matières, les couleurs et la qualité, je devins enfin capable de voir si un vêtement taillait bien sur moi, et quels assemblages pouvaient exprimer ma personnalité. Plutôt que de chercher, j’eus aussitôt l’impression que chaque vêtement juste me trouvait, sans effort. Arpentant mes premiers magasins, je ressentis la même exultation qu’un chercheur d’art. Je découvris le plaisir joyeux, sensuel et érotique de porter un vêtement qu’on aime, et de réaliser combien le vêtement constitue la première manifestation de soi, à fleur de peau. Rien à voir avec la mode et son dictat, même si l’on s’inscrit dans les courant de notre époque. Rien à voir non plus avec le consumérisme. En constituant une garde-robe juste, de qualité, esthétique, faite pour durer longtemps, et ce au moment des soldes, j’eus l’agréable surprise de voir que j’avais dépensé autant que les achats “junk” des années précédentes.

Cette démarche s’inscrivait en harmonie avec le vœu de richesse et la philosophie pratique de l’économie du don. Faire circuler avec conscience l’argent que l’on m’offre implique de ne pas soutenir le junk (food, vêtements, services), point final. Je préfère payer plus cher, beaucoup plus cher même, et attendre le temps nécessaire, afin de souvenir les filières durables, créatrices, artistiques, fertiles en rapports humains. Je le fais depuis longtemps pour la nourriture ; bien m’habiller me fit prendre conscience comment cette démarche devait s’appliquer à tout flux d’argent, peu importe le type d’achat.

Vers l’économie de l’expérience

Benoît et GeoffreyRetour à nos amis de BonneGueule et à leur blog de mode masculine. Je pris contact avec eux et fis connaissance avec leurs fondateurs, Benoît et Geoffrey. Différents et complémentaires l’un de l’autre, j’admirais leur bon sens, leur détermination, et le fait que, sans le savoir, ils incarnaient les modèles de richesse de demain.

L’économie de l’expérience nous montre que le produit ne devient plus une finalité, mais le catalyseur d’une expérience. Une expérience qui se construit dans les communautés, les conversations (cf Cluetrain Manifesto), le pair-à-pair, le partage inconditionnel et gratuit d’expérience, la transparence absolue, et la confiance. Demain (en fait aujourd’hui déjà), on investira nos richesses dans les produits qui catalyseront cette expérience (un vêtement qui incarne une histoire, des valeurs, un savoir-faire, une culture, des amis…), ainsi que dans les services qui nous aideront à construire cette expérience (conseils, évaluations des progrès, monnaies libres, accompagnement, rencontres, collectifs…).

J’eus de nombreuses discussions avec Geoffrey et Benoît sur ces sujets. Nous devînmes amis. Cela nous conduisit tout naturellement jusqu’à Centifolia 2013, où Geoffrey eut l’occasion, en anglais s’il-vous-plaît, de partager l’expérience acquise en tant que jeunes entrepreneurs. Une magnifique conférence dont j’admire la sincérité, la véracité et la vulnérabilité. Je vous laisse découvrir…

http://www.youtube.com/watch?v=-OmYQvCsMX8

Et voici qu’aujourd’hui BonneGueule devient une marque de création de vêtements. Cela s’inscrit dans leur évolution naturelle. J’adore leur annonce. Ecoutez bien dans la 2ème partie de cette vidéo, la façon dont Benoît parle du t-shirt qu’ils ont designé. Ses propos incarnent exactement l’économie de l’expérience.

Prochains étapes et pièges (à éviter)

Dans les prochaines étapes à franchir, sur le beau (créativité, esthétique…), pas de souci, nos amis de BonneGueule vibrent. Ca kiffe sévère de ce côté 🙂 Ma boule de cristal me révèle des pas supplémentaires vers le bon et le vrai (en tant que vegan j’ai arrêté le sacrifice d’animaux).

shaping_sustainable_fashion_book_1133x1600
Un livre qui pourrait inspirer…

Concernant le bon, l’environnement et le social restent encore les grands absents dans le monde de la mode. Côté environnement, je sais que de nombreux challenges demeurent quant au choix des matières dès qu’on veut faire du beau (teintures notamment). Côté social, je crois fondamentalement à l’importance de rendre transparentes les conditions humaines dans lesquelles on fait fabriquer un vêtement. Des prix raisonnables, certes, mais à quel prix, justement ?

Concernant le vrai, BonneGueule manifeste une belle transparence sur ce qu’ils vivent, sur leurs choix, leurs pérégrinations et même leurs erreurs. Reste à étendre cette posture à tout l’écosystème de fabrication, ce qui nous ramène au bon.

Justement, ce souci de la richesse intégrale, sujet que j’évoque souvent avec eux, devrait les amener à développer une labélisation multidimensionnelle du vêtement. Concrètement, il s’agit de trouver une constellation de labels qui exprimeront la richesse d’un vêtement dans son aspect multidimensionnel. On a bien sûr les notes environnementales, sociales et santé. En ce sens, une coopération avec un acteur comme GoodGuide pourrait s’avérer fructueuse à terme. BonneGueule peut peut-être s’intéresser de plus près au Higg Index, même s’il s’avère encre très jeune et peu ouvert. On peut également ajouter des notes qui mettent en avant les petits créateurs face aux grandes marques, qui soutiennent une économie locale, qui reflètent l’aspect technique d’un vêtement, ou son aspect artistique, etc. A eux d’y réfléchir. Je pense que cette approche permettra de tirer la mode vers le haut. Elle pourrait inspirer toute la filière, au-delà même de notre petit village gaulois.

 

Enfin, pourquoi BonneGueule ne deviendrait pas une B-Corporation (voir conférence Centifolia 2013) ? Ils en ont le profil et les qualités.

Victimes BangladeshDans la rubrique des pièges à éviter, j’y vois ceux que l’argent rare pose systématiquement sur le chemin du succès. En particulier, tirer les prix vers le bas pour garder ou conquérir des parts de marché pousse à la tentation incessante des externalités négatives. Une externalité négative se produit lorsque, pour économiser ou gagner plus d’argent, on fait payer à d’autres les conséquences négatives de nos choix. Par exemple lorsqu’on fait travailler des gens sous-payés, on produit de la pauvreté ailleurs dans le monde. Ou lorsqu’on pollue, on reporte sur l’avenir, en particulier les générations futures, les conséquences systémiques que cela va provoquer. Eviter les externalités négatives implique d’intégrer cela dans les investissements présents. La démarche consiste à produire des écosystèmes humains et biologiques meilleurs après qu’avant. L’économie classique, construite sur l’opacité et le rapport qualité-prix, va dans le sens exactement contraire. L’économie de l’expérience, fondée sur la transparence, la richesse intégrale et l’holoptisme, commence à savoir appréhender ces holistiques et non-linéaires. Reste encore beaucoup à faire. Des startups comme BonneGueule, ainsi que tout l’écosystème humain qu’elles catalysent ne peuvent qu’y gagner.

Et puis…

JF Noubel supermanEt puis BonneGueule focalise aujourd’hui sur la jeune génération. Normal, Rome n’a pas grandit en un jour. Il y a les autres générations auxquelles parler, la mienne, et celle de mon fils Estéban. La mienne, je n’ai pas beaucoup d’avis dessus car mes choix de vie m’en éloignent assez radicalement. En fait, sans vouloir faire une crise de jeunisme propre à la cinquantaine, je me retrouve beaucoup plus dans la génération d’Estéban. De quels vêtements aura besoin cette génération ? Les mêmes que ceux que je recherche aujourd’hui pour moi : des vêtements à la fois élégants, techniques, nomades, et éthiques.

Mais voilà une autre histoire… j’en parlerai bientôt.

En attendant, les amis, venez vous aussi vous composer une BonneGueule !


Du besoin au désir

Etymologie du mot besoin
Le mot besoin trouve son origine dans le francique (langue originelle des Francs). Voici ce qu’en dit le Wiktionnaire:
(xi e siècle) Estre bosoinz, « être nécessaire » ; (xiii e siècle) besoing, besoign ; du francique bisunni « grand soin », composé de bi- intensif → voir be- en allemand et de sunni → voir besonnen en allemand.À côté de besoign, il y a eu une forme féminine qui nous donne besogne.

Dans ma recherche de vie dans l’économie du don, j’insiste dans l’article “vivre riche” sur le fait qu’il nous faut trouver un nouveau langage pour exprimer les richesses. En effet, le langage conventionnel fonctionne bien pour décrire l’économie de marché, où tout s’achète, se vend ou s’échange. Quant à l’économie du don, le langage qui la décrit  demeure ancré dans une tradition orale et archaïque, inadapté à la rigueur sémantique dont nous avons besoin aujourd’hui.

Un mot courant revient toujours dans ce paradigme de la rareté : le besoin. Quels besoins pour survivre, quels besoins pour exister, quels besoins pour la société, etc.

Ce mot enferme notre regard économique sur le vital, sur ce dont on ne peut pas se passer. Il laisse peu de place à la liberté, au choix, à la responsabilité.

 

Besoins de base
Besoins de base

Pour moi qui ai fait le pari de vivre dans l’économie du don et dans la richesse intégrale, le mot besoin s’avère tout à fait inapproprié. Certes, je peux dire que j’ai besoin de manger, que j’ai besoin d’un toit, etc. En définitive, ces choses dites vitales ne relèvent-elles pas d’un choix ? N’ai-je pas choisi de vivre ? Mon cheminement m’a montré que tout, absolument tout, relève de ma pleine et entière responsabilité. Par conséquent, je n’ai pas de besoins. En revanche, j’ai des choix, des désirs, une volonté créatrice. Cette liberté fondamentale appelle non seulement les richesses propres à l’acte de vivre, mais également les richesses matérielles et immatérielles permettant d’exister pleinement. Comment peut-on réduire tout cela à des “besoins” ? Les articles vœu de richesse et ton plus beau cadeau expriment cette philosophie de la liberté.

Il fallait donc trouver un terme, et le voici : les richesses désirées.

Aujourd’hui, lorsqu’on me demande “quels sont vos besoins”, je partage ma liste des richesses désirées. Liste que je détaillerai et partagerai régulièrement.


Richesses désirées

Voici ma liste de richesses désirées, ou plus précisément les richesses matérielles désirées. Vous y trouverez tout l’éventail, des formes les plus basiques (nourriture, toit, santé…) jusqu’à celles qui invitent le beau, le bon, le vrai, et soutiennent l’expression la plus élevée de mon être, et de ceux qui fabriquent ces richesses. J’ai posé le choix de ne plus jamais acquérir du junk. Je soutiens la qualité (que je distingue du luxe) et préfère me passer d’un objet plutôt que d’en acquérir un de mauvaise qualité, fabriqué dans de mauvaises conditions pour serrer les coûts, et qui polluera rapidement du fait de son court cycle de vie.

Cette liste, lorsque vous la lirez, peut vous offrir l’opportunité de contempler vos pensées. Par exemple :

  • L’économie du don, n’implique-t-elle pas que je vis sur le dos de mes amis et de la société en général ?
  • Pourquoi je mélange ce qui sert pour survivre avec d’autres choses non vitales ?

Si de telles pensées flottent dans votre esprit, alors pourquoi ne pas d’abord lire “du besoin au désir“, “demander inconditionnellement” ainsi que la foire aux questions ? Cela vous donnera le contexte nécessaire.

Peu importe la forme de gentillesse que vous souhaitez manifester ou discuter, n’hésitez pas à me contacter pour que l’on explore cela ensemble.

Alors voici… 🙂

Enveloppe avec un cœurDe l’argent conventionnel

L’argent conventionnel restera probablement, pour vous, le moyen le plus pratique pour nous soutenir rapidement et efficacement mon fils et moi (nourriture, logement, dépenses courantes, école, etc), puisqu’il donne directement accès à l’ensemble de la richesse matérielle mentionnée ci-dessous.

J’aime l’idée que vous puissiez manifester votre générosité en offrant directement une des choses listées ci-dessous. Peut-être préférerez-vous cela aussi : cela donne une direction claire à votre action, de manière totalement transparente.

Séparateur fleur

EstébanEcole pour Estéban

Estéban va dans une école Steiner. Cette pédagogie offre aux enfants un moyen formidable de devenir une personne libre, créative et épanouie.

A l’année : 4.400€ – défiscalisable 🙂

Séparateur fleur

Cru en cœurAlimentation

Je mange bio et végétalien, essentiellement cru. Cet article explique ma démarche. Estéban, lui, mange bio et végétarien.

Mensuellement : 700€ — possibilité de passer une convention avec un magasin bio de mon secteur.

Séparateur fleur

Blender Vitamix 5200Un blender

Un outil indispensable pour tout végétalien qui se respecte 🙂 Celui-ci a fait sa légende dans la communauté. Increvable, il a une garantie de 7 ans.

Coût estimé : 650€

Séparateur fleur

Autruche et son cavalierStage de pilotage moto

Une voiture se conduit, une moto se pilote. La sécurité et le plaisir doivent se tenir la main, aussi rien de tel qu’un stage de pilotage moto auprès d’un super-pro.

Coût estimé: 900€ TTC.

Séparateur fleur

Tour EiffelUn pied-à-terre à Paris

Je viens très souvent à Paris. Beaucoup de mes amis qui peuvent m’y accueillir, cependant je les sollicite rarement pour deux raisons : d’une part je viens trop souvent pour m’inviter à chaque fois, d’autre part je commence mes journées tôt et je rentre souvent tard, ce qui rend mon séjour peu compatible avec une vie sociale. Je me tourne donc vers des airbnb ou hôtels. Il existe beaucoup de pieds-à-terre libres et peu utilisés à Paris. Si vous en avez un de disponible, je saurai l’honorer et en prendre soin lors de mes passages.

Séparateur fleur

écrivainUne année pour finir mon roman

Que va-t-il se passer dans les 100 prochaines années ? Et si la conscience humaine faisait un saut incroyable ? Grâce à quoi, et à qui ? Voici l’histoire de 3 jeunes gens qui vont vivre l’épopée du XXIème siècle, celle de la transformation de notre espèce et de sa conscience, au cours d’une aventure de vie hors du commun qui les mènera au bout du monde et au bout d’eux-mêmes.
Ce roman demande que je m’y consacre pleinement durant 1 an pour le finir. Voulez-vous contribuer à sa réalisation?

Séparateur fleur

Attaque systemaUn stage de Systema à Toronto ou Moscou

Je pratique et enseigne cet extraordinaire art martial russe appelé “Systema“. Il se fonde sur une décontraction absolue du corps en contexte extrême. Pour toujours continuer de progresser, je dois régulièrement participer à des stages internationaux d’instructeurs, dont les centres se situent à Toronto et Moscou.

Compter un budget d’environ 3000€ comprenant le voyage, le logement et le stage.

Séparateur fleur

CaducéeUne complémentaire santé

Compter environ 1200-1500€/an pour une couverture complète.

Séparateur fleur

 

HoodieDes vêtements

Comme pour le reste, je souhaite avoir peu de vêtements, mais des vêtements qui incarnent la qualité et l’excellence, autrement dit ce que nous devrions avoir chacun dans nos vies. Mes recherches sur ce sujet me conduisent vers 4 critères :

  1. élégant : on peut rester élégant en tout, même quand on fait du sport
  2. technique : qui remplit une fonction précise (tenir chaud, respirer, protéger, endurer, etc)
  3. nomade : donc léger, facile à mettre dans un sac
  4. éthique : respect de la nature, de la santé, des humains et des animaux (vegan ou animaux bien traités et non tués)

Un pantalon et un chino de chez Outlier. Des sous-vêtements, des t-shirts, et des sweat-shirts et un hoodie de chez IceBreaker.

Séparateur fleur

AvocatConseil juridique

L’économie du don n’a pas sa place dans le système légal. Tout s’achète et tout se vend. Un don s’apparente à du travail rémunéré… Je voudrais œuvrer avec un juriste ou avocat international que ces questions passionnent et qui voudraient explorer avec moi des voies à ouvrir. Quelles entités légales devons-nous utiliser ? Quel statut individuel ? Comment ouvrir la voie pour les autres ? Comment ne pas verser des d’impôts pour des choses auxquelles on n’adhère pas, et rediriger ces sommes vers ce qui fait sens ?

Séparateur fleur

Trek bicycle Procaliber 9.8Un vélo

Le vélo reste pour moi le moyen le plus chouette de me déplacer en milieu urbain et dans la nature. Un vélo, ça fait partie de soi, comme une extension du corps, aussi je ne lésine pas sur la qualité. Celui de mes rêves s’appelle le Trek Procaliber 9.8, il permet de circuler partout, autant en ville que sur les chemins accidentés.

Coût : 4500€

Séparateur fleur

website_200x200Services web, serveur, etc

Mes différents sites web (noubel.com, noubel.fr, TheNewRepublics, cir.institute) ont des coûts de maintenance (serveur, logiciels…). Ajoutons les renouvellements de noms de domaine, et quelques applis qu’il me faut acquérir de temps en temps. Vous pouvez m’offrir cela au cas par cas si vous voulez. Je vous solliciterai alors de temps en temps dans l’année, et vous pourrez à chaque fois dire oui ou non.

Coût annuel estimé : 500€

Séparateur fleur

silent_piano_yamaha_c3_200x200Un piano & home studio pour la composition musicale

Voici le rêve ultime 🙂 Un de ces pianos Yamaha qui enregistrent non plus le son digital de ce que vous jouez, mais le mouvement réel de vos doigts sur les touches. Mouvements qu’ils peuvent reproduire, et bien sûr mettre en partition. Il ne fait pas de doute pour moi que la composition musicale prendra une place centrale dans ma vie.

Suivant la configuration, l’investissement s’échelonne de 20.000 à 60.000€, pour le piano et le home studio.

 

 


Demander inconditionnellement

L’expérience m’a appris que quand une personne entre dans l’économie du don, la plupart des gens pensent que cette personne devrait demander uniquement ce qui sert ses besoins basiques de survie. Au-delà de cette ligne, on entre dans le futile ou le trop demander. Cette façon de penser démasque un conditionnement de plus issu de la société de l’économie de marché.

Economie du don vs économie de marché

you_get_what_you_pay_for_fr_350x400L’économie de marché se construit à partir d’une tension entre chaque partie, où chacun essaie d’obtenir le meilleur des autres. Pour un produit ou un service donné, le vendeur essaie de réaliser la plus haute marge possible avec un investissement le plus bas possible, alors que l’acheteur vise le prix le plus bas tout en recherchant les plus hauts avantages. Chacun tire la couverture à soi. De ces tensions émerge un soi-disant équilibre, soigneusement entretenu par la croyance qu’une main invisible équilibrera tout et que personne ne tombera de la falaise.

Autre aspect fondamental : l’économie de marché implique que l’on ne donne pas sans contrepartie. Vous vous séparez de quelque chose à la condition qu’une valeur réciproque revienne vers vous. Pas de contrepartie ? Rien de donné. D’un point de vue systémique, une telle conditionnalité génère beaucoup de limitations.

En regardant ces deux faits — la tension marchande et la condition de réciprocité– je ne peux pas dire que l’économie de marché incarne un contrat social particulièrement ambitieux. Pas de jugement ici, je ne fais qu’utiliser les lunettes de l’intelligence collective. D’ailleurs la société humaine aurait-elle grandi sans l’économie de marché et l’argent en tant qu’infrastructure technologique ? Aujourd’hui on peut faire bien mieux, avec Internet, avec les socialwares et une connaissance profonde de l’intelligence collective.

VIllage des SchtroumpfJetons donc un coup d’œil à l’économie du don. Cette dernière ne peut fonctionner que lorsque les participants ont un sens du tout, d’où le fait que l’économie du don n’a toujours existé qu’à petite échelle dans des petits collectifs. D’ailleurs elle représente la plus ancienne et la plus naturelle forme d’économie que nous connaissions. Dans l’économie du don, vous savez quoi donner, quoi recevoir, et quand. Vous comprenez le sens de vos actions et vous n’opérez pas en tant qu’acteur aveugle. Cette relation vivante entre l’individu et le tout, ou entre le “je” et le “nous” s’appelle l’holoptisme. Quel tout ? Le tout de la communauté à laquelle vous appartenez, ou le tout en tant qu’univers tout entier, seule l’échelle change. Même si vous n’avez pas la capacité de tracer ou comprendre complètement les conséquences complexes et non-linéaires de vos actions, vous vous laissez guider par une profonde connaissance du caractère juste de vos actes. Dans un petit collectif (un village, une famille, une équipe de sport…), vous pouvez facilement suivre les bénéfices du fait de donner ou recevoir, pour vous, pour les autres, et pour le collectif. Si vous en venez à opérer au niveau cosmique, alors il vous faut vous relier à une connaissance plus profonde sur la manière dont l’univers fonctionne. Cette connaissance ne provient pas du mental déductif, et en plus vous ne pouvez pas suivre les conséquences de vos actions. Le sens du tout et le sens du juste proviennent tous deux d’un processus transrationnel (Wilber) ou supramental (Aurobindo).

Ainsi, dans l’économie du don, un don réel implique l’absence de toute dette cachée, j’insiste là-dessus. Un cadeau vient sans aucune attente cachée ni aucune négociation. Cela ne veut pas dire que l’on donne ou reçoit sans conditions. Dans mon cas, j’offre mon temps et mon expertise aux personnes set aux organisations à condition qu’elles donnent à leur tour et s’ouvrent à la dynamique de la générosité. Je demande également que l’on fasse tout en open source. Lorsqu’on décide d’aller plus loin, je n’offre mon temps que pour des projets pionniers car il s’agit du terrain sur lequel je me montre le plus efficace. Quant à accueillir des dons, je m’assure bien qu’ils proviennent d’une démarche juste et joyeuse de gratitude.

De la théorie à la pratique

MéritocratieD’un point de vue intellectuel, l’économie du don semble facile à comprendre. La pratiquer nous embarque dans une toute autre dimension. Par exemple j’ai récemment pris conscience comment un “virus” peut insidieusement empoisonner l’économie du don et la travestir en économie de marché. Ce virus a un nom : l’utilitarisme. Il fonctionne sur la croyance que pour vivre dans l’économie du don, il faut prouver son utilité à la société. En d’autres termes, on doit mériter ce que l’on demande. Le mérite opère en tant que doctrine qui détermine notre droit d’exister dans un monde où “gagner sa vie” s’énonce comme un mantra. Cela érige un système méritocratique dans lequel il faut sans cesse démontrer sa valeur et sa productivité.

En tant que personne offrant son temps et ses talents ces dernières années, j’ai eu le beau rôle. Quand je donne, je fais ce que j’aime, j’évolue dans le meilleur contexte possible, je jouis de la reconnaissance et des remerciements de mes pairs. Je manifeste mon utilité.

Maintenant vient le temps de demander la richesse qui m’aidera à réaliser de plus belles choses encore. Je me surprends en train de légitimer ma demande en justifiant mon utilité. “Regardez ce que j’ai accompli jusque là et ce que j’ai l’intention de faire dans le futur. Ne mérité-je pas votre soutien ?” Il a fallu que je me retrouve dans ce contexte –demander publiquement des richesses– pour prendre conscience de l’utilitarisme sous-jacent que mon message véhiculait.

Maintenant que je m’en aperçois, je souhaite bien sûr éviter ce piège. Donner inconditionnellement a construit le premier chapitre. Le prochain chapitre pourrait s’intituler :

“demander inconditionnellement”

Voilà la partie la plus risquée, la plus vulnérable et probablement la plus difficile à comprendre pour beaucoup. Ne pas demander inconditionnellement impliquerait de ne pas opérer honnêtement dans l’économie du don. Et en même temps, qui se sent prêt à comprendre la démarche ?

Au nom des saintes bananes, pourquoi je me foure dans de telles situations ? 🙂

Eviter le pauvrisme

Lapin et carottesUn autre aspect de l’économie du don consiste à éviter le pauvrisme, je veux dire par là de véhiculer une idéologie inconsciente de la rareté, ce qui amène à l’état de survie et non plus de vie.

Le vœu de richesse que j’ai prononcé engage à honorer l’arc en ciel intégral de la richesse, matérielle et immatérielle, de ses formes basiques (nourriture, toit, vêtements, etc) aux plus hautes réalisations de l’être (joie, beauté, liberté, art, amour, etc). La demande de choses comme un beau vêtement ou un bon instrument de musique peut paraître consumériste à certains, en fait cela incarne l’exact opposé. Demandez simplement à l’univers, donc à vous-même d’abord, ce qui fera de vous la personne la plus libre et créative. Ni plus, ni moins. Il s’agit de vivre au milieu des objets et des flux justes qui servent nos aspirations et manifestations les plus élevées, et qui servent le monde par la même occasion. En ce qui me concerne, plutôt que de simplement demander de la “nourriture” (pauvrisme), je veux déguster de délicieux fruits bios qui me donnent une bonne santé tout en soutenant l’environnement. Plutôt que d’acheter des vêtements “junk” fabriqués par des esclaves salariés quelque part au Maroc, en Chine ou au Bengladesh, je veux porter de beaux vêtements, bien designés, de haute qualité, qui dureront longtemps, qui font du bien aux gens qui les fabriquent, ainsi qu’à l’environnement. Plutôt que d’acheter un objet à bas prix qui ne passera pas l’année, je souhaite le meilleur, celui qui durera pour toujours. La richesse intégrale incarne le beau, le bon et le vrai.

Ainsi, contrairement à ce que pensent peut-être la plupart des gens (ou ne pensent pas du tout), l’économie du don va dans le sens contraire du consumérisme, du matérialisme, de la négociation, de la conditionnalité. L’économie du don ne rime pas avec pauvrisme. L’économie du don invite des standards et des alliances sociales plus élevés que l’économie de marché conventionnelle. Elle énonce fondamentalement que nous nous offrons le meilleur les uns aux autres, loin au-delà de ce que le marché peut faire.

Juste demander

Piano Yamaha C3Je veux développer cette faculté de demander l’arc en ciel complet des cadeaux, de la manière la plus décontractée et ouverte possible. Des dons qui me font fleurir et pas seulement ceux qui me font survivre. Cela représente-t-il beaucoup ? Dans l’absolu, non. N’oubliez pas, inviter la richesse intégrale n’a rien à voir avec le consumérisme. Cela implique-t-il des choses chères ? Oui, dans certains cas, du moins dans la perspective monétaire classique. Ai-je besoin de ces choses pour survivre ? Non, sans aucun doute. Ai-je atterri sur Terre juste pour survivre ? Non, sans aucun doute. J’existe pour fleurir, ce qui implique d’offrir et recevoir les meilleurs, les plus beaux cadeaux possibles, au nom de la joie, de la créativité et pour jouer la vie divine ensemble.

Ce que je dis a-t-il un quelconque lien avec l’utilitarisme ? Non. Cela peut sembler paradoxal, mais plus j’ai appris à accueillir mon inutilité, plus j’ai pu entrer dans une relation généreuse avec le monde.

Voici venu le temps de la pratique. Vous trouverez ici ma liste de richesses désirées (et non de richesses dont j’ai “besoin”).

 

 


Foire aux questions

Intelligence collective, société post-argent, économie du don, vœu de richesse, alimentation, amour, sexe, politique, arts martiaux, cheminement spirituel… beaucoup de sujets pour lesquels je reçois de nombreuses questions. Certaines reviennent souvent, pourquoi ne pas les collecter et les partager ? Voici donc des FAQ (Foires aux Questions), avec des réponses les plus honnêtes et les plus directes possibles qui m’animent à l’instant où je les écris. Ca continuera d’évoluer, revenez vite !

Et si une question vous taraude l’esprit, envoyez-la moi !

Mer de billets

 

 

 

Questions sur la richesse, l’argent et l’économie du don

 

JF XIV

 

 

 

Questions sur le vœu de richesse

 

L'intervention des Sabines

Questions de politique et de société

 

Et bientôt… des questions sur l’amour, le sexe, l’alimentation, les arts martiaux…


Restonsconnectés