Comment j’ai fini par devenir inutile

Chat blanc en train de dormir

Ce titre annonce-t-il un constat d’échec me concernant ? Pas du tout. Il y a quelques années, j’ai pris la décision de devenir inutile.

Complètement inutile.

Je veux dire par là inutilisable. Personne, pas même moi, ne peut m’utiliser comme outil, instrument, servant ou maître, groupie ou gourou, employé ou patron. Les rôles et les fonctions ne s’appliquent pas à une personne inutile.

En tant que personne inutile, je n’ai pas de planète à sauver, de cause pour laquelle me battre, d’ennemi à combattre. Je n’ai pas d’obligations morales, de responsabilités, de devoirs.

Les gens disent qu’il faut “gagner sa vie”. Mon papa et ma maman m’ont dit ça (et ils continuent). Mes grands-parents également, il y a longtemps. De même que mes profs à l’école, mon coiffeur, le gars de la station service et nos animaux politiques à la télé. Pour autant que je sache, ma vie, je l’ai gagnée à la naissance. Pourquoi devrais-je la gagner encore et encore ? Pourquoi devrais-je engager des actions spéciales telles qu’avoir un boulot pour m’acheter le droit de vivre ? Aujourd’hui je n’ai aucun travail, aucun poste, aucun titre, aucun statut social. Mon CV a fini à la poubelle. Quelle délicieuse libération !

Vous trouvez cela choquant ? Alors dites-moi pourquoi nous avons des chats et des chiens ? Pourquoi nous sentons-nous autant touchés par les enfants ? Ne goûtons-nous pas, inconsciemment et par projection, à leur délicieuse et insouciante inutilité ?

L’inutilité m’a également libéré des idéologies omniprésentes de l’inconscient collectif qui imposent de justifier sans répit notre droit à exister. Ne voulons-nous pas inscrire nos actions dans une “raison de vivre” ou un “sens de la vie” cohérents ? N’aimons-nous pas revendiquer notre service envers  un “but plus grand” ? Ne naviguons-nous pas dans ces océans mentaux dans lesquels nous nous voyons comme de petites parties d’un grand tout ? Nous adorons nous voir nous-mêmes comme des parties d’un tout plus grand. Peu importe qu’on les appelle Dieu, le Kosmos, l’humanité, le Divin, la Terre Mère ou la Nation… Tous indiquent un grand truc qui a ses propres intentions, ses propres lois. Là, nous n’avons pas grand chose à dire. Pas de débat, pas de démocratie, mais une grosse dictature. Nous devons simplement accepter, nous abandonner (le terme spirituellement correct — to surrender en anglais). Cet apparent conflit d’intérêt entre le Je et le Tout ne manque pas, tôt ou tard, de produire de la souffrance.

Meaning of Life - Carlos Ruas
Auteur : Carlos Ruas – http://www.onceuponasaturday.com/ 1 – “Dieu, quel est le sens de la vie ?” 2 – “Attend un instant, je vais demander.” 3 – “- Seigneur ! – Salut ! – Quel est le sens de la vie ?” 4 – “Attend une seconde, je vais demander.”

Comme Aurobindo le disait si bien, le mental voit toujours bien la partie dans le tout, mais il ne sait pas appréhender le tout dans la partie. Quand l’expérience d’exister en tant qu’univers tout entier devint l’état de conscience prédominant en moi, quand la partie et le tout se fondirent l’un dans l’autre, je devins inutile. Je devins à la fois humain et Dieu, entité et essence, immanence et transcendance, un et tout, temporel et éternel, petit et immense, ici et partout. Les derniers zestes d’utilitarisme n’y ont pas résisté.

En tant que personne inutile, je puis maintenant vivre ma vie d’artiste, de Dieu créateur et destructeur de mondes pour la seule extase de l’exercice. Par un acte de blissipline (la joyeuse discipline de la grâce) se tire le fil de Soi. Je deviens mon propre chef-d’œuvre exprimé au moyen de la recherche scientifique, de l’écriture, de la musique, des arts martiaux, par le fait de faire l’idiot, de dormir, de faire l’amour, de jouer à Ingress, d’embrasser un arbre ou de m’installer dans une crapuleuse paresse.

Cela me permet de vivre dans l’économie du don.

D’exister dans la vérité radicale.

De devenir mon plus beau cadeau.

De briller d’extase comme le soleil et la lune.


Foire aux questions

Intelligence collective, société post-argent, économie du don, vœu de richesse, alimentation, amour, sexe, politique, arts martiaux, cheminement spirituel… beaucoup de sujets pour lesquels je reçois de nombreuses questions. Certaines reviennent souvent, pourquoi ne pas les collecter et les partager ? Voici donc des FAQ (Foires aux Questions), avec des réponses les plus honnêtes et les plus directes possibles qui m’animent à l’instant où je les écris. Ca continuera d’évoluer, revenez vite !

Et si une question vous taraude l’esprit, envoyez-la moi !

Mer de billets

 

 

 

Questions sur la richesse, l’argent et l’économie du don

 

JF XIV

 

 

 

Questions sur le vœu de richesse

 

L'intervention des Sabines

Questions de politique et de société

 

Et bientôt… des questions sur l’amour, le sexe, l’alimentation, les arts martiaux…


La vie dans l’assiette

Cru en cœurLa recherche en intelligence collective, comme vous le savez, s’intéresse à tous les aspects de la vie sociale. Il y en a un qui me tient particulièrement à cœur : l’alimentation. En effet, ce qui atterrit dans notre assiette découle d’un processus collectif qui met en jeu des écosystèmes, des animaux, des plantes, beaucoup d’humains, et beaucoup de technologie.

Intelligence collective au niveau de l’aliment, d’abord, car ce dernier porte en lui un maillage extraordinairement complexe de vie, de mort, d’actions, de vécu, depuis sa naissance jusqu’à notre assiette. Intelligence collective encore, par la cuisine que nous mangeons, qui fait partie des piliers de toute culture. Intelligence collective ensuite, dans le fait même de manger. Le repas représente un espace de partage et de convivialité universel, présent dans toutes les cultures depuis la nuit des temps. Que se joue-t-il dans notre psyché lorsque nous mangeons ? Que vit notre espèce, que vit la planète, au cours des milliards de repas qui se déroulent chaque jour ? Intelligence collective, enfin, à cause des croyances et de l’ignorance qui hantent chaque société et chaque humain quant à l’alimentation. Tout me montre que cette ignorance joue un rôle actif dans la genèse et l’homéostasie de chaque culture. Cela pose une fois de plus la question de la vérité dans le collectif.

Quelle alimentation ?

Il fallait bien démarrer de quelque part pour engager cette longue investigation. J’ai commencé avec cette question toute simple qui me sert de fil directeur depuis le début :

Quelle alimentation offre une pleine santé tout en faisant du bien au vivant en général ?

Réponse rapide : certainement pas celle qui arrive dans nos assiettes aujourd’hui.

Voilà des années que je l’explore cette seule question, autant sur le plan théorique –santé, nutrition, environnement– que sur le plan personnel, à savoir ce qui se transforme en moi lorsque je fais évoluer mon alimentation (j’évoque cet aspect plus en détail dans la page “à propos“).

Quelle santé ?

Qu’appelle-t-on la santé ? J’en entends souvent répondre “le fait de n’avoir aucune maladie“. Réponse quelque peu superficielle et automatique, qui se concentre uniquement sur l’individu. On peut n’avoir aucune maladie biologique, et pour autant avoir une santé calamiteuse du fait d’une mauvaise hygiène de vie, ou d’une vie psychique, sociale ou spirituelle pauvre. Qu’il s’agisse du corps, du mental ou de l’esprit, on voit vite que la santé se joue autant dans l’individu que dans le collectif, et que le regard que nous lui portons se trouve chargé de culture et de postulats inconscients.

Que se passerait-il si…

… les humains se mettaient à manger en conscience ?

Voilà une autre question que je contemple souvent. Il y aurait bien sûr des conséquences extrêmement positives sur la santé et l’écologie, assez faciles à extrapoler. Les transformations  à l’intérieur de nous-même m’interpèlent plus encore, car la conscience marche main dans la main avec la façon dont on s’alimente.

Pour ma part, manger sainement et en conscience m’a dirigé vers une alimentation végétarienne d’abord, végétalienne ensuite, très peu grasse, sans gluten, essentiellement crue. On parle d’alimentation vivante, et, dans ce cas plus précis, du régime 80-10-10. Il semble que cette alimentation réponde à toutes les questions posées plus haut :

  • sur le plan écologique, elle développe les écosystèmes, car il faut planter des arbres ; elle réduit considérablement l’empreinte écologique (eau, carbone, pollution…) ;
  • sur le plan de la santé individuelle, après avoir exploré de nombreux régimes et cuisines différents, je n’ai jusqu’à présent rien connu de meilleur que l’alimentation vivante. Le corps fonctionne mieux. L’équilibre qu’il installe le dote d’un système robuste de défense (je ne tombe pratiquement jamais malade), il gagne en énergie, en vivacité, en endurance, en sommeil, en sexualité. Idées et pensée s’éclaircissent, les heures de sommeil diminuent, la conscience prend du champ. Corps, mental, esprit… chaque plan en bénéficie ;
  • au niveau sociétal, cette cuisine engage une relation harmonieuse avec notre environnement et avec nous-mêmes.

Je ne dis pas que l’humanité devrait passer à ce régime alimentaire spécifique, la question de l’alimentation relève d’un nombre bien trop élevé de paramètres pour se laisser circonscrire dans une réponse simpliste. De plus, je n’adhère pas aux systèmes qui veulent enfermer tous les humains dans un modèle comportemental unique qu’ils devraient suivre pour que la société marche. Cette conception se trouve à la racine de tous les “ismes” de la société industrielle, on en connaît les résultats. Par ma propre expérience individuelle, j’essaie juste de débusquer quelques principes universels qui pourraient avoir des conséquences intéressantes, et ce dans paysage plus vaste de paramètres et de comportements.

L’ignorance comme principe actif

L’alimentation offre à mes recherches un extraordinaire espace d’observation sur les principes actifs qui provoquent et entretiennent l’ignorance et les croyances dans la société. Je les oppose aux principes passifs desquels découle l’ignorance par simple absence de connaissance.

Par exemple les gens m’expliquent souvent qu’on peut difficilement survivre sans protéines animales. Ils affirment avec une certitude absolue que nous avons un métabolisme de carnivores, et que les fruits ne contiennent pas de protéines. Ont-ils sérieusement exploré d’autres perspectives que ce que leur impose la doxa ? Rarement.

A ces croyances erronées s’ajoute l’obscurantisme ontologique, à savoir l’usage de mots et de catégories sémantiques qui nous séparent de la façon dont la réalité fonctionne et de l’empathie avec les autres êtres vivants. Prenons le mot “viande”  par exemple. Ce dernier “chosifie” le vivant en le rabaissant au même niveau que les matières inertes et minérales. Même chose lorsqu’on dit manger “du poulet” ou “du poisson”, ou qu’on fait un “élevage de bœuf”. Plus rien ne nous relie à la toile de la vie. La chosification fait partie des mécanismes ontologiques destinés à entretenir la séparation avec une réalité plus vaste et plus évoluée.

Plus intéressant encore : même si pas mal de gens savent que leur alimentation ne leur fait pas du bien, combien d’entre eux décident d’évoluer ? Une infime minorité. La majorité continue dans son addiction habituelle, gorgée de ses certitudes. Au changement radical, cette majorité préfère les médicaments, les maladies cardiovasculaires, l’hôpital et toute la victimologie associée. Quelle force de dépendance et de croyance tient à ce point l’individu enfermé dans sa petite prison, au détriment même de sa propre vie ? La discipline de l’intelligence collective nous permet de bien comprendre cette équation. Cela fera l’objet d’autres écrits.

Sourd, muet, aveugleEn attendant, l’humanité trempe dans son jus obscurantiste et son ignorance crasse. J’y vois la signature d’une conscience collective encore peu éveillée, mue par les pulsions gloutonesques et angoissées de foules en mal de gras, de sucre, de sel et de sang. Le massacre d’une barbarie sans nom qui s’opère chaque instant sur les autres êtres non-humains en témoigne. Massacre doublé d’une hécatombe chez les humains, chez qui la malbouffe a gagné la première place auprès de la grande faucheuse dans les pays industrialisés. Nos descendants verront probablement nos sociétés comme extrêmement violentes et archaïques.

Il n’empêche que l’évolution de notre espèce ne se réalisera pas sans évolution de notre alimentation, ce qui invite à l’exploration dans tous les confins possible, suivi d’un retour d’expérience, ce que je tente de faire ici.

Au-delà de l’alimentation

Finalement, la vraie question ne consiste-t-elle pas à savoir quel flux énergétique nous permet de rester en vie, heureux et en bonne santé ? L’alimentation physique nous apporte une énergie contenue dans de la matière, que le corps récolte par réactions chimiques. La matière ne nous constitue pas, elle nous traverse. Comme les vagues parcourues d’eau, nous gardons une forme un certain temps durant. Cette forme s’érige, se transforme, puis se fondre de nouveau dans le Grand Océan.

Aussi je préfère me demander comment manifester et maintenir notre énergie vitale sans réduire cette question à la seule nourriture physique, de la même manière qu’on ne doit pas confondre “se déplacer” et “voiture”. Ne confondons pas la fin et les moyens. L’expérience directe, là encore, m’a montré qu’il n’existe pas de corrélation pure entre la quantité de calories absorbées et l’énergie présente par le corps. Bien d’autres facteurs de nature émotionnelle, psychique et spirituelle, jouent. Nous pouvons contrôler et réguler notre état énergétique autrement que par la seule alimentation, au travers de techniques comme la méditation et la respiration. On parle alors d’alimentation “prânique”, mais le terme ne me convient pas, car justement, il n’y a plus d’alimentation à proprement parler. Un processus autonome se met en place à l’intérieur du corps, très différent de toute sensation de “remplissage” par une source extérieure. En fait, dans cet état de conscience-là, l’extérieur et l’intérieur ne veulent plus dire grand chose. Comment peut-on dissocier la vague de l’océan ?

J’entends déjà les “impossible !” et autres indignations choquées : comment un esprit scientifique tel que le mien puisse peut-il envisager d’autres options que l’alimentation physique ? Justement, l’approche scientifique consiste à explorer l’inconnu, et intégrer ce qu’on observe, sans jugement, et non à rejeter tout ce qui ne colle pas à notre actuelle carte du monde.

J’ai déjà suffisamment goûté à l’approche énergétique pour en faire une voie privilégiée de mes recherches. Je vous tiendrai au courant.

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Quelques références:


La vérité, toute la vérité, rien que la vérité…

Vision relative
Dessin : Selçuk Erdem

Si nous nous parlons vous et moi, nous nous dirons la vérité.

La vérité n’implique pas de rester sérieux. Bien au contraire, il faut une bonne dose d’humour pour l’embrasser, cette vérité.

Quelle vérité ?

J’entends beaucoup de gens affirmer haut et fort “il n’existe pas de vérité absolue !“. Comme ils me font sourire ! Au moment même où ils disent cela, n’en énoncent-ils pas une, de vérité absolue ? Le mental vient vite se mordre la queue ici.

Je ne vais pas me lancer ici dans un essai sur la vérité, d’autres l’ont fait avant moi depuis des millénaires. Je vais donc juste me contenter de clarifier ma propre démarche. Lorsque je m’engage à dire la vérité, je parle de ce qui jaillit en moi : idées, pensées, émotions, sensations physiques, inspirations, pulsions, désirs… Autant d’expériences qui se révèlent nues et crues, dans leur vérité primordiale, que je contemple et accueille inconditionnellement. Je ne dis pas que ces événements de l’univers intérieur manifestent une quelconque vérité du monde extérieur. Par exemple si je pense à un Centaure, ce dernier n’a pas de caractère “vrai” si on le confronte à nos connaissances sur le monde animal (jusqu’à preuve du contraire), par contre la présence en moi de cette pensée s’avère vraie,  je puis donc la partager si besoin. Si, en vous écoutant parler, se forment des images ou des associations d’idées, je les mettrai à votre disposition si vous le souhaitez, sans prétendre aucunement que ces images ou associations aient un caractère vrai par rapport à notre consensus sur la réalité objective.

Dire vrai consiste donc à la mettre à disposition, cette vérité, si vous souhaitez l’entendre. Avec votre permission bien sûr. Je m’engage à ne rien altérer ni édulcorer, donc à ne pas me soumettre aux codes sociaux, à la morale ou la pudeur. Voilà ce à quoi vous pouvez vous attendre si vous me rencontrez. Et je me sentirai toujours très reconnaissant si vous procédez de même.

Voilà qu’une fois de plus, l’économie du don entre dans la danse. La vérité s’offre nue, elle ne saurait venir parée de conditions et d’intentions. Sans jugement ni censure, la vérité nous accomplit.

 

Intelligence collective, quelle place pour la vérité ?

René Magritte - Memory of a Journey
René Magritte – Memory of a Journey

L’intelligence collective en tant que discipline de recherche se pose la question du rapport à la vérité dans un collectif, voire une société tout entière. Quel rôle joue la vérité ? A quel moment s’avère-t-elle dangereuse au point de mettre en péril les fondations d’un collectif ? Par extension, quel rôle jouent les croyances dans le maintien de la structure des collectifs ?

Ces croyances ont un nom : la doxa. Cette dernière construit la réalité sur des croyances que personne n’ait vraiment vérifiées. Pour bien en comprendre le principe, il suffit d’examiner les doxas anciennes. Exercice facile puisque nous ne vivons plus dedans. Par exemple, d’anciennes doxas placèrent la Terre au centre de l’univers, ou déclarèrent que les hommes à peau noire n’avaient pas d’âme et s’avéraient bons pour l’esclavage, ou encore que nous descendions tous d’Adam et Eve. Aujourd’hui, ne nous leurrons pas : nous vivons dans une doxa extrêmement prégnante. Cela fera l’objet d’autres écrits.

Retenons simplement que les collectifs s’élaborent dans un méli-mélo de doxa et de vérité, et que ce rapport s’avère autant difficile que pertinent à analyser.

Dans les sociétés à intelligence collective pyramidale qui charpentent l’essentiel de l’humanité aujourd’hui, l’humain évolue dans une matrice qui le modèle par l’extérieur. Pourquoi ? Parce que l’intelligence collective pyramidale, qui repose sur les chaînes de commandement, a besoin d’humains prévisibles. Sans prévisibilité de ses membres, quelle chaîne de commandement pourrait fonctionner ? Aussi l’école apprend-elle aux petits humains à séparer ce qui se vit en eux de ce qu’ils doivent faire. Au prix d’années passées assis dans une salle de classe, on apprend peu à peu à désolidariser l’être et le faire. Les humains de l’intelligence collective pyramidale développent d’extraordinaires capacités dans le faire, tout en ne se connaissant pas eux-mêmes. La vérité ayant du mal à éclore du fond de soi, elle a d’autant de mal à se frayer un chemin dans la société. Nous développons depuis la naissance, sans nous en rendre compte, de nombreuses stratégies du mensonge. Stratégies d’évitement, bienséance, codes sociaux, sens du devoir… Le “Comment allez-vous ?“, suivi de la réponse automatique “Bien !“, ritualise parfaitement cette déconnexion entre le monde social extérieur et le monde intérieur.

Dans l’intelligence collective holomidale en pleine éclosion aujourd’hui, l’humain a au contraire tout intérêt à construire son individuation pour bien y évoluer. De plus, l’économie mutualiste invite à une nouvelle pratique sociale de la vérité. Le mutualisme a besoin de transparence radicale pour la diffusion des connaissances et l’open source, pour garantir la visibilité des ressources et des richesses, pour que s’opère la gouvernance collective… L’holoptisme invite à l’essor d’une vérité collective comme condition de fonctionnement. Le rapport à la vérité se transforme : il devient un pré-requis.

La vérité, quintessence de l’art

Magritte - La Clairvoyance
Magritte – La Clairvoyance

Le mensonge relève d’une pratique, la vérité relève d’un art : il faut savoir donner consistance aux intuitions qui nous illuminent, apprendre comment les formaliser dans le monde, sans peur, en se laissant mouvoir par une joie érotique.

Qui dit art, dit techniques. L’éducation m’a enseigné les techniques du mensonge, j’ai décidé d’apprendre les techniques de la vérité. Quelles pratiques pour la faire jaillir en moi ? Comment faire qu’elle dépasse le stade de vagues intuitions, et que, très vite, elle puisse prendre une forme consistante dans mon univers intérieur ? Sous quelle forme vais-je la manifester, cette vérité ? Par le verbe ? La danse ? Le chant ? Les images ? Le geste ? Le silence ? Les émotions ?

Toujours dans le registre des techniques, je ne délivre pas une vérité si je la sens habillée d’une intention, par exemple l’envie que la personne “comprenne” telle ou telle chose, ou qu’elle prenne telle ou telle décision. De même, on ne m’entendra pas dire à quelqu’un “Tu es ceci ou tu es cela“. Je dirai, si on me l’a demandé, que “je ressens ceci ou cela en moi“, offrant ainsi la vérité objectivée de ce qui se passe en mon être subjectif. J’en fais une œuvre à contempler pour qui veut. Une œuvre qui ne s’impose pas.

La vérité ne se déduit pas, elle jaillit. Même si l’on croit l’avoir déduite, nous élan créatif fait jaillir des étincelles d’évidence, illuminant cette nouvelle réalité que l’être appelle. Acte artistique, encore. Ce constat, je le fais même dans une enquête criminelle guidée par la police scientifique, où l’on cherche une vérité déduite au moyen de la preuve objective (empreintes, ADN, etc). Il y a, dans cette recherche obstinée du “fait objectif”, un monde que l’on veut manifester, un monde où l’on définit des coupables et des victimes, avec une histoire humaine qui veut se raconter, au cœur d’un mythe civilisationnel. Les criminels d’une époque deviennent parfois les héros d’une autre, et vice-versa. La doxa ne se cacherait-elle derrière tout cela ? Eh oui, la vérité matérielle et objective énoncée par la preuve scientifique trouve, elle aussi, sa source et sa motivation dans le sujet.

Finalement, peu importe de quelle vérité on parle — exprimer une réalité (consensus sur nos perceptions du monde), opérer une déduction logique ou une induction scientifique — on en revient toujours au sujet créateur d’une réalité qu’il appelle. J’ai souhaité faire de la vérité une pratique artistique, à commencer par l’observation sans concession et le partage de ce qui jaillit au fond de moi. Même si cela semble évident sur le papier (ou l’écran), cela provoque des espaces et des situations tout à fait décalés par rapport aux normes et codes sociaux actuels.

Et vous ? Quel rapport à la vérité avez vous décidé de suivre dans votre vie ? Y a-t-il un moment où vous dites “stop” ? Jusqu’où pensez-vous qu’on puisse aller, individuellement et collectivement ?

 


Où en sommes-nous dans l’élaboration du CIRI ?

Beaucoup de gens m’écrivent pour me demander où en est le CIRI — le Collective Intelligence Research Institute — que nous avons créé et annoncé il y a 18 mois. Il est vrai que nous n’avons pas beaucoup communiqué depuis, car l’essentiel de nos actions a consisté à créer les bons contextes, à avancer sur de nombreux projets de recherche et rencontrer beaucoup, beaucoup de personnes dans différentes parties du monde. Ce fut un travail essentiellement invisible.

La plupart de mes interlocuteurs me demandent comment ils peuvent participer au CIRI et soutenir la communauté TheTransitioner. Je crois propose de faire d’abord un rapide tour d’horizon de notre vison à long terme, ce qui éclairera alors nos actions à court terme.

Vision à long terme

De la Terre à la Lune - Jules VernesLe rôle du CIRI est de servir d’ambassade, de base dans le monde conventionnel. Le type de recherche que nous menons nous conduit dans des espaces inconnus, où nos systèmes de croyances du quotidien (la doxa) n’existent plus. Prenez la métaphore d’une nouvelle planète. La physique, les formes, les lois y sont différentes. Dans l’univers que nous explorons, de nouveaux paradigmes de rupture apparaissent, l’expérience humaine y est pratiquement inexistante, la technologie évolue chaque jour, des visions inédites émergent. Elles ouvrent d’autres façons de comprendre la réalité et de nouvelles manières de conduire nos vies.

Au sens littéral comme au sens métaphorique, on ne peut accéder à un nouvel univers qu’avec un vaisseau et un équipage à bord. Cet équipage est un petit groupe de personnes qui ont fait le pari d’explorer l’inconnu. Ils connaissent les risques, ils sont entraînés pour évoluer dans de tels contextes. Quelques-uns des membres possèdent une expertise sur le vaisseau lui-même : ils savent comment le naviguer et comment le réparer. D’autres membres sont des experts concernant la destination  : ils l’ont étudiée et s’y sont préparés. Pensez aux missions Apollo et aux futures missions habitées sur Mars. A bord les astronautes ont une vie bien particulière, des codes sociaux, un langage, des règles très différents, et ils sont livrés à eux-mêmes. Autant que possible, la base Terre est là pour guider et apporter son intelligence, mais fondamentalement l’équipage est livré à lui-même. Personne d’autre qu’eux ne peut vivre l’expérience qu’ils ont.

Personne ne peut bâtir un vaisseau tout seul. C’est forcément un projet collectif soutenu par une organisation, une base, une ambassade dans le monde conventionnel. Pour les pionniers de l’intelligence collective, cette base, c’est le CIRI.

Au fait, comment nommer ce nouvel univers que ces pionniers explorent ? On l’appelle l’intelligence collective holomidale, cette nouvelle forme d’intelligence collective qui succède et supplante l’intelligence collective pyramidale. Comme je le disais plus haut : cela implique un nouveau tissu social, une nouvelle façon de vivre, de nouvelles valeurs, de nouvelles technologies, de nouveaux paradigmes, de nouvelles cultures, de nouveaux codes sociaux, une nouvelle économie, et même de nouvelles façons de nous percevoir en tant qu’individus, et la liste continue. Ce n’est pas simplement une évolution externe, cette aventure touche les plus profondes structures de l’être.

Retour sur le CIRI. Cette organisation est composée de personnes désireuses d’accompagner l’émergence de l’intelligence collective holomidale. Ces hommes et femmes n’ont pas besoin d’être des pionniers dans chacun des aspects de leur vie, pour autant ils peuvent participer à l’aventure en apportant leur expertise, des richesses, une action dans tel ou tel domaine.

Beaucoup de façons d’agir, donc. Concrètement ? Voici une courte liste :

  • Technologie : geeks de tous poils (ceux qui aiment les pizzas en alimentation crue, bio, végétalienne, sans matières grasses ni gluten sont même acceptés), architectes logiciel, administrateurs système, développeurs logiciels open source, experts interfaces utilisateurs, experts en plate-formes mobiles, concepteurs de jeux, webmasters, designers graphiques…
  • Science : chercheurs en sociologie, systèmes complexes, biomimétisme et biologie, bio-informatique, anthropologie, théorie du choix social, théorie des jeux,Informatique, économie, intelligence artificielle (spécialement sur les systèmes milti-agents), ergonomie, communication…
  • Jardinage de communautés : experts en medias sociaux, animateurs, semeurs, écrivains… (principalement pour le site TheTransitioner)
  • Formation : des inspirateurs, formateurs, coaches, gourous, et tout ce qu’on peut imaginer…
  • Communication : écrivains, réalisateurs de films, conférenciers, experts multumédias…
  • Relations publiques : avec la presse, avec le monde en ligne, avec les politiques, avec le monde de l’entreprise, etc…
  • Arts : artistes de toutes sortes, de la musique à la photo, des arts numériques à la danse, de la BD au design graphique…
Oui, toutes ces personnes ont des talents et des richesses incroyables à offrir. L’intelligence est un terrain tellement fertile et prometteur

Et maintenant ?

Chaque chose en son temps. Pour que beaucoup de personnes puissent agir ensemble, il faut créer les bonnes conditions. Quelles sont-elles ?
Tout d’abord un site web sur lequel tous les progrès, la R&D et les découvertes que nous avons faites ces dernières années soient disponibles pour tous. Dans mes conférences publiques, je ne partage que 5% de la vision, peut-être même moins. C’est normal, ces événements sont confinés dans des espaces limités et pour la plupart des gens ces idées et concepts sont totalement nouveaux. Même des séminaires qui durent plusieurs jours ne peuvent couvrir qu’une petite portion du champ et de l’expérience de l’IC. Par conséquent un espace en ligne qui partage toute la vision dans une construction cohérente est la première réalisation à effectuer.
Cela se décompose en différentes étapes :
  • Un serveur fonctionnel : aujourd’hui notre serveur est désorganisé. Après des années de bons et loyaux services, il a besoin d’être complètement repensé et reconçu. Il faut administrateur système talentueux, pas simplement quelqu’un qui va “administrer” mais quelqu’un qui le fera en portant la vision et la pratique que nous incarnons. Un acteur clé qui offrira au reste de l’équipe la possibilité d’essayer de nouvelles applis web, et qui facilitera la vie en ligne.
  • La création des contenants :en d’autres mots, des sites Web fonctionnels. Des experts CSS et des designers graphiques sont recherchés 🙂
    • Le site web du CIRI : nous travaillons dessus en ce moment. Il fonctionne sur la technologie wagn. Une version 1.0 fonctionnelle est attendue pour septembre 2012.
    • Le site web TheTransitioner : il fonctionne sur la plate-forme Ning. Bon gré, mal gré, je ne suis pas un fan, mais c’était une solution clé-en-main. Le site a besoin de design graphique, de beaucoup de réorganisation, de gens pour jardiner la communauté.
    • Ce présent blog : c’est un espace important dans lequel je puis m’exprimer à la première personne, à la fois de manière objective et subjective. Ce blog n’a jamais eu un quelconque design graphique. Je l’ai fait entièrement avec mes petites mains et j’apprécierais beaucoup de pouvoir l’amener au niveau suivant. Une fois de plus, il s’agit de design graphique, d’implémentation CSS, et d’un peu d’expertise sur WordPress.
  • L’écriture du contenu : aujourd’hui c’est clairement mon rôle, et la seule chose que je devrais vraiment faire, ce qui n’est pas encore le cas car il reste tant de choses à organiser.

Une fois que ces conditions premières seront remplies, nous pourrons passer à l’étape suivante : inviter et soutenir une constellation globale de personnes motivées et talentueuses, désireuses de construire la société post-monétaire et l’émergence de l’intelligence collective holomidale. Nous n’en sommes pas loin, croyez-moi.

Si vous avez envie d’œuvrer, faites le moi savoir ! Si vous voulez vous investir plus profondément, cela vous demandera de participer (ou peut-être même d’organiser) un “bootcamp” sur d’intelligence collective. Un bootcamp? J’en parlerai bientôt.


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