L’expérience TEDx Paris 2011

Parler à TEDx a représenté un défi. Comment expliquer, partager la vision des monnaies libres en 12 minutes ? Et pas seulement ça… car TED demande plus encore. Il ne s’agit pas d’exposer seulement des concepts ou des visions, il faut aussi laisser parler l’intelligence émotionnelle, équilibrer cerveaux droit et gauche, partager le cheminement personnel… Indépendemment du résultat, ce challenge ne pouvait que m’aider à grandir, à affiner mon expression, à chercher des voies (et voix) encore inconnues au fond de moi. Un parcours initiatique auquel je me prêtai avec joie, entouré et coaché par les merveilleux fondateurs de TEDx Paris. Leur feedback m’a toujours paru pertinent et leurs remarques bienveillantes.

Jusqu’à 48 heures avant TEDx, j’ai dû trancher dans le vif sur ce que je devais ou ne devais pas dire. J’avais décidé de minuter chaque étape du discours sans entrer pour autant dans du par cœur. Juste laisser la voix du cœur.

Deux évidences ont éclairé ce cheminement :

  • Ne pas chercher à “expliquer”, mais plutôt lancer des petites graines de curiosité dans le vent. Les gens ressentent ce qu’ils entendent. Même si le mental ne comprend pas tout, ils savent si cela doit les toucher. Quelque chose vient alors réveiller une connaissance plus profonde, souvent inconsciente, mais bien présente en chaque être humain.
  • Je devais aller au-delà des monnaies complémentaires, pour atteindre les monnaies libres, même si je lâchais 95% de l’audience en cours de route.

Ce dernier point mérite une explication.

Les gens comprennent en général assez bien les monnaies complémentaires. Plusieurs raisons à cela… Tout d’abord, les monnaies complémentaires “complémentent” notre système monétaire, donc nous restons dans le même paradigme, même si pour beaucoup, l’idée d’utiliser d’autres unités pour échanger représente un saut quantique émotionnel considérable. De plus, dans leur philosophie, les monnaies complémentaires demeurent monolitiques — une seule monnaie pour tout faire — et fondées sur l’économie de marché (réciprocité/symétrie immédiate : je te donne quelque chose, tu me donnes de la monnaie en retour). Vu que l’économie de marché représente la seule chose que les gens connaissent depuis tout petits, ils n’ont pas d’autre référentiel. Tout le reste entre dans l’abstrait.

Les monnaies libres deviennent plurielles. Elles fonctionnent par constellations, ne servent pas qu’à échanger des biens, ne s’inscrivent pas exclusivement dans l’économie de marché. Elles permettent à des flux de richesse de se construire en spirales vertueuses. Bref, tant qu’on n’a pas joué avec elles, cela reste aussi abscons que l’Internet pour le grand public en 1995. Aucune conférence que j’ai données à l’époque n’aurait pu permettre de comprendre la réalité d’aujourd’hui. Une fois qu’ils auront goûté aux monnaies libres en direct, les gens se rendront compte de leur simplicité et évidence.

La rupture de paradigme réside dans les monnaies libres (et même au-delà du terme “monnaies”), pas dans les monnaies complémentaires, c’est donc là que je devais porter ma conférence.

Mais de là à en parler en 12 minutes sans proposer d’expérience… J’ai donc pris un risque, celui de lâcher une bonne partie de la salle, de paraître abstrait, théorique et incomplet pour la plupart. Puisse pour autant cette conférence avoir permis à quelques graines de pousser dans des terreaux fertiles.

Aujourd’hui, presque 3 ans après, alors que je remodèle cet article, je continue de recevoir beaucoup de feedback. Tout d’abord parce que TEDx Paris 2011 a donné une bonne visibilité médiatique aux intervenants. En ce qui me concerne, je reçois beaucoup de emails, que ce soit de particuliers qui veulent mieux comprendre ou s’engager, d’entreprises qui voudraient travailler avec moi sur le sujet, ou de médias pour une interview.

J’ai en tout cas reçu un beau cadeau : cela m’a permis d’évoluer.

Merci encore aux organisateurs de TEDx, et à tous les volontaires de cet événement qui ont donné temps et énergie dans la bonne humeur !


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