L’athéisme est-il la religion du matérialisme ?

J’ai récemment posté sur tweeter la phrase suivante : “L’athéisme est la religion du matérialisme“. (octobre 2009)

Note du 1er janvier 2015 : je réécris cet article en f-prime.

Je m’attendais à quelques réponses, notamment parce que les questions spirituelles ou religieuses en France suscitent des réactions souvent… vives. Cela n’a pas manqué 🙂

Selon wikipedia, “L’athéisme est une attitude ou une doctrine qui ne conçoit pas l’existence ou affirme l’inexistence de quelque dieu, divinité ou entité surnaturelle que ce soit, contrairement, par exemple, au déisme, au théisme et au panthéisme qui soutiennent ces existences, ou à l’agnosticisme qui considère qu’on ne peut répondre à ces questions.

Donc cela mérite quelques clarifications.

En fait, cette question, je crois, touche surtout aux définitions que l’on se donne, et nous entrons, une fois de plus, dans un domaine plus que flou. Je ne puis donc que proposer mes définitions et mes contours, forcément contestables.

Je nomme “Dieu” tout ce qui a trait à un principe supérieur, universel, transcendant. Mais j’utilise aussi souvent “le Divin”, “l’Univers”, le “Kosmos” (avec un “k”, comme les grecs, et comme l’a repris Wilber). Cela ne se réfère à aucune religion, car je n’appartiens et ne me revendique d’aucune. Il s’agit ici de bien distinguer spiritualité de religion, je m’inscris dans l’expérience spirituelle de ce tout transcendant et immanent.

“Faire l’expérience”, et non croire. Je ne “crois” pas en Dieu, j’en fais l’expérience ce qui s’avère différent. Expérience, personnelle, intime, irréfutable. Elle ne constitue pas une preuve extérieure, objective, matérielle, elle s’inscrit dans un vécu intérieur, subjectif, présent à lui-même, exactement comme pour un morceau de musique. Chez certains il provoquera une expérience extraordinaire, les amènera dans des espaces de conscience uniques, les transformera à jamais. D’autres resteront froids. On pourra chercher la “preuve” de cette émotion dans la musique pour le restant de nos jours, on ne la trouvera pas. Il y aura bien sûr ceux qui “croiront” en l’aspect divin de cette musique, et d’autre qui ne “croiront pas”, et on retombera dans ces éternels débats stériles.

La “musique” de l’univers relève du même ordre : elle se révèle à certains, pas à d’autres. Une question d’expérience, non de croyance.

Jusqu’à présent, les athées que j’ai rencontrés ne ressentent pas la musique de l’univers, par histoire personnelle, culture, blessures diverses. Ils cherchent la preuve du divin en analysant les ondes, les mouvements d’archet, les variations rythmiques… et ils pourront chercher longtemps. Le voici, ce fameux matérialisme… enfin, dans ma définition, une fois de plus. Les matérialistes, en incapacité — ou refus — d’ouvrir leur intériorité à ce que la musique de l’univers peu leur révéler, cherchent la preuve dans les mouvements d’archet. Je les vois souvent tellement accrochés à cette approche qu’elle en devient une vraie doctrine, une religion qui s’ignore à elle-même. Cette religion impose des principes, des rites, dispose de ses hiérarchies, de ses initiés…

D’où mon tweet…

Certains m’ont rappelé que le bouddhisme relève d’une philosophie, non d’une religion… Pour rappel, la philosophie, dans son sens originel- philo-sophia, se réfère à l’amour de la sagesse. A ses origines, la philosophie se fondait sur l’expérience transcendante, et mettait à profit l’esprit, la pensée, la réflexion, la raison pour comprendre et amener sur le terrain social et sociétal, l’expérience de transcendance. Car la sagesse provient une expérience de transcendance. Aucun raisonnement ne pourra justifier les Droits de l’Homme, ni donner la preuve que les hommes sont égaux. Ils existent en tant que postulats, irréfutables, tout comme les axiomes en mathématiques. Seule l’inspiration a pu animer ceux qui ont énoncé les Droits de l’Homme… Inspiration… ce mot qui exprime l’expérience de la transcendance dans le langage ordinaire. La philosophie, à l’origine, n’a donc rien de matérialiste ni d’athée, ni de théiste. Pas plus que le bouddhisme. Le bouddhisme pose, et explore la transcendance, l’expérience d’un principe universel, compassionnel, omniscient et omniprésent, accessible à qui décide de faire les démarches nécessaires (méditation, pratiques précises de conscience…). Si l’on veut vraiment caser le bouddhisme dans une case, alors celle de l’agnosticisme conviendra mieux. On y postule qu’on ne peut répondre intellectuellement à toutes ces questions, et que seule l’expérience directe compte. Le bouddhisme met l’accent sur les pratiques, et écarte tout ce qui relève du débat mental et intellectuel, qu’il juge stérile. Je m’y inscris complètement.

Merci donc à celles et ceux qui ont réagi à mon tweet, parfois de manière virulente. Voilà toujours l’occasion d’aller creuser un peu plus profond.


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