Trois raisons pour lesquelles je ne crois pas à la COP 21

Voici une petite vidéo faite à la volée la veille d’un départ en voyage, le 1er décembre 2015. Veuillez m’excuser pour sa mauvaise qualité. J’ai jugé plus important de partager quelques points de vue au fil de l’actualité que d’attendre les conditions pour un bon tournage et montage.

En résumé :

    1. L’intelligence collective pyramidale s’avère totalement incapable de gérer la complexité du monde d’aujourd’hui. Pire, elle l’a créée, donc seul un système social plus vaste, plus embrassant, plus conscient et plus intelligent peut prendre le relai. Cela participe de l’évolution du vivant.
    2. Nous évoluons dans un monde à conscience encore majoritairement socio-centrée. L’intelligence collective pyramidale se construit sur ce type de conscience. En même temps, nous voyons un mouvement global s’opérer vers une conscience mondo-centrée, qui ne peut reposer sur l’intelligence collective pyramidale, et qui, de fait, donne naissance à la forme suivante : l’intelligence collective holomidale. En attendant, nos chefs d’Etat et dirigeants vivent par la conscience socio-centrée et ne peuvent en conséquence incarner l’avenir, même s’ils le voulaient.
    3. L’argent s’avère une technologie ad hoc pour l’intelligence collective pyramidale. Ca a servi ces derniers milliers d’années. Mais pour une économie systémique, durable, intégrale, à la fois locale et globale, fondée sur les systèmes ouverts, l’open source, l’open innovation, l’argent devient toxique et tout à fait inadéquat. On ne pourra jamais résoudre les enjeux de la COP 21 avec la technologie argent. Il nous faut donc passer aux technologies post-argent.

Non aux gaz à effet de s...

 


Vers la société post-argent

Quid du Bitcoin ?

Je travaille pour des bitcoinsEn tant que personne œuvrant sur la vision et les technologies de la société post-argent, les gens me demandent tout le temps ce que je pense du Bitcoin. Eh bien vous savez quoi ? Pas grand chose.

Bien que le Bitcoin fonctionne de manière décentralisée, en pair-à-pair et open-source, il n’en perpétue pas moins l’ancien paradigme de la rareté. Le fait que cette monnaie se branche sur l’infrastructure de l’argent rare ($, €, etc) injecte l’ADN de la rareté dedans. Plus grave encore : le concept nous laisse coincés dans les pièces de monnaie, un vieux meme ! Cependant, alors qu’il demeure et perpétue l’ancien paradigme, le Bitcoin pose un pas incontestable vers la société post-argent puisqu’il questionne le monopole de la banque quant à la création monétaire. Voilà qui ouvre de nouvelles possibilités. Les supporters et utilisateurs du Bitcoin feront très probablement toutes les erreurs possibles, ce qui donnera un coup d’accélérateur à l’évolution.

Monnaies complémentaires ?

J’aime les monnaies complémentaires pour le service qu’elles rendent. Elles permettent aux gens d’opérer les premiers pas en dehors de l’argent comme seul et unique moyen de voir l’économie. Elles poussent à toutes les erreurs et tâtonnements possibles, étape indispensable pour s’échapper de la prison mentale actuelle.

Aujourd’hui différentes formes de monnaies complémentaires coexistent (certaines ont un rôle multiple, par exemple local et social) :

  • Les monnaies locales (ou régionales) : elles aident un territoire donné (ville, région, etc) à se remonétiser et à redynamiser l’économie. Exemples : Ithaca Hours (USA), projet SOL (France), Chiemgauer (Allemagne)…
  • Les monnaies “corporate” : elles soutiennent un secteur économique spécifique. Exemples : les air miles (tourisme et voyage), le WIR (entreprises en Suisse), les Tickets Restaurant (restauration)…
  • Les monnaies sociales : elles activent l’économie sociale et solidaire dans la société. Exemples : le Time Banking (USA), Banco Palmas (Brésil)…
  • Les monnaies affectées : elles catalysent un objectif spécifique dans l’économie. Exemple : les monnaies carbone.

Je n’investis personnellement aucun effort dans les monnaies complémentaires. Leur nom nous dit tout : elles complémentent le système, tout comme les compléments alimentaires complémentent votre nourriture du fait de ses déficiences inhérentes. Les compléments alimentaires et les monnaies complémentaires existent à cause du système en place. D’un point de vue positif, on peut voir les monnaies complémentaires comme une première étape vers un protocole ouvert, global et interopérable (voir plus bas), de la même façon que les réseaux locaux en informatique ont initié la transition vers Internet au début des années 90.

L’argent décentralisé ?

J’ai visionné cette conférence donnée par Fred Wilson, partenaire associé de Union Square Ventures. J’apprécie la clarté avec laquelle il passe en revue les tendances actuelles et comment cela oriente ses investissements. Fred a une belle intuition lorsqu’il dit que le prochain système monétaire doit devenir un protocole internet. Première fois que j’entends cela en dehors de notre petit cercle de spécialistes. Il y a quelques années cela ressemblait à de la science fiction lorsque je partageais cette idée. Aujourd’hui un investisseur le dit, bonne nouvelle ! Cependant Fred Wilson limite sa prospective à un système monétaire, décentralisé certes, mais monétaire toujours, ce qui veut dire :

  1. une technologie qui ne couvre que la richesse mobile (biens, services), et non la richesse intégrale (mobile, mesurable, ordonable, énonçable, potentielle — voir conférences ci-dessous) ;
  2. une technologie qui opère exclusivement dans l’économie de marché, là où l’on ne fait qu’échanger des choses, et où l’on oublie les autres possibilités d’interactions. Cela écarte l’émergence des économies du don qui, à mon sens, deviendront de plus en plus puissantes, et plus génératives que l’économie de marché d’aujourd’hui, limitée par la conditionnalité de réciprocité immédiate.

Vers la société post-argent

Je pense que le futur proche ira beaucoup plus loin que l’imaginaire présent. De manière schématique :

  1. Les prochaines technologies post-monétaires fonctionneront suivant un protocole internet (Fred Wilson a bien compris cette partie-là, rare et plaisant !), qui ouvrira sur la diversité, la multiplicité, l’interopérabilité ;
  2. Les technologies post-monétaires nous doteront du langage de la richesse intégrale, et pas seulement de la richesse mobile ;
  3. Les technologies post-monétaires permettront l’émergence d’économies du don à grande échelle, qui transcendent (et incluent) les économies de marché.

Think out of the Bucks

Il nous reste beaucoup d’options pour nommer cette évolution. Tout comme à la naissance de l’aviation, les technologies post-argent développeront leur propre ontologie dans notre langage de tous les jours. J’aime utiliser des expressions telles que “langage de la richesse”, “richesse intégrale”, “technologies de la richesse”.

Notons que nous n’avons pas de mot pour signifier le fait de créer la richesse, dans son sens le plus profond et le plus large. D’où la création du verbe “to weal” en anglais : générer, donner naissance à la richesse. Dans le futur, nous “wealerons”. En anglais : we will wealWeal comme wheel (free wheel – roue libre), weal comme will (free will – libre arbitre), etc. Will Will wheal? (Will wealera-t-il ?) Il y a quelques années j’ai réservé les noms de domaine freeweal (org, com, etc) et weal.me. Reste à voir ce que cela donnera dans d’autres langues comme le français.

Et pour finir, cette transformation du monde va nous emmener loin, beaucoup plus loin que ce que chacun anticipe aujourd’hui. Le prochain langage de la richesse deviendra un langage des flux. Nous évoluerons de notre langage actuel, qui décrit des objets finis et leurs relations, vers un langage des flux, vivant, toujours changeant, quantique (empli de possibles superposés), holographique (où le Je et le Nous se contiennent l’un l’autre), super-conscient. J’y vois un des prochains sauts d’évolution de notre espèce.

J’ai beaucoup plus à dire à ce sujet, d’où ma longue retraite actuelle d’écriture. En attendant, ne vous gênez pas pour me wealer :-).

Plus en profondeur…

Voici ci-dessous quelques conférences clés sur le sujet.

Richesse intégrale (Integral Wealth)

Jean-François Noubel – Centifolia – Oct. 2013 – Grasse, France

Towards a Systems’ Paradigm and a New Expressive Capacity

Arthur Brock interviewé par Ferananda Ibarra.

Après l’argent – TEDx Paris

 

 


Elections présidentielles : qui deviendra le prochain capitaine du Titanic ?

Elections présidentielles : qui deviendra le prochain capitaine du Titanic ?

TitanicVous l’avez compris, tout, ou presque, se lit dans le titre.

Il semble que la plupart des gens ont une difficulté à faire la distinction entre le capitaine d’un navire, et le navire lui-même. Si le navire comporte des problèmes structurels dans sa conception, le capitaine ne changera pas grand chose : les problèmes structurels frapperont un jour ou l’autre. Le Titanic, par design, devait couler un jour, peu importe son capitaine. Par design également, seule une forme précise d’intelligence collective pouvait le piloter : l’intelligence collective pyramidale. En effet, tout le Titanic, dans son architecture et jusque dans ses moindres détails, a une conception faite pour obéir à un capitaine omnipotent et omniscient, avec une chaîne de commandement entraînée à répondre au doigt et à l’œil. La suite, on la connaît. Un scénario quasiment identique a eu lieu lorsque le Costa Concordia a heurté la côte italienne, en janvier 2012.

Nos grandes organisations à IC pyramidale fonctionnent exactement comme ces grands navires, peu importe qu’il s’agisse de gouvernements, d’administrations, de grandes entreprises, d’armées ou de religions. Peu importe le capitaine qu’on y met, élu ou auto-proclamé, nos grands vaisseaux collectifs ne s’avèrent structurellement plus du tout adaptés pour naviguer dans le monde présent. Ils n’offrent pratiquement aucune marge de manœuvre, par design encore, pour embrasser les questions sociales, pour surfer sur l’infinie complexité systémique de notre humanité, pour intégrer les enjeux économiques, écologiques et environnementaux, etc. Pour dire les choses plus précisément : de solution sociale innovante dans le passé, l’intelligence collective pyramidale devient aujourd’hui la cause systémique des maux que l’humanité rencontre. Cela ressemble peut-être à une opinion personnelle lancée façon comptoir du bar des sports, et pourtant, en intelligence collective, on le prouve.

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“Le mousse se trouve toujours au nord” – Eric Grelet

Ainsi, de la même façon qu’un navire de type Titanic ou Costa Concordia “attire” un capitaine omnipotent, nos navires institutionnels attirent des chefs omnipotents. Dans le meilleur des cas, ils commettent un jour ou l’autre des erreurs qui peuvent s’avérer fatales pour tous. Dans le pire des cas — et malheureusement le plus courant– peu de dirigeants résistent à l’abus de pouvoir. La structure veut cela.

Ainsi fustige-t-on un Sarkozy ou un Hollande, condamne-t-on un Kadhafi ou haït-on un George W. Bush. Ce faisant, on oublie que la nature même des vaisseaux institutionnels porte de tels hommes aux commandes. La seule différence entre un capitaine et un autre se trouve dans leur façon de naviguer. N’attendez d’eux aucun changement de paradigme ou d’infrastructure dans lesquels ils n’auraient plus ni leur place, ni leur raison d’être.

Avec les lunettes de l’intelligence collective, les élections présidentielles, peu importe le pays où elles ont lieu, m’apparaissent donc comme sans espoir.

Cependant tout ce qui meurt fertilise la vie qui vient après. La mauvaise nouvelle nous indique clairement que les leviers du changement ne se trouvent plus dans les urnes (en supposant que ça ait eu lieu dans le passé). La bonne nouvelle nous apprend qu’on peut voter tous les jours, à chaque heure et chaque seconde.

En effet, chaque fois que l’on achète ou n’achète pas quelque chose, on vote pour ou contre pour le système de valeur à l’origine de ladite chose. J’achète bio ou pas ? Je consomme de la viande ou pas ? J’investis dans ma santé et celle des autres ou pas ? Décidé-je de m’intéresser aux notes environnementales, sociales et de santé qui me sont maintenant rendues directement accessibles, en temps réel, autour des produits ? L’application GoodGuide, disponible sur smartphones et via Internet aux USA, en donne un bon exemple.

Continuons sur cette approche… A tout moment, je puis développer mes capacités d’utilisateur des socialwares et communitiwares. Je puis même apprendre à designer et programmer. Je parle ici de ces logiciels en ligne qui permettent aujourd’hui à tout collectif, local ou global, petit ou grand, de s’auto-organiser, de s’auto-actualiser, sans passer par la case intelligence collective pyramidale. Gestion des projets, partage des idées, prises de décision, gestion des conflits, capitalisation des expériences, mémoire collective, espaces de dialogues, représentation de soi… autant de domaines que les socialwares couvrent aujourd’hui, via les médias sociaux ou d’autres outils en ligne, ouvrant tout grand la voie vers l’intelligence collective holomidale.

Et bientôt ? L’arrivée de la société post-argent, et des technologies de la richesse, bien sûr ! Ainsi les collectifs à intelligence collective holomidale deviendront capables de gérer leur économie de manière intégrale, sans avoir besoin de l’argent rare de l’intelligence collective pyramidale. Tout un programme, trop long à détailler ici. 😕

Notre citoyenneté peut exprimer sa pleine créativité dans ces directions. Quittons le Titanic, arrêtons d’essayer de convaincre les capitaines, construisons de nombreux petits vaisseaux mobiles et interopérables, et laissons les candidats actuels à leurs empoignades et promesses électorales. Le pouvoir, aujourd’hui, se trouve dans le code.


Open World Forum… ouvert ou fermé ?

Je viens de faire un saut cet après-midi à l‘Open World Forum qui se tient à Paris les 1er et 2 octobre 2009. J’y interviens demain vendredi 2 de 14h00 à 16h00, je voulais donc sentir l’atmosphère. J’avoue avoir été surpris par une sorte d’énergie “grise”. Je n’y ai pas ressenti de gaité, de jubilation. Il n’y avait pratiquement rien que des hommes, le tout empaqueté dans un de ces centres de congrès moquettés, wifisés, hotesse-d’accueillisés, badgés… je n’y ai tout simplement ressenti que du conventionnalisme. Pas d’énergie de conquête, de jeunesse, de renouveau…

C’est l’occasion de m’interroger sur la suite. Demain matin, Mark Shuttleworth , fondateur d’Ubuntu, vient en tant que keynote. Je n’aime pas particulièrement passer du temps dans les pleinières car en général je m’y embête et n’y apprends pas grand chose. La raison pour laquelle je m’y rendrai malgré tout demain matin, c’est pour ressentir le bonhomme. S’il vient, bien sûr, car il est courant que des keynotes soient annoncés, et qu’on les entende sur place en visio-conférence.

Mark Shuttleworth m’intrigue. Il a, semble-t-il, manifesté une vraie vision d’avant-garde avec Thawte, puis Ubuntu. Serait-il ouvert aux monnaies libres ? Les comprendrait-il intellectuellement ? Sa conscience est-elle préparée ? En serait-il un supporter désintéressé ? Ou bien est-il comme tant d’autres, retombé dans le “mainstream”, une fois les conquêtes de réputation et de pouvoir acquises ? C’est ce que je veux ressentir demain.

J’ai même préparé un petit mot à lui remettre. S’il est là, je déciderai sur place. Je ne souhaite pas le convaincre, et nous n’avons pas besoin de lui pour réussir notre projet. Et d’un autre côté, il faut laisser la possibilités aux opportunités de se manifester, si elles doivent se manifester. Mark et son organisation pourraient représenter un beau tremplin pour les monnaies libres. Donc… demain je ressentirai tout cela, et laisserai l’intégrité intérieure décider.

Pour l’heure, brrrr, ce open world forum me semble, au fond, bien fermé en regard de l’aventure humaine qu’il est censé incarner…


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