Quand les BonnesGueules me font causer…

Je voudrais ici une fois de plus saluer et remercier les BonneGueules, dont j’ai déjà abondamment parlé dans cet article. Ils continuent leur irrésistible progression, avec sérieux, humour, ingéniosité et pugnacité. Et en plus, ils se permettent d’interviewer un zozo comme moi et de mettre cet échange sur leur site, ce qui traduit leur ouverture d’esprit, leur curiosité et leur accueil.

Merci Benoît et Geoffrey, vous me faites beaucoup d’honneur et j’espère toujours m’en montrer digne !

 

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Interview Jean-François Noubel par Benoît de BonneGueule

 

 


Vers la société post-argent

Quid du Bitcoin ?

Je travaille pour des bitcoinsEn tant que personne œuvrant sur la vision et les technologies de la société post-argent, les gens me demandent tout le temps ce que je pense du Bitcoin. Eh bien vous savez quoi ? Pas grand chose.

Bien que le Bitcoin fonctionne de manière décentralisée, en pair-à-pair et open-source, il n’en perpétue pas moins l’ancien paradigme de la rareté. Le fait que cette monnaie se branche sur l’infrastructure de l’argent rare ($, €, etc) injecte l’ADN de la rareté dedans. Plus grave encore : le concept nous laisse coincés dans les pièces de monnaie, un vieux meme ! Cependant, alors qu’il demeure et perpétue l’ancien paradigme, le Bitcoin pose un pas incontestable vers la société post-argent puisqu’il questionne le monopole de la banque quant à la création monétaire. Voilà qui ouvre de nouvelles possibilités. Les supporters et utilisateurs du Bitcoin feront très probablement toutes les erreurs possibles, ce qui donnera un coup d’accélérateur à l’évolution.

Monnaies complémentaires ?

J’aime les monnaies complémentaires pour le service qu’elles rendent. Elles permettent aux gens d’opérer les premiers pas en dehors de l’argent comme seul et unique moyen de voir l’économie. Elles poussent à toutes les erreurs et tâtonnements possibles, étape indispensable pour s’échapper de la prison mentale actuelle.

Aujourd’hui différentes formes de monnaies complémentaires coexistent (certaines ont un rôle multiple, par exemple local et social) :

  • Les monnaies locales (ou régionales) : elles aident un territoire donné (ville, région, etc) à se remonétiser et à redynamiser l’économie. Exemples : Ithaca Hours (USA), projet SOL (France), Chiemgauer (Allemagne)…
  • Les monnaies “corporate” : elles soutiennent un secteur économique spécifique. Exemples : les air miles (tourisme et voyage), le WIR (entreprises en Suisse), les Tickets Restaurant (restauration)…
  • Les monnaies sociales : elles activent l’économie sociale et solidaire dans la société. Exemples : le Time Banking (USA), Banco Palmas (Brésil)…
  • Les monnaies affectées : elles catalysent un objectif spécifique dans l’économie. Exemple : les monnaies carbone.

Je n’investis personnellement aucun effort dans les monnaies complémentaires. Leur nom nous dit tout : elles complémentent le système, tout comme les compléments alimentaires complémentent votre nourriture du fait de ses déficiences inhérentes. Les compléments alimentaires et les monnaies complémentaires existent à cause du système en place. D’un point de vue positif, on peut voir les monnaies complémentaires comme une première étape vers un protocole ouvert, global et interopérable (voir plus bas), de la même façon que les réseaux locaux en informatique ont initié la transition vers Internet au début des années 90.

L’argent décentralisé ?

J’ai visionné cette conférence donnée par Fred Wilson, partenaire associé de Union Square Ventures. J’apprécie la clarté avec laquelle il passe en revue les tendances actuelles et comment cela oriente ses investissements. Fred a une belle intuition lorsqu’il dit que le prochain système monétaire doit devenir un protocole internet. Première fois que j’entends cela en dehors de notre petit cercle de spécialistes. Il y a quelques années cela ressemblait à de la science fiction lorsque je partageais cette idée. Aujourd’hui un investisseur le dit, bonne nouvelle ! Cependant Fred Wilson limite sa prospective à un système monétaire, décentralisé certes, mais monétaire toujours, ce qui veut dire :

  1. une technologie qui ne couvre que la richesse mobile (biens, services), et non la richesse intégrale (mobile, mesurable, ordonable, énonçable, potentielle — voir conférences ci-dessous) ;
  2. une technologie qui opère exclusivement dans l’économie de marché, là où l’on ne fait qu’échanger des choses, et où l’on oublie les autres possibilités d’interactions. Cela écarte l’émergence des économies du don qui, à mon sens, deviendront de plus en plus puissantes, et plus génératives que l’économie de marché d’aujourd’hui, limitée par la conditionnalité de réciprocité immédiate.

Vers la société post-argent

Je pense que le futur proche ira beaucoup plus loin que l’imaginaire présent. De manière schématique :

  1. Les prochaines technologies post-monétaires fonctionneront suivant un protocole internet (Fred Wilson a bien compris cette partie-là, rare et plaisant !), qui ouvrira sur la diversité, la multiplicité, l’interopérabilité ;
  2. Les technologies post-monétaires nous doteront du langage de la richesse intégrale, et pas seulement de la richesse mobile ;
  3. Les technologies post-monétaires permettront l’émergence d’économies du don à grande échelle, qui transcendent (et incluent) les économies de marché.

Think out of the Bucks

Il nous reste beaucoup d’options pour nommer cette évolution. Tout comme à la naissance de l’aviation, les technologies post-argent développeront leur propre ontologie dans notre langage de tous les jours. J’aime utiliser des expressions telles que “langage de la richesse”, “richesse intégrale”, “technologies de la richesse”.

Notons que nous n’avons pas de mot pour signifier le fait de créer la richesse, dans son sens le plus profond et le plus large. D’où la création du verbe “to weal” en anglais : générer, donner naissance à la richesse. Dans le futur, nous “wealerons”. En anglais : we will wealWeal comme wheel (free wheel – roue libre), weal comme will (free will – libre arbitre), etc. Will Will wheal? (Will wealera-t-il ?) Il y a quelques années j’ai réservé les noms de domaine freeweal (org, com, etc) et weal.me. Reste à voir ce que cela donnera dans d’autres langues comme le français.

Et pour finir, cette transformation du monde va nous emmener loin, beaucoup plus loin que ce que chacun anticipe aujourd’hui. Le prochain langage de la richesse deviendra un langage des flux. Nous évoluerons de notre langage actuel, qui décrit des objets finis et leurs relations, vers un langage des flux, vivant, toujours changeant, quantique (empli de possibles superposés), holographique (où le Je et le Nous se contiennent l’un l’autre), super-conscient. J’y vois un des prochains sauts d’évolution de notre espèce.

J’ai beaucoup plus à dire à ce sujet, d’où ma longue retraite actuelle d’écriture. En attendant, ne vous gênez pas pour me wealer :-).

Plus en profondeur…

Voici ci-dessous quelques conférences clés sur le sujet.

Richesse intégrale (Integral Wealth)

Jean-François Noubel – Centifolia – Oct. 2013 – Grasse, France

Towards a Systems’ Paradigm and a New Expressive Capacity

Arthur Brock interviewé par Ferananda Ibarra.

Après l’argent – TEDx Paris

 

 


Qui veut rendre beau mon site ?

Mots clés cœur

J’ai commencé ma retraite en écriture par le plus pressant : refaire complètement mon site perso. D’un blog classique, il passe à un espace du soi digital, ou comment exister harmonieusement en ligne. A travers mon propre cas, j’ai plaisir à visiter cette question du soi digital en général. Quelle démarche faut-il engager pour se construire et exister harmonieusement en ligne ? Cela va bien au-delà du personal branding, ce dernier focalisant plus, à mon sens, sur les aspects extérieurs de la communication. Sans exclure cette partie “branding” (dont je n’aime pas trop le terme), je préfère vraiment explorer la question de savoir comment manifester l’être en ligne, dans sa complétude, en intégrant les similitudes et différences avec le monde physique.

Cet exercice me permet également de voir comment la forme et le fond se parlent mutuellement. On ne met pas les mêmes contenus, on ne s’exprime pas de la même manière suivant qu’on a choisi tel ou tel format ! L’infinie souplesse du monde digital apparaît vraiment comme une magie qu’il faut apprendre et bien maîtriser.

La structure d’abord

Page d'accueil noubel.frJ’ai donc commencé par la structure du site. A l’heure des grands écrans, je voulais un site aéré, zen, avec des polices lisibles, simples et grandes, et un parfait équilibre images/textes. Equilibre que je recherche également durant mes conférences, de façon à bien combiner cerveaux gauche et droite.

Je souhaitais que la page d’accueil permette de scanner la plupart du contenu d’un coup d’œil, ce qui explique également l’équilibre texte / photos. Selon nos filtres personnels, notre regard accrochera tel ou tel titre, ou telle ou telle image. Il faut offrir la place aux deux. Quant aux articles, je les veux bien aérés, avec là encore toute la place voulue pour de belles mises en page. Le style ViewPort offre toutes ces possibilités quant à sa structure. Il nécessite quelques retouches dans le css pour pouvoir installer le slider et réorganiser les colonnes. Style dont le code, très bien écrit, a aussi l’avantage de se montrer “responsive” (s’adapte normalement sur tous les formats d’écran).

J’ai également installé un grand slider, que vous voyez en page d’accueil et dans certains articles. Il permet de mettre en avant ce qu’il y a de plus vivant en moi sur le moment. Il s’agit d’un outil à double tranchant, car si on ne lui donne pas vie, il peut donner l’impression que plus rien ne se passe. Le slider permet également de mettre en avant des contenus créés il y a plus longtemps, donc plus bas dans la pile d’articles, alors qu’ils restent toujours d’actualité. Le slider court-circuite la trame temporelle classique du média. Et puis je trouve très amusant de construire ces diapos vivantes, ça m’invite à exprimer ce qu’il y a d’essentiel en quelques mots et images. Pour ce faire, j’utilise l’incroyable outil Revolution Slider. Absolument bluffant, configurable à l’infini, avec en plus le créateur qui répond directement aux mails.

Tout ceci j’ai pu le réaliser grâce à l’aide technique et aux conseils avisés de mes amis de metabolism.fr. Nicolas et Jérôme allient efficacité, connaissance parfaite du sujet, pragmatisme, et une vraie vision d’avenir. Que du bonheur !

Les médias sociaux ensuite

Médias sociauxJe passe relativement peu de temps sur les médias sociaux. Non parce que je ne leur vois pas d’utilité, bien au contraire ! Il se trouve tout simplement que, dans l’écosystème de l’intelligence collective, je ne fais pas partie de la catégorie des animaux sociaux. Plutôt celle des explorateurs un peu cinglés qui disparaissent parfois longtemps avant de revenir partager leurs découvertes. Je n’utilise Facebook que parcimonieusement. Trop chronophage, ça part dans tous les sens, avec beaucoup trop de bruit. Je lui préfère grandement twitter, outil que j’adore, même si je n’en fais qu’une utilisation d’amateur comparé à d’autres. J’aime égalment Pinterest, que je viens de commencer.

Voilà donc un trait de personnalité qu’il faut intégrer dans le site. Là où certains animaux sociaux font de leur site un espace parfait de dialogue et d’interaction, je préfère rester minimaliste. J’ai donc choisi de donner une belle visibilité des outils sociaux pour ceux qui veulent les utiliser en me rendant visite. Pour ce faire, j’ai choisi Flare, qui offre à la fois un beau graphisme, et qui sait intelligemment se glisser là où il faut quand il faut.

Le graphisme enfin

A l’heure où j’écris cet article, le graphisme reste à imaginer. Autant j’aime la structure apportée par le template Viewport, autant je n’en apprécie pas le look. Trop noir, trop dur, trop anguleux. Il ne me correspond pas. Je recherche un style zen, dépouillé, qui allie à la fois une certaine douceur sans sacrifier à la rigueur, qui donne de la respiration à un contenu parfois dense et complexe. Un graphisme qui marie à la fois le masculin et le féminin, l’angle et le rond, le texte et l’image, le raisonnement et l’intuition, le rigoureux et la nuance, la science et l’art, l’épée qui tranche et le cœur qui embrasse.

Facile non ?

JFNJe souhaite aussi trouver un logo. A priori je pars sur “noubel.fr” et “noubel.com”, ce qui conjgue une signature et une adresse. Mais je n’ai rien d’arrêté. Mon amie Viviane-José Restieau m’a un jour produit d’un trait de main magique, le très beau logo “JFN” tel que sur l’image. Une autre possibilité donc…

Là, j’espère rencontrer la bonne personne, celle qui aura envie de m’offrir un peu de son temps et beaucoup de ses talents. J’espère aussi pouvoir lui offrir la même chose.

L’économie du don possède sa dynamique propre, qui ne relève pas celle de l’échange, même si souvent il y a réciprocité. On donne sans savoir ce qui va revenir, tout en sachant que quelque chose reviendra forcément. Maintenant ? Plus tard ? En réciprocité ? D’ailleurs ?  En général on ne le découvre pas immédiatement. On donne ou on reçoit, il faut ensuite laisser passer un peu de temps avant de comprendre comment la chambre d’écho cosmique a fonctionné.

Je sais combien la crise économique plonge tant de gens dans la sous-monétarisation, donc dans le manque de richesses matérielles. Ma demande peut laisser penser qu’il s’agit encore d’un travail “gratuit”. L’économie du don nous fait sortir de cette dualité payant/gratuit. Elle doit toujours fonctionner à “somme positive”, je veux dire par là que le bilan, en richesses intégrales, doit s’avérer positif pour tout le monde.

Contactez-moi si vous avez envie !

 

 


Elections présidentielles : qui deviendra le prochain capitaine du Titanic ?

Elections présidentielles : qui deviendra le prochain capitaine du Titanic ?

TitanicVous l’avez compris, tout, ou presque, se lit dans le titre.

Il semble que la plupart des gens ont une difficulté à faire la distinction entre le capitaine d’un navire, et le navire lui-même. Si le navire comporte des problèmes structurels dans sa conception, le capitaine ne changera pas grand chose : les problèmes structurels frapperont un jour ou l’autre. Le Titanic, par design, devait couler un jour, peu importe son capitaine. Par design également, seule une forme précise d’intelligence collective pouvait le piloter : l’intelligence collective pyramidale. En effet, tout le Titanic, dans son architecture et jusque dans ses moindres détails, a une conception faite pour obéir à un capitaine omnipotent et omniscient, avec une chaîne de commandement entraînée à répondre au doigt et à l’œil. La suite, on la connaît. Un scénario quasiment identique a eu lieu lorsque le Costa Concordia a heurté la côte italienne, en janvier 2012.

Nos grandes organisations à IC pyramidale fonctionnent exactement comme ces grands navires, peu importe qu’il s’agisse de gouvernements, d’administrations, de grandes entreprises, d’armées ou de religions. Peu importe le capitaine qu’on y met, élu ou auto-proclamé, nos grands vaisseaux collectifs ne s’avèrent structurellement plus du tout adaptés pour naviguer dans le monde présent. Ils n’offrent pratiquement aucune marge de manœuvre, par design encore, pour embrasser les questions sociales, pour surfer sur l’infinie complexité systémique de notre humanité, pour intégrer les enjeux économiques, écologiques et environnementaux, etc. Pour dire les choses plus précisément : de solution sociale innovante dans le passé, l’intelligence collective pyramidale devient aujourd’hui la cause systémique des maux que l’humanité rencontre. Cela ressemble peut-être à une opinion personnelle lancée façon comptoir du bar des sports, et pourtant, en intelligence collective, on le prouve.

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“Le mousse se trouve toujours au nord” – Eric Grelet

Ainsi, de la même façon qu’un navire de type Titanic ou Costa Concordia “attire” un capitaine omnipotent, nos navires institutionnels attirent des chefs omnipotents. Dans le meilleur des cas, ils commettent un jour ou l’autre des erreurs qui peuvent s’avérer fatales pour tous. Dans le pire des cas — et malheureusement le plus courant– peu de dirigeants résistent à l’abus de pouvoir. La structure veut cela.

Ainsi fustige-t-on un Sarkozy ou un Hollande, condamne-t-on un Kadhafi ou haït-on un George W. Bush. Ce faisant, on oublie que la nature même des vaisseaux institutionnels porte de tels hommes aux commandes. La seule différence entre un capitaine et un autre se trouve dans leur façon de naviguer. N’attendez d’eux aucun changement de paradigme ou d’infrastructure dans lesquels ils n’auraient plus ni leur place, ni leur raison d’être.

Avec les lunettes de l’intelligence collective, les élections présidentielles, peu importe le pays où elles ont lieu, m’apparaissent donc comme sans espoir.

Cependant tout ce qui meurt fertilise la vie qui vient après. La mauvaise nouvelle nous indique clairement que les leviers du changement ne se trouvent plus dans les urnes (en supposant que ça ait eu lieu dans le passé). La bonne nouvelle nous apprend qu’on peut voter tous les jours, à chaque heure et chaque seconde.

En effet, chaque fois que l’on achète ou n’achète pas quelque chose, on vote pour ou contre pour le système de valeur à l’origine de ladite chose. J’achète bio ou pas ? Je consomme de la viande ou pas ? J’investis dans ma santé et celle des autres ou pas ? Décidé-je de m’intéresser aux notes environnementales, sociales et de santé qui me sont maintenant rendues directement accessibles, en temps réel, autour des produits ? L’application GoodGuide, disponible sur smartphones et via Internet aux USA, en donne un bon exemple.

Continuons sur cette approche… A tout moment, je puis développer mes capacités d’utilisateur des socialwares et communitiwares. Je puis même apprendre à designer et programmer. Je parle ici de ces logiciels en ligne qui permettent aujourd’hui à tout collectif, local ou global, petit ou grand, de s’auto-organiser, de s’auto-actualiser, sans passer par la case intelligence collective pyramidale. Gestion des projets, partage des idées, prises de décision, gestion des conflits, capitalisation des expériences, mémoire collective, espaces de dialogues, représentation de soi… autant de domaines que les socialwares couvrent aujourd’hui, via les médias sociaux ou d’autres outils en ligne, ouvrant tout grand la voie vers l’intelligence collective holomidale.

Et bientôt ? L’arrivée de la société post-argent, et des technologies de la richesse, bien sûr ! Ainsi les collectifs à intelligence collective holomidale deviendront capables de gérer leur économie de manière intégrale, sans avoir besoin de l’argent rare de l’intelligence collective pyramidale. Tout un programme, trop long à détailler ici. 😕

Notre citoyenneté peut exprimer sa pleine créativité dans ces directions. Quittons le Titanic, arrêtons d’essayer de convaincre les capitaines, construisons de nombreux petits vaisseaux mobiles et interopérables, et laissons les candidats actuels à leurs empoignades et promesses électorales. Le pouvoir, aujourd’hui, se trouve dans le code.


L’expérience TEDx Paris 2011

Parler à TEDx a représenté un défi. Comment expliquer, partager la vision des monnaies libres en 12 minutes ? Et pas seulement ça… car TED demande plus encore. Il ne s’agit pas d’exposer seulement des concepts ou des visions, il faut aussi laisser parler l’intelligence émotionnelle, équilibrer cerveaux droit et gauche, partager le cheminement personnel… Indépendemment du résultat, ce challenge ne pouvait que m’aider à grandir, à affiner mon expression, à chercher des voies (et voix) encore inconnues au fond de moi. Un parcours initiatique auquel je me prêtai avec joie, entouré et coaché par les merveilleux fondateurs de TEDx Paris. Leur feedback m’a toujours paru pertinent et leurs remarques bienveillantes.

Jusqu’à 48 heures avant TEDx, j’ai dû trancher dans le vif sur ce que je devais ou ne devais pas dire. J’avais décidé de minuter chaque étape du discours sans entrer pour autant dans du par cœur. Juste laisser la voix du cœur.

Deux évidences ont éclairé ce cheminement :

  • Ne pas chercher à “expliquer”, mais plutôt lancer des petites graines de curiosité dans le vent. Les gens ressentent ce qu’ils entendent. Même si le mental ne comprend pas tout, ils savent si cela doit les toucher. Quelque chose vient alors réveiller une connaissance plus profonde, souvent inconsciente, mais bien présente en chaque être humain.
  • Je devais aller au-delà des monnaies complémentaires, pour atteindre les monnaies libres, même si je lâchais 95% de l’audience en cours de route.

Ce dernier point mérite une explication.

Les gens comprennent en général assez bien les monnaies complémentaires. Plusieurs raisons à cela… Tout d’abord, les monnaies complémentaires “complémentent” notre système monétaire, donc nous restons dans le même paradigme, même si pour beaucoup, l’idée d’utiliser d’autres unités pour échanger représente un saut quantique émotionnel considérable. De plus, dans leur philosophie, les monnaies complémentaires demeurent monolitiques — une seule monnaie pour tout faire — et fondées sur l’économie de marché (réciprocité/symétrie immédiate : je te donne quelque chose, tu me donnes de la monnaie en retour). Vu que l’économie de marché représente la seule chose que les gens connaissent depuis tout petits, ils n’ont pas d’autre référentiel. Tout le reste entre dans l’abstrait.

Les monnaies libres deviennent plurielles. Elles fonctionnent par constellations, ne servent pas qu’à échanger des biens, ne s’inscrivent pas exclusivement dans l’économie de marché. Elles permettent à des flux de richesse de se construire en spirales vertueuses. Bref, tant qu’on n’a pas joué avec elles, cela reste aussi abscons que l’Internet pour le grand public en 1995. Aucune conférence que j’ai données à l’époque n’aurait pu permettre de comprendre la réalité d’aujourd’hui. Une fois qu’ils auront goûté aux monnaies libres en direct, les gens se rendront compte de leur simplicité et évidence.

La rupture de paradigme réside dans les monnaies libres (et même au-delà du terme “monnaies”), pas dans les monnaies complémentaires, c’est donc là que je devais porter ma conférence.

Mais de là à en parler en 12 minutes sans proposer d’expérience… J’ai donc pris un risque, celui de lâcher une bonne partie de la salle, de paraître abstrait, théorique et incomplet pour la plupart. Puisse pour autant cette conférence avoir permis à quelques graines de pousser dans des terreaux fertiles.

Aujourd’hui, presque 3 ans après, alors que je remodèle cet article, je continue de recevoir beaucoup de feedback. Tout d’abord parce que TEDx Paris 2011 a donné une bonne visibilité médiatique aux intervenants. En ce qui me concerne, je reçois beaucoup de emails, que ce soit de particuliers qui veulent mieux comprendre ou s’engager, d’entreprises qui voudraient travailler avec moi sur le sujet, ou de médias pour une interview.

J’ai en tout cas reçu un beau cadeau : cela m’a permis d’évoluer.

Merci encore aux organisateurs de TEDx, et à tous les volontaires de cet événement qui ont donné temps et énergie dans la bonne humeur !


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