Interview sur Auroville Radio

Jean-François Noubel - Auroville Radio
Photo Roland Katz

Voici une interview en français sur Auroville Radio, donnée le 22 décembre 2014, à Auroville, Inde, près de Pondicherry. Interview réalisée par Roland Katz, un homme formidable qui sait faire parler les êtres et relier les âmes.

Sujets explorés : l’évolution, l’intelligence collective, langue, ontologie, traditions spirituelles, Auroville, richesse intégrale, économie du don, la vérité, le courage…


Jeux intégraux à Auroville

A partir du lundi 5 janvier, et jusqu’au 21 janvier 2015, j’accompagne deux formes spécifiques d’espaces intentionnels : les jeux du corps et les espaces de vérité.

Jeux du corps

La plasticité supramentale permettra au corps d’embrasser l’attaque de n’importe quelle force hostile qui souhaite le transpercer : il ne présentera aucune résistance brute à l’attaque mais sera, au contraire, tellement souple qu’il rentra la force nulle en lui permettant de passer au travers. — La Mère.

Les jeux du corps nous invitent à une exploration libératrice et joyeuse du corps, de ses conditionnements et de ses potentiels. Nous utilisons les arts martiaux et la voie du guerrier pour contempler et jouer avec ces forces qui nous animent, qui passent au travers de nous, et qui parfois nous détruisent.

Poids lourd judo contre un petit adversaire
“Souvenez-vous de notre motto : utilisez son poids contre lui”

Les jeux du corps ont pour objectif de libérer notre plasticité en explorant plein de situations impliquant des forces agressives et non agressives qui challengent le corps, le mental et l’esprit. Construire une équanimité du corps, à plein temps, indépendante du contexte, même au milieu de situations stressantes, permet la descente de la sagesse jusqu’au niveaux les plus cellulaires de l’être.

Les arts martiaux offrent un terrain parfait pour l’exploration de soi d’une manière joyeuse et hors de tout jugement. Les nombreux exercices que nous faisons avec nos partenaires nous permettent de nous comprendre nous-mêmes, de rencontrer nos limites et d’opérer le pas suivant.

Venez avec une tenue décontractée, car nous jouerons sur le sol ! Pas de niveau prérequis, cependant vous devez avoir une bonne condition physique. Amenez votre esprit ouvert, curieux et engagé. Et n’oubliez pas votre sourire !

Où et quand ?

Chaque lundi, mercredi, vendredi, 7h30 – 9h00 derrière le Pavillon de l’Unité

Dernier jeux du corps : mercredi 21 janvier.

Les cours ont lieu même en cas de forte pluie.

Espaces de vérité

Dans ces espaces, j’offre mes années de pratique spirituelle pour aider la vérité à se manifester, au-delà du mental.

Peut-être parlerons-nous. Peut-être demeurerons-nous silencieux. Peut-être jouerons-nous avec le corps, ou pleurerons-nous ou rirons-nous ensemble, ou rêverons-nous de nouvelles histoires.

Mon engagement au vrai servira et guidera le processus. Votre engagement également.

N’espérez pas de politesse et de conventions. Venez pour le feu, et les possibles.

Et pour l’amour.

Durant les moments de conversation, j’utiliserai les 6 accords comme architecture sociale. Lisez-les avant de venir.

Je ne parlerai qu’avec votre permission et votre invitation.

Vision relative

 

Où et quand ?

Chaque lundi, mercredi, vendredi, de 10h00 à 12h00, dans le Pavillon de l’Unité.

Dernier espace : mercredi 21 janvier 2015.

Langues parlées : anglais par défaut, si besoin français ou espagnol.

 

 


Préliminaire à l’amour

Pour commencer ma série d’articles sur l’amour, il faut passer par les préliminaires, sujet oblige. Le mot amour, si grand et si petit à la fois, nécessite que je lui apose quelques fondamentaux à partir desquels se bâtit mon expérience.

L’amour comme art

Premier postulat : l’amour relève d’un art.

Tango argentinJ’en ai pris conscience lorsque j’avais une trentaine d’années à la lecture de cet ouvrage magnifique d’Erich Fromm, « L’art d’aimer » (dont voici l’introduction).

Si nous considérons l’amour comme un art, écrit-il en substance, alors ce dernier comporte une partie théorique et pratique, comme la peinture, la musique ou la danse. En danse on acquiert les jeux de l’équilibre, on assouplit le corps, on développe une extraordinaire empathie corporelle à l’égard de ses partenaires, on explore d’infinies séquences de gestes et de pas. En musique on doit délier ses doigts, enchaîner des gammes, connaître des dizaines d’accords, entraîner son oreille, relier le geste à l’émotion. Il faut apprendre et faire siens des gestes, des techniques, des compositions. Dans l’art de l’amour on apprend à développer le « sens du moi d’autrui », comme l’écrit Steiner, autrement dit à ouvrir nos portes empathiques jusqu’à l’extrême. Il faut beaucoup de cheminement personnel pour ne pas sombrer dans les abysses fusionnelles, conflictuelles ou aliénantes qui n’ont d’amour que le nom. Dans l’expression sexuelle de l’amour, il y a ces gestes, ces techniques, ces respirations qui nous ouvrent à la connaissance de notre corps, de nos énergies, de nos extases et de celles de l’autre. Seul un patient apprentissage des théories et des pratiques mène à la liberté créatrice.

Art of the BrickL’amour comme art engendre un aspect plus essentiel encore que la seule question technique telle que posée par Fromm : l’art, par essence, postule la liberté et la créativité sans limites. La plupart des gens vivent l’amour de façon conventionnelle. Ils recopient un modèle comme on répète la doctrine d’une religion. L’art se putréfie dans le caveau du conventionnalisme. L’amour comme art doit ouvrir des voies sans cesse nouvelles, il abat sans relâche les cloisons qu’imposent la morale, la religion, l’ordre social, le diktat culturel. On s’étonne et on rit de voir combien certains textes, paroles, peintures, ou films du passé ont pu choquer leur époque. Aujourd’hui ils nous semblent tellement naturels, souvent désuets ! Mais que demeure-t-il en nous qui continue de nous bloquer, qui nous aliène et qui renie l’autre ? Quelles ombres nous gardent prisonniers dans le déni de notre essence, dans le refus de notre liberté, dans la peur de notre divinité ? L’art, peu importe sa forme, a toujours chassé les frontières et repoussé les horizons. L’amour en tant qu’art s’inscrit dans cette démarche où l’humain s’invente à lui-même.

L’amour n’a rien d’un sentiment

Expérience oblige, la vie m’a offert un second postulat : l’amour ne se réduit ni à un sentiment ni à une émotion. L’amour relève d’un état de conscience. On se trouve « en état d’amour ». Lorsqu’on aime, la réalité se transforme. Les paysages s’enchantent, l’air sent bon, il fait beau même quand il pleut, la vie devient enchanteresse. On se sent en joie, emporté par un élan de gentillesse à l’égard du monde. Les petites grisailles de la vie n’ont plus aucune importance. Bien sûr, aimer provoque des sentiments et des émotions. Ces derniers jaillissent comme conséquences de notre état intérieur, les bonnes comme les mauvaises. Ne confondons pas les causes et les conséquences. Nos émotions et nos sentiments constituent les ingrédients produit par une source intérieure, celle de nos états de conscience.

Anton Semenov - Thumbs Society
Anton Semenov – Thumbs Society

Si de votre “amour” jaillit de la colère, de la jalousie, de la peur… aimez-vous vraiment ? Vous avez devant vous tous les indicateurs dans le rouge. Ils vous disent que vous avez quitté l’état d’amour. Peut-être voulez-vous posséder l’autre, peut-être l’autre vous possède-t-il, peut-être agonisez-vous dans des besoins pathologiques de reconnaissance, dans de l’attachement lié à la peur de la solitude, bref, ne vous leurrez pas : vous n’aimez pas ou vous n’aimez plus. Au nom de l’amour tel que socialement défini, vous vous transformez en tyran, à l’égard de vous-même comme d’autrui.

Voyez l’amour comme un soleil qui brille. Ce dernier ne dirige pas ses rayons vers tel ou tel astre. Il brille, tout simplement. Parfois sa lumière vient illuminer d’autres planètes qui s’enflamment et irradient à leur tour. L’amour ne calcule pas, il ne se dirige vers rien ni personne en particulier. Il illumine l’espace et lui donne sa consistance. L’amour relève donc d’un état intérieur qui ne peut se nourrir que de lui-même, de l’être par l’être, de l’être à lui-même. L’amour existe à condition qu’il n’ait pas de condition. Alors il devient l’amour avec l’autre, et non l’amour envers l’autre. En état d’amour, je puis célébrer, avec l’autre, comme deux étoiles lumineuses qui se rencontrent.

 

La langue de l’amour

Vous vous en doutiez déjà au précédent paragraphe : le langage joue un rôle clé dans les expériences que nous construisons au fond de nous. Le langage fait monde, il construit notre réalité. On entre dans des questions ontologiques. Cupidon prêt à tirer

Le langage ordinaire de l’amour nous fait dire « je t’aime », ou « j’aime Léa », ou « Julie aime Luc ». Il traite l’amour comme un vecteur ou une direction, avec une cible au bout. Cupidon ne tire-t-il pas une flèche ? Si j’aime cette personne, cela veut dire que je n’aime pas –ou moins– les autres. Il n’y a pas à aimer lui ou elle. On aime, tout court. On devrait rendre le verbe aimer intransitif.

 

 

 

 

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Par ses limitations, le langage ordinaire nous interdit l’état d’amour universel. Il nous vautre dans l’amour romantique, cet amour binaire, qui possède, qui nous soumet l’un à l’autre, qui s’érige sur la dialectique d’une dépendance contre laquelle nous ne pouvons rien. On “tombe” amoureux. Pauvres victimes impuissantes de la vie ! S’installent ensuite les promesses intenables et insoutenables, ces mariages qui disent en substance “je m’engage à ne pas changer, à rester toujours le même pour tenir la forme relationnelle que je nous nous imposons maintenant. Je t’aime, je me marie à toi. Il n’y aura personne d’autre.” On connaît la suite. L’amour romantique renie notre capacité à aimer de manière plurielle, sans calculer ni se diviser.

Pour assombrir un peu plus le tableau, le langage de l’amour vient avec toute une panoplie de statuts qui sèment les graines de la séparation. Séparation à l’autre, séparation à soi. Des mots tels que exclusivité, fidélité, sortir avec, se séparer, larguer, en couple, célibat. S’ajoutent des catégories tout aussi pauvres : copain/copine, ami, amant, amoureux, concubin(e), mari ou femme, homo ou hétéro, gay ou lesbienne, monogame ou polygame… Quand je parle de ma façon d’aimer, je constate que mes interlocuteurs essaient toujours de me mettre dans l’une de ces cases. Des mots binaires qui décrivent un monde d’objets et de catégories qui excluent de notre champ social et intérieur toute la palette, tout le continuum des expériences relationnelles que la vie peut offrir.

Bref, notre langage de l’amour ne brille ni par sa subtilité, ni par ses nuances. Il n’a pas grand chose à voir avec les soleils dont je parlais plus haut. Si nous souhaitons évoluer, pourquoi ne pas réinventer la langue de l’amour ? Elle ne pourra que nous élever. Je m’y emploie autant que possible. Ne vous en privez pas vous aussi ! Inventez ces mots qui expriment votre réalité profonde, ultime. Redonnez un sens neuf aux anciens termes. Libérez-vous des taxinomies poussiéreuses qui nous plongent en maladie d’amour.

Vers l’androgynat intérieur

Yin Yang soleil et luneLes seuls couples accomplis que je connaisse – je me compte dans cette liste également – viennent de personnes d’abord heureuses avec elles-mêmes. Elles ont réalisé leur mariage intérieur, le seul vrai mariage qui tienne. La rencontre amoureuse ne représente plus le remplissage d’un manque. On se rencontre pour célébrer. Tu me vois et m’accueilles dans la splendeur de mon être, dans mes failles et mes fragilités comme dans mes forces. Je te vois dans la splendeur de ton être, dans tes failles et tes fragilités comme dans tes forces. Je te vois qui me voit qui te voit qui me voit, et ainsi de suite. Le jeu de miroirs infinis se construit. Bien alignés l’un face à l’autre, une explosion kaléidoscopique se produit, imprévisible. L’art jaillit. L’état amoureux se vit avant tout en soi et à soi-même, rayonnant vers toi et à toi-même.

Le bonheur intérieur demande bien sûr un cheminement personnel, long pour certains, plus court pour d’autres. L’état amoureux naît de l’androgynat intérieur, lorsque nous avons accueilli et autorisé nos deux polarités masculine et féminine à exister pleinement en nous. Notre masculin et féminin ont appris à danser, à se compléter, à s’aimer inconditionnellement. Le couple extérieur naît du couple intérieur.

Je n’irai pas plus loin pour l’instant car d’autres, je le disais, ont largement exploré cet horizon. Je pense en particulier à Paule Salomon, que j’ai découverte voici peu, avec qui se construit une belle amitié, et de fertiles échanges. Je n’ai pas encore lu tous ses ouvrages, mais je puis déjà vous en conseiller deux, incontournables : « La femme solaire », et « La sainte folie du couple ».

Et maintenant ?

Ces quelques préliminaires posés, je vais pouvoir vous parler plus directement de mon expérience, à commencer par 4 astres qui illuminent et guident ma vie amoureuse. Je continuerai d’employer le verbe aimer et s’aimer non dans le sens romantique, mais dans cette énergie du mariage intérieur que je viens d’évoquer, lorsque l’être androgyne s’unit et célèbre la vie avec l’autre, à la source de son rayonnement intérieur.

 

 


La vie dans l’assiette

Cru en cœurLa recherche en intelligence collective, comme vous le savez, s’intéresse à tous les aspects de la vie sociale. Il y en a un qui me tient particulièrement à cœur : l’alimentation. En effet, ce qui atterrit dans notre assiette découle d’un processus collectif qui met en jeu des écosystèmes, des animaux, des plantes, beaucoup d’humains, et beaucoup de technologie.

Intelligence collective au niveau de l’aliment, d’abord, car ce dernier porte en lui un maillage extraordinairement complexe de vie, de mort, d’actions, de vécu, depuis sa naissance jusqu’à notre assiette. Intelligence collective encore, par la cuisine que nous mangeons, qui fait partie des piliers de toute culture. Intelligence collective ensuite, dans le fait même de manger. Le repas représente un espace de partage et de convivialité universel, présent dans toutes les cultures depuis la nuit des temps. Que se joue-t-il dans notre psyché lorsque nous mangeons ? Que vit notre espèce, que vit la planète, au cours des milliards de repas qui se déroulent chaque jour ? Intelligence collective, enfin, à cause des croyances et de l’ignorance qui hantent chaque société et chaque humain quant à l’alimentation. Tout me montre que cette ignorance joue un rôle actif dans la genèse et l’homéostasie de chaque culture. Cela pose une fois de plus la question de la vérité dans le collectif.

Quelle alimentation ?

Il fallait bien démarrer de quelque part pour engager cette longue investigation. J’ai commencé avec cette question toute simple qui me sert de fil directeur depuis le début :

Quelle alimentation offre une pleine santé tout en faisant du bien au vivant en général ?

Réponse rapide : certainement pas celle qui arrive dans nos assiettes aujourd’hui.

Voilà des années que je l’explore cette seule question, autant sur le plan théorique –santé, nutrition, environnement– que sur le plan personnel, à savoir ce qui se transforme en moi lorsque je fais évoluer mon alimentation (j’évoque cet aspect plus en détail dans la page “à propos“).

Quelle santé ?

Qu’appelle-t-on la santé ? J’en entends souvent répondre “le fait de n’avoir aucune maladie“. Réponse quelque peu superficielle et automatique, qui se concentre uniquement sur l’individu. On peut n’avoir aucune maladie biologique, et pour autant avoir une santé calamiteuse du fait d’une mauvaise hygiène de vie, ou d’une vie psychique, sociale ou spirituelle pauvre. Qu’il s’agisse du corps, du mental ou de l’esprit, on voit vite que la santé se joue autant dans l’individu que dans le collectif, et que le regard que nous lui portons se trouve chargé de culture et de postulats inconscients.

Que se passerait-il si…

… les humains se mettaient à manger en conscience ?

Voilà une autre question que je contemple souvent. Il y aurait bien sûr des conséquences extrêmement positives sur la santé et l’écologie, assez faciles à extrapoler. Les transformations  à l’intérieur de nous-même m’interpèlent plus encore, car la conscience marche main dans la main avec la façon dont on s’alimente.

Pour ma part, manger sainement et en conscience m’a dirigé vers une alimentation végétarienne d’abord, végétalienne ensuite, très peu grasse, sans gluten, essentiellement crue. On parle d’alimentation vivante, et, dans ce cas plus précis, du régime 80-10-10. Il semble que cette alimentation réponde à toutes les questions posées plus haut :

  • sur le plan écologique, elle développe les écosystèmes, car il faut planter des arbres ; elle réduit considérablement l’empreinte écologique (eau, carbone, pollution…) ;
  • sur le plan de la santé individuelle, après avoir exploré de nombreux régimes et cuisines différents, je n’ai jusqu’à présent rien connu de meilleur que l’alimentation vivante. Le corps fonctionne mieux. L’équilibre qu’il installe le dote d’un système robuste de défense (je ne tombe pratiquement jamais malade), il gagne en énergie, en vivacité, en endurance, en sommeil, en sexualité. Idées et pensée s’éclaircissent, les heures de sommeil diminuent, la conscience prend du champ. Corps, mental, esprit… chaque plan en bénéficie ;
  • au niveau sociétal, cette cuisine engage une relation harmonieuse avec notre environnement et avec nous-mêmes.

Je ne dis pas que l’humanité devrait passer à ce régime alimentaire spécifique, la question de l’alimentation relève d’un nombre bien trop élevé de paramètres pour se laisser circonscrire dans une réponse simpliste. De plus, je n’adhère pas aux systèmes qui veulent enfermer tous les humains dans un modèle comportemental unique qu’ils devraient suivre pour que la société marche. Cette conception se trouve à la racine de tous les “ismes” de la société industrielle, on en connaît les résultats. Par ma propre expérience individuelle, j’essaie juste de débusquer quelques principes universels qui pourraient avoir des conséquences intéressantes, et ce dans paysage plus vaste de paramètres et de comportements.

L’ignorance comme principe actif

L’alimentation offre à mes recherches un extraordinaire espace d’observation sur les principes actifs qui provoquent et entretiennent l’ignorance et les croyances dans la société. Je les oppose aux principes passifs desquels découle l’ignorance par simple absence de connaissance.

Par exemple les gens m’expliquent souvent qu’on peut difficilement survivre sans protéines animales. Ils affirment avec une certitude absolue que nous avons un métabolisme de carnivores, et que les fruits ne contiennent pas de protéines. Ont-ils sérieusement exploré d’autres perspectives que ce que leur impose la doxa ? Rarement.

A ces croyances erronées s’ajoute l’obscurantisme ontologique, à savoir l’usage de mots et de catégories sémantiques qui nous séparent de la façon dont la réalité fonctionne et de l’empathie avec les autres êtres vivants. Prenons le mot “viande”  par exemple. Ce dernier “chosifie” le vivant en le rabaissant au même niveau que les matières inertes et minérales. Même chose lorsqu’on dit manger “du poulet” ou “du poisson”, ou qu’on fait un “élevage de bœuf”. Plus rien ne nous relie à la toile de la vie. La chosification fait partie des mécanismes ontologiques destinés à entretenir la séparation avec une réalité plus vaste et plus évoluée.

Plus intéressant encore : même si pas mal de gens savent que leur alimentation ne leur fait pas du bien, combien d’entre eux décident d’évoluer ? Une infime minorité. La majorité continue dans son addiction habituelle, gorgée de ses certitudes. Au changement radical, cette majorité préfère les médicaments, les maladies cardiovasculaires, l’hôpital et toute la victimologie associée. Quelle force de dépendance et de croyance tient à ce point l’individu enfermé dans sa petite prison, au détriment même de sa propre vie ? La discipline de l’intelligence collective nous permet de bien comprendre cette équation. Cela fera l’objet d’autres écrits.

Sourd, muet, aveugleEn attendant, l’humanité trempe dans son jus obscurantiste et son ignorance crasse. J’y vois la signature d’une conscience collective encore peu éveillée, mue par les pulsions gloutonesques et angoissées de foules en mal de gras, de sucre, de sel et de sang. Le massacre d’une barbarie sans nom qui s’opère chaque instant sur les autres êtres non-humains en témoigne. Massacre doublé d’une hécatombe chez les humains, chez qui la malbouffe a gagné la première place auprès de la grande faucheuse dans les pays industrialisés. Nos descendants verront probablement nos sociétés comme extrêmement violentes et archaïques.

Il n’empêche que l’évolution de notre espèce ne se réalisera pas sans évolution de notre alimentation, ce qui invite à l’exploration dans tous les confins possible, suivi d’un retour d’expérience, ce que je tente de faire ici.

Au-delà de l’alimentation

Finalement, la vraie question ne consiste-t-elle pas à savoir quel flux énergétique nous permet de rester en vie, heureux et en bonne santé ? L’alimentation physique nous apporte une énergie contenue dans de la matière, que le corps récolte par réactions chimiques. La matière ne nous constitue pas, elle nous traverse. Comme les vagues parcourues d’eau, nous gardons une forme un certain temps durant. Cette forme s’érige, se transforme, puis se fondre de nouveau dans le Grand Océan.

Aussi je préfère me demander comment manifester et maintenir notre énergie vitale sans réduire cette question à la seule nourriture physique, de la même manière qu’on ne doit pas confondre “se déplacer” et “voiture”. Ne confondons pas la fin et les moyens. L’expérience directe, là encore, m’a montré qu’il n’existe pas de corrélation pure entre la quantité de calories absorbées et l’énergie présente par le corps. Bien d’autres facteurs de nature émotionnelle, psychique et spirituelle, jouent. Nous pouvons contrôler et réguler notre état énergétique autrement que par la seule alimentation, au travers de techniques comme la méditation et la respiration. On parle alors d’alimentation “prânique”, mais le terme ne me convient pas, car justement, il n’y a plus d’alimentation à proprement parler. Un processus autonome se met en place à l’intérieur du corps, très différent de toute sensation de “remplissage” par une source extérieure. En fait, dans cet état de conscience-là, l’extérieur et l’intérieur ne veulent plus dire grand chose. Comment peut-on dissocier la vague de l’océan ?

J’entends déjà les “impossible !” et autres indignations choquées : comment un esprit scientifique tel que le mien puisse peut-il envisager d’autres options que l’alimentation physique ? Justement, l’approche scientifique consiste à explorer l’inconnu, et intégrer ce qu’on observe, sans jugement, et non à rejeter tout ce qui ne colle pas à notre actuelle carte du monde.

J’ai déjà suffisamment goûté à l’approche énergétique pour en faire une voie privilégiée de mes recherches. Je vous tiendrai au courant.

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Quelques références:


La vérité, toute la vérité, rien que la vérité…

Vision relative
Dessin : Selçuk Erdem

Si nous nous parlons vous et moi, nous nous dirons la vérité.

La vérité n’implique pas de rester sérieux. Bien au contraire, il faut une bonne dose d’humour pour l’embrasser, cette vérité.

Quelle vérité ?

J’entends beaucoup de gens affirmer haut et fort “il n’existe pas de vérité absolue !“. Comme ils me font sourire ! Au moment même où ils disent cela, n’en énoncent-ils pas une, de vérité absolue ? Le mental vient vite se mordre la queue ici.

Je ne vais pas me lancer ici dans un essai sur la vérité, d’autres l’ont fait avant moi depuis des millénaires. Je vais donc juste me contenter de clarifier ma propre démarche. Lorsque je m’engage à dire la vérité, je parle de ce qui jaillit en moi : idées, pensées, émotions, sensations physiques, inspirations, pulsions, désirs… Autant d’expériences qui se révèlent nues et crues, dans leur vérité primordiale, que je contemple et accueille inconditionnellement. Je ne dis pas que ces événements de l’univers intérieur manifestent une quelconque vérité du monde extérieur. Par exemple si je pense à un Centaure, ce dernier n’a pas de caractère “vrai” si on le confronte à nos connaissances sur le monde animal (jusqu’à preuve du contraire), par contre la présence en moi de cette pensée s’avère vraie,  je puis donc la partager si besoin. Si, en vous écoutant parler, se forment des images ou des associations d’idées, je les mettrai à votre disposition si vous le souhaitez, sans prétendre aucunement que ces images ou associations aient un caractère vrai par rapport à notre consensus sur la réalité objective.

Dire vrai consiste donc à la mettre à disposition, cette vérité, si vous souhaitez l’entendre. Avec votre permission bien sûr. Je m’engage à ne rien altérer ni édulcorer, donc à ne pas me soumettre aux codes sociaux, à la morale ou la pudeur. Voilà ce à quoi vous pouvez vous attendre si vous me rencontrez. Et je me sentirai toujours très reconnaissant si vous procédez de même.

Voilà qu’une fois de plus, l’économie du don entre dans la danse. La vérité s’offre nue, elle ne saurait venir parée de conditions et d’intentions. Sans jugement ni censure, la vérité nous accomplit.

 

Intelligence collective, quelle place pour la vérité ?

René Magritte - Memory of a Journey
René Magritte – Memory of a Journey

L’intelligence collective en tant que discipline de recherche se pose la question du rapport à la vérité dans un collectif, voire une société tout entière. Quel rôle joue la vérité ? A quel moment s’avère-t-elle dangereuse au point de mettre en péril les fondations d’un collectif ? Par extension, quel rôle jouent les croyances dans le maintien de la structure des collectifs ?

Ces croyances ont un nom : la doxa. Cette dernière construit la réalité sur des croyances que personne n’ait vraiment vérifiées. Pour bien en comprendre le principe, il suffit d’examiner les doxas anciennes. Exercice facile puisque nous ne vivons plus dedans. Par exemple, d’anciennes doxas placèrent la Terre au centre de l’univers, ou déclarèrent que les hommes à peau noire n’avaient pas d’âme et s’avéraient bons pour l’esclavage, ou encore que nous descendions tous d’Adam et Eve. Aujourd’hui, ne nous leurrons pas : nous vivons dans une doxa extrêmement prégnante. Cela fera l’objet d’autres écrits.

Retenons simplement que les collectifs s’élaborent dans un méli-mélo de doxa et de vérité, et que ce rapport s’avère autant difficile que pertinent à analyser.

Dans les sociétés à intelligence collective pyramidale qui charpentent l’essentiel de l’humanité aujourd’hui, l’humain évolue dans une matrice qui le modèle par l’extérieur. Pourquoi ? Parce que l’intelligence collective pyramidale, qui repose sur les chaînes de commandement, a besoin d’humains prévisibles. Sans prévisibilité de ses membres, quelle chaîne de commandement pourrait fonctionner ? Aussi l’école apprend-elle aux petits humains à séparer ce qui se vit en eux de ce qu’ils doivent faire. Au prix d’années passées assis dans une salle de classe, on apprend peu à peu à désolidariser l’être et le faire. Les humains de l’intelligence collective pyramidale développent d’extraordinaires capacités dans le faire, tout en ne se connaissant pas eux-mêmes. La vérité ayant du mal à éclore du fond de soi, elle a d’autant de mal à se frayer un chemin dans la société. Nous développons depuis la naissance, sans nous en rendre compte, de nombreuses stratégies du mensonge. Stratégies d’évitement, bienséance, codes sociaux, sens du devoir… Le “Comment allez-vous ?“, suivi de la réponse automatique “Bien !“, ritualise parfaitement cette déconnexion entre le monde social extérieur et le monde intérieur.

Dans l’intelligence collective holomidale en pleine éclosion aujourd’hui, l’humain a au contraire tout intérêt à construire son individuation pour bien y évoluer. De plus, l’économie mutualiste invite à une nouvelle pratique sociale de la vérité. Le mutualisme a besoin de transparence radicale pour la diffusion des connaissances et l’open source, pour garantir la visibilité des ressources et des richesses, pour que s’opère la gouvernance collective… L’holoptisme invite à l’essor d’une vérité collective comme condition de fonctionnement. Le rapport à la vérité se transforme : il devient un pré-requis.

La vérité, quintessence de l’art

Magritte - La Clairvoyance
Magritte – La Clairvoyance

Le mensonge relève d’une pratique, la vérité relève d’un art : il faut savoir donner consistance aux intuitions qui nous illuminent, apprendre comment les formaliser dans le monde, sans peur, en se laissant mouvoir par une joie érotique.

Qui dit art, dit techniques. L’éducation m’a enseigné les techniques du mensonge, j’ai décidé d’apprendre les techniques de la vérité. Quelles pratiques pour la faire jaillir en moi ? Comment faire qu’elle dépasse le stade de vagues intuitions, et que, très vite, elle puisse prendre une forme consistante dans mon univers intérieur ? Sous quelle forme vais-je la manifester, cette vérité ? Par le verbe ? La danse ? Le chant ? Les images ? Le geste ? Le silence ? Les émotions ?

Toujours dans le registre des techniques, je ne délivre pas une vérité si je la sens habillée d’une intention, par exemple l’envie que la personne “comprenne” telle ou telle chose, ou qu’elle prenne telle ou telle décision. De même, on ne m’entendra pas dire à quelqu’un “Tu es ceci ou tu es cela“. Je dirai, si on me l’a demandé, que “je ressens ceci ou cela en moi“, offrant ainsi la vérité objectivée de ce qui se passe en mon être subjectif. J’en fais une œuvre à contempler pour qui veut. Une œuvre qui ne s’impose pas.

La vérité ne se déduit pas, elle jaillit. Même si l’on croit l’avoir déduite, nous élan créatif fait jaillir des étincelles d’évidence, illuminant cette nouvelle réalité que l’être appelle. Acte artistique, encore. Ce constat, je le fais même dans une enquête criminelle guidée par la police scientifique, où l’on cherche une vérité déduite au moyen de la preuve objective (empreintes, ADN, etc). Il y a, dans cette recherche obstinée du “fait objectif”, un monde que l’on veut manifester, un monde où l’on définit des coupables et des victimes, avec une histoire humaine qui veut se raconter, au cœur d’un mythe civilisationnel. Les criminels d’une époque deviennent parfois les héros d’une autre, et vice-versa. La doxa ne se cacherait-elle derrière tout cela ? Eh oui, la vérité matérielle et objective énoncée par la preuve scientifique trouve, elle aussi, sa source et sa motivation dans le sujet.

Finalement, peu importe de quelle vérité on parle — exprimer une réalité (consensus sur nos perceptions du monde), opérer une déduction logique ou une induction scientifique — on en revient toujours au sujet créateur d’une réalité qu’il appelle. J’ai souhaité faire de la vérité une pratique artistique, à commencer par l’observation sans concession et le partage de ce qui jaillit au fond de moi. Même si cela semble évident sur le papier (ou l’écran), cela provoque des espaces et des situations tout à fait décalés par rapport aux normes et codes sociaux actuels.

Et vous ? Quel rapport à la vérité avez vous décidé de suivre dans votre vie ? Y a-t-il un moment où vous dites “stop” ? Jusqu’où pensez-vous qu’on puisse aller, individuellement et collectivement ?

 


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